Interview de Floran Augagneur, Fondation pour la Nature et l’Homme

Floran Augagneur, conseiller scientifique de la Fondation pour la Nature et l’Homme, nous parle de son projet d’une Assemblée citoyenne du long terme.

ENGAGE : Pouvez-vous nous présenter le projet de La Chambre du futur ?
Floran Augagneur : Dans toutes les démocraties représentatives, les politiques sont sous la pression du court terme. La fréquence des élections, le jeu des médias et les exigences des électeurs, qui demandent légitimement des résultats rapides contre leurs problèmes du quotidien, ont pour résultat le sacrifice de tous les grands enjeux de long terme. Pierre Rosanvallon, du Collège de France, a une belle formule, il appelle cela la « myopie des démocraties« . Aujourd’hui, c’est devenu un vrai problème. Car nos sociétés sont confrontées à un phénomène nouveau : nous avons changé d’échelle d’action et, désormais, lorsque nous prenons des décisions pour résoudre nos problèmes actuels, ces décisions peuvent avoir des conséquences globales et irréversibles sur l’environnement. Le changement climatique, l’érosion de la biodiversité, l’acidification des océans etc. illustrent cet état de fait.

C’est là qu’arrive la Chambre du futur. Depuis quelques décennies, des intellectuels proposent de corriger cette « myopie » en créant une nouvelle chambre parlementaire pour garantir la prise en compte du long terme, de la nature et des générations futures dans la fabrique de la loi. La Fondation pour la Nature et l’Homme participe à ce débat depuis de nombreuses années. Le livre qu’elle s’apprête à publier constitue la proposition la plus aboutie d’une telle chambre que nous appelons « Assemblée citoyenne du futur ».

Qu’apporte-t-elle de plus par rapport aux institutions existantes ?
De garantir le long terme, c’est-à-dire protéger l’avenir des jeunes générations et des suivantes. Ce n’est pas rien. Aucune autre institution n’a cette fonction. Mais pour qu’elle puisse remplir cette fonction, il y a quelques conditions : Il faut que cette chambre soit dotée de pouvoirs lui permettant de remplir sa mission dans la production législative (elle ne peut pas être consultative). Dans l’ouvrage de la FNH, on en propose quatre. Aussi, il faut que les modalités de désignation de ses membres permettent une composition libérée, du moins en partie, des conflits du présent et des enjeux partisans. Il nous semble qu’en la matière le tirage au sort possède de nombreuses vertus.

Ne s’apparente-t-elle pas à un nouveau CESE (Conseil Economique Social et Environnemental) ?
Le CESE est une chambre consultative dont le rôle est de proposer des consensus entre les organismes constitués (associations, syndicats, patronat …). Ça n’a rien à voir. Alors c’est vrai, le président de la République a annoncé qu’il voulait faire une chambre du futur à partir du CESE. Pourquoi pas ? Autant partir d’une institution déjà existante, mais à condition d’aller jusqu’au bout de la logique et de réussir à la transformer… L’intérêt de créer la Chambre du futur à partir du CESE est que cette institution existe aussi au nouveau régional (il y a un CESER dans toutes les régions) et au niveau européen. Elle existe également dans certains pays d’Amérique Latine. On peut imaginer un effet domino, et que la Chambre du futur soit ainsi déclinée ailleurs par ce biais.

Vous portez ce projet avec notamment Loïc Blondiaux, également membre du comité scientifique de la FNH. Pourquoi cette collaboration ?
Je précise que beaucoup d’autres personnes ont été impliquées dans cette réflexion au sein de la FNH sous l’impulsion de Dominique Bourg : les constitutionnalistes Bastien François et Marie-Anne Cohendet, le sociologue Jean-Michel Fourniau, le juriste Michel Prieur…

Loïx Blondiaux est un grand spécialiste de la démocratie participative, et tout ce projet ne fonctionne qu’à condition qu’il soit aussi un lieu de la participation citoyenne. Pourquoi ? Parce que l’objectif n’est absolument pas de ralentir ou bloquer le processus parlementaire mais de l’enrichir. Ce point est fondamental. Car il ne s’agit pas que d’identifier les limites environnementales à ne pas dépasser mais aussi d’être force de propositions, d’ouvrir le chemin des possibles. Et c’est dans le tissu sociale et l’intelligence citoyenne que s’inventent les modes de vie de demain. La chambre du futur doit être le lieu où cette créativité s’exprime, où les citoyens sont associés à la fabrique de la loi, c’est pour cette raison que nous avons préféré l’appeler « Assemblée citoyenne ». Là aussi, dans le livre nous proposons de nombreux instruments pour que cette participation citoyenne soit réellement effective, avec des résultats concrets.

Interview de Solenne Roland-Riché, spécialiste en discipline positive

Solenne Roland-Riché, spécialiste de la discipline positive et intervenante curatrice du module « Développer une communication et un leadership positif » de l’ENGAGE University, nous parle de l’importance de la discipline positive.

ENGAGE : Qu’est ce qu’un leader pour le 21e siècle ?
Solenne Roland-Riché : « Il est plus facile de se battre pour ses idées que de les incarner », Alfred Adler. Un homme ou une femme ​qui met son énergie à incarner dans chacun de ses gestes les valeurs qu’il prône en ayant conscience que l’exemplarité n’est plus une question de valeur mais une question d’efficacité s’il veut motiver et impliquer ses équipes. Une femme ou un homme qui voit les forces de ses interlocuteurs avant de voir leurs défauts. Ils arrivent ainsi à mieux encourager et à faire sortir le meilleur de chaque individu. Une personne qui ne lâche pas l’exigence au profit de la bienveillance et qui ne lâche pas la bienveillance au profit de l’exigence. Ce délicat équilibre est pour moi la clé du succès collectif comme du succès individuel.

Quelle qualité se doit-il de développer ?
​Il doit mettre son énergie à développer son intelligence de coeur. C’est-à-dire ? A quel point est-il capable d’accueillir ses émotions et de les gérer de façon constructive (sans attaquer l’autre ​ou se justifier) ? A quel point comprend-il la perception de ses interlocuteurs et sait-il créer les conditions d’une communication respectueuse et constructive ? etc. Il doit s’efforcer de repérer quand il est en « mode recherche de coupables » (et tourné alors vers le passé) pour switcher en « mode recherche de solutions » (tourné davantage vers le futur). Il doit savoir faire de ses erreurs (les siennes mais aussi celles des autres) des opportunités.

Qu’est ce que la discipline positive ?
La discipline positive est une approche d’abord éducative, et aujourd’hui managériale, pour donner des outils concrets afin d’atteindre les objectifs décrits juste avant. Elle permet de ​développer chez nous et au sein de nos équipes les compétences​ socio émotionnelles indispensables au succès professionnel et personnel, et répondre aux défis du 21e siècle : créativité, persévérance, capacité à s’adapter, autonomie, capacité à communiquer de façon respectueuse, implication​​.​..

En quoi est-elle un rouage essentiel du changement sociétal ?
Elle donne des outils concrets pour permettre aux individus et aux groupes auxquels ils appartiennent (association, entreprise, communauté de voisinage…) ​les moyens d’atteindre les objectifs du groupe, sans sacrifier le bien-être des individus. Par exemple, grâce aux neurosciences, nous savons que l’encouragement est plus efficace que la critique pour le changement véritable, mais rare sont les personnes à savoir le faire (notamment quand il y a des tensions). Bien peu de leaders aujourd’hui connaissent la différence entre le compliment et l’encouragement. Pourtant, il est considérable : l’un développe la coopération quand l’autre aiguise la compétition…

Interview de Béatrice Jung et Anne de Bagneux, Transdev

Anne de Bagneux, directrice générale adjointe France et Béatrice Jung, directrice RSE groupe de Transdev font partie du Cercle Leadership au féminin lancé en septembre avec Engage. Elles reviennent sur leurs motivations et leur vision du leadership au féminin

En quoi consiste le Cercle Leadership au féminin que vous avez lancé?
Anne : il s’agit d’amorcer, ou de ré-amorcer un travail collectif sur la place des femmes dans le groupe, et plus largement sur les questions de mixité ou de diversité.
Transdev étant mobilisé et actif pour réfléchir à la mobilité de demain, engagé dans cette modernisation de notre activité, l’entreprise ne peut faire l’impasse sur le sujet. Le cercle est aussi l’opportunité de se demander quelle contribution peut être celle des femmes à cette modernité, quel rôle les femmes peuvent-elle prendre pour accélérer notre transformation?
Je suis convaincue que la mixité est un marqueur de modernité…

Béatrice : le cercle de Femmes de Transdev mobilisé avant l’été est volontairement restreint ; il complète le Club Mixité & Performance du groupe. La question n’est pas tellement le « quoi » mais le « pourquoi » : pour relancer une dynamique, et le « comment » à travers une dizaine de rencontres de femmes conscientes et motivées pour contribuer à faire bouger notre culture à travers un plan d’actions qui sera porté au Comex.

Qui ce cercle regroupe-t-il?
Anne : Il regroupe 10 femmes managers de Transdev, fonctions corporate / siège ou opérationnelles en région ; des femmes toutes sensibles aux enjeux de la mixité et engagées pour faire bouger les choses.

Béatrice : 10 femmes manageuses, de différentes filières, ayant la responsabilité d’équipes différentes, d‘âge et de parcours différents

Quels sont ses objectifs à court et moyen terme?
Anne : à court terme, nous avons un objectif de solidarité. Nous sommes toutes un peu seules dans nos rôles/missions, donc chacune de nos rencontres est l’occasion de partager, prendre un peu de temps ensemble pour échanger ; à moyen terme, nous avons pour objectif d’élaborer un plan d’actions et d’engager le Comex.

Béatrice : c’est drôle car je complèterais la réponse d’Anne en disant que l’objectif à court terme est un plan d’actions à mettre en œuvre rapidement et l’objectif moyen terme est un objectif de solidarité durable pour faire perdurer et déployer autour de nous ce cadre de protections et de permissions mis en œuvre au sein du cercle dans lequel nous expérimentons l’importance de la parole de chacune.

Les femmes ont-elles une vision différente du management, du leadership?
Anne : je dirais oui. Les femmes sont dans la contribution, la construction…et moins dans le pouvoir… sans tomber dans la caricature, les femmes sont plus naturellement à l’aise entre bienveillance et fermeté. Les femmes ont une capacité d’écoute…juste de s’écouter, en réunion par exemple. Il y a une notion de courage aussi. Les femmes veulent être utiles à quelque chose qui les dépasse.

Béatrice : je me méfie des stéréotypes inversés…mais résolument la partie féminine de chacun… « embrasse plus large »…les femmes ont moins besoin de se positionner, de se différencier de façon compétitive…elles ont une approche des sujets plus unifiée…une femme sait être une professionnelle et une mère, elle sait être dans la relation et dans le résultat, elle sait se mettre en avant ou pas selon le jeu de rôle qui s’impose à un instant T, elle sait être dans sa vulnérabilité et forte…C’est cette épaisseur de savoir-être (et qu’un homme peut tout à fait avoir évidemment) dont l’entreprise doit prendre conscience, qu’elle doit apprendre à respecter et surtout utiliser car il y a beaucoup d’intelligence derrière.

Pourquoi avoir fait appel à Engage pour l’initier et l’animer?
Anne : Il nous fallait être accompagnées pour nous ouvrir à ce qui se passe à l’extérieur sur ces sujets. Sortir de notre caverne. Avoir quelqu’un qui nous aide à partager et à intégrer d’autres pratiques. Engage avait cette approche « réseau » et une sincérité dans son action, dans son ambition de changer le monde qui ont fait la différence.

Béatrice : tout à fait ! Engage a en particulier une conviction et une expertise précieuse de formation à l’intelligence collective. Et notre enjeu est bien celui de mettre en œuvre les conditions d’une meilleure collaboration entre hommes et femmes : plus de femmes, plus de femmes responsables et écoutées, et un meilleur dialogue

Question + : Au final est-ce qu’on y croit ?
Anne : oui…mais la route sera longue et difficile. Cela doit je pense passer par des contraintes…par exemple une charte de comportements.

Béatrice : oui…de toutes façons l’avenir est dans cette complémentarité…les femmes y arriveront…et ma conviction est que si Transdev veut survivre, cette prise de conscience de chacun est incontournable.

Interview de Walter Baets, Dean thecamp

Walter Baets est Dean de thecamp, partenaire d’Engage, lieu dédié à la technologie et à l’innovation sociale. Il revient sur le lifelong learning et sur l’apprentissage au 21ème siècle.

Quel est votre rôle au sein de thecamp?
Je suis le « dean » (doyen) de thecamp, responsable de l’approche pédagogique, des activités académiques et de la ligne éditoriale. Mon expérience internationale induit également un rôle dans le développement international de thecamp, au travers de la recherche de partenaires académiques et entreprises notamment.
Pourquoi avez-vous rejoint cette initiative?
C’est un projet unique, avec des valeurs, une mission et une ambition qui résonnent avec les miennes. J’ai travaillé dans beaucoup de business schools, à des postes de responsabilité, mais j’ai toujours ressenti des limites dans mon autonomie, par la législation, les accréditations, les rankings, etc. Ici, j’anticipe de pouvoir enfin réaliser ce que j’ai toujours voulu faire.  
Comment définiriez-vous le rôle de l’éducation au 21ème siècle? Et ses principaux enjeux?
L’éducation est toujours la priorité numéro un d’une société. L’égalité des chances, l’inclusion ne peuvent être recherchées qu’avec un niveau d’éducation minimal.
Malheureusement, notre système éducatif, surtout en France, est tout à fait inadéquat, dès le primaire.
On fait fausse route car on ne pousse pas les capacités d’innovation, de responsabilité, de créativité. Il donc faut sérieusement repenser notre système éducatif, le transformer en un système d’apprentissage et non d’enseignement. Développer le sens de l’initiative, la diversité des activités, la pensée critique, le travail en groupe, l’utilisation de nouvelles ressources disponibles (numérique). Arrêter d’enseigner pour créer les conditions de l’apprentissage.
A l’heure de la complexité, l’éducation figure comme l’outil majeur pour éviter que nos sociétés ne se disloquent. Comment favoriser l’éducation continue et surtout peut-être l’éducation continue pour tous?
Il faut innover radicalement, rendre l’éducation plus modulaire, intégrée dans les activités quotidiennes. En matière professionnelle, le Workplace learning, par exemple, doit devenir standard. La gestion des connaissances et l’apprentissage sont deux côtés de la même pièce.
On parle de Mooc, de société apprenante, quels rôles vont jouer les technologues et l’IA dans le futur de l’éducation?
Le MOOC, pour moi, est un mauvais exemple. Le MOOC ne fait rien d’autre qu’automatiser ce qui ne fonctionne déjà pas dans l’éducation classique. Comme je disais, il faut se concentrer beaucoup plus sur la gestion des connaissances, comme base de l’apprentissage. C’est là que les technologies et l’IA peuvent faire des merveilles. La mise a disposition de connaissances, la possibilité offerte de rechercher par des voies sémantiques ; la création de learning paths automatiques à partir de bases de connaissances. Il faut utiliser l’IA comme support de notre apprentissage ‘humain’ classique, et alors nous ferons des merveilles.
Le futur de l’éducation en un mot ou une phrase?
Learning by doing, learning while doing, learning with a purpose.

Interview des fondateurs de PLASTIC ODYSSEY – dépolluer les océans

Plastic Odyssey souhaite dépolluer les océans et les rivages tout en utilisant le plastic comme ressource.
Ce projet passionnant a été sélectionné pour les prochains Engage Days du 9 au 12 novembre et sera accompagné par la prochaine promotion du programme Transformation de l’Engage University.

Plastic Odyssey est porté par Simon Bernard et Alexandre Déchelotte. Ils reviennent ici sur leurs parcours, leurs motivations et la singularité de leur projet.

Pouvez-vous présenter Plastic Odyssey en quelques mots ?
Simon : L’océan est à la fois le berceau de la vie sur Terre et le premier poumon de la planète. Pourtant, il est terriblement maltraité. C’est une véritable décharge à ciel ouvert. Il est irréaliste de croire qu’il est possible de le nettoyer.
L’immense majorité des plastiques déversés chaque jour se dégrade en micro-particules ou coule au fond. La seule solution est d’arrêter de les jeter. Pour cela, il faut s’inspirer de la nature et faire des déchets une ressource. Il existe de nombreuses solutions, mais elles sont peu répandues. Il faut les faire connaître et les diffuser. Nos décharges d’aujourd’hui doivent devenir nos mines de demain.
Alexandre : Plastic Odyssey, c’est une expédition maritime autour du monde pour développer et partager des solutions de recyclages du plastique sous toutes ses formes.
Le navire va remonter le problème à la source, le long des côtes les plus touchées par cette pollution. À chaque escale, des plastiques seront collectés et triés. Tout ce qui est recyclable sera transformé à bord de l’atelier flottant, en expérimentant des systèmes adaptés aux besoins du pays dans lequel le bateau se trouvera. Le reste sera transformé en carburant recyclé à l’aide d’une unité de pyrolyse et utilisé pour faire avancer le bateau. Cette technologie en pleine émergence est très prometteuse et pourtant peu connue. Elle permet d’obtenir jusqu’à 1L de combustible par kg de plastique traité. Couplée à l’énergie solaire par exemple, elle permet de favoriser l’accès à l’électricité en zone rurale tout en dépolluant. L’objectif est de créer un véritable bateau ambassadeur du recyclage qui permettra à terme de créer de l’emploi en limitant la pollution.

Vous deux en quelques mots ?
Alexandre : D’abord camarades de classe sur les bancs de l’école de la Marine Marchande, Simon et moi sommes devenus amis et coéquipiers dans des projets variés menés tout au long de nos études. Simon, c’est l’aventurier, il cherche toujours à explorer loin des sentiers battus, à innover. Il a mené beaucoup de ses projets droit vers la réussite, l’engagement et le cœur qu’il met à l’ouvrage sont les clés de sa réussite.
Simon : Alexandre, c’est plus qu’un simple ami, c’est un vrai coéquipier à qui je fais pleinement confiance. On a déjà travaillé ensemble sur des projets, c’est un binôme qui marche. Alex, c’est un passionné, quand il fait quelque chose, il le fait à fond. Je suis toujours impressionné par l’énergie qu’il arrive à déployer pour les projets professionnels tout en menant sa vie de jeune papa à côté.

D’où vous est venue l’idée ?
Simon : Je suis passionné par les défis techniques et la nature. Depuis tout petit, je passe mon temps à chercher des solutions aux enjeux écologiques. Je me revois encore faire des plans de baignoire à recycler l’eau ou de moteurs à énergie perpétuelle (j’ai vite abandonné cette idée). J’ai pas mal traîné dans les fablabs et autres ateliers aux côtés d’autres makers.
Un jour, alors que je faisais escale à Dakar, je me suis rendu compte qu’il y avait du plastique partout sur les côtes et qu’à côté de ça des gens cherchaient des petits boulots pour survivre. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire.
Alexandre : frappé par la pollution marine lors de mes navigations, escales et plongées en mer, j’ai commencé à m’intéresser aux innovations concernant le recyclage. À 20 ans, j’ai créé l’association Greenactive, pour me lancer dans un projet de recyclage de bouteilles en filaments d’imprimante 3D. Pour cela, je voulais affréter des bateaux pour collecter les plastiques en mer, mais je me suis rendu compte qu’il était irréaliste de vouloir nettoyer l’océan et qu’il fallait agir en amont. Une fois dans l’eau, il y a moins d’1 % du plastique qui flotte et qui peut donc être récupéré.

Qu’est-ce qui différencie Plastic Odyssey d’autres projets de bateaux propres – panneaux solaires, hydrogènes, etc. ?
Simon : le sujet est cette fois la pollution marine et l’accès aux solutions de recyclage du plastique. Néanmoins, à l’image de Solar Impulse ou Planet Solar, nous voulons montrer qu’il est possible de réaliser un tour du monde en parfaite autonomie, simplement en recyclant les déchets collectés sur les côtes pour faire avancer le bateau.
Alexandre : Le cœur de l’innovation réside dans le concept de notre bateau : le plastique non-recyclable récupéré sur les plages est chargé dans un conteneur 20 pieds après avoir été broyé. Nous aménageons un deuxième container qui traitera les déchets pour alimenter nos moteurs. Le plastique retourne à son état d’origine : du carburant. Ce dernier produit de l’énergie électrique qui propulse notre bateau. Le pouvoir énergétique des déchets plastiques est énorme, et aucune pollution n’est engendrée lors de sa transformation. C’est un procédé très propre qui fait de notre catamaran un bateau vert et autonome.

Quels sont vos principaux enjeux aujourd’hui et le calendrier du projet ?
Alexandre : Nous entrons dans la phase de financements, avec la construction de notre prototype à la fin de l’année. Grâce à ce bateau prototype, nous produirons une vidéo qui dévoilera le procédé qui permet de propulser un bateau uniquement grâce aux déchets. Cette vidéo fera le tour du monde pour prouver que c’est possible, notre objectif étant de démocratiser le recyclage du plastique, donc faire en sorte que le plus de gens possible en entendent parler. La phase suivante sera la préparation du tour du monde sur le navire à taille réelle (24 mètres). Nous avons prévu 34 escales sur une durée de 3 ans avec un départ fin 2019.

Votre projet a été sélectionné pour les prochains Engage Days, qu’en attendez-vous ?
Alexandre : Nous sommes heureux d’avoir été choisis pour prendre part aux Engage Days. Pour nous, ce sera l’occasion de partager notre vision des choses et recueillir des retours, car c’est comme ça que nous avançons le mieux. Partager pour avancer, c’est l’essence même de notre démarche, et c’est d’ailleurs pourquoi nous nous sommes dirigés vers l’open source.

Dans une récente conférence à l’Engage University, Gaël Giraud alertait sur le fait que les poissons pourraient tout bonnement disparaître des océans en 2050 si l’on ne fait rien – acidité, plastiques. Restez-vous confiants ?
Simon : Je suis plutôt optimiste de nature et préfère toujours parler des solutions plutôt que des problèmes eux-mêmes. Il est vrai que l’océan et sa biodiversité sont maltraités : que ce soit par la surpêche, la pollution ou les effets du réchauffement climatique. Je pense qu’il faut rapidement limiter les dégâts en adoptant des solutions de transition au plus vite. De plus, il faut être réaliste, si on veut abolir la pollution, il faut montrer qu’il est plus rentable économiquement de faire autrement, en préservant la nature. Pour moi, c’est la meilleure option. Heureusement, il existe des solutions, c’est l’objectif de Plastic Odyssey de les faire connaître.
En ce qui concerne la surpêche, il y a aussi des solutions : on peut mettre en place des aires marines protégées, adopter de nouvelles techniques de pêche qui sélectionnent les poissons, etc. Pour la pollution atmosphérique : les énergies renouvelables sont de plus en plus performantes et on sait aujourd’hui utiliser le CO2 pour cultiver des microalgues, en faire du plastique ou du carburant propre.
Il faut adopter une économie qui s’inspire de la nature pour mieux la protéger, c’est le seul moyen pour nous de survivre, sur cette planète du moins.

Interview Pierre-Etienne Franc, VP Air Liquide

Pierre-Etienne Franc, quelles sont vos nouvelles responsabilités au sein du Groupe Air Liquide ?
Je prends la responsabilité de structurer les marchés de l’hydrogène ouverts par la transition énergétique et de m’assurer qu’Air liquide y soit favorablement positionné.

L’hydrogène est donc au cœur de la transition environnementale ? On parle de « chaînon manquant » ?
La transition énergétique, dans sa composante physique, est d’abord un double renforcement : renforcement de la part du renouvelable dans le mix et renforcement par conséquence du rôle de la fée électricité dans la distribution de cette énergie dans les secteurs qui en ont besoin.

La fée électricité a deux baguettes : la baguette de la distribution en réseaux – le fil et la batterie – et la baguette de l’hydrogène, l’autre vecteur de stockage et de distribution d’énergie efficace quand le réseau n’est pas suffisant.

Vous définissez l’électricité comme un concurrent ou comme un allier dans la transition ?
L’électricité est de fait le vecteur principal qui permettra avec l’hydrogène de se passer un jour des énergies fossiles.

Le groupe Air Liquide, et en particulier l’activité que vous dirigez, peuvent être un symbole des nouvelles responsabilités sociétales de l’entreprise dans la cité ?
L’ouverture de ces marchés est un engagement plus ambitieux que de nature parce que nous sommes au cœur du système productif construit sur le dernier siècle et demi pour servir un modèle de croissance matériel et intensif.

Il s’agit d’en changer sans que cela ne se fasse au détriment du bien commun. L’objectif est de refonder un système productif différent, soutenable, probablement plus distribué, dans lequel le rôle des technologies devient très central, et donc nécessite des investissements initiaux élevés et risqués. Ceux-ci ne sont pas réalisables sans un consensus collectif qui permettrait d’atteindre des niveaux de coûts compétitifs, ni sans que les entreprises y mettent les moyens. Elles le feront uniquement à condition que les engagements de politique publique soient déterminés et globaux pour éviter un isolement vertueux mais non compétitif.

Dans cette optique, il est dans l’intérêt des entreprises dont les activités servent directement ou indirectement le bien commun – et c’est le cas de l’énergie – d’être associée très en amont au débat public et collectif sur les bons choix de façon à ce que les décisions réglementaires et de politiques publiques soient informées. Le monde connecté impose dans ce dialogue une grande transparence qui génère en retour une plus grande clarté des débats et aussi une meilleure capacité des parties prenantes à tester les solutions. Les entreprises doivent rentrer dans ce jeu si nous voulons que les meilleures solutions soient prises.

Vous faites partie d’Engage depuis sa création, le Groupe Air Liquide en est partenaire, pourquoi ?
Engage incarne dans son style très transversal, très ouvert, très positif, la démarche qui doit permettre de construire des solutions intelligentes, humaines, durables pour nos grands problèmes actuels. Engage élargit le regard de nos collaborateurs et nous impose en retour de mieux expliquer et comprendre les enjeux et les freins des idées que nous souhaitons faire avancer, dans le cas présent, la transition énergétique.

Interview Nicolas Vanbremeersch, Fondateur de Spintank

Nicolas Vanbremeersch est Fondateur de Spintank, agence de communication digitale et du Tank, espace dédié à l’innovation. Spécialiste de la communication politique, il a été une figure reconnue de la blogosphère et twitte à @versac.

1) Vous avez fondé Spintank, qui travaille sur l’intégration du numérique dans les entreprises et les organisations en termes de communication. Quels sont pour vous les grands bouleversements que provoque cette révolution digitale ?   
En fait, quand on prend un peu de recul, c’est très simple, la révolution digitale. J’y vois trois phénomènes. D’abord la mise en réseau des individus : peu à peu, nous baignons tous dans une forme de réseau, et cette forme prend le pas sur des modes d’organisation de la société plus classiques. Nous baignons tous en permanence entourés d’un réseau, perceptible ou non, de liens faibles qui nous est extrêmement utile et facilite notre rapport au monde.
Le deuxième phénomène est la tendance à la transformation de tout en données librement disponibles. Le mouvement est celui d’une transformation de tout en des données qui servent à construire notre rapport au monde, à nous médier, et qui nous sont essentiels.
Le troisième mouvement est la domination du flux, le mouvement qui l’emporte sur le reste, justement à cause de ces deux phénomènes initiaux : dans un monde en réseau où l’information est disponible à tous, il y a une prime au flux, au liquide.
Dans ce monde liquide, la prime va à celui qui sait fabriquer quelque chose de ce matériau, organiser et agir sur le flux, sur le réseau et les données, interrompre ou donner une forme au flux. C’est le challenge immense des organisations d’avant la révolution digitale : s’adapter au monde liquide qui les met en défi.

2) Vous êtes aussi un  observateur avisé de la vie politique depuis des années. Là encore, on peut parler de révolution, quelle a été et sera la part du numérique dans celle-ci ?
Ca fait plus de 15 ans que j’observe et agis à la croisée du politique et du numérique. Cette année 2016-2017 a été pour moi comme une confirmation de l’impact du numérique, de son pouvoir de coordination et d’influence sur des mouvements de masse, comme en parlait déjà si bien Clay Shirky il y a dix ans, sur la société française. On tardait, de fait, à voir naitre des coordinations et mouvements hybrides, qui mettent à bas les anciennes structures. La France Insoumise et En Marche sont des mouvements qui n’auraient pas pu se monter et se coordonner sans la faculté de mise en réseau et l’habitude qu’ont prise des milliers de Français de se coordonner librement. Il aura fallu des déclencheurs très étonnants et paradoxaux, Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron, tous deux outsiders-insiders à leur manière, à la fois connaisseurs du système et capables d’en briser les règles, pour que se forment des mouvements qu’on avait déjà vus dans d’autres pays autour de nous (Podemos, 5 étoiles, …).
Ce n’est pas neuf, et ça vient sur un terrain profond, ancien, qui s’est expérimenté par strates successives, dans la société française, du referendum de 2005 à Nuit Debout. La société s’est prouvée à elle-même qu’elle était capable de se mobiliser et de chercher de nouvelles manières de s’entraider, militer, s’engager, positivement ou exprimer une colère. Il lui manquait des passeurs pour exprimer ce potentiel disruptif dans l’arène de la représentation. Une ère très profondément nouvelle s’ouvre.
Je n’oublie pas aussi l’impact que le numérique a sur ce qui agit en amont ou autour de l’organisation de la société et des partis : les récits, les actualités, les média et les humeurs qui font l’espace public. C’est là que se situe un des défis les plus fondamentaux : l’espace public a volé en mille morceaux, s’est soumis en peu de temps à des pressions opportunistes, et s’est complètement confondu avec l’espace social. Il est humeurs, émotions, et le fruit d’un rapport de forces entre des acteurs qui y ont des intérêts d’expression très forts. C’est là qu’il y a, sans doute encore plus que dans les structures politiques, un défi pour notre démocratie.

3) Le numérique est en train de modifier finalement la façon dont nous faisons société, pour le meilleur et pour le pire. Comment qualifieriez-vous son impact ?La métaphore que je préfère est celle de ZygmuntBauman, de la force liquide. Pas un liquide de souplesse et d’agilité : il faut se figurer les eaux tumultueuses et fracassantes d’une vague énorme qui vient challenger notre société, lui apportant à la fois une énergie folle, mais remettant en cause les digues et structures patiemment érigées pendant de nombreuses années, et qui forgeaient, croyait-on, son identité même. Il va falloir réinventer nos structures pour composer avec ce flux et pas lutter contre, et repartir des objectifs (notre protection sociale, notre représentation, notre gouvernance) à partir des règles mêmes de cette société liquide. Bauman était à la fin de sa vie pessimiste, je suis pour ma part réaliste, et surtout pas naïf.

4) Et bien alors, quelles pistes envisager pour mettre le numérique au service d’une société plus inclusive et finalement du bien commun ?
C’est extrêmement difficile de fabriquer la bonne feuille de route, et je ne suis pas politique ni stratège. Dans la feuille de route pour une société qui se réunisse plus positivement autour du numérique, je vois quand même quelques ingrédients. D’abord, il faut chercher à préserver ce qui relève du bien commun, fabriquer une législation qui protège le web et l’internet comme un bien commun, pour que cette force ne cède pas sous le coup de néo-monopoles. Je suis malheureusement assez pessimiste à cet égard : la force de privatisation de l’espace public numérique est déjà tellement engagée que ce moment du web pourrait bien avoir été une parenthèse de l’histoire. Or, c’est cette capacité d’une mise en commun du réseau, d’une dynamique d’ouverture qui a permis la création de projets et d’entreprises inimaginables, de Wikipedia à Google. Il faut maintenir le terreau fertile du réseau ouvert pour tous comme une force à disposition de tous.
Ensuite, il y a à mon avis plusieurs sujets sur la feuille de route, qui sont volontiers complémentaires de ce qu’un gouvernement devra faire. Le gouvernement, lui, a son boulot : il doit moderniser l’administration (idem pour les corps intermédiaires, il y a du boulot), l’adapter en se gardant de la tentation du repli. Je crois qu’on avance dans ce sens.
Le sujet est ailleurs, pour que notre démocratie s’apaise : je crois qu’on a besoin de deux chose. D’une société civile qui a amélioré sa capacité d’action numérique. Nos ONG, nos mouvements progressistes sont un peu comme nos partis politiques, encore un peu vieux, sans le sou, ont du mal à innover, et font face à des forces d’extrêmes, de populismes qui ont la capacité de gagner la bataille des idées. La solution viendra de start-ups de la société civile, de nouveaux mouvements digital natives. Il y a un immense chantier, et il n’est par nature pas de la responsabilité de l’Etat. Il nous revient à nous, la société.
L’autre sujet est dans l’écosystème médiatique. Une nouvelle génération doit émerger pour assurer les fonctions de curation, d’information, de narration, de correction et de critique dans l’espace public. Je suis frappé qu’en France, aucun grande marque media d’information généraliste n’ait émergé depuis la génération de 2007 (les rue89, Mediapart, slate.fr…). Des entrepreneurs de media d’un peu partout sont en train de bruisser, ici et là. Je crois qu’il y a un boulot énorme et une place très grande (pas facile mais réelle) pour de nouveaux media de la génération du smartphone et des plateformes.
Ces deux sujets sont ma feuille de route personnelle, et celle du Tank pour les années à venir. On a quelques projets en gestation en la matière.

5) Bref, Nicolas, si l’on projette un peu, le web dans 10 ans, il existe encore ? Et il sert à quoi ?
Je suis assez pessimiste. J’ai tendance à penser que le web, cet espace de mise en commun et de dynamique de publicité de l’information et du réseau va au contraire laisser la place à une économie des plateformes, qui a des effets positifs (accélération du changement, normes, productivité…) mais a l’immense inconvénient de ne plus laisser là, entre nous, un terreau commun comme socle d’une créativité immense dans la société. Le web risque de se cantonner à quelques fonctions vitales et essentielles, autour d’instances qui auront su créer des structures fortes (Wikipedia…). C’est en tout cas ma peur. Elle n’est pas certaine, et le combat n’est pas fini, un peu comme pour le projet européen. Mais je ne suis pas rêveur : je préfère regarder le web en face. A nous de le défendre et de le construire, pour qu’il ne soit pas au final une parenthèse de notre histoire.

Interview 11 mai 2017 : Alice Barbe, Presidente de Singa France

Alice Barbe est Directice de Singa France, une association qui vise à encourager la collaboration entre les personnes réfugiées et leur société d’accueil. Elle a été aussi Vice Présiente de Johanson International, une organisation qui favorise le développement durable chez ses collaborateurs, ses partenaires et ses clients.

1) Vous êtes Directrice de Singa France, en quoi consistent les actions que vous menez ?   ​
Née d’un mouvement citoyen, Singa veut créer des opportunités d’engagement et de collaboration entre les personnes réfugiées et leur société d’accueil. Ensemble nous construisons des ponts entre les individus pour le vivre ensemble, l’enrichissement culturel et la création d’emplois, dans une démarche de sensibilisation pour déconstruire les préjugés sur l’asile. Afin de attaindre ces objectifs, des plateformes d’échange et de dialogue entre réfugiés et personnes d’accueil sont developpés pour integrer des moyens d’action digital, d’entreprenariat et d’innovation.
Singa aide ainsi la société à porter un nouveau regard sur les réfugiés, en brisant les stéréotypes et en contribuant à une intégration réussie.

2) Etes-vous étonnée par la solidarité des citoyens français que vous constatez à l’égard des réfugiés ?  
Pour moi, l’étonnement c’est la base de l’enrichissement et de l’innovation. C’est cet étonnement qui mène à tout un tas d’améliorations et d’innovations sur les territoires. C’est un condensé de richesses qui restent à découvrir, à fédérer ou à soutenir. Mais cette solidarité a besoin d’un soutien, car les citoyens qui veulent aider ont besoin de connaitre les outils pour pouvoir agir. Il faut pour cela développer et mettre à la disposition de tous des outils pour permettre à ce mouvement de s’accroitre.

3) Vous avez récemment créé le collectif « Les Crapauds fous« . Pourquoi ? En quoi cela consiste-t-il ?   
La volonté du mouvement des « Crapauds fous » est de créer de l’enthousiasme, ce qui paraît indispensable aujourd’hui, surtout face aux enjeux technologiques du big data, de l’intelligence artificielle, des algorithmes ou de l’automatisation de la société ainsi que face aux forces identitaires politiques qui émergent. Pour ce faire, il nous apparaît comme nécessaire de créer des outils pour faire face aux urgences actuelles et générer des solutions aux fractures sociales, environnementales et sociétales.

Cet enthousiasme, on le retrouve dans le nom même du mouvement. Les « Crapauds fous » ce sont les quelques batraciens qui s’aventurent, à contre-courant de leurs congénères, dans des tunnels conçus sous les routes pour leur permettre de traverser sans danger. Ce sont ceux qui prennent les premiers le tunnel pour aller de l’autre côté et qui reviennent chercher leurs semblables pour les mener vers l’avant.

A ce jour, le mouvement est initié par Cédric Villani, prix Nobel de mathématiques et Thanh Nghiem, dirigeante de grandes entreprises. Il est porté par 34 crapauds fous dont des chercheurs, des entrepreneurs sociaux et des intellectuels d’horizons divers et 12 cercles d’entr’aides avec l’idée de réfléchir et de proposer des solutions concrètes pour un nouveau « vivre ensemble » à travers un manifeste qui sort le 14 septembre 2017.
J’ai rejoint le mouvement à ses débuts et je fais partie d’un comité de réflexion autour de la diversité culturelle. Forte de cette expérience, je souhaite mettre en place au sein de Singaet avec Engage, un projet de « crapauds fous » pour et avec les réfugiés. Le but : qu’ils apportent leurs éclairages sur les enjeux actuels du fait de leur culture, savoir-faire et expériences, afin de co-construire des solutions.

4) Le digital justement est au cœur du prochain programme Exploraction de l‘Engage University. Comment peut-il servir le bien commun ? 
Servir le bien commun, à mon avis, c’est restaurer la fraternité au sens classique du terme, c’est-à-dire accepter et avoir envie de vivre avec des personnes qui ne nous ressemblent pas. Pour cela, il faut pour cela créer des outils pédagogiques pour permettre une prise de conscience et encourager la création d’une cohorte sociale de personnes qui s’engagent et qui veulent avoir un impact pour enrichir et apporter des solutions. Dans ce sens, le digital est un outil formidable qui, s’il est bien utilisé, peut servir le bien commun.

5) Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à nos lecteurs pour agir et changer les choses à leur échelle ?
Pour changer les choses à son échelle, on peut commencer par mettre en place des démarches de micro engagement. Tout simplement partager un moment avec une personne inconnue, différente et valoriser les points communs comme les différences. S’engager auprès de Singa est une bonne solution aussi !

Interview du 11 avril 2017 : Olivier Denoual, participant du programme Transition et Exploraction de l’Engage University

Olivier Denoual est directeur regional des ventes du group COBRA NAJA,  agence de conseil spécialisée auprès des promoteurs immobiliers. Olivier est un alumni du Programme Transition de l’Engage University et il va bientôt démarrer le programme Exploraction pour apprendre comment developper des entreprises responsables et innovantes qui debutera le 19 avril.

1) Vous êtes un alumni de l’Engage University, qu’avez vous pensé du programme Transition ?
Une réelle prise de conscience, on prend du recul loin de notre tumulte quotidien, sur le monde qui nous entoure. Une occasion extrêmement précieuse de faire le point sur soi, de se remettre en question, notamment grâce à la prise en compte du développement personnel. On prend conscience de la nécessité d’une action collective mais aussi de l’importance de notre action individuelle.
Les intervenants sont de grande qualité, les présentations accessibles à tous, ouverts. J’ai découvert des personnalités passionnées et passionnantes !

On n’a jamais envie que la journée se termine. Au début de chaque session – climat, gouvernances, …- on peut être un peu choqué en découvrant la réalité et parfois la dureté des thématiques abordées, mais on est rapidement rassuré par la présentation des solutions. Il en ressort finalement une vraie motivation pour agir.
Les participants viennent d’horizons différents, la richesse est dans la diversité, c’est certain. Ce mélange des âges, des profils, des expériences et des parcours poussent la créativité lors des réunions d’intelligence collective autour du projet commun. J’ai eu la chance d’intégrer la promo 2, GIRAF, qui continue à travailler aujourd’hui sur son projet, avec passion et envie.
J’ai aussi découvert l’intelligence collective, nouvelles méthode de travail, efficace, favorisant l’inclusion de tous. En permettant à chacun de s’exprimer, on laisse place à plus de créativité.

2) Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans ce programme ?
Les connexions qui existent entre les différentes thématiques, la nécessité de l’approche systémique pour comprendre aux enjeux contemporains.
Il existe une vraie joie de vivre au sein de l’équipe d’Engage, la bienveillance est omniprésente et réelle, elle n’est pas feinte et c’est un réel bonheur d’entamer chaque session.
Le seul regret fut que ça se termine! Heureusement, le programme Exploraction auquel je viens de m’inscrire m’offre une vraie continuité

3) Comment appliquez-vous aujourd’hui les apports théoriques ou pratiques que vous avez reçus ?
Au quotidien, c’est une somme de petites choses qui, au final, forment un tout :
Au niveau personnel, j’ai découvert la méditation chez ENGAGE (merci Jérôme, ça change ma vie), je médite depuis « presque » chaque jour. Pour m’y aider, j’ai suivi un stage au sein de la fondation « Art de vivre » – partenaire d’Engage, avec Deepali Patel, que j’ai rencontrée lors d’une session. Ma femme est venue avec moi faire le stage d’ailleurs.
Nous mangeons bio uniquement; nous favorisons les achats de produits issus d’un cycle court (merci Henri Landes) , nous évitons au maximum l’achat de produits emballés ; nous compactons les emballages destinés au tri sélectif (merci Serge Orru).
Au niveau professionnel, j’ai réussi à mettre en place un partenariat avec une entreprise de l’économie sociale et solidaire sur un de nos sites. J’ai appliqué l’intelligence collective au cours de quelques réunions spécifiques. J’ai également adapté mon management pour faire en sorte de responsabiliser chacun dans son rôle. Je dois avouer néanmoins que tout cela reste très compliqué…

4) Vous vous êtes inscrit au programme Exploraction qui débute le 19 avril; vous êtes mordu… Pourquoi suivre cette seconde formation ?
Envie d’une continuité, de poursuivre le changement et donc de me donner les moyens au travers de cette formation complémentaire.  La clé, c’est le passage à l’action, sans aucun doute. Au quotidien dans mon activité professionnelle, pas évident, comme je le laissais entendre précédemment… J’essaye d’avancer sur plusieurs pistes en parallèle et cette formation me permet de venir compléter le processus qui est en cours ! Développer une organisation responsable et inspirante, voilà bien mon objectif…

Interview du 24 mars 2017 : Geneviève Férone Creuzet, co-fondatrice et présidente de Casabee

Geneviève Férone Creuzet a fondé ARESE, première agence française de notation sociale et environnementale sur les entreprises cotées avant de devenir directrice du développement durable du Groupe Eiffage et Veolia Environnement.  Aujourd’hui, Geneviève est co-fondatrice et présidente de Casabee, cabinet de conseil en stratégie qui accompagne les collectivités et les entreprises dans la transition écologique.

 1) Vous êtes l’une des pionnières de la RSE et de la finance ‘responsable’. Comment qualifieriez-vous l’évolution des entreprises à cet égard ces dernières années?
L’évolution est lente, trop lente compte tenu de l’acuité et de l’urgence des enjeux. La RSE et la finance responsable pourraient être des leviers beaucoup plus efficaces pour transformer le capitalisme en profondeur. La RSE a ainsi été institutionnalisée et en quelque sorte dépourvue de forme d’opposabilité. C’est devenu un exercice de communication et de reporting, à côté de la stratégie des entreprises et loin des organes de gouvernance. Les investisseurs responsables devraient aller jusqu’au bout de leur engagement et voter en Assemblées Générales en cohérence avec leur positionnement; nous en sommes loin. ​

2) Pour favoriser une transformation efficace, pensez-vous qu’il soit préférable de travailler au sein ou hors des entreprises?
Je reste convaincue que le secteur privé constitue un levier et force formidable pour changer le monde, cela serait dommage de s’en priver. Cependant, force est de constater que les entreprises ne peuvent rien faire sans l’accès au capital et leurs actionnaires; il faut donc aussi persuader les investisseurs à financer des modèles économiques durables et responsables et davantage le long terme.

3) Que faites-vous aujourd’hui concrètement avec Casabee?
Casabee accompagne les entreprises sur leurs territoires d’implantation et les aident à mettre en oeuvre des modèles d’écologie urbaine et industrielle, à réaliser des projets économiques en mode circulaire avec les parties prenantes locales. Nous sommes dans la réalisation de pilotes concrets et expérimentaux car c’est ce qui fonctionne le mieux. Par exemple autour de la revalorisation de la filière bois dans le cadre de l’efficacité énergétique à l’échelle du Massif Central.

4) A l’heure d’impératifs sociétaux et environnementaux cruciaux, des enjeux d’urgence climatique, croyez-vous en l’implication forte des entreprises comme acteurs du changement?
Je pense que les entreprises ne comprennent pas encore quelles n’ont plus le choix. L’enjeu numérique et celui de l’ubérisation les préoccupent beaucoup plus et le changement climatique reste un angle mort faute de fiscalité environnementale qui ne les atteint pas encore sur leur compte de résultats.

5) Si vous ne deviez choisir qu’un seul levier pour accélérer la transition, quel serait-il?
Une fiscalité environnementale, comme en Suède, pour créer enfin les emplois verts de demain. Il faut que les politiques aient du courage et donc que les  citoyens que nous sommes se manifestent; c’est notre avenir qui est en jeu, Si la croissance à deux chiffres me parait une exception dans l’histoire de l’humanité, la prospérité est un beau projet qui reste à construire. Soyons curieux, ingénieux et solidaires.

Interview du 24 février 2017 : Jean-Philippe Beau-Douëzy, écologue et consultant en environnement

Jean-Philippe Beau-Douëzy, est écologue et consultant en environnement. Il travaille aujourd’hui sur des projets de reforestation, pour lutter contre l’érosion des sols, la perte de la biodiversité et des ressources en eau. Certifié en permaculture, il a créé avec sa femme la F.E.R.M.E du Bouchot.

1. Comment définiriez-vous la permaculture?
Prendre soin de la Terre, prendre soin des Humains, produire de l’abondance et partager équitablement. Ce sont les 3 éthiques de la permaculture et pour moi sa meilleure définition.

2. La permaculture touche aussi bien l’environnement que l’humain ; est-ce une philosophie, une technologie? 
La permaculture dessine (design) la société autour de la relation Homme/Nature (Terre). Aujourd’hui, nous réalisons que nous avons besoin d’un environnement sain et harmonieux pour vivre pleinement. Nous prenons conscience du rôle de la nature pour nous fournir ces éléments de bases (qui deviennent rares). Nous, humains sommes au centre de cette approche innovante. Nouvelle philosophie, nouvelle science ou simple bon sens basé sur l’observation de cette Nature à laquelle nous avons tourné le dos.

3. Des études récentes montrent que la permaculture peut être économiquement profitable pour la société. C’est l’une des clefs, non?
Certains volets de la permaculture s’attachent à la production agricole, c’est le cas du micro-maraîchage intensif dont on vante aujourd’hui l’efficacité économique. La permaculture est une boîte à outils (qui intègre les apports de l’agroécolologie, du biomimétisme…) pour préparer notre société à la transition vers une nouvelle civilisation où écologie/économie ne feront qu’une. Nous devons adapter notre société à ce paradigme et réaliser, comme le disait Claude Levy-Strauss, que « nous ne sommes pas des individus définis dans un monde infini, mais des êtres infinis dans un monde défini »

4. Vous avez créé un lieu, l’éco-centre du Bouchot ? Qu’y faites-vous ?
Au Bouchot, nous expérimentons la permaculture dans plusieurs de ses dimensions, à commencer par sa dimension humaine. C’est avant tout un lieu d’accueil, d’expérimentation et de partage. Hôtes, stagiaires, woofers, simples visiteurs, chacun y est invité à être ce qu’il est, non celui que les autres veulent qu’il soit.
Nous avons aussi une démarche concernant l’énergie, l’habitat, la gestion des déchets. Nous abordons la récupération de l’eau, son stockage, son traitement et sa dynamisation. Nous réalisons des jardins forêts comestibles (edible forest gardens) pour créer de l’abondance et de l’autonomie alimentaire. La F.E.R.M.E du Bouchot, c’est tout cela et plus encore…

5. Vous qui développez un nouveau modèle, encore alternatif, êtes-vous confiant en l’avenir?
35 ans au service de la conservation de la nature auraient pu me rendre lucide/pessimiste. Aucune des causes que nous avons défendues; des espèces menacées telles que baleines, loups, grands singes… des milieux naturels en danger ; les zones humides, l’Amazonie, les océans… n’ont été gagnées. Mais au fond, je pense que l’humanité n’a pas fait tout ce chemin pour terminer dans une impasse et j’ai un grand rêve, celui d’une harmonie entre l’Homme et la Terre. Humain et Humus ont la même racine étymologique.

Interview 20 janvier 2017 : Marie Aubry-Bréchaire, urbaniste et alumni de l’Engage University

Marie Aubry-Bréchaire, jeune urbaniste, nous parle de sa vision de la ville de demain, une ville innovante au service du bien commun.

1. Vous êtes urbaniste, à quoi ressemble selon vous la ville de demain ?

À celle d’hier, celle du XXème siècle alors que les unités de vie étaient à la taille de quartiers et non de grands territoires.​  C’est une échelle rêvée et recherchée parce qu’elle offre beaucoup d’aménités à proximité, inclut une certaine densité d’activités et d’habitants et comporte des espaces non bâtis et végétalisés qui lui apportent cachet et respiration.

C’est aussi une ville davantage en réseau mais toujours à cette mesure d’un quartier, avec le développement d’énergies et de symbioses locales. Cela va de pair avec le retrait des États dans le financement du développement urbain et des infrastructures à l’échelle nationale tout autant qu’avec la mise en liaison d’équipements grâce à des technologies qui optimisent les dépenses de toutes sortes.

2. Quels sont les enjeux fondamentaux liés à votre domaine d’activité ?
Savoir être à l’écoute des besoins exprimés ou latents, faire prendre conscience d’une vue d’ensemble et conseiller pour donner les clés d’un développement en adéquation avec les attentes d’une communauté. Cela demande d’être ouvert, capable de communiquer et d’orienter les êtres humains vers une prise de décision collective pour créer nos environnements d’aujourd’hui et de demain. Alors même que l’on détient des savoirs et que l’on pourrait prédire ce que serait une bonne ville à notre avis, les métiers de la fabrication urbaine doivent demeurer les traducteurs d’une volonté générale.

3. On rapproche souvent la sociologie et l’urbanisme, comment inventer une ville durable et inclusive ?
Il n’y a pas de recette magique pour faire une ville durable et inclusive, qui sont d’ailleurs deux termes valise. Une ville est souvent durable, rares sont les cas de faillite. Une ville est souvent inclusive, car concrétise matériellement le rassemblement de personnes qui ont choisi de faire cause commune. Le tout est de savoir ce que l’on veut faire durer et qui l’on veut inclure. Et ce sont là des choix de société.

La transparence des décisions prises en matière d’aménagement et d’urbanisme est capitale. Reste à inventer une façon de faire dialoguer les parties pour que le jeu soit compris par tous et que les influences de chacun soient possibles. En France, dire et montrer ce que l’on a fait et ce que l’on veut faire est parfois mal perçu. Or, c’est certainement la façon la plus créative et collaborative de faire évoluer des projets vers une issue positive et heureuse.

4. Quel est, pour vous, un exemple de ville innovante ?
Dernièrement, la Polynésie française a signé un protocole d’entente avec le Sea Steading Institute pour réfléchir à la création d’une ville flottante afin de faire face à la montée des eaux. C’est l’exemple même d’un problème traité par l’innovation pour protéger mais aussi réinventer une vie et des formes d’habitat dans un espace soumis à des contraintes fortes.

Dans un autre registre où cette fois-ci la ville se fait par les habitants, le développement de l’urbanisme communautaire dans des quartiers oubliés ou en déshérence à Montréal est un exemple significatif de solutions que nous pouvons créer ensemble. Ce qui est innovant pour moi, c’est d’énoncer clairement un problème, d’agir en faveur de sa résolution et d’expérimenter. Les villes dans ce cas sont toujours très nombreuses !

5. Si vous deviez retenir un projet qui symbolise la ville innovante au service du bien commun, quel serait-il ?
À Nice, l’écoquartier Méridia se veut un premier exemple de smart grids ou de quartier connecté qui permet notamment de lisser les consommations d’électricité. Le but est de produire localement de l’énergie, de la distribuer selon les besoins et de sensibiliser les habitants sur le partage d’un même réseau électrique. Nice est en bout de réseau au niveau national et subit souvent des coupures. Ce projet ne veut pas seulement remédier à un problème mais veut réunir les acteurs d’un quartier afin de consommer durablement l’électricité.

Par ailleurs, le quartier met en oeuvre des techniques environnementales destinées à créer un environnement sain pour les habitants et favorable au maintien actuel des conditions climatiques. Seulement, tous les projets ont leurs points à améliorer. Développer une telle extension urbaine dans une plaine fertile et rare en terrain inondable pose question en termes de consommation de terres arables. L’inondation est un risque que l’on peut maîtriser, créer des terres arables est toutefois un défi qui reste à relever.

6. Pourquoi avoir choisi de vous inscrire à l’Engage Université, qu’en retirez-vous au niveau personnel et professionnel ?
Il y a des choses que l’on n’apprend pas à l’école, et il y a des convictions personnelles que l’on se doit de nourrir pour s’épanouir. Suivre le programme Transitions répondait à ces besoins. Le contenu est très éloigné de ce que les formations techniques à destination des professionnels sont et n’entre pas non plus seulement dans la catégorie des formations de développement personnel. En somme, vous comprendrez que c’est les deux.

Et en résumé, c’est un espace-temps où toute personne dotée d’une soif d’apprendre et d’agir dans tout domaine d’action peut trouver des savoirs et d’autres personnes qui seront heureuses de transmettre et de partager ce que vous recherchez et même ce à quoi vous ne vous attendez pas.

Interview 16 Décembre 2016 : Mathilde Imer, co-fondatrice d’Escapademos et participante de l’Engage University

Mathilde Imer, co-fondatrice d’Escapademos nous parle de ce projet, un voyage pour réinventer la démocratie.

En quoi consiste le projet EscapaDemos ?
EscapaDemos, c’est l’aventure de quatre exploratrices, parties à la rencontre d’initiatives qui contribuent à réinventer la démocratie, en France et en Amérique Latine.   ​ Pendant six mois, nous avons étudié de nouveaux modes d’organisation et découvert de nouvelles manières d’aborder la question de la démocratie (dans le monde politique comme dans le monde économique), davantage centrées sur l’humain et la coopération.
A notre retour, nous allons développer un programme d’inspiration et d’accompagnement visant à transmettre notre expérience aux jeunes, mais également aux collectivités et aux entreprises, partageant leur constat qu’il est nécessaire de réinventer les modèles d’organisations.

Quelles ont été les innovations les plus marquantes que vous avez découvert ? 
Au niveau politique : des partis politiques latino-américains bien différents de ceux que nous connaissons ici (Partido de la Red), des budgets participatifs qui existent depuis plus de 20 ans (Villa El Salvador)
Au niveau économique : des coopératives et des entreprises libérées inspirantes et donnant beaucoup d’espoir quant au futur de l’entreprise (Coopaname, Groupe Hervé), des monnaies locales inclusives (Tumin), des entreprises publiques locales au fondement de la transformation d’une ville (Medellin)
Au niveau culturel : des villes utilisant l’art et la narration pour engager leurs habitants dans des démarches participatives et accompagner la transformation du moteur économique de leur collectivité (Loos-en-Gohelle), des structures créatrices d’un déclic personnel de jeunes ou de managers de grands groupes pour leur bien-être et le développement de leur entreprise (Université du Nous, Innovaction, Fabrik à Declik).

Si vous ne deviez retenir qu’une seule innovation applicable en France ?
Plus qu’une innovation en particulier, ce que nous retenons c’est la nécessité de réinventer nos modèles d’organisations, et ce pour quatre grandes raisons : mieux gérer la complexité du monde actuel, donner envie aux gens de s’engager dans leur travail à 100%, s’adapter aux aspirations des jeunes générations, et favoriser la créativité en interne pour développer le potentiel d’innovation de la structure.

Pour y parvenir nous avons découvert qu’au delà du remodelage du fonctionnement d’une structure, c’est aussi et surtout tout une culture à inventer et à essaimer! Vous aurez beau penser le modèle d’organisation le plus agile possible, si les personnes qui doivent le mettre en oeuvre n’ont pas la culture qui correspond à ce mode d’organisation, alors vous ne risquez pas d’aller très loin. C’est pour cela que nous avons décidé de nous dédier désormais à l’accompagnement de structures dans l’apprentissage de cette culture.

Vous êtes alumni de l’Engage University, qu’en retirez-vous ?
Du bonheur!
Engage ce sont tout d’abord des rencontres : avec des intervenants de grandes qualités et des participants curieux, qui viennent d’horizons différents.
Engage c’est des montagnes russes : à chaque session un « moment déprime » avec la découverte de la réalité et de la complexité du sujet de la session (on ne ment pas et on n’embellit pas la réalité chez Engage!), suivi d’un « moment d’espoir intense » lors de la découverte de projets et d’initiatives qui permettent de répondre à ces défis.
Engage c’est aussi des réponses à vos propres questions : avec des conférences et des ateliers de grande qualité!
Engage c’est enfin un apprentissage de techniques de développement personnel, qui vous nourrissent la tête et le corps – et c’est certainement sa force par rapport à d’autres formations de ce type.

Bref Engage c’est hautement recommandé!

Interview 16 Décembre 2016 : Doctorante en philosophie politique et maître de conférences à Sciences Po, intervenante de l’Engage University

Charleyne Biondi, Doctorante en philosophie politique et maître de conférences à Sciences Po interviendra lors de la prochaine session du programme Transitions de l’Engage University.

  1. Sur quoi portent vos recherches ?
    Je travaille sur la surveillance — c’est-à-dire la collecte massive de données à laquelle se livrent les entreprises de télécommunications, les GAFA et les services secrets — et je m’intéresse aux conséquences de cette surveillance pour le sujet : ce que cela implique pour la relation à soi, le processus de subjectivation, « le gouvernement de soi » ; comment cela transforme les relations de pouvoir, « le gouvernement des autres. » ​
  2. Quelles sont les dangers que nous encourons en tant que citoyens ?
    Au-delà des conséquences psycho-sociologiques (sur la construction de l’identité par exemple), la surveillance a aussi des effets politiques : le « chilling effect » induit par la surveillance encourage le conformisme et limite la liberté d’expression ; le « biais de confirmation » rendu possible par la collecte et l’analyse de nos métadonnées et mis en cause dans l’élection de Donald Trump (le fait que des millions d’électeurs aient été confortés dans leurs idées préconçues et n’aient jamais été exposés aux thèses adverses), créé des bulles de réalité selon l’analyse des préférences et des lectures de chacun — une violation de la vie privée qui n’était pas prise au sérieux quand elle se limitait au marketing commercial, dont on commence enfin à mesurer les dangers.3. Comment nous en prémunir ?
    En comprenant, d’abord, la valeur de la vie privée. L’argument hallucinant du « Nothing to Hide », le « je n’ai rien à cacher » doit être déconstruit entièrement. La vie privée est trop souvent présentée comme une liberté individuelle, un acquis sympathique du libéralisme politique auquel on renonce volontiers au nom de l’intérêt général, pour la sécurité de tous. On oublie que la vie privée est essentielle au fonctionnement de la démocratie.

    4. Que signifie pour vous une société plus éthique ?
    Une société où l’on ne se laisse pas porter par le flot des événements et de la vie, mais où chacun interroge, individuellement, et dans la solitude de sa conscience, le monde qui l’entoure et ses propres choix. Une société où, plutôt que de passivement baisser les yeux sur nos petits écrans pour se laisser abreuver (aveugler) par le flux constant de stimulations extérieures, chacun prendrait un instant pour se surveiller soi-même et se demander : au fond, qu’est-ce que j’en pense ?

 

 

Interview 1 Décembre 2016 : Aymeric d’Afflon, spécialiste du serious gaming, participant de l’Engage University

Aymeric D’Afflon, spécialiste du serious gaming, nous parle de son expérience du jeu.

  1. Comment définissez-vous l’engagement ?

L’engagement, c’est choisir une direction et donc renoncer à d’autres possibles. On ne peut pas « sauver le monde » mais on peut s’investir dans une cause. Et comme en général il y a une adversité qui semble plus puissante, mieux vaut rejoindre un collectif pour générer des courants d’émotions contagieuses, du courage notamment. ​J’y ajouterais un principe facile à énoncer, difficile à appliquer, mais qui à lui seul déjà fait sens : l’exemplarité.

  1. Pouvez-vous nous présenter votre projet ?

Mon principal projet est un jeu qui réconcilie les possibilités du numérique et le besoin de lien réel entre les personnes. Sous le nom de l’Agence des A.…, j’organise des « Secret Parties » dans différents lieux et milieux. Chaque participant reçoit le profil d’un autre participant, envers qui il doit être particulièrement bienveillant pendant la durée de la partie. J’y ajoute plusieurs couches de gamification, pour que l’expérience soit joyeuse, quel que soit le niveau d’implication des joueurs, et pour faire primer la dimension collective; j’y ajoute des missions en équipe. Le résultat est un ensemble de petites attentions générées et collectées autour de valeurs comme la bienveillance et la créativité.

  1. Pourquoi avoir choisi de passer par le jeu ?

Ah, le jeu… mon sujet de recherche et de création depuis plus de dix ans !  Je suis convaincu que le jeu permet de créer un espace d’expérimentation, et donc, de stimuler tous les domaines où l’humain peut trouver du plaisir à s’améliorer. Le jeu est également un moyen de se retrouver et d’échanger ; de passer un bon moment en famille ou entre amis. Concernant les « Secret Party », c’est une expérience qui s’appuie à la fois sur des ressorts ludiques et sur une dynamique événementielle.

  1. Si vous deviez choisir une seule cause pour laquelle vous engager ?

La protection de l’environnement. Elle se décline en de nombreuses problématiques, comme on l’apprend à l’Engage University. Je me sens personnellement responsable de ce problème et je pense que nous pouvons évoluer. J’ai adapté un vieux sac à dos, il me permet de ramasser et trier facilement les déchets que je croise lors de mes ballades, jogging… C’est très agréable de faire le chemin retour, et de voir qu’il est plus joli qu’à l’aller. S’il y en avait une deuxième, ce serait la protection des données personnelles et la transparence des données publiques.

  1. Une source d’inspiration, un projet qui vous a animé récemment ?

L’Agence des A… qui constitue progressivement une communauté de personnes ayant apprécié l’expérience des Secret Parties. Je suis également très intéressé par toutes les communautés émergentes fondées sur les principes de l’inclusion, de liberté d’action, en particulier celles qui essaient de les appliquer à la politique en ayant confiance dans l’intelligence citoyenne : la France Insoumise, Stig

Interview 4 Novembre 2016 : Henri Landes, Henri Landes, maître de conférences à Sciences Po et co-fondateur de CliMates, intervenant de l’Engage University

  1. Pourquoi avez-vous choisi de vous associer à l’Engage University ?​​
    L’éducation au développement durable et au respect du vivant est fondamentale pour envisager un changement pérenne de notre société.
    Ce que je trouve passionnant à l’Engage University, c’est qu’elle ne propose pas un parcours pédagogiques classique mais un cursus innovant, multiforme, sur des thématiques à mes yeux essentielles.2. Le premier programme Explor’action traitera de la thématique des « nouveaux business modèles », pouvez-vous nous en dire plus ?
    Les entreprises sont probablement les acteurs les plus importants à mobiliser. Les plus grandes entreprises gèrent une énorme partie des ressources naturelles, détiennent la grande majorité des énergies fossiles, l’avenir de la planète et de l’humanité dépend de leurs choix. Il est donc important d’influer positivement sur elles, de les aider à trouver de nouvelles solutions qui respectent leur impératif de rentabilité et intègrent des pratiques beaucoup plus vertueuses sur le plan environnemental, social et sociétale. Elles doivent s’engager dans cette transition. Cela constitue un impératif qu’elles comprennent d’ailleurs de mieux en mieux.

    3. Vous avez créé CliMateslorsque vous étiez à Sciences-po. Qu’en est-il cinq ans après ? 
    Nous sommes aujourd’hui à la 5èmegénération de CLiMates. Quand j’étais président, les objectifs à court terme ont été atteints. Nous avons tenu le premier sommet international de CliMates, participé à la COP 18, écrit un manifeste et créé un réseau international d’étudiants. Chaque année, les objectifs fixés par les équipes sont toujours plus ambitieux et je suis impressionné par l’activité de tous les CliMates. CliMates a pour mission de regrouper des milliers de membres actifs travaillant opérationnellement sur les solutions globales mais aussi locales à l’échelle des territoires.

    4. Et chez vos étudiants, notamment à Sciences-po, constatez-vous une prise de conscience ?
    Les étudiants sont de plus en plus sensibles aux questions environnementales et sociétales. Les formations se teintent de vert et de bleu, des masters spécialisés sont créés. La question est de savoir si l’on va être capable d’accélérer le mouvement. Je pense que l’Engage University peut y aider en élargissement le profil des étudiants, en touchant des audiences qui n’ont pas ou plus accès à ce savoir et à ces formations.

Interview 4 Novembre 2016 : Kavita Brahmbhatt, co-fondatrice d’Action Emploi Réfugié

Kavita Brahmbhatt, co-fondatrice d’Action Emploi Réfugié nous parle d’engagement citoyen, fil rouge de sa vie.

Lancée début 2016, Action Emploi Réfugié est une plateforme virtuelle qui met en relation employeurs et réfugiés en France. L’association facilite l’intégration des réfugiés par l’emploi et contribue à donner une image positive des réfugiés.

1. Comment vous est venue l’idée de la plateforme Action Emploi Réfugié ?
J’ai travaillé pendant 5 ans avec des migrants et cela fait maintenant 10 ans que je travaille avec des réfugiés. Il y a un an, après être revenue d’une mission au Kenya, j’ai vu qu’il y avait beaucoup de publications à propos des migrants qui venaient en Europe et qu’il fallait agir concrètement.
Une idée nous est alors venue avec une amie et collaboratrice, Diane Binder : la meilleure façon pour que les réfugiés puissent mieux s’intégrer, c’est de leur donner accès à un emploi. L’emploi est le premier facteur d’intégration, c’est un moyen de gagner sa vie mais aussi de se sentir utile, de créer du lien social et d’apprendre rapidement la langue du pays accueillant.

2. Depuis sa création, quel a été l’impact d’Action Emploi Réfugié ?
Une centaine de réfugiés a obtenu un emploi grâce à notre plateforme. Nous avons aussi pu tisser des liens durables entre certains réfugiés et employeurs.
Nous avons aussi lancé la Welcome Collection avec un collectif  de 5 personnes. En 3 semaines, des designers réfugiés ont créé une collection de 20 robes commercialisées au Centre Commercial à Paris. Cette action citoyenne montre qu’avec l’engagement de quelques personnes et en très peu de temps, on peut obtenir des résultats tangibles.

3. Quels sont les objectifs d’Action Emploi réfugiés ?
Pour 2017, nous aimerions qu’au moins 1000 réfugiés aient trouvé un emploi par l’intermédiaire de notre service. Je pense que notre objectif est atteignable si nous réussissons à mobiliser plus de personnes et de financement. Notre voulons aussi diffuser plus de connaissances et d’informations autour de cette thématique ; mieux communiquer sur les talents des réfugiés. Nous devons changer la vision que les français en ont.

4. Quelles sont les prochaines étapes du projet ?
Il y en a plusieurs : tout d’abord, améliorer le design utilisateur de notre site web. On veut également mobiliser plus d’employeurs et de réfugiés en travaillant avec nos partenaires parisiens.
Nous venons par ailleurs de lancer Info Emploi Réfugié, un service d’information dont le site web sortira en 2017.

5. Si vous deviez choisir une seule cause ?
L’intégration des réfugiés, je m’y emploie depuis 15 ans et c’est ma plus grande passion. Je viens du Kenya et j’avais un camp de réfugiés à coté de mon école. J’ai vu leurs souffrances et cette proximité a provoqué mon engagement.

6. Une source d’inspiration ?
Les personnes qui m’inspirent le plus sont les femmes qui vivent dans les camps de réfugiés. Elles arrivent encore à rire, à croire en la vie, à rester légères souvent. Cela m’a toujours bouleversé et inspiré en tant que femme et en tant que maman.

Interview 26 Septembre 2016 : Loïc Blondiaux, professeur de science politique à l’Université Paris I – La Sorbonne, intervenant de l’Engage University

La deuxième session du programme Transitions de l’Engage University portera sur les nouvelles formes de gouvernance. Avec Loïc Blondiaux, professeur de science politique à l’Université Paris I – La Sorbonne (également présent aux ENGAGE DAYS #4), nous parlerons de la crise de notre système démocratique. Petite mise en bouche de sa prochaine intervention…

  1. La démocratie est-elle, selon vous, en crise ? 
    Elle l’est évidemment, et le constat me semble de plus en plus largement partagé.
    Les symptômes de cette crise sont multiples : défiance des citoyens à l’égard de leurs élites politiques, impuissance publique généralisée face aux défis environnementaux qui nous menacent, emprise des acteurs économiques sur le pouvoir politique, montée des populismes d’extrême droite, dégradation accélérée de la qualité du débat publique… Certains auteurs, comme Colin Crouch, évoquent la période actuelle comme un passage de la démocratie à un autre type de régime, la « post-démocratie», dans lequel la capacité des citoyens à influencer les politiques serait quasiment réduite à néant. Sans aller jusqu’à suivre cette analyse, il faut constater que les régimes démocratiques n’ont, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, jamais paru aussi fragiles et leurs adversaires (technocrates, démagogues, fondamentalistes identitaires…) aussi puissants.

    2. Pourquoi la société civile croit-elle de moins en moins en notre système politique ? Jusqu’à ces dernières années, il pouvait sembler que les institutions des démocraties représentatives contribuaient à la fois à gouverner efficacement nos sociétés et à refléter sans trahir la volonté des populations. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, elles suscitent une double défiance : quant à leur capacité à résoudre les problèmes et à représenter correctement les citoyens. L’élection ne suffit plus à elle seule à légitimer les décisions des gouvernants. C’est d’abord une bonne nouvelle. La critique est une vertu plus démocratique que la déférence et les citoyens ne sont jamais apparus autant capables d’interpeller et de remettre en cause les discours et les actions de leurs gouvernants. Cela peut se transformer aussi en cauchemar : dès lors que cette défiance se transformer en rejet pur et simple de tout affirmation d’autorité en provenance des élites, de toute représentation. Cela fait le lit de tous les populismes et de toutes les démagogies.

    3. Un de vos ouvrages s’intitule Le nouvel esprit de la démocratie, qu’entendez-vous par « nouvel esprit » ?
    J’entendais alors, lorsque j’ai écrit ce livre, la montée en puissance d’un « impératif participatif » dans nos démocraties au sens où celle-ci n’ont cessé de multiplier en particulier depuis les années 2000 les dispositifs visant à associer, de façon plus ou moins directe, les citoyens ordinaires au processus de décision. Ce mouvement n’a pas cessé depuis lors. Budget participatif, jurys citoyens, conseils de quartier, consultations numériques … le nombre et le niveau de sophistication de ces dispositifs participatifs ne cessent d’augmenter. Leur présence, dans le prolongement des institutions traditionnelles de la représentation, peut être analysée comme l’une des réponses données par les gouvernants au procès en illégitimité qui leur est fait. Mais il faut souligner que ce mouvement vers plus de participation s’accompagne d’autres évolutions qui vont à l’inverse dans le sens d’une moindre possibilité d’influence des citoyens sur la décision et d’une main-mise croissante de la sphère économique sur la sphère politique, via différents groupes d’intérêt qui imposent leur logique. D’un côté le processus politique semble s’ouvrir, de l’autre il se referme et se pose aujourd’hui la question de qui gouverne réellement : les citoyens via leurs représentants ou les entreprises, les marchés et les banques via leurs lobbys, leurs experts et les politiques qu’ils ont sous leur coupe.
    4. Croyez-vous en l’émergence d’un autre système démocratique ?
    La possibilité  de remplacer du jour au lendemain les élections et la représentation par le tirage au sort ou par une fédération de conseils ou d’assemblées ne me semble ni envisageable ni souhaitable au fond. Ouvrir la représentation politique à de nouveaux acteurs ; multiplier les possibilités pour les citoyens de contrôler, de contribuer, d’interpeller ;  mettre en place des instances tirées au sort ; faire en sorte que tous les citoyens impliqués par une décision puissent participer à son élaboration ; obliger les élus à rendre des comptes ; concevoir différemment l’exercice du pouvoir au sein des organisations ; donner aux plus faibles la possibilité de s’organiser pour se faire entendre ; dé-professionnaliser le métier politique ; réformer ou réécrire la constitution avec la participation du plus grand nombre : tout cela, et beaucoup d’autres choses encore me semblent compatible avec l’élection et la représentation. C’est en cela qu’une autre démocratie et possible.

Interview 26 Septembre 2016 : Christine Oberdorff envoyée spéciale d’Ushuaïa TV

  1. Pourquoi avoir suivi les réfugiés du Kurdistan irakien ? 
    Cette idée a germé pendant la COP21 puisque pour la première fois la notion de réfugiés ou de déplacés climatiques a été mentionnée dans un accord international sur le climat. Au cours de la COP21, les rencontres que j’ai faites m’ont permis de rencontrer Reza, un photographe qui travaillait dans le camp de Kawergosk, dans le Kurdistant irakien, avec des enfants. Reza a par ailleurs été l’un des premiers à mettre le doigt sur le lien indissociable entre désordre climatique, migrations et conflits.2. Alors que le climato-scepticisme monte en puissance, pensez-vous que les médias en général ou qu’une enquête comme la vôtre peuvent changer les mentalités ?Je l’espère ! Je suis avant tout convaincue que l’humanité n’est pas suicidaire. Qu’on habite en Chine, au fin fond de l’Arctique ou à Paris, on aime tous nos enfants, on a tous besoin de manger et on veut tous vivre dans de bonnes conditions. Je m’accroche à cette idée selon laquelle les climato-sceptiques jouent dans leur coin et ne vont pas dans le bon sens de la marche du monde. Les médias ont un rôle à jouer et ils sont particulièrement efficaces quand ils traitent ces sujets dans la durée.

    3. Au Sénégal, vous avez suivi un collectif de femmes de pêcheurs qui luttent contre l’émigration clandestine. Comment sont-elles perçues ? Leur démarche est-elle comprise par tous ceux qui veulent gagner l’Europe ?
    C’est un peu comme dans une famille, qu’elle soit occidentale ou orientale : la parole des mamans finit par être entendue par les enfants.
    Pendant longtemps, ces femmes se sont tues. A présent, elles expriment leur instinct de survie car les conséquences de ces migrations remettent en cause leur propre subsistance. Les femmes se lèvent car elles craignent que ce processus les mène à leur perte.
    Le message des femmes est aussi relayé par les nouvelles technologies et notamment les réseaux sociaux : l’idée que l’Europe n’est plus un Eldorado se propage et dissuade ceux qui autrefois voulaient partir au péril de leur vie.

    4. Qu’avez-vous découvert en suivant les réfugiés ? Y a-t-il quelque chose que vous ne soupçonniez pas ? 
    Ce qui m’a le plus marqué pendant ce tournage, c’est le voyage vers le nord et la rencontre avec les yézidis. Les yézidis sont victimes d’une forme de génocide, leur extermination a été en quelques sortes « organisée » et ils sont de surcroît victimes du dérèglement climatique. Minorités symbolique, victimes d’une double peine donc. Ils nous ont demandé de parler de leur situation, ils se sentent abandonnés de tous.
    Au Sénégal, c’est encore différent. Les choses ont évolué depuis les années 90. Autrefois, le fait qu’il y ait toujours un homme désigné pour aller en France était quelque chose de normal et naturel mais maintenant, leurs conditions de départ sont si périlleuses que ça change la donne. C’est un phénomène que je n’avais encore pas eu l’occasion de filmer et de commenter.

    5. Avez-vous une anecdote à nous raconter ?
    Mon anecdote s’appelle « une souris verte ». J’étais dans un endroit où les immeubles n’ont ni portes ni fenêtres. Un endroit qui manquait d’eau jusqu’à ce que Action contre la faim arrive, avec des enfants partout. Des enfants qui perdent leur regarde enfantin dès l’âge de 9 ans.
    L’équipe faisait son travail et moi j’ai commencé à interagir avec ces enfants. On a fait une ronde et j’ai commencé à chanter « une souris verte ». En 15 minutes ils connaissaient la chanson par cœur. A ce moment là, j’ai réalisé que les enfants pouvaient toujours garder ou reconquérir leur joie de vivre. Un moment de grâce.
    Dans la foulée, je suis montée dans des immeubles et j’ai vu des mères de famille au delà du désespoir. Je n’ai jamais vu un tel désespoir dans les yeux des gens. C’est ce qui m’a le plus frappé. Dans les yeux des hommes, la colère et dans ceux des femmes, le désespoir et le sentiment d’avoir été salies, abimées…

    6. En suivant les réfugiés du Kurdistan irakien et du Sénégal, avez-vous pu déterminer quel était leurs besoins le plus urgents et éventuellement entrevu des pistes de solutions ?
    Pour les yézidis, leurs premiers besoins sont l’eau, la nourriture et les vêtements. Ils ne vivent même pas dans des camps car dans les camps tenus par le HCR le confort est certes précaire, ça reste vivable. A Kawergosk, j’ai compris que ce qui était le plus important pour ces populations était l’éducation. Sans éducation, l’aide d’urgence n’a pas de sens. Alors des instituteurs sont improvisés mais ce n’est pas terrible.

    S’il y a une idée que je souhaite faire passer, c’est qu’il faut arrêter de penser que ces personnes partent de chez elles par plaisir. On fait l’amalgame entre réfugiés, migrants, terroristes… Ces gens là ne rêvent que d’une chose : rentrer en Syrie dès que le conflit sera terminé. Dans le cas des Sénégalais, ce n’est pas forcément le cas, en partie parce que le rapport à l’Europe n’est pas le même.

Interview 26 Septembre 2016 : Levent Acar est co-fondateur de i-Boycott, intervenant de l’Engage University

Levent Acar est co-fondateur de i-Boycott. Son projet fera l’objet d’un Engage Camp lors des ENGAGE DAYS #4. 
I-Boycott est une plateforme de lancement de boycott et de buycott responsables. Inspiré par les grandes campagnes de boycott qui ont marqué l’histoire (comme celle du Mahatma Gandhi à l’encontre des produits britanniques vendus en Inde) i-Boycott souhaite permettre aux consom’acteurs d’interpeler les entreprises pour qu’elles mettent un terme à leurs mauvaises pratiques. Loin de vouloir sanctionner les entreprises, i-Boycott s’inscrit dans une logique constructive qui vise avant tout à les responsabiliser et à les faire évoluer. 
Parmi les grandes campagnes de i-Boycott, citons H&M et Petit Navire. Pour découvrir les autres campagnes, c’est par .

  1. Comment définissez-vous l’engagement ?
    L’engagement est un état d’esprit qui a comme vecteur l’Amour. C’est l’Amour de l’autre, de la Terre, des êtres vivants qui nous entourent, qui nous pousse à agir pour rendre leur vie meilleure. L’engagement est une quête personnelle pour le bien-être commun.2. Quand vous-êtes vous engagé pour la premièrefois et comment ?
    La première fois remonte au lycée, lorsque j’ai organisé pour la journée mondiale de la faim une récolte de dons. En moins d’un mois nous avons créé notre association et récolté en deux heures plus de 500€, avec l’aide d’une dizaine d’étudiants. Nous avons reversé ces dons à Action Contre la Faim. C’était une belle victoire.

    3. Et votre dernier engagement ?
    Mon engagement actuel se fait au travers d’I-boycott. Nous voulons créer un contre-pouvoir citoyen axé sur le pouvoir d’achat. Le boycott peut fédérer et responsabiliser de façon très efficace.

    4. Quels sont vos objectifs pour ce projet ?
    Atteindre une masse critique pour peser dans le jeu économique, avoir un véritable impact. Dénoncer des scandales et mettre en avant des entreprises éthiques pour responsabiliser les citoyens et agir tous ensemble.

    5. Si vous ne deviez choisir qu’un seul combat, quel serait-il ? 
    Je choisirai la lutte contre la faim. Comme le souligne Jean Ziegler (homme politique et sociologue suisse, ndlr) chaque enfant qui meurt de faim, meurt assassiné. C’est la répartition inégale des richesses et la logique de maximisation des profits qui causent aujourd’hui l’ensemble des dégâts que nous connaissons. J’essayerais alors d’imposer l’éthique comme un fondement de l’économie. Le boycott est justement un bon moyen pour y parvenir.

    6. Qui vous inspire et pourquoi ?
    Je suis inspiré par Gandhi. Il a su démontrer dans des conditions extrêmes que le vrai pouvoir est détenu par le peuple. Le mariage de la force du nombre et de la sagesse de la bienveillance est le cocktail citoyen par excellence. Gandhi a inversé les règles du jeu et a incarné l’espoir de tout un peuple.

    7. Si vous aviez un conseil à donner, un message à faire passer, ce serait…
    Levez-vous chaque matin en disant ce que vous pouvez faire de concret, positif et de beau pour la Terre.