Interview Pierre-Etienne Franc, VP Air Liquide

Pierre-Etienne Franc, quelles sont vos nouvelles responsabilités au sein du Groupe Air Liquide ?
Je prends la responsabilité de structurer les marchés de l’hydrogène ouverts par la transition énergétique et de m’assurer qu’Air liquide y soit favorablement positionné.

L’hydrogène est donc au cœur de la transition environnementale ? On parle de « chaînon manquant » ?
La transition énergétique, dans sa composante physique, est d’abord un double renforcement : renforcement de la part du renouvelable dans le mix et renforcement par conséquence du rôle de la fée électricité dans la distribution de cette énergie dans les secteurs qui en ont besoin.

La fée électricité a deux baguettes : la baguette de la distribution en réseaux – le fil et la batterie – et la baguette de l’hydrogène, l’autre vecteur de stockage et de distribution d’énergie efficace quand le réseau n’est pas suffisant.

Vous définissez l’électricité comme un concurrent ou comme un allier dans la transition ?
L’électricité est de fait le vecteur principal qui permettra avec l’hydrogène de se passer un jour des énergies fossiles.

Le groupe Air Liquide, et en particulier l’activité que vous dirigez, peuvent être un symbole des nouvelles responsabilités sociétales de l’entreprise dans la cité ?
L’ouverture de ces marchés est un engagement plus ambitieux que de nature parce que nous sommes au cœur du système productif construit sur le dernier siècle et demi pour servir un modèle de croissance matériel et intensif.

Il s’agit d’en changer sans que cela ne se fasse au détriment du bien commun. L’objectif est de refonder un système productif différent, soutenable, probablement plus distribué, dans lequel le rôle des technologies devient très central, et donc nécessite des investissements initiaux élevés et risqués. Ceux-ci ne sont pas réalisables sans un consensus collectif qui permettrait d’atteindre des niveaux de coûts compétitifs, ni sans que les entreprises y mettent les moyens. Elles le feront uniquement à condition que les engagements de politique publique soient déterminés et globaux pour éviter un isolement vertueux mais non compétitif.

Dans cette optique, il est dans l’intérêt des entreprises dont les activités servent directement ou indirectement le bien commun – et c’est le cas de l’énergie – d’être associée très en amont au débat public et collectif sur les bons choix de façon à ce que les décisions réglementaires et de politiques publiques soient informées. Le monde connecté impose dans ce dialogue une grande transparence qui génère en retour une plus grande clarté des débats et aussi une meilleure capacité des parties prenantes à tester les solutions. Les entreprises doivent rentrer dans ce jeu si nous voulons que les meilleures solutions soient prises.

Vous faites partie d’Engage depuis sa création, le Groupe Air Liquide en est partenaire, pourquoi ?
Engage incarne dans son style très transversal, très ouvert, très positif, la démarche qui doit permettre de construire des solutions intelligentes, humaines, durables pour nos grands problèmes actuels. Engage élargit le regard de nos collaborateurs et nous impose en retour de mieux expliquer et comprendre les enjeux et les freins des idées que nous souhaitons faire avancer, dans le cas présent, la transition énergétique.

Interview Nicolas Vanbremeersch, Fondateur de Spintank

Nicolas Vanbremeersch est Fondateur de Spintank, agence de communication digitale et du Tank, espace dédié à l’innovation. Spécialiste de la communication politique, il a été une figure reconnue de la blogosphère et twitte à @versac.

1) Vous avez fondé Spintank, qui travaille sur l’intégration du numérique dans les entreprises et les organisations en termes de communication. Quels sont pour vous les grands bouleversements que provoque cette révolution digitale ?   
En fait, quand on prend un peu de recul, c’est très simple, la révolution digitale. J’y vois trois phénomènes. D’abord la mise en réseau des individus : peu à peu, nous baignons tous dans une forme de réseau, et cette forme prend le pas sur des modes d’organisation de la société plus classiques. Nous baignons tous en permanence entourés d’un réseau, perceptible ou non, de liens faibles qui nous est extrêmement utile et facilite notre rapport au monde.
Le deuxième phénomène est la tendance à la transformation de tout en données librement disponibles. Le mouvement est celui d’une transformation de tout en des données qui servent à construire notre rapport au monde, à nous médier, et qui nous sont essentiels.
Le troisième mouvement est la domination du flux, le mouvement qui l’emporte sur le reste, justement à cause de ces deux phénomènes initiaux : dans un monde en réseau où l’information est disponible à tous, il y a une prime au flux, au liquide.
Dans ce monde liquide, la prime va à celui qui sait fabriquer quelque chose de ce matériau, organiser et agir sur le flux, sur le réseau et les données, interrompre ou donner une forme au flux. C’est le challenge immense des organisations d’avant la révolution digitale : s’adapter au monde liquide qui les met en défi.

2) Vous êtes aussi un  observateur avisé de la vie politique depuis des années. Là encore, on peut parler de révolution, quelle a été et sera la part du numérique dans celle-ci ?
Ca fait plus de 15 ans que j’observe et agis à la croisée du politique et du numérique. Cette année 2016-2017 a été pour moi comme une confirmation de l’impact du numérique, de son pouvoir de coordination et d’influence sur des mouvements de masse, comme en parlait déjà si bien Clay Shirky il y a dix ans, sur la société française. On tardait, de fait, à voir naitre des coordinations et mouvements hybrides, qui mettent à bas les anciennes structures. La France Insoumise et En Marche sont des mouvements qui n’auraient pas pu se monter et se coordonner sans la faculté de mise en réseau et l’habitude qu’ont prise des milliers de Français de se coordonner librement. Il aura fallu des déclencheurs très étonnants et paradoxaux, Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron, tous deux outsiders-insiders à leur manière, à la fois connaisseurs du système et capables d’en briser les règles, pour que se forment des mouvements qu’on avait déjà vus dans d’autres pays autour de nous (Podemos, 5 étoiles, …).
Ce n’est pas neuf, et ça vient sur un terrain profond, ancien, qui s’est expérimenté par strates successives, dans la société française, du referendum de 2005 à Nuit Debout. La société s’est prouvée à elle-même qu’elle était capable de se mobiliser et de chercher de nouvelles manières de s’entraider, militer, s’engager, positivement ou exprimer une colère. Il lui manquait des passeurs pour exprimer ce potentiel disruptif dans l’arène de la représentation. Une ère très profondément nouvelle s’ouvre.
Je n’oublie pas aussi l’impact que le numérique a sur ce qui agit en amont ou autour de l’organisation de la société et des partis : les récits, les actualités, les média et les humeurs qui font l’espace public. C’est là que se situe un des défis les plus fondamentaux : l’espace public a volé en mille morceaux, s’est soumis en peu de temps à des pressions opportunistes, et s’est complètement confondu avec l’espace social. Il est humeurs, émotions, et le fruit d’un rapport de forces entre des acteurs qui y ont des intérêts d’expression très forts. C’est là qu’il y a, sans doute encore plus que dans les structures politiques, un défi pour notre démocratie.

3) Le numérique est en train de modifier finalement la façon dont nous faisons société, pour le meilleur et pour le pire. Comment qualifieriez-vous son impact ?La métaphore que je préfère est celle de ZygmuntBauman, de la force liquide. Pas un liquide de souplesse et d’agilité : il faut se figurer les eaux tumultueuses et fracassantes d’une vague énorme qui vient challenger notre société, lui apportant à la fois une énergie folle, mais remettant en cause les digues et structures patiemment érigées pendant de nombreuses années, et qui forgeaient, croyait-on, son identité même. Il va falloir réinventer nos structures pour composer avec ce flux et pas lutter contre, et repartir des objectifs (notre protection sociale, notre représentation, notre gouvernance) à partir des règles mêmes de cette société liquide. Bauman était à la fin de sa vie pessimiste, je suis pour ma part réaliste, et surtout pas naïf.

4) Et bien alors, quelles pistes envisager pour mettre le numérique au service d’une société plus inclusive et finalement du bien commun ?
C’est extrêmement difficile de fabriquer la bonne feuille de route, et je ne suis pas politique ni stratège. Dans la feuille de route pour une société qui se réunisse plus positivement autour du numérique, je vois quand même quelques ingrédients. D’abord, il faut chercher à préserver ce qui relève du bien commun, fabriquer une législation qui protège le web et l’internet comme un bien commun, pour que cette force ne cède pas sous le coup de néo-monopoles. Je suis malheureusement assez pessimiste à cet égard : la force de privatisation de l’espace public numérique est déjà tellement engagée que ce moment du web pourrait bien avoir été une parenthèse de l’histoire. Or, c’est cette capacité d’une mise en commun du réseau, d’une dynamique d’ouverture qui a permis la création de projets et d’entreprises inimaginables, de Wikipedia à Google. Il faut maintenir le terreau fertile du réseau ouvert pour tous comme une force à disposition de tous.
Ensuite, il y a à mon avis plusieurs sujets sur la feuille de route, qui sont volontiers complémentaires de ce qu’un gouvernement devra faire. Le gouvernement, lui, a son boulot : il doit moderniser l’administration (idem pour les corps intermédiaires, il y a du boulot), l’adapter en se gardant de la tentation du repli. Je crois qu’on avance dans ce sens.
Le sujet est ailleurs, pour que notre démocratie s’apaise : je crois qu’on a besoin de deux chose. D’une société civile qui a amélioré sa capacité d’action numérique. Nos ONG, nos mouvements progressistes sont un peu comme nos partis politiques, encore un peu vieux, sans le sou, ont du mal à innover, et font face à des forces d’extrêmes, de populismes qui ont la capacité de gagner la bataille des idées. La solution viendra de start-ups de la société civile, de nouveaux mouvements digital natives. Il y a un immense chantier, et il n’est par nature pas de la responsabilité de l’Etat. Il nous revient à nous, la société.
L’autre sujet est dans l’écosystème médiatique. Une nouvelle génération doit émerger pour assurer les fonctions de curation, d’information, de narration, de correction et de critique dans l’espace public. Je suis frappé qu’en France, aucun grande marque media d’information généraliste n’ait émergé depuis la génération de 2007 (les rue89, Mediapart, slate.fr…). Des entrepreneurs de media d’un peu partout sont en train de bruisser, ici et là. Je crois qu’il y a un boulot énorme et une place très grande (pas facile mais réelle) pour de nouveaux media de la génération du smartphone et des plateformes.
Ces deux sujets sont ma feuille de route personnelle, et celle du Tank pour les années à venir. On a quelques projets en gestation en la matière.

5) Bref, Nicolas, si l’on projette un peu, le web dans 10 ans, il existe encore ? Et il sert à quoi ?
Je suis assez pessimiste. J’ai tendance à penser que le web, cet espace de mise en commun et de dynamique de publicité de l’information et du réseau va au contraire laisser la place à une économie des plateformes, qui a des effets positifs (accélération du changement, normes, productivité…) mais a l’immense inconvénient de ne plus laisser là, entre nous, un terreau commun comme socle d’une créativité immense dans la société. Le web risque de se cantonner à quelques fonctions vitales et essentielles, autour d’instances qui auront su créer des structures fortes (Wikipedia…). C’est en tout cas ma peur. Elle n’est pas certaine, et le combat n’est pas fini, un peu comme pour le projet européen. Mais je ne suis pas rêveur : je préfère regarder le web en face. A nous de le défendre et de le construire, pour qu’il ne soit pas au final une parenthèse de notre histoire.

Interview 11 mai 2017 : Alice Barbe, Presidente de Singa France

Alice Barbe est Directice de Singa France, une association qui vise à encourager la collaboration entre les personnes réfugiées et leur société d’accueil. Elle a été aussi Vice Présiente de Johanson International, une organisation qui favorise le développement durable chez ses collaborateurs, ses partenaires et ses clients.

1) Vous êtes Directrice de Singa France, en quoi consistent les actions que vous menez ?   ​
Née d’un mouvement citoyen, Singa veut créer des opportunités d’engagement et de collaboration entre les personnes réfugiées et leur société d’accueil. Ensemble nous construisons des ponts entre les individus pour le vivre ensemble, l’enrichissement culturel et la création d’emplois, dans une démarche de sensibilisation pour déconstruire les préjugés sur l’asile. Afin de attaindre ces objectifs, des plateformes d’échange et de dialogue entre réfugiés et personnes d’accueil sont developpés pour integrer des moyens d’action digital, d’entreprenariat et d’innovation.
Singa aide ainsi la société à porter un nouveau regard sur les réfugiés, en brisant les stéréotypes et en contribuant à une intégration réussie.

2) Etes-vous étonnée par la solidarité des citoyens français que vous constatez à l’égard des réfugiés ?  
Pour moi, l’étonnement c’est la base de l’enrichissement et de l’innovation. C’est cet étonnement qui mène à tout un tas d’améliorations et d’innovations sur les territoires. C’est un condensé de richesses qui restent à découvrir, à fédérer ou à soutenir. Mais cette solidarité a besoin d’un soutien, car les citoyens qui veulent aider ont besoin de connaitre les outils pour pouvoir agir. Il faut pour cela développer et mettre à la disposition de tous des outils pour permettre à ce mouvement de s’accroitre.

3) Vous avez récemment créé le collectif « Les Crapauds fous« . Pourquoi ? En quoi cela consiste-t-il ?   
La volonté du mouvement des « Crapauds fous » est de créer de l’enthousiasme, ce qui paraît indispensable aujourd’hui, surtout face aux enjeux technologiques du big data, de l’intelligence artificielle, des algorithmes ou de l’automatisation de la société ainsi que face aux forces identitaires politiques qui émergent. Pour ce faire, il nous apparaît comme nécessaire de créer des outils pour faire face aux urgences actuelles et générer des solutions aux fractures sociales, environnementales et sociétales.

Cet enthousiasme, on le retrouve dans le nom même du mouvement. Les « Crapauds fous » ce sont les quelques batraciens qui s’aventurent, à contre-courant de leurs congénères, dans des tunnels conçus sous les routes pour leur permettre de traverser sans danger. Ce sont ceux qui prennent les premiers le tunnel pour aller de l’autre côté et qui reviennent chercher leurs semblables pour les mener vers l’avant.

A ce jour, le mouvement est initié par Cédric Villani, prix Nobel de mathématiques et Thanh Nghiem, dirigeante de grandes entreprises. Il est porté par 34 crapauds fous dont des chercheurs, des entrepreneurs sociaux et des intellectuels d’horizons divers et 12 cercles d’entr’aides avec l’idée de réfléchir et de proposer des solutions concrètes pour un nouveau « vivre ensemble » à travers un manifeste qui sort le 14 septembre 2017.
J’ai rejoint le mouvement à ses débuts et je fais partie d’un comité de réflexion autour de la diversité culturelle. Forte de cette expérience, je souhaite mettre en place au sein de Singaet avec Engage, un projet de « crapauds fous » pour et avec les réfugiés. Le but : qu’ils apportent leurs éclairages sur les enjeux actuels du fait de leur culture, savoir-faire et expériences, afin de co-construire des solutions.

4) Le digital justement est au cœur du prochain programme Exploraction de l‘Engage University. Comment peut-il servir le bien commun ? 
Servir le bien commun, à mon avis, c’est restaurer la fraternité au sens classique du terme, c’est-à-dire accepter et avoir envie de vivre avec des personnes qui ne nous ressemblent pas. Pour cela, il faut pour cela créer des outils pédagogiques pour permettre une prise de conscience et encourager la création d’une cohorte sociale de personnes qui s’engagent et qui veulent avoir un impact pour enrichir et apporter des solutions. Dans ce sens, le digital est un outil formidable qui, s’il est bien utilisé, peut servir le bien commun.

5) Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à nos lecteurs pour agir et changer les choses à leur échelle ?
Pour changer les choses à son échelle, on peut commencer par mettre en place des démarches de micro engagement. Tout simplement partager un moment avec une personne inconnue, différente et valoriser les points communs comme les différences. S’engager auprès de Singa est une bonne solution aussi !

Interview du 11 avril 2017 : Olivier Denoual, participant du programme Transition et Exploraction de l’Engage University

Olivier Denoual est directeur regional des ventes du group COBRA NAJA,  agence de conseil spécialisée auprès des promoteurs immobiliers. Olivier est un alumni du Programme Transition de l’Engage University et il va bientôt démarrer le programme Exploraction pour apprendre comment developper des entreprises responsables et innovantes qui debutera le 19 avril.

1) Vous êtes un alumni de l’Engage University, qu’avez vous pensé du programme Transition ?
Une réelle prise de conscience, on prend du recul loin de notre tumulte quotidien, sur le monde qui nous entoure. Une occasion extrêmement précieuse de faire le point sur soi, de se remettre en question, notamment grâce à la prise en compte du développement personnel. On prend conscience de la nécessité d’une action collective mais aussi de l’importance de notre action individuelle.
Les intervenants sont de grande qualité, les présentations accessibles à tous, ouverts. J’ai découvert des personnalités passionnées et passionnantes !

On n’a jamais envie que la journée se termine. Au début de chaque session – climat, gouvernances, …- on peut être un peu choqué en découvrant la réalité et parfois la dureté des thématiques abordées, mais on est rapidement rassuré par la présentation des solutions. Il en ressort finalement une vraie motivation pour agir.
Les participants viennent d’horizons différents, la richesse est dans la diversité, c’est certain. Ce mélange des âges, des profils, des expériences et des parcours poussent la créativité lors des réunions d’intelligence collective autour du projet commun. J’ai eu la chance d’intégrer la promo 2, GIRAF, qui continue à travailler aujourd’hui sur son projet, avec passion et envie.
J’ai aussi découvert l’intelligence collective, nouvelles méthode de travail, efficace, favorisant l’inclusion de tous. En permettant à chacun de s’exprimer, on laisse place à plus de créativité.

2) Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans ce programme ?
Les connexions qui existent entre les différentes thématiques, la nécessité de l’approche systémique pour comprendre aux enjeux contemporains.
Il existe une vraie joie de vivre au sein de l’équipe d’Engage, la bienveillance est omniprésente et réelle, elle n’est pas feinte et c’est un réel bonheur d’entamer chaque session.
Le seul regret fut que ça se termine! Heureusement, le programme Exploraction auquel je viens de m’inscrire m’offre une vraie continuité

3) Comment appliquez-vous aujourd’hui les apports théoriques ou pratiques que vous avez reçus ?
Au quotidien, c’est une somme de petites choses qui, au final, forment un tout :
Au niveau personnel, j’ai découvert la méditation chez ENGAGE (merci Jérôme, ça change ma vie), je médite depuis « presque » chaque jour. Pour m’y aider, j’ai suivi un stage au sein de la fondation « Art de vivre » – partenaire d’Engage, avec Deepali Patel, que j’ai rencontrée lors d’une session. Ma femme est venue avec moi faire le stage d’ailleurs.
Nous mangeons bio uniquement; nous favorisons les achats de produits issus d’un cycle court (merci Henri Landes) , nous évitons au maximum l’achat de produits emballés ; nous compactons les emballages destinés au tri sélectif (merci Serge Orru).
Au niveau professionnel, j’ai réussi à mettre en place un partenariat avec une entreprise de l’économie sociale et solidaire sur un de nos sites. J’ai appliqué l’intelligence collective au cours de quelques réunions spécifiques. J’ai également adapté mon management pour faire en sorte de responsabiliser chacun dans son rôle. Je dois avouer néanmoins que tout cela reste très compliqué…

4) Vous vous êtes inscrit au programme Exploraction qui débute le 19 avril; vous êtes mordu… Pourquoi suivre cette seconde formation ?
Envie d’une continuité, de poursuivre le changement et donc de me donner les moyens au travers de cette formation complémentaire.  La clé, c’est le passage à l’action, sans aucun doute. Au quotidien dans mon activité professionnelle, pas évident, comme je le laissais entendre précédemment… J’essaye d’avancer sur plusieurs pistes en parallèle et cette formation me permet de venir compléter le processus qui est en cours ! Développer une organisation responsable et inspirante, voilà bien mon objectif…

Interview du 24 mars 2017 : Geneviève Férone Creuzet, co-fondatrice et présidente de Casabee

Geneviève Férone Creuzet a fondé ARESE, première agence française de notation sociale et environnementale sur les entreprises cotées avant de devenir directrice du développement durable du Groupe Eiffage et Veolia Environnement.  Aujourd’hui, Geneviève est co-fondatrice et présidente de Casabee, cabinet de conseil en stratégie qui accompagne les collectivités et les entreprises dans la transition écologique.

 1) Vous êtes l’une des pionnières de la RSE et de la finance ‘responsable’. Comment qualifieriez-vous l’évolution des entreprises à cet égard ces dernières années?
L’évolution est lente, trop lente compte tenu de l’acuité et de l’urgence des enjeux. La RSE et la finance responsable pourraient être des leviers beaucoup plus efficaces pour transformer le capitalisme en profondeur. La RSE a ainsi été institutionnalisée et en quelque sorte dépourvue de forme d’opposabilité. C’est devenu un exercice de communication et de reporting, à côté de la stratégie des entreprises et loin des organes de gouvernance. Les investisseurs responsables devraient aller jusqu’au bout de leur engagement et voter en Assemblées Générales en cohérence avec leur positionnement; nous en sommes loin. ​

2) Pour favoriser une transformation efficace, pensez-vous qu’il soit préférable de travailler au sein ou hors des entreprises?
Je reste convaincue que le secteur privé constitue un levier et force formidable pour changer le monde, cela serait dommage de s’en priver. Cependant, force est de constater que les entreprises ne peuvent rien faire sans l’accès au capital et leurs actionnaires; il faut donc aussi persuader les investisseurs à financer des modèles économiques durables et responsables et davantage le long terme.

3) Que faites-vous aujourd’hui concrètement avec Casabee?
Casabee accompagne les entreprises sur leurs territoires d’implantation et les aident à mettre en oeuvre des modèles d’écologie urbaine et industrielle, à réaliser des projets économiques en mode circulaire avec les parties prenantes locales. Nous sommes dans la réalisation de pilotes concrets et expérimentaux car c’est ce qui fonctionne le mieux. Par exemple autour de la revalorisation de la filière bois dans le cadre de l’efficacité énergétique à l’échelle du Massif Central.

4) A l’heure d’impératifs sociétaux et environnementaux cruciaux, des enjeux d’urgence climatique, croyez-vous en l’implication forte des entreprises comme acteurs du changement?
Je pense que les entreprises ne comprennent pas encore quelles n’ont plus le choix. L’enjeu numérique et celui de l’ubérisation les préoccupent beaucoup plus et le changement climatique reste un angle mort faute de fiscalité environnementale qui ne les atteint pas encore sur leur compte de résultats.

5) Si vous ne deviez choisir qu’un seul levier pour accélérer la transition, quel serait-il?
Une fiscalité environnementale, comme en Suède, pour créer enfin les emplois verts de demain. Il faut que les politiques aient du courage et donc que les  citoyens que nous sommes se manifestent; c’est notre avenir qui est en jeu, Si la croissance à deux chiffres me parait une exception dans l’histoire de l’humanité, la prospérité est un beau projet qui reste à construire. Soyons curieux, ingénieux et solidaires.

Interview du 24 février 2017 : Jean-Philippe Beau-Douëzy, écologue et consultant en environnement

Jean-Philippe Beau-Douëzy, est écologue et consultant en environnement. Il travaille aujourd’hui sur des projets de reforestation, pour lutter contre l’érosion des sols, la perte de la biodiversité et des ressources en eau. Certifié en permaculture, il a créé avec sa femme la F.E.R.M.E du Bouchot.

1. Comment définiriez-vous la permaculture?
Prendre soin de la Terre, prendre soin des Humains, produire de l’abondance et partager équitablement. Ce sont les 3 éthiques de la permaculture et pour moi sa meilleure définition.

2. La permaculture touche aussi bien l’environnement que l’humain ; est-ce une philosophie, une technologie? 
La permaculture dessine (design) la société autour de la relation Homme/Nature (Terre). Aujourd’hui, nous réalisons que nous avons besoin d’un environnement sain et harmonieux pour vivre pleinement. Nous prenons conscience du rôle de la nature pour nous fournir ces éléments de bases (qui deviennent rares). Nous, humains sommes au centre de cette approche innovante. Nouvelle philosophie, nouvelle science ou simple bon sens basé sur l’observation de cette Nature à laquelle nous avons tourné le dos.

3. Des études récentes montrent que la permaculture peut être économiquement profitable pour la société. C’est l’une des clefs, non?
Certains volets de la permaculture s’attachent à la production agricole, c’est le cas du micro-maraîchage intensif dont on vante aujourd’hui l’efficacité économique. La permaculture est une boîte à outils (qui intègre les apports de l’agroécolologie, du biomimétisme…) pour préparer notre société à la transition vers une nouvelle civilisation où écologie/économie ne feront qu’une. Nous devons adapter notre société à ce paradigme et réaliser, comme le disait Claude Levy-Strauss, que « nous ne sommes pas des individus définis dans un monde infini, mais des êtres infinis dans un monde défini »

4. Vous avez créé un lieu, l’éco-centre du Bouchot ? Qu’y faites-vous ?
Au Bouchot, nous expérimentons la permaculture dans plusieurs de ses dimensions, à commencer par sa dimension humaine. C’est avant tout un lieu d’accueil, d’expérimentation et de partage. Hôtes, stagiaires, woofers, simples visiteurs, chacun y est invité à être ce qu’il est, non celui que les autres veulent qu’il soit.
Nous avons aussi une démarche concernant l’énergie, l’habitat, la gestion des déchets. Nous abordons la récupération de l’eau, son stockage, son traitement et sa dynamisation. Nous réalisons des jardins forêts comestibles (edible forest gardens) pour créer de l’abondance et de l’autonomie alimentaire. La F.E.R.M.E du Bouchot, c’est tout cela et plus encore…

5. Vous qui développez un nouveau modèle, encore alternatif, êtes-vous confiant en l’avenir?
35 ans au service de la conservation de la nature auraient pu me rendre lucide/pessimiste. Aucune des causes que nous avons défendues; des espèces menacées telles que baleines, loups, grands singes… des milieux naturels en danger ; les zones humides, l’Amazonie, les océans… n’ont été gagnées. Mais au fond, je pense que l’humanité n’a pas fait tout ce chemin pour terminer dans une impasse et j’ai un grand rêve, celui d’une harmonie entre l’Homme et la Terre. Humain et Humus ont la même racine étymologique.

Interview 20 janvier 2017 : Marie Aubry-Bréchaire, urbaniste et alumni de l’Engage University

Marie Aubry-Bréchaire, jeune urbaniste, nous parle de sa vision de la ville de demain, une ville innovante au service du bien commun.

1. Vous êtes urbaniste, à quoi ressemble selon vous la ville de demain ?

À celle d’hier, celle du XXème siècle alors que les unités de vie étaient à la taille de quartiers et non de grands territoires.​  C’est une échelle rêvée et recherchée parce qu’elle offre beaucoup d’aménités à proximité, inclut une certaine densité d’activités et d’habitants et comporte des espaces non bâtis et végétalisés qui lui apportent cachet et respiration.

C’est aussi une ville davantage en réseau mais toujours à cette mesure d’un quartier, avec le développement d’énergies et de symbioses locales. Cela va de pair avec le retrait des États dans le financement du développement urbain et des infrastructures à l’échelle nationale tout autant qu’avec la mise en liaison d’équipements grâce à des technologies qui optimisent les dépenses de toutes sortes.

2. Quels sont les enjeux fondamentaux liés à votre domaine d’activité ?
Savoir être à l’écoute des besoins exprimés ou latents, faire prendre conscience d’une vue d’ensemble et conseiller pour donner les clés d’un développement en adéquation avec les attentes d’une communauté. Cela demande d’être ouvert, capable de communiquer et d’orienter les êtres humains vers une prise de décision collective pour créer nos environnements d’aujourd’hui et de demain. Alors même que l’on détient des savoirs et que l’on pourrait prédire ce que serait une bonne ville à notre avis, les métiers de la fabrication urbaine doivent demeurer les traducteurs d’une volonté générale.

3. On rapproche souvent la sociologie et l’urbanisme, comment inventer une ville durable et inclusive ?
Il n’y a pas de recette magique pour faire une ville durable et inclusive, qui sont d’ailleurs deux termes valise. Une ville est souvent durable, rares sont les cas de faillite. Une ville est souvent inclusive, car concrétise matériellement le rassemblement de personnes qui ont choisi de faire cause commune. Le tout est de savoir ce que l’on veut faire durer et qui l’on veut inclure. Et ce sont là des choix de société.

La transparence des décisions prises en matière d’aménagement et d’urbanisme est capitale. Reste à inventer une façon de faire dialoguer les parties pour que le jeu soit compris par tous et que les influences de chacun soient possibles. En France, dire et montrer ce que l’on a fait et ce que l’on veut faire est parfois mal perçu. Or, c’est certainement la façon la plus créative et collaborative de faire évoluer des projets vers une issue positive et heureuse.

4. Quel est, pour vous, un exemple de ville innovante ?
Dernièrement, la Polynésie française a signé un protocole d’entente avec le Sea Steading Institute pour réfléchir à la création d’une ville flottante afin de faire face à la montée des eaux. C’est l’exemple même d’un problème traité par l’innovation pour protéger mais aussi réinventer une vie et des formes d’habitat dans un espace soumis à des contraintes fortes.

Dans un autre registre où cette fois-ci la ville se fait par les habitants, le développement de l’urbanisme communautaire dans des quartiers oubliés ou en déshérence à Montréal est un exemple significatif de solutions que nous pouvons créer ensemble. Ce qui est innovant pour moi, c’est d’énoncer clairement un problème, d’agir en faveur de sa résolution et d’expérimenter. Les villes dans ce cas sont toujours très nombreuses !

5. Si vous deviez retenir un projet qui symbolise la ville innovante au service du bien commun, quel serait-il ?
À Nice, l’écoquartier Méridia se veut un premier exemple de smart grids ou de quartier connecté qui permet notamment de lisser les consommations d’électricité. Le but est de produire localement de l’énergie, de la distribuer selon les besoins et de sensibiliser les habitants sur le partage d’un même réseau électrique. Nice est en bout de réseau au niveau national et subit souvent des coupures. Ce projet ne veut pas seulement remédier à un problème mais veut réunir les acteurs d’un quartier afin de consommer durablement l’électricité.

Par ailleurs, le quartier met en oeuvre des techniques environnementales destinées à créer un environnement sain pour les habitants et favorable au maintien actuel des conditions climatiques. Seulement, tous les projets ont leurs points à améliorer. Développer une telle extension urbaine dans une plaine fertile et rare en terrain inondable pose question en termes de consommation de terres arables. L’inondation est un risque que l’on peut maîtriser, créer des terres arables est toutefois un défi qui reste à relever.

6. Pourquoi avoir choisi de vous inscrire à l’Engage Université, qu’en retirez-vous au niveau personnel et professionnel ?
Il y a des choses que l’on n’apprend pas à l’école, et il y a des convictions personnelles que l’on se doit de nourrir pour s’épanouir. Suivre le programme Transitions répondait à ces besoins. Le contenu est très éloigné de ce que les formations techniques à destination des professionnels sont et n’entre pas non plus seulement dans la catégorie des formations de développement personnel. En somme, vous comprendrez que c’est les deux.

Et en résumé, c’est un espace-temps où toute personne dotée d’une soif d’apprendre et d’agir dans tout domaine d’action peut trouver des savoirs et d’autres personnes qui seront heureuses de transmettre et de partager ce que vous recherchez et même ce à quoi vous ne vous attendez pas.

Interview 16 Décembre 2016 : Mathilde Imer, co-fondatrice d’Escapademos et participante de l’Engage University

Mathilde Imer, co-fondatrice d’Escapademos nous parle de ce projet, un voyage pour réinventer la démocratie.

En quoi consiste le projet EscapaDemos ?
EscapaDemos, c’est l’aventure de quatre exploratrices, parties à la rencontre d’initiatives qui contribuent à réinventer la démocratie, en France et en Amérique Latine.   ​ Pendant six mois, nous avons étudié de nouveaux modes d’organisation et découvert de nouvelles manières d’aborder la question de la démocratie (dans le monde politique comme dans le monde économique), davantage centrées sur l’humain et la coopération.
A notre retour, nous allons développer un programme d’inspiration et d’accompagnement visant à transmettre notre expérience aux jeunes, mais également aux collectivités et aux entreprises, partageant leur constat qu’il est nécessaire de réinventer les modèles d’organisations.

Quelles ont été les innovations les plus marquantes que vous avez découvert ? 
Au niveau politique : des partis politiques latino-américains bien différents de ceux que nous connaissons ici (Partido de la Red), des budgets participatifs qui existent depuis plus de 20 ans (Villa El Salvador)
Au niveau économique : des coopératives et des entreprises libérées inspirantes et donnant beaucoup d’espoir quant au futur de l’entreprise (Coopaname, Groupe Hervé), des monnaies locales inclusives (Tumin), des entreprises publiques locales au fondement de la transformation d’une ville (Medellin)
Au niveau culturel : des villes utilisant l’art et la narration pour engager leurs habitants dans des démarches participatives et accompagner la transformation du moteur économique de leur collectivité (Loos-en-Gohelle), des structures créatrices d’un déclic personnel de jeunes ou de managers de grands groupes pour leur bien-être et le développement de leur entreprise (Université du Nous, Innovaction, Fabrik à Declik).

Si vous ne deviez retenir qu’une seule innovation applicable en France ?
Plus qu’une innovation en particulier, ce que nous retenons c’est la nécessité de réinventer nos modèles d’organisations, et ce pour quatre grandes raisons : mieux gérer la complexité du monde actuel, donner envie aux gens de s’engager dans leur travail à 100%, s’adapter aux aspirations des jeunes générations, et favoriser la créativité en interne pour développer le potentiel d’innovation de la structure.

Pour y parvenir nous avons découvert qu’au delà du remodelage du fonctionnement d’une structure, c’est aussi et surtout tout une culture à inventer et à essaimer! Vous aurez beau penser le modèle d’organisation le plus agile possible, si les personnes qui doivent le mettre en oeuvre n’ont pas la culture qui correspond à ce mode d’organisation, alors vous ne risquez pas d’aller très loin. C’est pour cela que nous avons décidé de nous dédier désormais à l’accompagnement de structures dans l’apprentissage de cette culture.

Vous êtes alumni de l’Engage University, qu’en retirez-vous ?
Du bonheur!
Engage ce sont tout d’abord des rencontres : avec des intervenants de grandes qualités et des participants curieux, qui viennent d’horizons différents.
Engage c’est des montagnes russes : à chaque session un « moment déprime » avec la découverte de la réalité et de la complexité du sujet de la session (on ne ment pas et on n’embellit pas la réalité chez Engage!), suivi d’un « moment d’espoir intense » lors de la découverte de projets et d’initiatives qui permettent de répondre à ces défis.
Engage c’est aussi des réponses à vos propres questions : avec des conférences et des ateliers de grande qualité!
Engage c’est enfin un apprentissage de techniques de développement personnel, qui vous nourrissent la tête et le corps – et c’est certainement sa force par rapport à d’autres formations de ce type.

Bref Engage c’est hautement recommandé!

Interview 16 Décembre 2016 : Doctorante en philosophie politique et maître de conférences à Sciences Po, intervenante de l’Engage University

Charleyne Biondi, Doctorante en philosophie politique et maître de conférences à Sciences Po interviendra lors de la prochaine session du programme Transitions de l’Engage University.

  1. Sur quoi portent vos recherches ?
    Je travaille sur la surveillance — c’est-à-dire la collecte massive de données à laquelle se livrent les entreprises de télécommunications, les GAFA et les services secrets — et je m’intéresse aux conséquences de cette surveillance pour le sujet : ce que cela implique pour la relation à soi, le processus de subjectivation, « le gouvernement de soi » ; comment cela transforme les relations de pouvoir, « le gouvernement des autres. » ​
  2. Quelles sont les dangers que nous encourons en tant que citoyens ?
    Au-delà des conséquences psycho-sociologiques (sur la construction de l’identité par exemple), la surveillance a aussi des effets politiques : le « chilling effect » induit par la surveillance encourage le conformisme et limite la liberté d’expression ; le « biais de confirmation » rendu possible par la collecte et l’analyse de nos métadonnées et mis en cause dans l’élection de Donald Trump (le fait que des millions d’électeurs aient été confortés dans leurs idées préconçues et n’aient jamais été exposés aux thèses adverses), créé des bulles de réalité selon l’analyse des préférences et des lectures de chacun — une violation de la vie privée qui n’était pas prise au sérieux quand elle se limitait au marketing commercial, dont on commence enfin à mesurer les dangers.3. Comment nous en prémunir ?
    En comprenant, d’abord, la valeur de la vie privée. L’argument hallucinant du « Nothing to Hide », le « je n’ai rien à cacher » doit être déconstruit entièrement. La vie privée est trop souvent présentée comme une liberté individuelle, un acquis sympathique du libéralisme politique auquel on renonce volontiers au nom de l’intérêt général, pour la sécurité de tous. On oublie que la vie privée est essentielle au fonctionnement de la démocratie.

    4. Que signifie pour vous une société plus éthique ?
    Une société où l’on ne se laisse pas porter par le flot des événements et de la vie, mais où chacun interroge, individuellement, et dans la solitude de sa conscience, le monde qui l’entoure et ses propres choix. Une société où, plutôt que de passivement baisser les yeux sur nos petits écrans pour se laisser abreuver (aveugler) par le flux constant de stimulations extérieures, chacun prendrait un instant pour se surveiller soi-même et se demander : au fond, qu’est-ce que j’en pense ?

 

 

Interview 1 Décembre 2016 : Aymeric d’Afflon, spécialiste du serious gaming, participant de l’Engage University

Aymeric D’Afflon, spécialiste du serious gaming, nous parle de son expérience du jeu.

  1. Comment définissez-vous l’engagement ?

L’engagement, c’est choisir une direction et donc renoncer à d’autres possibles. On ne peut pas « sauver le monde » mais on peut s’investir dans une cause. Et comme en général il y a une adversité qui semble plus puissante, mieux vaut rejoindre un collectif pour générer des courants d’émotions contagieuses, du courage notamment. ​J’y ajouterais un principe facile à énoncer, difficile à appliquer, mais qui à lui seul déjà fait sens : l’exemplarité.

  1. Pouvez-vous nous présenter votre projet ?

Mon principal projet est un jeu qui réconcilie les possibilités du numérique et le besoin de lien réel entre les personnes. Sous le nom de l’Agence des A.…, j’organise des « Secret Parties » dans différents lieux et milieux. Chaque participant reçoit le profil d’un autre participant, envers qui il doit être particulièrement bienveillant pendant la durée de la partie. J’y ajoute plusieurs couches de gamification, pour que l’expérience soit joyeuse, quel que soit le niveau d’implication des joueurs, et pour faire primer la dimension collective; j’y ajoute des missions en équipe. Le résultat est un ensemble de petites attentions générées et collectées autour de valeurs comme la bienveillance et la créativité.

  1. Pourquoi avoir choisi de passer par le jeu ?

Ah, le jeu… mon sujet de recherche et de création depuis plus de dix ans !  Je suis convaincu que le jeu permet de créer un espace d’expérimentation, et donc, de stimuler tous les domaines où l’humain peut trouver du plaisir à s’améliorer. Le jeu est également un moyen de se retrouver et d’échanger ; de passer un bon moment en famille ou entre amis. Concernant les « Secret Party », c’est une expérience qui s’appuie à la fois sur des ressorts ludiques et sur une dynamique événementielle.

  1. Si vous deviez choisir une seule cause pour laquelle vous engager ?

La protection de l’environnement. Elle se décline en de nombreuses problématiques, comme on l’apprend à l’Engage University. Je me sens personnellement responsable de ce problème et je pense que nous pouvons évoluer. J’ai adapté un vieux sac à dos, il me permet de ramasser et trier facilement les déchets que je croise lors de mes ballades, jogging… C’est très agréable de faire le chemin retour, et de voir qu’il est plus joli qu’à l’aller. S’il y en avait une deuxième, ce serait la protection des données personnelles et la transparence des données publiques.

  1. Une source d’inspiration, un projet qui vous a animé récemment ?

L’Agence des A… qui constitue progressivement une communauté de personnes ayant apprécié l’expérience des Secret Parties. Je suis également très intéressé par toutes les communautés émergentes fondées sur les principes de l’inclusion, de liberté d’action, en particulier celles qui essaient de les appliquer à la politique en ayant confiance dans l’intelligence citoyenne : la France Insoumise, Stig

Interview 4 Novembre 2016 : Henri Landes, Henri Landes, maître de conférences à Sciences Po et co-fondateur de CliMates, intervenant de l’Engage University

  1. Pourquoi avez-vous choisi de vous associer à l’Engage University ?​​
    L’éducation au développement durable et au respect du vivant est fondamentale pour envisager un changement pérenne de notre société.
    Ce que je trouve passionnant à l’Engage University, c’est qu’elle ne propose pas un parcours pédagogiques classique mais un cursus innovant, multiforme, sur des thématiques à mes yeux essentielles.2. Le premier programme Explor’action traitera de la thématique des « nouveaux business modèles », pouvez-vous nous en dire plus ?
    Les entreprises sont probablement les acteurs les plus importants à mobiliser. Les plus grandes entreprises gèrent une énorme partie des ressources naturelles, détiennent la grande majorité des énergies fossiles, l’avenir de la planète et de l’humanité dépend de leurs choix. Il est donc important d’influer positivement sur elles, de les aider à trouver de nouvelles solutions qui respectent leur impératif de rentabilité et intègrent des pratiques beaucoup plus vertueuses sur le plan environnemental, social et sociétale. Elles doivent s’engager dans cette transition. Cela constitue un impératif qu’elles comprennent d’ailleurs de mieux en mieux.

    3. Vous avez créé CliMateslorsque vous étiez à Sciences-po. Qu’en est-il cinq ans après ? 
    Nous sommes aujourd’hui à la 5èmegénération de CLiMates. Quand j’étais président, les objectifs à court terme ont été atteints. Nous avons tenu le premier sommet international de CliMates, participé à la COP 18, écrit un manifeste et créé un réseau international d’étudiants. Chaque année, les objectifs fixés par les équipes sont toujours plus ambitieux et je suis impressionné par l’activité de tous les CliMates. CliMates a pour mission de regrouper des milliers de membres actifs travaillant opérationnellement sur les solutions globales mais aussi locales à l’échelle des territoires.

    4. Et chez vos étudiants, notamment à Sciences-po, constatez-vous une prise de conscience ?
    Les étudiants sont de plus en plus sensibles aux questions environnementales et sociétales. Les formations se teintent de vert et de bleu, des masters spécialisés sont créés. La question est de savoir si l’on va être capable d’accélérer le mouvement. Je pense que l’Engage University peut y aider en élargissement le profil des étudiants, en touchant des audiences qui n’ont pas ou plus accès à ce savoir et à ces formations.

Interview 4 Novembre 2016 : Kavita Brahmbhatt, co-fondatrice d’Action Emploi Réfugié

Kavita Brahmbhatt, co-fondatrice d’Action Emploi Réfugié nous parle d’engagement citoyen, fil rouge de sa vie.

Lancée début 2016, Action Emploi Réfugié est une plateforme virtuelle qui met en relation employeurs et réfugiés en France. L’association facilite l’intégration des réfugiés par l’emploi et contribue à donner une image positive des réfugiés.

1. Comment vous est venue l’idée de la plateforme Action Emploi Réfugié ?
J’ai travaillé pendant 5 ans avec des migrants et cela fait maintenant 10 ans que je travaille avec des réfugiés. Il y a un an, après être revenue d’une mission au Kenya, j’ai vu qu’il y avait beaucoup de publications à propos des migrants qui venaient en Europe et qu’il fallait agir concrètement.
Une idée nous est alors venue avec une amie et collaboratrice, Diane Binder : la meilleure façon pour que les réfugiés puissent mieux s’intégrer, c’est de leur donner accès à un emploi. L’emploi est le premier facteur d’intégration, c’est un moyen de gagner sa vie mais aussi de se sentir utile, de créer du lien social et d’apprendre rapidement la langue du pays accueillant.

2. Depuis sa création, quel a été l’impact d’Action Emploi Réfugié ?
Une centaine de réfugiés a obtenu un emploi grâce à notre plateforme. Nous avons aussi pu tisser des liens durables entre certains réfugiés et employeurs.
Nous avons aussi lancé la Welcome Collection avec un collectif  de 5 personnes. En 3 semaines, des designers réfugiés ont créé une collection de 20 robes commercialisées au Centre Commercial à Paris. Cette action citoyenne montre qu’avec l’engagement de quelques personnes et en très peu de temps, on peut obtenir des résultats tangibles.

3. Quels sont les objectifs d’Action Emploi réfugiés ?
Pour 2017, nous aimerions qu’au moins 1000 réfugiés aient trouvé un emploi par l’intermédiaire de notre service. Je pense que notre objectif est atteignable si nous réussissons à mobiliser plus de personnes et de financement. Notre voulons aussi diffuser plus de connaissances et d’informations autour de cette thématique ; mieux communiquer sur les talents des réfugiés. Nous devons changer la vision que les français en ont.

4. Quelles sont les prochaines étapes du projet ?
Il y en a plusieurs : tout d’abord, améliorer le design utilisateur de notre site web. On veut également mobiliser plus d’employeurs et de réfugiés en travaillant avec nos partenaires parisiens.
Nous venons par ailleurs de lancer Info Emploi Réfugié, un service d’information dont le site web sortira en 2017.

5. Si vous deviez choisir une seule cause ?
L’intégration des réfugiés, je m’y emploie depuis 15 ans et c’est ma plus grande passion. Je viens du Kenya et j’avais un camp de réfugiés à coté de mon école. J’ai vu leurs souffrances et cette proximité a provoqué mon engagement.

6. Une source d’inspiration ?
Les personnes qui m’inspirent le plus sont les femmes qui vivent dans les camps de réfugiés. Elles arrivent encore à rire, à croire en la vie, à rester légères souvent. Cela m’a toujours bouleversé et inspiré en tant que femme et en tant que maman.

Interview 26 Septembre 2016 : Loïc Blondiaux, professeur de science politique à l’Université Paris I – La Sorbonne, intervenant de l’Engage University

La deuxième session du programme Transitions de l’Engage University portera sur les nouvelles formes de gouvernance. Avec Loïc Blondiaux, professeur de science politique à l’Université Paris I – La Sorbonne (également présent aux ENGAGE DAYS #4), nous parlerons de la crise de notre système démocratique. Petite mise en bouche de sa prochaine intervention…

  1. La démocratie est-elle, selon vous, en crise ? 
    Elle l’est évidemment, et le constat me semble de plus en plus largement partagé.
    Les symptômes de cette crise sont multiples : défiance des citoyens à l’égard de leurs élites politiques, impuissance publique généralisée face aux défis environnementaux qui nous menacent, emprise des acteurs économiques sur le pouvoir politique, montée des populismes d’extrême droite, dégradation accélérée de la qualité du débat publique… Certains auteurs, comme Colin Crouch, évoquent la période actuelle comme un passage de la démocratie à un autre type de régime, la « post-démocratie», dans lequel la capacité des citoyens à influencer les politiques serait quasiment réduite à néant. Sans aller jusqu’à suivre cette analyse, il faut constater que les régimes démocratiques n’ont, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, jamais paru aussi fragiles et leurs adversaires (technocrates, démagogues, fondamentalistes identitaires…) aussi puissants.

    2. Pourquoi la société civile croit-elle de moins en moins en notre système politique ? Jusqu’à ces dernières années, il pouvait sembler que les institutions des démocraties représentatives contribuaient à la fois à gouverner efficacement nos sociétés et à refléter sans trahir la volonté des populations. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, elles suscitent une double défiance : quant à leur capacité à résoudre les problèmes et à représenter correctement les citoyens. L’élection ne suffit plus à elle seule à légitimer les décisions des gouvernants. C’est d’abord une bonne nouvelle. La critique est une vertu plus démocratique que la déférence et les citoyens ne sont jamais apparus autant capables d’interpeller et de remettre en cause les discours et les actions de leurs gouvernants. Cela peut se transformer aussi en cauchemar : dès lors que cette défiance se transformer en rejet pur et simple de tout affirmation d’autorité en provenance des élites, de toute représentation. Cela fait le lit de tous les populismes et de toutes les démagogies.

    3. Un de vos ouvrages s’intitule Le nouvel esprit de la démocratie, qu’entendez-vous par « nouvel esprit » ?
    J’entendais alors, lorsque j’ai écrit ce livre, la montée en puissance d’un « impératif participatif » dans nos démocraties au sens où celle-ci n’ont cessé de multiplier en particulier depuis les années 2000 les dispositifs visant à associer, de façon plus ou moins directe, les citoyens ordinaires au processus de décision. Ce mouvement n’a pas cessé depuis lors. Budget participatif, jurys citoyens, conseils de quartier, consultations numériques … le nombre et le niveau de sophistication de ces dispositifs participatifs ne cessent d’augmenter. Leur présence, dans le prolongement des institutions traditionnelles de la représentation, peut être analysée comme l’une des réponses données par les gouvernants au procès en illégitimité qui leur est fait. Mais il faut souligner que ce mouvement vers plus de participation s’accompagne d’autres évolutions qui vont à l’inverse dans le sens d’une moindre possibilité d’influence des citoyens sur la décision et d’une main-mise croissante de la sphère économique sur la sphère politique, via différents groupes d’intérêt qui imposent leur logique. D’un côté le processus politique semble s’ouvrir, de l’autre il se referme et se pose aujourd’hui la question de qui gouverne réellement : les citoyens via leurs représentants ou les entreprises, les marchés et les banques via leurs lobbys, leurs experts et les politiques qu’ils ont sous leur coupe.
    4. Croyez-vous en l’émergence d’un autre système démocratique ?
    La possibilité  de remplacer du jour au lendemain les élections et la représentation par le tirage au sort ou par une fédération de conseils ou d’assemblées ne me semble ni envisageable ni souhaitable au fond. Ouvrir la représentation politique à de nouveaux acteurs ; multiplier les possibilités pour les citoyens de contrôler, de contribuer, d’interpeller ;  mettre en place des instances tirées au sort ; faire en sorte que tous les citoyens impliqués par une décision puissent participer à son élaboration ; obliger les élus à rendre des comptes ; concevoir différemment l’exercice du pouvoir au sein des organisations ; donner aux plus faibles la possibilité de s’organiser pour se faire entendre ; dé-professionnaliser le métier politique ; réformer ou réécrire la constitution avec la participation du plus grand nombre : tout cela, et beaucoup d’autres choses encore me semblent compatible avec l’élection et la représentation. C’est en cela qu’une autre démocratie et possible.

Interview 26 Septembre 2016 : Christine Oberdorff envoyée spéciale d’Ushuaïa TV

  1. Pourquoi avoir suivi les réfugiés du Kurdistan irakien ? 
    Cette idée a germé pendant la COP21 puisque pour la première fois la notion de réfugiés ou de déplacés climatiques a été mentionnée dans un accord international sur le climat. Au cours de la COP21, les rencontres que j’ai faites m’ont permis de rencontrer Reza, un photographe qui travaillait dans le camp de Kawergosk, dans le Kurdistant irakien, avec des enfants. Reza a par ailleurs été l’un des premiers à mettre le doigt sur le lien indissociable entre désordre climatique, migrations et conflits.2. Alors que le climato-scepticisme monte en puissance, pensez-vous que les médias en général ou qu’une enquête comme la vôtre peuvent changer les mentalités ?Je l’espère ! Je suis avant tout convaincue que l’humanité n’est pas suicidaire. Qu’on habite en Chine, au fin fond de l’Arctique ou à Paris, on aime tous nos enfants, on a tous besoin de manger et on veut tous vivre dans de bonnes conditions. Je m’accroche à cette idée selon laquelle les climato-sceptiques jouent dans leur coin et ne vont pas dans le bon sens de la marche du monde. Les médias ont un rôle à jouer et ils sont particulièrement efficaces quand ils traitent ces sujets dans la durée.

    3. Au Sénégal, vous avez suivi un collectif de femmes de pêcheurs qui luttent contre l’émigration clandestine. Comment sont-elles perçues ? Leur démarche est-elle comprise par tous ceux qui veulent gagner l’Europe ?
    C’est un peu comme dans une famille, qu’elle soit occidentale ou orientale : la parole des mamans finit par être entendue par les enfants.
    Pendant longtemps, ces femmes se sont tues. A présent, elles expriment leur instinct de survie car les conséquences de ces migrations remettent en cause leur propre subsistance. Les femmes se lèvent car elles craignent que ce processus les mène à leur perte.
    Le message des femmes est aussi relayé par les nouvelles technologies et notamment les réseaux sociaux : l’idée que l’Europe n’est plus un Eldorado se propage et dissuade ceux qui autrefois voulaient partir au péril de leur vie.

    4. Qu’avez-vous découvert en suivant les réfugiés ? Y a-t-il quelque chose que vous ne soupçonniez pas ? 
    Ce qui m’a le plus marqué pendant ce tournage, c’est le voyage vers le nord et la rencontre avec les yézidis. Les yézidis sont victimes d’une forme de génocide, leur extermination a été en quelques sortes « organisée » et ils sont de surcroît victimes du dérèglement climatique. Minorités symbolique, victimes d’une double peine donc. Ils nous ont demandé de parler de leur situation, ils se sentent abandonnés de tous.
    Au Sénégal, c’est encore différent. Les choses ont évolué depuis les années 90. Autrefois, le fait qu’il y ait toujours un homme désigné pour aller en France était quelque chose de normal et naturel mais maintenant, leurs conditions de départ sont si périlleuses que ça change la donne. C’est un phénomène que je n’avais encore pas eu l’occasion de filmer et de commenter.

    5. Avez-vous une anecdote à nous raconter ?
    Mon anecdote s’appelle « une souris verte ». J’étais dans un endroit où les immeubles n’ont ni portes ni fenêtres. Un endroit qui manquait d’eau jusqu’à ce que Action contre la faim arrive, avec des enfants partout. Des enfants qui perdent leur regarde enfantin dès l’âge de 9 ans.
    L’équipe faisait son travail et moi j’ai commencé à interagir avec ces enfants. On a fait une ronde et j’ai commencé à chanter « une souris verte ». En 15 minutes ils connaissaient la chanson par cœur. A ce moment là, j’ai réalisé que les enfants pouvaient toujours garder ou reconquérir leur joie de vivre. Un moment de grâce.
    Dans la foulée, je suis montée dans des immeubles et j’ai vu des mères de famille au delà du désespoir. Je n’ai jamais vu un tel désespoir dans les yeux des gens. C’est ce qui m’a le plus frappé. Dans les yeux des hommes, la colère et dans ceux des femmes, le désespoir et le sentiment d’avoir été salies, abimées…

    6. En suivant les réfugiés du Kurdistan irakien et du Sénégal, avez-vous pu déterminer quel était leurs besoins le plus urgents et éventuellement entrevu des pistes de solutions ?
    Pour les yézidis, leurs premiers besoins sont l’eau, la nourriture et les vêtements. Ils ne vivent même pas dans des camps car dans les camps tenus par le HCR le confort est certes précaire, ça reste vivable. A Kawergosk, j’ai compris que ce qui était le plus important pour ces populations était l’éducation. Sans éducation, l’aide d’urgence n’a pas de sens. Alors des instituteurs sont improvisés mais ce n’est pas terrible.

    S’il y a une idée que je souhaite faire passer, c’est qu’il faut arrêter de penser que ces personnes partent de chez elles par plaisir. On fait l’amalgame entre réfugiés, migrants, terroristes… Ces gens là ne rêvent que d’une chose : rentrer en Syrie dès que le conflit sera terminé. Dans le cas des Sénégalais, ce n’est pas forcément le cas, en partie parce que le rapport à l’Europe n’est pas le même.

Interview 26 Septembre 2016 : Levent Acar est co-fondateur de i-Boycott, intervenant de l’Engage University

Levent Acar est co-fondateur de i-Boycott. Son projet fera l’objet d’un Engage Camp lors des ENGAGE DAYS #4. 
I-Boycott est une plateforme de lancement de boycott et de buycott responsables. Inspiré par les grandes campagnes de boycott qui ont marqué l’histoire (comme celle du Mahatma Gandhi à l’encontre des produits britanniques vendus en Inde) i-Boycott souhaite permettre aux consom’acteurs d’interpeler les entreprises pour qu’elles mettent un terme à leurs mauvaises pratiques. Loin de vouloir sanctionner les entreprises, i-Boycott s’inscrit dans une logique constructive qui vise avant tout à les responsabiliser et à les faire évoluer. 
Parmi les grandes campagnes de i-Boycott, citons H&M et Petit Navire. Pour découvrir les autres campagnes, c’est par .

  1. Comment définissez-vous l’engagement ?
    L’engagement est un état d’esprit qui a comme vecteur l’Amour. C’est l’Amour de l’autre, de la Terre, des êtres vivants qui nous entourent, qui nous pousse à agir pour rendre leur vie meilleure. L’engagement est une quête personnelle pour le bien-être commun.2. Quand vous-êtes vous engagé pour la premièrefois et comment ?
    La première fois remonte au lycée, lorsque j’ai organisé pour la journée mondiale de la faim une récolte de dons. En moins d’un mois nous avons créé notre association et récolté en deux heures plus de 500€, avec l’aide d’une dizaine d’étudiants. Nous avons reversé ces dons à Action Contre la Faim. C’était une belle victoire.

    3. Et votre dernier engagement ?
    Mon engagement actuel se fait au travers d’I-boycott. Nous voulons créer un contre-pouvoir citoyen axé sur le pouvoir d’achat. Le boycott peut fédérer et responsabiliser de façon très efficace.

    4. Quels sont vos objectifs pour ce projet ?
    Atteindre une masse critique pour peser dans le jeu économique, avoir un véritable impact. Dénoncer des scandales et mettre en avant des entreprises éthiques pour responsabiliser les citoyens et agir tous ensemble.

    5. Si vous ne deviez choisir qu’un seul combat, quel serait-il ? 
    Je choisirai la lutte contre la faim. Comme le souligne Jean Ziegler (homme politique et sociologue suisse, ndlr) chaque enfant qui meurt de faim, meurt assassiné. C’est la répartition inégale des richesses et la logique de maximisation des profits qui causent aujourd’hui l’ensemble des dégâts que nous connaissons. J’essayerais alors d’imposer l’éthique comme un fondement de l’économie. Le boycott est justement un bon moyen pour y parvenir.

    6. Qui vous inspire et pourquoi ?
    Je suis inspiré par Gandhi. Il a su démontrer dans des conditions extrêmes que le vrai pouvoir est détenu par le peuple. Le mariage de la force du nombre et de la sagesse de la bienveillance est le cocktail citoyen par excellence. Gandhi a inversé les règles du jeu et a incarné l’espoir de tout un peuple.

    7. Si vous aviez un conseil à donner, un message à faire passer, ce serait…
    Levez-vous chaque matin en disant ce que vous pouvez faire de concret, positif et de beau pour la Terre.

Interview 26 Septembre 2016 : Katarina Kordulakova, coordinatrice de Bâtisseurs de possible

Bâtisseurs de possibles est un mouvement original qui invite les enfants à mettre leur créativité et dynamisme au service de leur école, de leur quartier ou plus largement de la société, en proposant des idées innovantes pour les améliorer.
Pendant 3h d’intelligence collective, les Engagés ont travaillé autour du projet Bâtisseurs de possibles, sur sa faisabilité et l’essaimage de ses actions.
Katarina Kordulakova, animatrice du réseau, revient sur l’expérience d’un Engage Camp.

1. Pourquoi avez-vous décidé de participer à un Engage Camp ?
Nous avons participé à un Engage Camp pour avoir de nouveaux éclairages, de nouvelles idées sur notre problématique et pour rencontrer une communauté d’Engagés.

2. Qu’avez-vous pensé de l’Engage Camp ? 
L’Engage Camp s’est avéré être très utile. Nous avons apprécié la dynamique de groupe, très constructive, et les personnes présentes, très qualifiées.

3. Qu’est-ce que l’Engage Camp vous a apporté ?
L’Engage Camp a été l’occasion de rencontrer de nouvelles personnes. Certaines d’entre elles se sont même engagées à nos côtés. Elles ont ainsi continué à nous apporter leur regard extérieur et à nous challenger sur notre projet et les moyens les plus efficaces pour le mettre en oeuvre.

4. Où en est le projet aujourd’hui ?
En décembre 2015, nous avons été lauréat de La France s’engage, un label, lancé à l’initiative du Président François Hollande, pour récompenser les projets les plus innovants au service de la société.
Notre objectif est d’accompagner les équipes pédagogiques dans la transformation de leurs pratiques professionnelles. Après la mise en place de pilotes dans 4 établissements ces 2 dernières années, nous sommes à présent en train de travailler sur la stabilisation des outils de diagnostique et d’accompagnement, sur la création d’un réseau de formateurs, sur la mise en place de partenariats avec des académies…

5. Quelles sont les étapes à venir du projet ? 
D’ici 5 ans, nous souhaitons accompagner 6000 établissements partout en France (Nantes, Créteil, Lille…), ce qui suppose de travailler en partenariats et en réseau.
Pour pouvoir avancer, nous recherchons des professionnels de la facilitation, de l’intelligence collective, du design thinking et de la gestion de projets afin d’accompagner les équipes pédagogiques dans la résolution de leurs problématiques quotidiennes. La communauté Engage peut nous être d’une très grande aide alors si vous avez des compétences et que le projet vous intéresse, n’hésitez pas à nous contacter !

Interview 26 Septembre 2016 : Nayla Ajaltouni Nayla Ajaltouni, coordinatrice du Collectif Ethique sur l’étiquette, intervenante de l’Engage University

Nayla Ajaltouni, coordinatrice du Collectif Ethique sur l’étiquette nous parle d’engagement citoyen, fil rouge qui traverse sa vie.
Depuis 20 ans, ce Collectif Ethique, regroupant plus de 20 associations, milite pour un strict respect des droits humains au travail à travers le monde, pour la mise en place d’un « salaire vital » dans l’industrie de l’habillement et pour le partage d’informations plus transparentes pour les consommateurs afin que ces derniers puissent connaitre les réelles conditions de fabrications de leurs achats. Pour suivre les campagnes du Collectif, c’est par .

1. Comment définissez-vous l’engagement ? 
Pour moi, l’engagement est le passage à l’action ayant pour point de départ une indignation, une motivation de transformer un aspect de la société. Il prend plusieurs formes, plusieurs intensités. C’est ce qui nous meut ; c’est une façon de résister. A mes yeux, l’engagement a nécessairement un caractère citoyen et donc politique.

2. Quand vous êtes-vous engagée pour la dernière fois et comment ?
Je suis engagée au quotidien dans mon travail, en tant que coordinatrice du collectif Ethique sur l’étiquette, ONG défendant les droits humains au travail. Je m’engage aussi différemment, en soutenant des projets musicaux d’amis par exemple. L’action qui m’a sûrement le plus mobilisée cette dernière année a été le TedXtalk, que j’ai accepté de réaliser après beaucoup de réticences, essentiellement pour les personnes qui me l’ont proposé. La formidable équipe du TedX de la Rochelle conçoit les talk comme un véritable outil pour promouvoir une société plus juste, plus démocratique, pour proposer des alternatives. C’est aussi un événement amusant, qui se déroule dans une ambiance exceptionnelle, avec une bienveillance, un engagement et un humour hors pair qui m’ont, contre toute attente, littéralement transportée. Voir la vidéo du TEDx.

3. Si vous ne deviez choisir qu’un seul combat, quel serait-il ? Comment agiriez-vous ?
Il est difficile d’en choisir un seul. D’ailleurs, je ne vois pas un combat isolé d’autres, ils sont tous imbriqués, mais il est clair qu’on ne peut pas être sur tous les fronts. Mes combats sont généralement liés au respect des droits humains fondamentaux, ce qui est très vaste. Il faut avoir en tête que s’engager pour défendre une idée, une vision, ce n’est pas une simple question de charité, mais de rétablir une justice dans des situations qui en manquent.

4. Lequel de vos projets à venir vous tient le plus à coeur ? 
Au niveau professionnel, je souhaite continuer à élargir la base des citoyens que nous touchons et les pousser davantage à l’action. Il faut faire pression sur les multinationales de l’habillement et les pouvoirs publics pour mettre un terme définitif à l’impunité des multinationales. Ce combat n’est pas incompatible avec le fait d’aimer la mode, mais pas à n’importe quel prix. Je crois fermement en la mobilisation et au plaidoyer citoyen, mais il faut faire masse. Au niveau plus personnel, je voudrais reprendre la batterie !

5. Qui vous inspire et pourquoi ? 
Je suis admirative de beaucoup de personnes mais je ne sais pas vraiment si elles m’inspirent… Je dirais plutôt qu’elles me stimulent. Parmi elles, des artistes engagés, des intermittents qui se mobilisent contre la logique purement marchande que l’on tente d’imposer à la culture, Stéphane Hessel en son temps, les économistes atterrés, des citoyens venant spontanément en appui aux migrants, ou mes copains du Raidhaussi, par exemple…

6. Si vous aviez un conseil à donner, un message à faire passer, ce serait… 
D’avoir des objets d’indignation. Il y a des choses universellement inacceptables et c’est un impératif de les combattre, sans pour autant renoncer à une vie « normale ». On peut être engagé et continuer à rire, à créer… Fort heureusement, la société n’est pas qu’un amas d’injustices. Etre engagé ou militant, ce n’est pas être utopiste. Je rejette cette qualification. L’utopie implique une dimension irréalisable, inatteignable, or garantir un minimum de dignité à tout être humain est tout à fait réalisable. C’est même le devoir de toute société mais malheureusement, les considérations d’ordre politique y font trop souvent barrage.

Interview 20 Septembre 2016 : Eva Sadoun, fondatrice de 1001pact, Alumni de l’Engage University

Pendant 3h d’intelligence collective, les Engagés ont travaillé autour du projet 1001PACT dont la mission est de démocratiser l’investissement au capital d’entreprises responsables, socialement innovantes et économiquement viables.
Eva Sadoun, porteuse du projet avec Julien Benayoun, revient sur la singulière expérience d’un ENGAGE CAMP. 

1. Pourquoi avez-vous décidé de participer à un Engage Camp ?

Julien et moi avons rencontré Jérôme au tout début d’Engage, quand il voulait développer cette idée de soutenir des projets à forte valeur ajoutée sociale.

C’était aussi le début pour nous et nous avons trouvé intéressant de soumettre le projet à une assemblée de personnes issues de parcours variées mais non moins riches de connaissances et surtout portées par une réelle envie de nous aider à trouver des financements. Participer à un Engage Camp était donc une façon de remettre en question notre projet, de revoir sa présentation… de le repenser.

2. Qu’avez-vous pensé de l’Engage Camp ? 
J’ai trouvé l’Engage Camp particulièrement stimulant. J’ai beaucoup aimé voir tant de personnes se fédérer autour d’un même projet et faire part de leurs idées innovantes alors même qu’elles n’étaient pas directement impliquées. Au cours d’un Engage Camp, on s’aperçoit vraiment de la force de l’intelligence collective qui peut faire émerger un grand nombre d’idées. Quand les personnes sont consultées à titre individuel, l’apport n’est pas aussi dense. De plus, malgré le grand nombre de participants, la pensée était organisée et les parcours de chacun, la vision des différents corps de métiers, nous ont permis d’avoir une vision d’ensemble du projet.

3. Où en est le projet aujourd’hui ? 
En 1 an, nous avons financé une dizaine d’entreprises à fort impact social et environnemental. Nous avons procédé à notre propre levée de fonds, collecté plus de 2 millions d’euros et nous sommes actuellement en train de dupliquer notre modèle en France et en Europe.

Interview 20 Septembre 2016 : Jacky Fréchaux, fondateur de GiveSens, Alumni de l’Engage University

L’enthousiaste Jacky Frechaux nous raconte comment les interventions et rencontres faites au cours de l’ENGAGE UNIVERSITY l’ont incité à prendre la voie du changement.
Ex-responsable du développement managérial de la conduite de la transformation chez PSA Peugeot Citroën, Jacky Frechaux est le fondateur de giveSens, cabinet spécialisé dans l’accompagnement du changement. 

  1. Qu’est ce qui vous a donné envie de vous inscrire à l’Engage University ? 
    Tout d’abord une envie: celle d’approfondir mes connaissances, ô combien utiles dans mon métier, celui de l’accompagnement au changement.
    Je souhaitais donc élargir mes connaissances dans les domaines dans lesquels j’estimais être informé par les médias, sensibilisé, mais pas assez à mon goût pour pouvoir me forger une vraie opinion et déclencher un réel désir de changement. L’Engage University abordait justement toutes ces questions qui me sont chères, relatives au climat, à la géopolitique, à la démographie, à la place de l’Homme dans une société des nouvelles technologies, aux systèmes de gouvernances alternatives…

    2. Que retenez-vous de cette expérience ? 

Trop de choses pour pouvoir être concis ! Des enseignants de grande qualité, véritables spécialistes dans leurs domaines. Des débats constructifs, indispensables pour avancer dans sa réflexion. Des hommes, des femmes, que je n’aurais sûrement pas rencontrés autrement… Tous différents par leurs tempéraments, leurs cultures et leurs connaissances.
Au-delà des problématiques et des solutions évoquées au cours de l’Engage University, je retiens que l’homme est au centre de tout, qu’il détient les clefs d’un avenir meilleur pour les prochaines générations.
Je ressors de cette formation optimiste, car j’ai réalisé que les solutions et les possibilités d’action étaient nombreuses. Toutefois, pour être pleinement efficaces, une prise de conscience massive et rapide des enjeux de la transition s’impose, à l’instar d’actions collectives et individuelles concrètes. Soyons chacun le colibri de Pierre Rabhi, faisons chacun notre part du travail pour opérer au mieux cette transition.

3. Comment pensez-vous pouvoir utiliser les connaissances  et les nouveaux outils acquis à l’Engage University ? 

Je pense pouvoir réutiliser les connaissances à différentes échelles. A mon échelle personnelle tout d’abord puisque j’ai déjà engagé des actions concrètes et discuté, débattu, avec ma famille, mes amis, mon entourage…
Ces connaissances et cette expérience me seront également d’une grande utilité dans mon travail.
Je garde toutefois à l’esprit que changer prend du temps et que plusieurs étapes sont nécessaires : prendre conscience, accepter, se forger une opinion propre et enfin… agir !

Interview 28 Avril 2016 : Estelle Colas, Co-Fondatrice de Trip4Good et We Like The World, alumni de l’Engage University

En 2011, Estelle Colas part avec son mari et sa fille pour un tour du monde hors du commun: grâce à leurs amis et amis d’amis sollicités sur Facebook, ils ont été hébergés dans 56 familles dans 17 pays sur 5 continents. L’argent économisé leur a permis de soutenir une école de jeunes filles au Burkina Faso.​