Cette insurrection qui vient!

Bernie Sanders, #Nuit Debout, Podemos… Une insurrection semble poindre, contre un système, contre les élites dirigeantes, et surtout contre des modes de gouvernance jugés dépassés. Jusqu’où et pour quoi changer, telle est la question.

L’histoire est moqueuse. Au Brésil, la droite conservatrice, corrompue et mafieuse, veut renverser Dilma Roussef, certainement pas exempte de tout reproche, mais symbole de la revanche des classes populaires brésiliennes.

Au même moment, un vent nouveau souffle dans le monde. Même sans projet de société lisible, le mouvement #NuitDebout, tient et grandit, jour après jour et se mondialise dans un #GlobalDebout qui rassemble tous les mécontentements de la jeunesse. Aux Etats-Unis, face au phénomène Trump, la poussée de Bernie Sanders, le sénateur du Vermont a redonné au « socialisme » le droit de cité au pays du maccarthysme. Et ce, malgré sa défaite annoncée face à Hillary Clinton dans le camp Démocrate.

Un formidable laboratoire démocratique

Pour revenir en France, on voit les primaires citoyennes se multiplier – primaire.org, La primaire des Français, et de nouveaux mouvements politiques issus de la société civile bourgeonnent, à l’image des Zèbres d’Alexandre Jardin, de #MAVOIX (@mavoix2017), ou de Baztille, tous aidés par de nouveaux outils qui facilitent la participation et l’intelligence collective, comme par exemple Stig.

Pour quels résultats ? Là n’est pas la question. Ces initiatives sont un formidable laboratoire démocratique. Ils préparent l’avenir et annoncent l’obsolescence des modes de fonctionnement de notre vieux système politique, mettent un pied dans la porte. Surtout ils revendiquent une nouvelle façon de gouverner, participative, ascendante et montrent les vertus possibles d’un web collaboratif politique. Leur rôle est en cela fondamental.

Analysant cette vague de contestation et de remise en cause de nos vieux partis politiques, Jacques Attali pronostique dans l’Express l’élection à la présidentielle 2017 d’un inconnu sorti du web ! Sans vouloir jouer aux oracles, un point de bascule apparaît à l’horizon. Les contours d’une nouvelle société se dessinent chaque jour plus clairement qui nécessite et induit un changement de nos modes de gouvernance.

Un système qui renforce ses travers

Cette perspective désirable se heurte pourtant à deux écueils qu’il s’agit de regarder en face. Tout d’abord, le système résiste. Les politiques se protègent en votant des lois qui retardent leur chute et étouffent le changement : loi dite de « modernisation des règles applicables à l’élection présidentielle » qui réduit le temps de parole des petits candidats ; loi sur la surveillance internationale, abondamment commentée et critiquée, notamment sur la Quadrature du net.

Le système, loin de programmer son autodestruction, renforce ses travers pour continuer à exister. Le constat est souvent similaire dans le monde de l’entreprise. Les évolutions sont longues, se heurtent de toute part à la résistance au changement et sont souvent fragiles car dépendantes de la volonté de son leader, par essence révocable.

Ensuite, il ne suffit pas d’exprimer son mécontentement, même si ce cri libérateur constitue une étape. Il s’agit d’échanger puis de proposer pour construire dans une démarche inclusive. Les choses se compliquent bien sûr. Comment inspirer et rassembler autour de solutions complexes pour trouver un consensus qui ne soit pas mou ?

La nécessité d’une insurrection citoyenne collective, pragmatique et positive

C’est là précisément que débute le vrai combat. Et il n’est pas facile, comme le montre le blocage institutionnel en Espagne avec Podemos, où de nouvelles élections sont convoquées. Loin des idéologies qui divisent et des anciens modes de gouvernance qui clivent, cette « insurrection » citoyenne (*) ne réussira que si elle est collective, pragmatique et positive.

Continuons à discuter et à nous tenir droit, jour et nuit, pour bâtir sans exclure et surtout engageons-nous concrètement et pacifiquement dans la construction d’un nouveau modèle que nous jugerions plus efficace et plus juste.

C’est l’ambition des Engage Days qui se tiendront du 3 au 5 juin sur le thème des nouvelles gouvernances individuelles et collectives. Rencontrer et débattre avec ceux qui pensent les nouveaux modes de gouvernances, aider ceux qui les mettent concrètement en œuvre. Découvrir aussi les nouvelles pratiques de développement de soi, car aucun changement durable ne se fera sans une remise en question de notre propre relation à nous-même et aux autres.

Tenons-nous debout pour profiter du vent qui se lève.

Recoder la République!

Né à la fin des années 1990 avec le mouvement des Zapatistas au Mexique, l’activisme en ligne a trouvé son point d’orgue historique avec les révolutions arabes de 2010-2011. Depuis les hackers tunisiens jusqu’aux jeunes activistes techno égyptiens tels que Asmaa Mahfouz, dont la page Facebook fut le déclencheur de la manifestation anti-régime du 25 janvier sur la place Tahrir, les réseaux numériques ont démontré leur capacité à provoquer l’étincelle qui allume la mèche.

Internet est le messager, pas la cause

Bien sûr, sans mécontentement économique et social profond, il n’y a pas de révolution: Internet est le messager, pas la cause. Mais c’est un vecteur de coordination terriblement puissant car très peu coûteux et extrêmement facile à utiliser. C’est là l’erreur d’un auteur comme Evgeny Morozov qui, dans Net Delusion, écrivait qu’Internet allait renforcer le contrôle des esprits.

Certes, il y a désormais plus d’une soixantaine de pays qui ont des unités de cyber-surveillance, y compris des pays d’Afrique subsaharienne utilisant d’ailleurs parfois des technologies occidentales. Mais la réalité historique des dictatures modernes, de la RDA à la Chine maoïste, a toujours été la capacité à mailler de réseaux d’informateurs très denses les populations sous leur contrôle. La nouveauté, c’est que celles-ci ont désormais également accès à leur propre réseau dense et low-cost de coordination. L’asymétrie se réduit entre le pouvoir central et une multitude qui peut désormais se coordonner en un réseau concurrent. Ironie de l’histoire: le livre de Morozov est sorti précisément quand  les nouveaux révolutionnaires d’Egypte ont obtenu la tête de Moubarak.

Dans le monde industrialisé et démocratique, où les alternances politiques se règlent par le vote, ces réseaux en ligne ont pris naturellement leur place dans le jeu démocratique. Aux Etats-Unis, MoveOn.org, puissant organisateur de l’aile progressiste du Parti Démocrate, a su perfectionner l’art du marketing CRM (« Customer Relationship Management ») en ligne pour animer sa base de 8 millions de membres.

De la démocratie directe et des apps

Grâce à Internet, le mouvement Occupy a pu s’établir – à son extension maximale – dans 950 villes sur plus de 80 pays en à peine quelques années – un exploit impensable avant l’avènement des réseaux sociaux. Au niveau local, l’idée de plateforme de données urbaines qui permettent aux municipalités de mieux échanger avec ses concitoyens – parfois dans les deux sens – fait son chemin tant aux Etats-Unis qu’en Europe. Ces tentatives de démocratie directe au niveau local se doublent de mouvements et d’applications au niveau national. Elles ont pour bénéfice de renouveler l’engagement citoyen. Mais ces initiatives modernes peuvent se heurter aux limitations de la démocratie directe, identifiées initialement par Platon il y a 2500 ans. Ce n’est pas un hasard si la démocratie représentative s’est imposée dans le monde occidental. Dans les sociétés industrielles, la spécialisation du savoir est devenue une nécessité. Comment chaque individu peut-il faire le bon choix pour la collectivité quand on n’a ni le temps ni les outils conceptuels pour bien décider ?

Or, c’est précisément de la résolution de cette question par les moyens numériques et par le code que peut naître une deuxième révolution démocratique, aussi profonde que celle qui a émergé au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et en France à la fin du 18e siècle et a fini par triompher avec la chute du Mur, en 1989.

#CodeImpot en France et « Hack the Budget » en Finlande

Les premiers signaux faibles apparaissent. En France, des éléments du code civil ont été transposés par un développeur sur GitHub, une plateforme internationale d’échange de code, pour mieux comprendre les évolutions des textes. L’initiative du hackathon #CodeImpot dans le cadre d’Etalab a permis de rendre disponible le code source du calculateur des impôts utilisé par la Direction générale des finances publiques – et de tester de nouvelles applications pour mieux comprendre l’impact fiscal au niveau de l’individu ou de la collectivité, et même faire passer de 3 semaines à 23 minutes le temps de calcul d’une simulation fiscale. En Finlande, l’initiative « Hack the Budget » pourrait aller encore plus loin en faisant intervenir designers et économistes afin de modéliser et simuler encore plus précisément les impacts des choix budgétaires nationaux.

Tout reste à construire, mais les prémisses sont là. Vivant dans le code, ces modèles ne sont plus enfermés dans la parole d’un homme ou idolâtrés par le biais d’un livre comme l’ont été les grandes idéologies. Leurs prédictions seront constamment confrontées à la réalité, comme cela l’est déjà dans le nouveau marketing en ligne qui retrouve en fait le modèle de la méthode scientifique expérimentale : aucune vérité ne peut être admise d’autorité, toute hypothèse doit être testée. Lignes de code vivants dans des serveurs, ces modèles seront disponibles aux Etats et aux partis mais aussi aux associations et à chaque citoyen, exactement de la même façon. Mis à disposition sous format ‘Open Source’, ils se déploieront en pleine transparence et traçabilité. Enfin, ils finiront par renverser le modèle de l’action partisane, trop souvent organisé sous le mode top-down de leaders soutenus par des dogmes. Ils seront déployés dans la forme démocratique que représente le réseau universel. C’est ce réseau logiciel qui portera tous les outils conceptuels, en particulier les modèles simulant l’action, qui manquaient au citoyen dans la vision aristocratique de Platon.

Au cœur du réseau, il y aura un nouveau type d’activiste : un activiste-chercheur, agissant dans le cadre d’équipes pluridisciplinaires. Il ne cherchera pas à diffuser un nouveau dogme. Il contribuera à la fabrication d’outils pour la multitude, dans l’obsession du résultat concret et la recherche de la vérité. Si cette transformation va jusqu’au bout, c’est bien notre manière de penser l’engagement citoyen qui sera ‘disrupté’ dans une ou deux générations.

Faisons valser le siècle!

La situation est préoccupante, bien sûr, qui le nierait ? Nous avons une chance cependant, celle de vivre au cœur d’un moment de réinvention. L’Engage University a été créée pour donner à chacun l’opportunité et les capacités d’imaginer et de construire ce monde qui vient. Par Jérôme Cohen, fondateur, Engage – Engage University.

« Il est nécessaire d’envisager une transformation d’envergure planétaire qui exige des changements profonds dans notre façon d’agir et de penser ».

Dans un court dialogue, publié chez Actes Sud, Edgar Morin, philosophe de la métamorphose, et Michelangelo Pistoletto, artiste italien précurseur de l’Arte Povera, qui dénonçait, dès l’après-guerre, l’opulence de la société industrielle, appellent à l’engagement.

« Impliquons-nous », le titre synthétise le propos : pour ces deux intellectuels, il est grand temps de dépasser l’indignation pour agir. Ce dialogue, d’autant plus passionnant que ces deux penseurs font œuvre de beaucoup de pédagogie, souligne les vertus de l’interdisciplinarité : un changement d’envergure n’arrivera que si les disciplines se rencontrent, se nourrissent et nous permettent de dépasser des réponses techniciennes.

A l’heure où les défis que nous rencontrons mêlent les questions économiques, environnementales, technologiques, culturelles, politiques, les réponses se doivent
d’être inclusives, décloisonnées, en un mot multidisciplinaires. La réinvention de notre système nécessite de mutualiser les savoirs, de rapprocher les expertises et de favoriser la rencontre des compétences.

L’enjeu est de taille : repenser notre modèle de société. Il requiert l’écriture d’un nouveau récit, capable d’inspirer une prise de conscience individuelle et collective, pour déclencher un changement généralisé des pratiques.

S’impliquer et agir, mais collectivement

Redonner du sens, redonner un sens et l’envie à chacun d’entre nous de contribuer, en exprimant ses compétences, ses talents et ses convictions.

Pas seul, surtout, ce serait inefficace. Non, l’heure est à l’union ! Nous avons aujourd’hui les outils pour nous unir, pour agir collectivement, faire savoir, faire pression. Nous ne serons en mesure de provoquer le changement que si nous inventons les espaces pour nous « empuissanter ». La métamorphose de notre système viendra de chacun d’entre nous, elle ne viendra pas d’en haut.

S’appuyer sur les personnes donc, pour accélérer le changement, mais aussi inclure les organisations, les entreprises, publiques ou privées, petites ou grandes. Il faut les inviter à entrer dans cette danse, car elles ont un rôle majeur à jouer. Les encourager à se replacer au cœur de la cité, tout d’abord, en étant conscientes de leurs responsabilités sociétales. Les inciter à changer leurs pratiques managériales ensuite, pour permettre à leurs collaborateurs de retrouver du sens et une réelle motivation. C’est à travers et avec les femmes et les hommes qui la composent que les organisations évolueront vers le mieux. Encore faut-il réussir à définir un objectif qui rassemble les collaborateurs, l’organisation et la société dans son ensemble.

Relier les technologies et le bien commun

C’est pour donner à chacun l’opportunité et les capacités d’imaginer et de construire ce monde qui vient que nous ouvrons l’Engage University. Nous voulons permettre à chacun, d’où qu’il vienne, quel que soit son parcours et ses responsabilités – décideur d’entreprise, indépendant, entrepreneur, membre d’administration, artiste, enseignant, de s’impliquer et d’agir.

Nous voulons permettre à tous de mieux comprendre les logiques émergentes, d’acquérir les outils qui, en nous reliant aux autres, accroissent notre impact, et enfin donner des pistes pour un meilleur accomplissement de soi.

Seule une approche croisée est aujourd’hui à même de nous apporter une vision et des réponses à la hauteur des enjeux : apprendre à décrypter les mondes en mouvement ; comprendre la nécessité de relier les technologies et le bien commun ; mesurer l’ampleur des solutions que le dérèglement climatique nécessite ; analyser les nouvelles gouvernances individuelles et collectives ; comprendre pourquoi les organisations ont tout intérêt à tenter le vrai.

La chance de vivre au cœur d’un moment de réinvention

Encore ne suffit-il pas de comprendre bien sûr, mais de faire. Les sessions proposeront des temps d’apprentissage mais aussi des ateliers participatifs, des rencontres avec des acteurs inspirants, des moments de création et des plages d’expérimentation de nouvelles pratiques. Elles permettront aussi aux participants de travailler sur leurs propres projets, en s’appuyant sur des outils d’intelligence collective et en bénéficiant du savoir de promotions interdisciplinaires et de l’aide de la communauté Engage. Faire dialoguer l’innovation, la géopolitique, la danse, une fresque du climat, la technologie, des rites de passage, l’intelligence collective, le marketing éthique…

La situation est préoccupante, bien sûr, qui le nierait ? Nous avons une chance cependant, celle de vivre au cœur d’un moment de réinvention. Toutes les époques n’ont pas eu cette opportunité. Se développer, s’allier à l’autre et construire collectivement des présents désirables. Des mots, répondront les Cassandre, mais qu’il s’agit désormais d’incarner dans des pratiques et des actions. Faisons valser le siècle qui vient.

Faisons notre coming out humaniste

Nous sommes nombreux à désirer l’optimisme. Nous ne sommes pas naïfs mais volontaristes. Nous avons fait le deuil de l’indignation, nous désirons être des acteurs du changement, créer et participer au monde qui vient.

Encore faut-il passer du désir à l’action. Comment se rassembler, faire masse pour que ce changement attendu se réalise enfin ?

« Une seule solution : l’uberisation », scandent en cœur les apôtres de la révolution digitale. Hacker la démocratie, uberiser la présidentielle : le numérique – sa transparence, ses plateformes et ses capacités de connexion de tous avec tous – présente en effet bien des promesses. De l’éducation à la santé, l’innovation est une nécessité et, bien utilisées, les technologies sont un levier essentiel du progrès.

Les sirènes de silicium

Mais ne nous laissons pas hypnotiser par les sirènes de silicium de l’accélération technologique. En voulant résoudre nos problèmes, bien des chantres de la technologie libératrice ne font que renforcer un système dont nous ne voulons plus, camouflés derrière leurs bonnes intentions et leur soi-disant « économie collaborative ». Pire, leur nouveau paradigme renforce les inégalités, un anthropomorphisme passéiste et le mythe de l’homme tout puissant.

Cette innovation là reproduit et renforce nos travers. Les nouvelles technologies contribueront au changement : à condition de replacer l’humain au centre. Que faire alors et comment le faire ? Car c’est là tout l’enjeu, faire. Comment faire pour continuer à avancer en réconciliant progrès et bien commun ? Comment faire pour que ce désir de changement systémique aboutisse et ne tourne pas en frustration ?

« Ne t’attaque pas au système, démode-le »

« Ne t’attaque pas au système, démode-le », l’injonction récente de Bernard Werber fait mouche. Même si la tentation insurrectionnelle et l’envie légitime de renversement nous titillent, programmons simplement son obsolescence. Cheminons sur la voie d’une nouvelle aventure collective. Avançons en tâtonnant, par itérations, avec agilité.

Nous avons la connaissance à portée de main, nous avons les outils pour nous rassembler et agir. Nous sommes de plus en plus nombreux à en avoir l’envie et l’espoir. Nous avons grandi dans un système aujourd’hui dépassé, nous devons avoir le courage d’en changer, collectivement. Le courage de nous mettre en danger, de remettre en question notre confort de pensée et probablement notre confort matériel. Au fond, n’avons nous pas envie de nous aventurer loin d’un système vacillant, d’embrasser l’inconnu quand le connu est souvent synonyme de destruction, d’appauvrissement et de consumérisme ?

Une danse joyeuse, une valse à trois temps

Nous devons aujourd’hui inventer et inspirer un nouveau récit collectif pour rendre nos futurs désirables et les incarner au présent. Une danse joyeuse, une valse à trois temps, voilà ce qu’il nous faut, car le binaire a prouvé ses limites. Cessons d’opposer, nous voulons un nouveau rapport à l’autre et au monde.

Invitons au bal toutes les parties, toutes les organisations, sans jugement mais sans complaisance, pour les pousser à oser le vrai. Le changement n’aura lieu que si les organisations, publiques et privées, petites et grandes, entrent dans la danse et mettent leur puissance au service de la « vie bonne » comme disaient les philosophes.

L’entreprise a tout à y gagner. D’ailleurs, elle semble presque enfin comprendre, de ci, de là, la nécessité de renouer avec l’humanisme. Elle ne fonctionnera que si ses collaborateurs s’y sentent alignés avec ce qu’ils sont profondément et développent leurs talents en son sein. Faire se rejoindre personne et fonction.

Mutation des consciences, évolution de nos pratiques

Cassons nos égoïsmes car c’est d’abord à ceux qui sont loin de nous, géographiquement et temporellement, que nous devons penser. Les effets du dérèglement climatique et plus généralement du dérèglement de notre modèle touchent d’abord l’autre : d’autres géographies, les prochaines générations. « La première règle avant d’agir consiste à se mettre à la place de l’autre, nulle vraie recherche du bien commun ne sera possible hors de là », disait l’Abbé Pierre, dont les combats sont plus actuels que jamais.

Mais l’autre est déjà en nous. De notre agriculture industrielle à la délocalisation de nos outils de production, de nos modes de consommation aux lointaines plantations de coton, tout est lié qui nous détruit jusque dans notre chair. Admettons-le et cette proximité accélèrera notre mise en action.

Mutation des consciences, évolution de nos pratiques : personne ne le fera à notre place et le système n’inventera pas seul sa propre métamorphose.

Soyons de plus en plus nombreux à oser nous réconcilier, quels que soient notre âge, notre parcours, notre discipline, nos origines, nos intérêts. Portons un autre discours pour inspirer ceux qui, pour de multiples raisons, restent frileux.

Et surtout, passons de l’individuel au collectif pour agir. Osons un nouveau rapport : à soi, aux autres, au monde. Faisons notre coming out humaniste.

COMPRENDRE POUR AGIR : POURQUOI NOUS CREONS L’ENGAGE UNIVERSITY

Il y a urgence à agir. Notre modèle vacille.

Chacun peut aujourd’hui devenir acteur du monde qui se construit. Il est temps de briser les silos qui ne fonctionnent plus, à l’ère où tout est imbriqué. Notre monde complexe, il faut pouvoir l’aborder et le comprendre dans sa globalité, de façon systémique.

Nous créons l’Engage University pour permettre à chacun de mieux décrypter la complexité.

Pour que chacun, d’où qu’il vienne, puisse bénéficier des outils théoriques et pratiques lui permettant d’agir.

Pour que nous puissions nous aider mutuellement, entre alumni et trouver, grâce à l’apport de celui qui est différent, des solutions nouvelles.

Pour que nous ayons tous l’opportunité d’apporter nos compétences, nos savoirs, nos énergies à des projets porteurs de solutions pertinentes, à la hauteur des enjeux.

Pour que nous puissions, en nous projetant vers l’avenir, conjuguer humanisme et technologie, et construire collectivement une alternative désirable.

Pour que tous, quels que soient nos profils, nos âges, nos parcours – collaborateurs d’entreprises et de start-ups, membres d’administrations, artistes, indépendants, nous puissions ensemble nous réapproprier et construire les présents dans lesquels nous désirons vivre, par la réflexion croisée et par l’action collective.

MIEUX COMPRENDRE POUR MIEUX AGIR. L’ENGAGE UNIVERSITY OUVRE SES PORTES EN AVRIL.

 

L’économie symbiotique

L’économie symbiotique montre qu’une économie régénératrice est possible. Que nous pouvons inverser la tendance actuelle et restaurer les écosystèmes naturels tout en favorisant les liens sociaux et sans compromettre une rentabilité économique, même si celle-ci ne répond plus aux exigences des marchés financiers. Cela grâce à l’intelligence.

La théorie de l’économie symbiotique a émergée après presqu’une dizaine d’années de recherche et d’observation des nouvelles logiques économiques par Isabelle Delannoy, ingénieur agronome et experte du développement durable. Elle s’est intéressée aux solutions mises en place par des entrepreneurs, des collectivités territoriales, des citoyens, quelques soient les domaines ou les champs d’activité, qui leur apportait à la fois des plus-values économiques tout en restaurant les écosystèmes ou en permettant une diminution structurelle de l’atteinte aux écosystèmes. On y retrouve les applications des concepts de l’économie collaborative, de l’économie circulaire, de l’économie de fonctionnalité, de l’économie sociale et solidaire, les modes de production basés sur l’ingénierie écologique, sur l’agro-écologie, sur les smart grids… Ils couvrent l’ensemble du champ des activités humaines et ils sont apparus dans le monde entier, de façon non concertée, sous tous les climats, dans des contextes ruraux comme urbains, sous toutes les cultures, dans des pays pauvres comme riches, et quel que soit le régime politique.

Le modèle de l’économie symbiotique tente à partir de cette analyse empirique, une théorie intégrative de ces approches et permet de les unifier en une seule logique économique. Six principes se sont dégagés auxquels répondent ensemble ces nouvelles logiques, et qui permettent quand réunis d’instaurer une économie symbiotique et régénératrice.

  1. Inclusion dans les cycles de la planète
  2. Utilisation des services rendus par les écosystèmes
  3. Parcimonie
  4. Collaborations
  5. Relocalisation
  6. Diversification

La force de l’économie symbiotique est d’être une pensée systémique et fractale qui peut se développer tant au niveau macro – un grand territoire ou une grande entreprise – , qu’au niveau micro à partir d’initiatives très locales. Aujourd’hui il s’agit de passer de la théorie à la pratique, car il y a encore peu d’endroits où les six principes sont réunis et où la régénération est en marche. Comment manier ce modèle en pratique ? Quel design pour implémenter l’économie symbiotique ? Par où commencer ? Avec qui ? Quelques questions pour un présent désirable…

La COP21 : un paradoxe.

Le métier des diplomates, c’est de rédiger et de passer des accords internationaux. De ce point de vue, il convient de féliciter la diplomatie française : c’est en effet un véritable tour de force que d’avoir réussi que 195 pays, des plus pauvres aux plus riches, des plus petits au plus grands, acceptent – par consensus – un texte concernant le changement climatique. Il est vrai que l’accord n’entrera en vigueur qu’après que 55 pays comptant pour au moins 55% des émissions mondiales de gaz à effet de serre l’ait signé (la nuance est subtile), mais tout de même : si l’on compare, sur le plan purement technique, l’issue de la réunion de Copenhague en 2009 (COP15), où 26 pays, à l’initiative des USA et la Chine, avaient décidé en catastrophe, la dernière nuit, de rédiger et de ratifier un texte (l’Europe ne faisait pas partie de ce groupe d’Etats !) où l’on trouve l’allusion aux 2°C de réchauffement qu’il conviendrait de ne pas dépasser et celle au Fonds Vert pour le climat de 100 milliards d’euros par an pour financer l’adaptation aux changements des pays en développement , et celle de la COP21, où le ministre des Affaires Etrangères français, d’un petit coup de marteau, déclenche l’enthousiasme de l’ensemble des représentants mondiaux, on ne peut que saluer le savoir-faire de la diplomatie française.

Le paradoxe, c’est que cet enthousiasme a en fait salué … un constat d’échec. C’est ce qu’exprime avec on ne peut plus clarté le point 17 du préambule de l’Accord, reproduit ici in extenso – il en vaut la peine, car il faut le relire plusieurs fois pour se convaincre … qu’il dit bien ce qu’il dit :

La Conférence des Parties « note avec préoccupation que les niveaux des émissions globales de gaz à effet de serre en 2025 et 2030 estimés sur la base des contributions prévues déterminées au niveau national ne sont pas compatibles avec des scénarios au moindre coût prévoyant une hausse de la température de 2 °C, mais se traduisent par un niveau prévisible d’émissions de 55 gigatonnes en 2030, et note également que des efforts de réduction des émissions beaucoup plus importants que ceux associés aux contributions prévues déterminées au niveau national seront nécessaires pour contenir l’élévation de la température de la planète en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels en ramenant les émissions à 40 gigatonnes ou en dessous de 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels en ramenant les émissions à un niveau devant être défini dans le rapport spécial mentionné au paragraphe 21 ci-après. »

Petite explication de texte.

Rappelons que, d’après le dernier rapport du GIEC, deux conditions sont requises pour tenir l’objectif des 2°C : i) stabiliser rapidement nos émissions, puis ii) les diminuer de sorte que leur total, à partir d’aujourd’hui, ne dépasse pas en gros 1000 milliards de tonnes de carbone (GtC). C’est le budget restant. Evidemment, plus nous tardons à réduire nos émissions, plus leur réduction devra être rapide par la suite, puisque le budget total est fixé.

La formulation un peu lourde « contributions prévues déterminées au niveau national » désigne officiellement les engagements volontaires des différents Etats. La formule est consacrée (en anglais : INDC, Intended Nationally Determined Contributions).

Le texte dit que les INDC conduisent à une augmentation des émissions en 2030 (puisqu’elles sont de 50 GtC aujourd’hui) : la première condition ne sera donc pas satisfaite (il faudrait ramener les émissions à 40 GtC en 2030) – a fortiori s’il fallait limiter le réchauffement à 1,5°C ! En conséquence, les efforts de réduction au delà de 2030 devront être « beaucoup plus importants » si l’on veut tenir le budget global… On s’en convainc aisément. La perspective de 1,5°C n’est pas chiffrée, il est demandé au GIEC de faire une étude spécifique (point 21 de l’Accord).

On peut s’étonner qu’il soit fait référence, dans l’Accord, à un réchauffement moindre que celui mentionné à Copenhague. La raison en est que les Etats insulaires, ceux qui menacent de disparaitre purement et simplement à cause de la montée du niveau des mers, voulaient faire valoir que l’objectif des 2°C était déjà trop élevé pour eux. C’est là qu’on perçoit tout le savoir faire des rédacteurs : on a fait mention des 1,5°C, non pour dire qu’il fallait chercher à l’obtenir, mais pour remarquer, ce que Monsieur de La Palice aurait sans doute pu formuler lui-même, que ce serait encore plus difficile que les 2°C ! L’essentiel, c’est que cela a permis que l’Accord soit adopté!

Résumons : l’Accord de Paris contribue à créer un cadre international dans lequel des actions climatiques peuvent venir se loger. Ce cadre est meilleur que le précédent : en particulier, il abolit la distinction entre pays développés et pays en voie de développement, distinction devenue caduque lorsqu’il apparait, par exemple, que la Chine est devenu le principal émetteur de gaz à efffet de serre.

La corbeille est donc belle, mais elle ne contient rien de nouveau, et, s’agissant de la réduction des émissions et/ou de l’adaptation au changement climatique, elle est vide.