Interview 20 janvier 2017 : Marie Aubry-Bréchaire, urbaniste et alumni de l’Engage University

Marie Aubry-Bréchaire, jeune urbaniste, nous parle de sa vision de la ville de demain, une ville innovante au service du bien commun.

1. Vous êtes urbaniste, à quoi ressemble selon vous la ville de demain ?

À celle d’hier, celle du XXème siècle alors que les unités de vie étaient à la taille de quartiers et non de grands territoires.​  C’est une échelle rêvée et recherchée parce qu’elle offre beaucoup d’aménités à proximité, inclut une certaine densité d’activités et d’habitants et comporte des espaces non bâtis et végétalisés qui lui apportent cachet et respiration.

C’est aussi une ville davantage en réseau mais toujours à cette mesure d’un quartier, avec le développement d’énergies et de symbioses locales. Cela va de pair avec le retrait des États dans le financement du développement urbain et des infrastructures à l’échelle nationale tout autant qu’avec la mise en liaison d’équipements grâce à des technologies qui optimisent les dépenses de toutes sortes.

2. Quels sont les enjeux fondamentaux liés à votre domaine d’activité ?
Savoir être à l’écoute des besoins exprimés ou latents, faire prendre conscience d’une vue d’ensemble et conseiller pour donner les clés d’un développement en adéquation avec les attentes d’une communauté. Cela demande d’être ouvert, capable de communiquer et d’orienter les êtres humains vers une prise de décision collective pour créer nos environnements d’aujourd’hui et de demain. Alors même que l’on détient des savoirs et que l’on pourrait prédire ce que serait une bonne ville à notre avis, les métiers de la fabrication urbaine doivent demeurer les traducteurs d’une volonté générale.

3. On rapproche souvent la sociologie et l’urbanisme, comment inventer une ville durable et inclusive ?
Il n’y a pas de recette magique pour faire une ville durable et inclusive, qui sont d’ailleurs deux termes valise. Une ville est souvent durable, rares sont les cas de faillite. Une ville est souvent inclusive, car concrétise matériellement le rassemblement de personnes qui ont choisi de faire cause commune. Le tout est de savoir ce que l’on veut faire durer et qui l’on veut inclure. Et ce sont là des choix de société.

La transparence des décisions prises en matière d’aménagement et d’urbanisme est capitale. Reste à inventer une façon de faire dialoguer les parties pour que le jeu soit compris par tous et que les influences de chacun soient possibles. En France, dire et montrer ce que l’on a fait et ce que l’on veut faire est parfois mal perçu. Or, c’est certainement la façon la plus créative et collaborative de faire évoluer des projets vers une issue positive et heureuse.

4. Quel est, pour vous, un exemple de ville innovante ?
Dernièrement, la Polynésie française a signé un protocole d’entente avec le Sea Steading Institute pour réfléchir à la création d’une ville flottante afin de faire face à la montée des eaux. C’est l’exemple même d’un problème traité par l’innovation pour protéger mais aussi réinventer une vie et des formes d’habitat dans un espace soumis à des contraintes fortes.

Dans un autre registre où cette fois-ci la ville se fait par les habitants, le développement de l’urbanisme communautaire dans des quartiers oubliés ou en déshérence à Montréal est un exemple significatif de solutions que nous pouvons créer ensemble. Ce qui est innovant pour moi, c’est d’énoncer clairement un problème, d’agir en faveur de sa résolution et d’expérimenter. Les villes dans ce cas sont toujours très nombreuses !

5. Si vous deviez retenir un projet qui symbolise la ville innovante au service du bien commun, quel serait-il ?
À Nice, l’écoquartier Méridia se veut un premier exemple de smart grids ou de quartier connecté qui permet notamment de lisser les consommations d’électricité. Le but est de produire localement de l’énergie, de la distribuer selon les besoins et de sensibiliser les habitants sur le partage d’un même réseau électrique. Nice est en bout de réseau au niveau national et subit souvent des coupures. Ce projet ne veut pas seulement remédier à un problème mais veut réunir les acteurs d’un quartier afin de consommer durablement l’électricité.

Par ailleurs, le quartier met en oeuvre des techniques environnementales destinées à créer un environnement sain pour les habitants et favorable au maintien actuel des conditions climatiques. Seulement, tous les projets ont leurs points à améliorer. Développer une telle extension urbaine dans une plaine fertile et rare en terrain inondable pose question en termes de consommation de terres arables. L’inondation est un risque que l’on peut maîtriser, créer des terres arables est toutefois un défi qui reste à relever.

6. Pourquoi avoir choisi de vous inscrire à l’Engage Université, qu’en retirez-vous au niveau personnel et professionnel ?
Il y a des choses que l’on n’apprend pas à l’école, et il y a des convictions personnelles que l’on se doit de nourrir pour s’épanouir. Suivre le programme Transitions répondait à ces besoins. Le contenu est très éloigné de ce que les formations techniques à destination des professionnels sont et n’entre pas non plus seulement dans la catégorie des formations de développement personnel. En somme, vous comprendrez que c’est les deux.

Et en résumé, c’est un espace-temps où toute personne dotée d’une soif d’apprendre et d’agir dans tout domaine d’action peut trouver des savoirs et d’autres personnes qui seront heureuses de transmettre et de partager ce que vous recherchez et même ce à quoi vous ne vous attendez pas.

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