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Interview des fondateurs de PLASTIC ODYSSEY – dépolluer les océans

Plastic Odyssey souhaite dépolluer les océans et les rivages tout en utilisant le plastic comme ressource.
Ce projet passionnant a été sélectionné pour les prochains Engage Days du 9 au 12 novembre et sera accompagné par la prochaine promotion du programme Transformation de l’Engage University.

Plastic Odyssey est porté par Simon Bernard et Alexandre Déchelotte. Ils reviennent ici sur leurs parcours, leurs motivations et la singularité de leur projet.

Pouvez-vous présenter Plastic Odyssey en quelques mots ?
Simon : L’océan est à la fois le berceau de la vie sur Terre et le premier poumon de la planète. Pourtant, il est terriblement maltraité. C’est une véritable décharge à ciel ouvert. Il est irréaliste de croire qu’il est possible de le nettoyer.
L’immense majorité des plastiques déversés chaque jour se dégrade en micro-particules ou coule au fond. La seule solution est d’arrêter de les jeter. Pour cela, il faut s’inspirer de la nature et faire des déchets une ressource. Il existe de nombreuses solutions, mais elles sont peu répandues. Il faut les faire connaître et les diffuser. Nos décharges d’aujourd’hui doivent devenir nos mines de demain.
Alexandre : Plastic Odyssey, c’est une expédition maritime autour du monde pour développer et partager des solutions de recyclages du plastique sous toutes ses formes.
Le navire va remonter le problème à la source, le long des côtes les plus touchées par cette pollution. À chaque escale, des plastiques seront collectés et triés. Tout ce qui est recyclable sera transformé à bord de l’atelier flottant, en expérimentant des systèmes adaptés aux besoins du pays dans lequel le bateau se trouvera. Le reste sera transformé en carburant recyclé à l’aide d’une unité de pyrolyse et utilisé pour faire avancer le bateau. Cette technologie en pleine émergence est très prometteuse et pourtant peu connue. Elle permet d’obtenir jusqu’à 1L de combustible par kg de plastique traité. Couplée à l’énergie solaire par exemple, elle permet de favoriser l’accès à l’électricité en zone rurale tout en dépolluant. L’objectif est de créer un véritable bateau ambassadeur du recyclage qui permettra à terme de créer de l’emploi en limitant la pollution.

Vous deux en quelques mots ?
Alexandre : D’abord camarades de classe sur les bancs de l’école de la Marine Marchande, Simon et moi sommes devenus amis et coéquipiers dans des projets variés menés tout au long de nos études. Simon, c’est l’aventurier, il cherche toujours à explorer loin des sentiers battus, à innover. Il a mené beaucoup de ses projets droit vers la réussite, l’engagement et le cœur qu’il met à l’ouvrage sont les clés de sa réussite.
Simon : Alexandre, c’est plus qu’un simple ami, c’est un vrai coéquipier à qui je fais pleinement confiance. On a déjà travaillé ensemble sur des projets, c’est un binôme qui marche. Alex, c’est un passionné, quand il fait quelque chose, il le fait à fond. Je suis toujours impressionné par l’énergie qu’il arrive à déployer pour les projets professionnels tout en menant sa vie de jeune papa à côté.

D’où vous est venue l’idée ?
Simon : Je suis passionné par les défis techniques et la nature. Depuis tout petit, je passe mon temps à chercher des solutions aux enjeux écologiques. Je me revois encore faire des plans de baignoire à recycler l’eau ou de moteurs à énergie perpétuelle (j’ai vite abandonné cette idée). J’ai pas mal traîné dans les fablabs et autres ateliers aux côtés d’autres makers.
Un jour, alors que je faisais escale à Dakar, je me suis rendu compte qu’il y avait du plastique partout sur les côtes et qu’à côté de ça des gens cherchaient des petits boulots pour survivre. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire.
Alexandre : frappé par la pollution marine lors de mes navigations, escales et plongées en mer, j’ai commencé à m’intéresser aux innovations concernant le recyclage. À 20 ans, j’ai créé l’association Greenactive, pour me lancer dans un projet de recyclage de bouteilles en filaments d’imprimante 3D. Pour cela, je voulais affréter des bateaux pour collecter les plastiques en mer, mais je me suis rendu compte qu’il était irréaliste de vouloir nettoyer l’océan et qu’il fallait agir en amont. Une fois dans l’eau, il y a moins d’1 % du plastique qui flotte et qui peut donc être récupéré.

Qu’est-ce qui différencie Plastic Odyssey d’autres projets de bateaux propres – panneaux solaires, hydrogènes, etc. ?
Simon : le sujet est cette fois la pollution marine et l’accès aux solutions de recyclage du plastique. Néanmoins, à l’image de Solar Impulse ou Planet Solar, nous voulons montrer qu’il est possible de réaliser un tour du monde en parfaite autonomie, simplement en recyclant les déchets collectés sur les côtes pour faire avancer le bateau.
Alexandre : Le cœur de l’innovation réside dans le concept de notre bateau : le plastique non-recyclable récupéré sur les plages est chargé dans un conteneur 20 pieds après avoir été broyé. Nous aménageons un deuxième container qui traitera les déchets pour alimenter nos moteurs. Le plastique retourne à son état d’origine : du carburant. Ce dernier produit de l’énergie électrique qui propulse notre bateau. Le pouvoir énergétique des déchets plastiques est énorme, et aucune pollution n’est engendrée lors de sa transformation. C’est un procédé très propre qui fait de notre catamaran un bateau vert et autonome.

Quels sont vos principaux enjeux aujourd’hui et le calendrier du projet ?
Alexandre : Nous entrons dans la phase de financements, avec la construction de notre prototype à la fin de l’année. Grâce à ce bateau prototype, nous produirons une vidéo qui dévoilera le procédé qui permet de propulser un bateau uniquement grâce aux déchets. Cette vidéo fera le tour du monde pour prouver que c’est possible, notre objectif étant de démocratiser le recyclage du plastique, donc faire en sorte que le plus de gens possible en entendent parler. La phase suivante sera la préparation du tour du monde sur le navire à taille réelle (24 mètres). Nous avons prévu 34 escales sur une durée de 3 ans avec un départ fin 2019.

Votre projet a été sélectionné pour les prochains Engage Days, qu’en attendez-vous ?
Alexandre : Nous sommes heureux d’avoir été choisis pour prendre part aux Engage Days. Pour nous, ce sera l’occasion de partager notre vision des choses et recueillir des retours, car c’est comme ça que nous avançons le mieux. Partager pour avancer, c’est l’essence même de notre démarche, et c’est d’ailleurs pourquoi nous nous sommes dirigés vers l’open source.

Dans une récente conférence à l’Engage University, Gaël Giraud alertait sur le fait que les poissons pourraient tout bonnement disparaître des océans en 2050 si l’on ne fait rien – acidité, plastiques. Restez-vous confiants ?
Simon : Je suis plutôt optimiste de nature et préfère toujours parler des solutions plutôt que des problèmes eux-mêmes. Il est vrai que l’océan et sa biodiversité sont maltraités : que ce soit par la surpêche, la pollution ou les effets du réchauffement climatique. Je pense qu’il faut rapidement limiter les dégâts en adoptant des solutions de transition au plus vite. De plus, il faut être réaliste, si on veut abolir la pollution, il faut montrer qu’il est plus rentable économiquement de faire autrement, en préservant la nature. Pour moi, c’est la meilleure option. Heureusement, il existe des solutions, c’est l’objectif de Plastic Odyssey de les faire connaître.
En ce qui concerne la surpêche, il y a aussi des solutions : on peut mettre en place des aires marines protégées, adopter de nouvelles techniques de pêche qui sélectionnent les poissons, etc. Pour la pollution atmosphérique : les énergies renouvelables sont de plus en plus performantes et on sait aujourd’hui utiliser le CO2 pour cultiver des microalgues, en faire du plastique ou du carburant propre.
Il faut adopter une économie qui s’inspire de la nature pour mieux la protéger, c’est le seul moyen pour nous de survivre, sur cette planète du moins.

Variations autour de l’engagement à l’usage des Engagés

S’engager c’est quoi ?

S’attacher à une cause qui nous tient au corps et interroge notre cœur. C’est une réflexion, une pensée, un mouvement intérieur qui me pousse à agir pour résoudre ce qui m’émeut, m’agite. C’est choisir, prendre parti et le dire. S’inscrire dans une recherche permanente car mon envie de changement sera aussi insatiable que mes questionnements sur la société, sur l’autre et sur moi.

C’est aussi une manière de résoudre l’absurdité d’un système qui ne me convient plus. Une envie profonde d’accompagner le changement de modèle que je souhaite voir advenir.

S’engager, c’est se faire la douce promesse d’entreprendre mes journées en me disant que tout reste à construire, que je veux aller au bout des choses et de mes intuitions.

Selon Sartre, l’engagement est inhérent à chacun, c’est un état de fait, «je ne peux pas ne pas être engagé». Pourtant je crois qu’il faut considérer l’acte de s’engager comme un élan précieux, individuel, lié presque automatiquement à une prise de conscience. Las de constats cafardeux qui pourraient justifier mon inaction, je veux faire non pas pour être mais pour traverser profondément, motiver ma présence au monde et «vivre en existant».

Un engagement précipite dans l’existence comme principe. Exister ça veut dire faire en prenant en compte l’autre qui n’a pas été placé à mes cotés par hasard.

Cet autre qui est une réponse à un engagement à long terme. Car une fois répondu aux sempiternels pourquoi, vient l’inexorable question du comment.

Par une action collective les idées grandissent en arborescence ; on ne défonce pas un mur seul. Il n’est pas rare que par un souci de résistance les causes nous unissent et les constats nous rassemblent. Ce qui est plus compliqué c’est d’appliquer une solution qui conviennent à tous. C’est pourtant comme cela que nous inventerons un modèle plus juste, moins excluant. Il ne faut plus attendre de nos dirigeants qu’ils changent notre quotidien mais bien prendre le pouvoir en faisant. L’engagement est une des portes qu’il faut absolument se permettre d’ouvrir.

S’engager c’est un refus et un partage, c’est un moyen puissant. L’engagement est en nous mais il faut l’activer pour qu’il existe vraiment. Il faut faire pour qu’advienne un changement. C’est un acte fort, politique et bienveillant.

Et toi tu t’engages quand ?