« Notre étude le prouve : la diversité enrichit notre pensée. En jouant contre la propension naturelle au conformisme, la diversité ethnique pousse en effet les individus à examiner les faits, à penser plus en profondeur et à développer leur propre opinion. Les résultats de l’étude montrent, au final, que la diversité profite à tous : aux minorités comme à la majorité. »

Sheen S. Levine et David Stark, enseignants-chercheurs à l’Université du Texas et à Columbia, ont mené une étude dont les résultats sont édifiants et parleront beaucoup à une France qu’on décrit de plus en plus souvent – élections à l’appui – comme tentée par le repli sur soi : la diversité « ethnique » rend tout le monde plus intelligent.

L’explication est simple : la diversité met à mal le conformisme, qui représente la défaite de la pensée – pour reprendre le titre d’un célèbre ouvrage d’Alain Finkielkraut… Plus précisément :

« Quand nous sommes entourés de gens « comme nous », nous sommes aisément influencés, nous pouvons plus facilement tomber dans le piège d’idées fausses. A l’inverse, la diversité permet de faire progresser l’esprit critique de chacun. Car elle amène de la « friction cognitive » qui améliore la délibération ».

Face à la tentation du repli sur soi et du communautarisme « chacun dans son coin », ne devrions-nous pas nous battre pour porter des projets radicaux en faveur de la mixité sociale, culturelle et ethnique à l’école ? Faut-il relancer le débat sur la discrimination positive et soutenir des actions en ce sens ?  L’interdisciplinarité n’est-elle pas plus que jamais nécessaire ?

Pour ceux qui ne voudraient pas cliquer, morceaux choisis de l’article du New York Times :

« To study the effects of ethnic and racial diversity, we conducted a series of experiments in which participants competed in groups to find accurate answers to problems. In a situation much like a classroom, we started by presenting each participant individually with information and a task: to calculate accurate prices for simulated stocks. (…) The findings were striking. When participants were in diverse company, their answers were 58 percent more accurate. The prices they chose were much closer to the true values of the stocks. As they spent time interacting in diverse groups, their performance improved.

In homogeneous groups, whether in the United States or in Asia, the opposite happened. When surrounded by others of the same ethnicity or race, participants were more likely to copy others, in the wrong direction. Mistakes spread as participants seemingly put undue trust in others’ answers, mindlessly imitating them. In the diverse groups, across ethnicities and locales, participants were more likely to distinguish between wrong and accurate answers. Diversity brought cognitive friction that enhanced deliberation.

(…) When surrounded by people “like ourselves,” we are easily influenced, more likely to fall for wrong ideas. Diversity prompts better, critical thinking. It contributes to error detection. It keeps us from drifting toward miscalculation.

Our findings suggest that racial and ethnic diversity matter for learning, the core purpose of a university. Increasing diversity is not only a way to let the historically disadvantaged into college, but also to promote sharper thinking for everyone. (…)

Ethnic diversity is like fresh air: It benefits everybody who experiences it. By disrupting conformity it produces a public good. To step back from the goal of diverse classrooms would deprive all students, regardless of their racial or ethnic background, of the opportunity to benefit from the improved cognitive performance that diversity promotes. »

 

Image de Une : capture du site du projet « 7 milliards d’autres » de la Fondation GoodPlanet de Yann Arthus-Bertrand.

L’heure n’est plus à une compréhensive et délicate affliction.

On voudrait croire à une insurrection, positive.
La solution est certainement là, en moi, en chacun de nous, dans l’union, dans la réunion.

Levons-nous.

Lève-toi, sors de moi, de nous, Homo empathicus, et osons nous montrer.

Tu as certainement toujours existé, sans pouvoir te révéler ; toujours écrasé par l’homo economicus.

Il est temps.

Tu existes bel et bien homo empathicus, partout, en chacun de nous, et ton heure est venue.
Mais comment vivre, survivre à découvert, dans cet univers de brutalité? Comment résister?

Combattre l’homo economicus? Malheureusement contraire à ton essence, et tu te combattrais toi-même.
Détruire la maison qui t’a vu naître? Elle t’écraserait, et tu as l’âme d’un bâtisseur.

A vrai dire, je n’en sais rien, mais je ne résiste pas à l’envie de nous donner dix conseils – je n’ose dire commandement :

– Accepte ce que tu es, tu seras plus heureux
– Crois en quelque chose, tu sortiras de toi
– Réfléchis à tes besoins, ils se réduiront
– Confie-toi, tu seras écouté
– Donne, tu te sentiras mieux
– Prête, tu seras remboursé
– Aime, tu seras plus serein
– Ecoute, tu apprendras
– Ose, tu seras copié

– Et surtout, homme nouveau…Sors en bande, tu seras plus fort.

Gare à toi, homo economicus, tremble ou rejoins-nous, les Engagés sont entrés dans Paris…

Certains médias conformistes déplorent une crise de la pensée, un repli sur soi. Au contraire, « la vie des idées » n’a jamais été aussi riche de promesses. Avec la crise des élites et le boom de l’économie numérique, l’innovation sociétale n’est plus le lot d’intellectuels détenant le savoir. Elle provient de petits groupes de citoyens  qui ne se faisant plus d’illusions sur les politiques, se remontent les manches et essayent de se rendre utiles. En travaillant sur des projets porteurs de sens, en privilégiant l’action concrète, à échelle humaine, ces laboratoires  inventent le monde de demain. Exemple avec ENGAGE, qui organise une soirée de réflexion et d’action une fois par mois. 

« C’est là que cela passe ! « . Je suis à peine arrivé au 45, rue des vinaigriers à Paris qu’une jeune fille souriante, Eva, m’accueille et m’ouvre la porte. « Les Engagés sont au premier étage ». 

Je prends l’ascenseur et  découvre une grande salle lumineuse avec de longues tables en bois massif, des bancs confortables en cuir noir et au mur, une inscription : « We are social ».

Dans un coin, une cuisine rectangulaire moderne, et tout autour des convives en train de boire un verre, de savourer des quiches, en discutant. Petit à petit, la vaste pièce se remplit. Des jeunes étudiantes charmantes un peu timides, des cadres aux cheveux blancs et au regard assuré, des patrons de start-ups, des mères de famille, des geeks… Corinne, une juriste dynamique, me présente à deux lauréats des trophées Global Potential, un prix qui vient de récompenser au Sénat de jeunes entrepreneurs venus du monde rural et des quartiers populaires. Il y a autant de filles que de garçons et l’ambiance y est bon enfant. Des rires fusent.

« Présents désirables »

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Au bout d’un moment, un bel homme à la voix de baryton prend la parole et invite les soixante personnes présentes à s’asseoir à l’autre bout de la pièce sur des fauteuils multicolores. Jérôme Cohen, le créateur d’Engage détaille alors à l’assemblée la philosophie du groupe. « Notre but est de soutenir des initiatives citoyennes, des porteurs de projets solidaires, des actions qui ont du sens, dans tous les domaines : l’aide au plus démunis, la démocratisation culturelle, les nouvelles gouvernances, la protection de l’environnement… Pas de rêver à bâtir des lendemains qui chantent, être utopistes mais agir au présent ». Hic et nunc. Ici et maintenant. « C’est en étant heureux de faire aujourd’hui qu’on créera un monde harmonieux pour demain. Arrêter de repousser, faire aujourd’hui ». complète un participant. Le fondateur de l’organisation souligne aussi son désir d’évaluer chacune des actions entreprises. « Nous souhaitons être dans le concret. Vous allez consacrer du temps, de l’énergie à accompagner un ou des projets, nous vous devons un retour.  Sur les réalisations et sur notre plus-value. »

Avant d’entrer dans le vif du sujet, Eric-Axel, qui anime la soirée, propose à chacun de faire connaissance en petits groupes et de dire à son voisin ce qui l’a amené à être là ce lundi soir, pour s’investir. Mon voisin de droite, élégant dans sa chemise rose, me confie qu’il a vu une émission de La Chaîne Parlementaire récemment avec Pierre Rabhi et que dans la foulée, il a lu plusieurs de ses livres. « J’ai été  touché par l’histoire du colibri qui durant un feu de forêt croise un singe qui fuit. Le primate lui demande pourquoi si frêle il ne s’en va pas  vite fait et le minuscule oiseau de lui répondre je vais porter une goutte d’eau pour éteindre l’incendie. Petite goutte par petite goutte, c’est ainsi que se font les rivières et les océans. Je me suis dit pourquoi ne pas apporter ma brique à l’édifice et expérimenter de nouvelles approches comme celui de la sobriété heureuse prônée par le poète agriculteur ». Mon voisin de gauche, lui, est moins dans les livres.  » J’ai vu le film Human de Yann Arthus-Bertrand à la télévision avec mon amie et j’ai été sensible à sa démarche ». Un peu plus loin, d’autres parlent de la dernière vidéo virale de Nicolas Hulot sur le net ou du « Laudato Si », l’encyclique du pape François, publiée le 18 juin. Des motivations très diverses mais  la même envie de se rendre utile, de ne pas céder au fatalisme ambiant. Au contraire, se retrousser les manches et « opposer au pessimisme de l’intelligence l’optimisme de la volonté ».

Une approche pratique 

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Passée cette introduction visant à rappeler aux participants pourquoi ils ont poussé la porte,  vient le temps du cas pratique. Cette semaine, une sémillante jeune femme, Stéphanie, souhaite proposer à des adolescents des camps d’été pour les sensibiliser à l’action solidaire dès le plus jeune âge : des camps appelés pour le moment, ENGAGE Kids. « Au printemps dernier, j’ai monté sur le modèle des « summer camps » américains un camp d’une semaine autour de la nature dans la ville, avec des jeux, des visites, des rencontres.  Je souhaitais leur donner envie de protéger l’environnement et leur inculquer un réflexe qu’ils n’ont pas toujours : celui d’aider et de penser aux autres. Le tout en anglais, pour faire d’une pierre deux coups et leur montrer que l’anglais ne sert pas uniquement à l’école mais à échanger, à s’amuser. Je voudrais continuer dans cette voie et pouvoir ouvrir ce type d’expérience à des enfants de tous les milieux. » 

Intelligence collective

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Eric-Axel Zimmer, spécialiste de l’intelligence collective, propose de se repartir par groupe de six ou huit et de réfléchir aux contenus de ces formations d’été, à leur périodicité et aux moyens de les rendre pérennes et attractifs. Chaque cercle couche sur le papier ses idées. Tout le monde est sollicité pour prendre la parole et échanger. Même les moins confiants. Les propos sont libres et pourtant les conversations sont loin de celles du Café du commerce. Les disciplines, les âges, les diplômes, les caractères se complètent.

« Nous découvrons le projet lors de la courte présentation de la personne qui en a eu l’idée ou nous avons reçu un pitch quelques jours avant » me précise un membre d’Engage. « La plupart du temps, comme nous ne sommes pas des spécialistes de ce secteur en particulier, nous sommes vierges, sans à priori. Nous abordons le sujet avec un regard nouveau, avec nos réflexes, qui de la com, qui de la fiscalité ou des nouvelles technologies ». Chacun fait part de son expérience. Une mère de famille évoque des cours de cuisine pour sensibiliser à l’agriculture biologique. Un père plus bricoleur suggèrera la construction d’un radeau pour que les enfants soient dans le partage, fassent une oeuvre collective de leurs mains, une métaphore pour qu’ils comprennent qu’ensemble, ils peuvent construire de belles choses. Un amoureux de la glisse recommande de s’inspirer des actions de la « Surfrider foundation » ou de l’association « Moutain riders », autrement dit, attirer les adolescents par le biais d’activités « fun » comme le surf ou le snowboard puis une fois qu’il y ont pris goût et qu’ils aiment leur lieu de villégiature, leur proposer des opérations de ramassage de mégots dans la montagne ou de plastiques sur les dunes. « Le charme de ces échanges réside dans leur bienveillance, avoue une habituée. Chacun apporte ses compétences. Nous sommes dans le partage. Nous  apprenons de ceux qui ont plus de connaissances que nous sur un point donné. Les séances durent trois heures, pas une minute en plus.  Nous  ne sommes pas là pour nous disperser en querelles d’égo. Le  seul enjeu ici est d’apporter un maximum de conseils pertinents au créateur. Tout le monde a un savoir ou un savoir-faire qui peut lui rendre service ». 

Conseils et contacts : favoriser le partage

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Lors de la restitution de son petite groupe, la benjamine, Cordelia, étudiante au Celsa, conseille d’utiliser un logiciel qui retranscrit de manière dynamique la logique du cheminement de chacun groupe. Certains prennent des notes pour ne rien perdre. Au cours de la soirée, plusieurs thèmes seront abordés.  « Qu’est ce qu’on pourrait y trouver? » « Comment financer ces camps de jeunes ? » »Comment  les faire connaître ? ». Une fois un aspect exploré, les participants se déplacent, découvrent de nouveaux visages, trouvent en fonction de leur expérience de nouveaux moyens pour faire décoller le projet et contourner les écueils les plus évidents. Ils les listent par ordre d’importance et dévoilent leurs conclusions bien souvent inattendues aux autres. « Pour nous, porteurs de projets qui sommes souvent la tête dans le guidon, affirme Stéphanie, c’est un plus. En trois heures, nous récoltons de quoi nourrir notre projet pour longtemps. Ces conseils font du bien. On imagine discrètement notre projet dans notre coin et tout à coup on a plein de nouvelles pistes qui s’ouvrent à nous, on reçoit des encouragements qui nous boostent. »Des participants viennent alors lui dire qu’ils peuvent donner des coups de main, qu’ils désirent faire partie de l’aventure car l’idée les séduit ou qu’ils ont des contacts qui pourraient être sensibles à la démarche.

« Nous n’avons pas la prétention de refaire le monde. Nous ne sommes pas dans les grandes paroles. Nous voulons être aux cotés de ceux qui osent, de ceux qui créent sur le terrain. Nous sommes des créateurs contributifs, des dream makers » précise fièrement Jérôme Cohen, le créateur de ce laboratoire qui a su fédérer en un an des centaines de bonnes volontés.  Pour l’instant, le nombre de projet n’est pas encore significatif. Néanmoins, avec le boom de l’économie collaborative, les changements de comportements liés à l’arrivée du numérique, ces initiatives spontanées pourraient façonner un nouveau paysage.  Tentative après tentative, essais  après essais, des pistes émergent. Pour Eric-Axel Zimmer, cela contribue au « mindset shift », au changement des mentalités. 

Acteurs du changement

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On a, au mois de septembre, beaucoup entendu parler de la crise des intellectuels, d’un repli sur soi, d’une absence de réflexion. Les quotidiens,  les hebdomadaires, les journaux télévisés ont déploré les prises de positions déconcertantes de penseurs, de figures omniprésentes dans les médias qui publient livres sur livres et qui sont réduits à sortir des petites phrases pour vendre leur dernier ouvrage. Leur point commun : avoir près de 60 ans, réfléchir avec des modes de pensée issus du XXème siècle, un temps où les hommes politiques impulsaient encore le changement et être désespérément coupés des réalités.

C’est une erreur. Il existe de nombreuses personnes qui réfléchissent, se mobilisent, sur le terrain, sans polémique. Et tentent de proposer des alternatives, expérimentent. A Engage et dans d’autres structures qui se multiplient, on sent de l’énergie, de l’inventivité et de l’envie. Un souffle positif. On y trouve des jeunes et des moins jeunes qui ne ressassent pas, n’ont pas envie d’être aigris et essayent d’imaginer d’autres voies. Hors des sentiers battus, sans gourou, loin des discours politiques convenus et dépassés. Ils ne croient plus aux promesses, aux partis devenus de simples tremplins pour des carrières solitaires. En quête de sens, ils s’investissent. Autrement. lls échangent et créent, en silence, à l’écart des radars médiatiques.  Ces mouvements ni de droite, ni de gauche, simplement citoyens, ne délèguent pas leur pensée, en reprenant  des concepts martelés par d’autres, en d’autres temps.

Ces nouveaux acteurs cherchent à leur manière par le biais de rencontres créatives à faire émerger des idées concrètes, à échelle humaine. Une intelligence collective.

« Notre mission, c’est de mettre en mouvement la société civile ». avance Jérôme Cohen. « Nous allons créer une Engage University, pour donner à chacun la capacité et l’opportunité d’agir, en se développant personnellement, en enrichissant ses connaissances. Ces membres seront libres de s’orienter vers les causes qui leur tiennent le plus à cœur mais ils auront ainsi les outils pour contribuer au changement.  »

L’espoir est là. En 2015, les idées foisonnement.  L’apparition et la multiplication de ces laboratoires citoyens qui sont animés par la recherche du résultat, et portés plus par l’enthousiasme que la peur, est un fait majeur. Un vent nouveau se lève.  Assister à cette dynamique est encourageant, plus que cela : exaltant. Y prendre part est une cure de jouvence.

Jean-Marc Paillous