Biodiversité : du pourquoi au comment

Alain Renaudin est président-fondateur de NewCorp, cabinet de conseil à la croisée des chemins entre stratégies de communication et stratégies d’opinion. Passionné par le développement durable et le biomimétisme, il fonde en 2015 Biomim’expo, le grand rendez-vous des acteurs et parties prenantes du biomimétisme et des approches bio-inspirées.

 

Peux-tu présenter ton parcours et tes aspirations ?

Ancien directeur général adjoint de l’IFOP, j’ai passé une partie de ma carrière à sonder l’opinion publique sur beaucoup de sujets en m’intéressant plus spécifiquement aux enjeux de société et de mutation. Je me suis intéressé à la façon dont on peut essayer de comprendre et suivre le monde d’aujourd’hui pour mieux l’anticiper et y participer, et comment les grandes entreprises et les pouvoirs publics peuvent mieux lire l’opinion publique et comprendre ce qu’elle attend d’eux. Je suis convaincu que les citoyens sont des capteurs du monde et ont une grande conscience de ce qu’il se passe.

En 2002, suite au sommet de Johannesburg, j’ai développé l’Observatoire du Développement Durable au sein de l’Ifop, qui était une grande consultation pour appréhender ce que les citoyens comprenaient de cette notion, et comment ils évaluaient son adéquation avec une centaine de grands acteurs, comme L’Oréal ou encore Leclerc. Nous avons pu observer une convergence autour du sujet du développement durable, avec l’évolution des réglementations, les nouvelles lois NRE pour que les entreprises cotées rendent compte. Je suis devenu progressivement référent dans cet univers, travaillant avec des groupes industriels, des associations, des sphères politiques.

Défricheur de ces courants d’opinion, je pars du postulat que la société civile est le moteur de la transition et que l’entreprise est le nouvel acteur politique de par sa capacité à créer de l’impact. On peut d’ailleurs constater que la sphère privée est aujourd’hui plus motrice que la sphère publique sur des sujets comme la biodiversité. L’entreprise doit se réguler pour son intérêt propre, pour réconcilier enjeux écologiques et économiques. Plus cet intérêt rationnel sera puissant, plus l’effet de levier sera important.

 

« Je suis convaincu que les citoyens sont des capteurs du monde et ont une grande conscience de ce qu’il se passe. La société civile est le moteur de la transition et l’entreprise le nouvel acteur politique. »

 

La question du biomimétisme est de plus en plus mise en avant aujourd’hui, pourquoi ?

En 2010, NewCorp Conseil, le cabinet de conseil que j’ai fondé, est consulté pour un projet de création d’un réseau de fédérateurs autour du biomimétisme, parti de la réhabilitation de quartiers militaires. Le Ceebios, centre d’études et d’expertises en biomimétisme, s’est alors construit autour de cette idée de fonder une association regroupant des acteurs pluridisciplinaires autour de cette thématique. Je me suis plongé dans cette notion de biomimétisme qui pour moi permet de passer de la question du « pourquoi » à la question du « comment ». La bio-inspiration est une approche qui pose la nature comme solution et comme boîte à outil du développement durable. On s’éloigne de la conception anthropocentrée, car bien des réponses résident dans la nature.

Cette approche est de plus en plus en résonnance avec le monde qui nous entoure et avec ses attentes. On connait de mieux en mieux le vivant, et plus on le connait, plus on souhaite en apprendre. Ce changement de regard permet de s’orienter vers la recherche de solutions pour vivre mieux. Nos enjeux sont de plus en plus fondamentaux. La redécouverte de la nature et de nos écosystèmes comme solution au développement durable prend tout son sens.

 

« Le biomimétisme permet de passer de la question du « pourquoi » à la question du « comment ». C’est une approche qui pose la nature comme solution et comme boîte à outil du développement durable »

 

Pourrais-tu me citer des innovations emblématiques du biomimétisme ?

On trouve beaucoup d’initiatives de groupes industriels privés, comme au sein de la recherche avancée de L’Oréal. Le biomimétisme arrive comme nouveau chemin pour trouver des alternatives au service des enjeux de recherche mais aussi de RSE et de développement durable. L’Oréal a été jusqu’à créer une équipe championne du biomimétisme au sein de sa recherche avancée, pour définir une méthodologie et des axes de recherche bien précis. C’est parce que la RSE et la recherche ont décidé de travailler ensemble que le chemin du biomimétisme émerge.

Ce qui me frappe aujourd’hui, c’est la tendance à trouver des substituts aux produits chimiques notamment pour l’agriculture, avec une chimie réinventée et bio-inspirée au service de la propulsion de substituts aux produits de synthèses phytosanitaires utilisés dans l’agriculture conventionnelle.

Je citerais ainsi la dispersion de phéromone comme substitut aux pesticides. Le biomimétisme propose des alternatives durables aux voies traditionnelles.

 

Biomim’expo, le rendez-vous du biomimétisme et des innovations bio-inspirées que tu as créé, est partenaire du Défi Biodiversité d’ENGAGE. Pourquoi cette synergie ?

J’aime les initiatives qui encouragent plus qu’elles ne sanctionnent. Il faut aider et accompagner les projets. Le Défi Biodiversité porté par ENGAGE permet d’accélérer une envie de transformation des entreprises et permet d’aider à faire grandir et passer des caps. Le monde d’après a déjà commencé et il adviendra de ce qu’on décide de faire grandir aujourd’hui.

 

Quels sont tes futurs désirables ?

J’aimerais un monde dans lequel on s’intéresse plus aux forêts qui poussent qu’aux arbres qui tombent. Il faut s’intéresser au positif, la critique doit être constructive. Dans ce monde, les Hommes forts ne sont plus des Hommes qui disent non mais des Hommes qui disent oui. Nous manquons de leadership aujourd’hui sur ces sujets, il y a beaucoup d’initiatives individuelles dans la société civile mais nous avons besoin de visions.

Je souhaiterais également que l’humanité redécouvre sa communauté de destin et son projet collectif, car les frontières nationalistes n’auraient plus de sens. Dans les œuvres de science-fiction, lorsqu’un enjeu guette le monde, il y a souvent un gouvernement mondial qui se met en place, et c’est cette idée de destin collectif et non plus individuel et patriotique que j’aimerais voir émerger.

 

« J’aimerais un monde où les Hommes forts ne sont plus des Hommes qui disent non mais qui disent oui.
Nous avons besoin de leadership et de visions sur ces sujets »

 

Une œuvre d’art qui représente ta vision ?

Je pense à l’initiative de l’Orchestre National de France durant le confinement où les musiciens ont enregistré une symphonie à distance.

Je suis captivé par la capacité qu’ont les musiciens de créer à plusieurs une harmonie d’une ampleur qui nous dépasse, qui dépasse la somme des individus qui la compose. C’est fascinant de voir ce que l’on peut produire et créer collectivement et la résonance que cela peut avoir.

 

 

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