Élément essentiel de la biodiversité marine, les herbiers marins sont présents dans différentes zones de notre planète. Composés de plantes à fleurs, ils sont considérés comme des “prairies sous-marines”, situés à une faible profondeur sous l’eau, afin que la lumière puisse les atteindre. 

Malgré leur faible densité d’occupation des espaces marins, environ 0,15%, leurs fonctions écologiques est indispensable à la bonne santé des écosystèmes qui les accueillent. 

Ils façonnent leur environnement, par tous les services écosystémiques qu’ils apportent : oxygénation de l’eau, stabilisation des fonds et des courants marins, production de matière organique, zone de refuge et source de nourriture pour de nombreuses espèces. Ils jouent également un rôle important dans le stockage de carbone, puisqu’ils absorbent 18% du total stocké par les océans chaque année. Ainsi, leur conservation est indispensable à la bonne santé des espaces marins, mais également à celle de notre planète. 

Seulement, depuis les années 90, leur répartition à diminuer de moitié, notamment en conséquence des activités humaines.

Une des premières causes énoncées dans une étude scientifique publiée dans The Global Change Biology, est l’impact du secteur maritime sur ces herbiers : hélice, pêche de fond, ancre marine, loisirs nautiques… Toutes ces activités dégradent directement la santé des herbiers et donc tout l’écosystème qui y est rattaché. Avec toutes ces activités, qui se sont multipliées ces dernières années, vient s’ajouter la qualité de l’eau, qui de par les innombrables mouvements et la pollution, devient plus trouble et agitée. En conséquence, les rayons du soleil ont plus de mal à atteindre les zones où les herbiers sont installés, mettant en péril leur photosynthèse et leur croissance. 

En France et plus particulièrement le long des côtes méditerranéennes, l’herbe marine la plus répandue est la posidonie. D’après une étude de la revue Scientific Reports, cette dernière joue un rôle primordial dans la lutte contre la pollution plastique. En effet, ces herbiers auraient développé la capacité de capturer puis de filtrer les déchets plastiques, dont les microplastiques, qui sont par la suite mélangés à des déchets végétaux marins et relâchés sous forme de boules sur les côtes lors de moment de forte agitation des mers. 

Afin de protéger ces éléments indispensables à leurs écosystèmes et au bon fonctionnement de la planète, de plus en plus de mesures de protection sont et doivent être mises en place : formation et programme sur l’éco navigation, mise en place d’aires marines protégées, contrôles des méthodes d’ancrage, sensibilisation, et même restauration d’habitat. 

 

Sources :

  • Les herbiers marins, essentiels à notre survie – Fondation de la mer
  • Cinq façons dont les herbiers marins stimulent la biodiversité – UNFCC
  • Seagrasses provide a novel ecosystem service by trapping marine plastics – Scientific Reports
  • Les herbiers marins : des prairies sous-marines au rôle écologique considérable – OFB
  • Long-term declines and recovery of meadow area across the world’s seagrass bioregions – The Global Change Biology

L’écosystème est fait d’une multitude d’interactions entre les espèces qui y sont présentes, certaines sont sédentaires, d’autres nomades, mais elles ont toutes un rôle significatif dans le maintien de la bonne santé de leurs milieux.

Certaines espèces, cependant, ont des rôles majeurs dans l’architecture des écosystèmes : elles les façonnent à travers leurs déplacements, leurs alimentations ou leurs interactions. Elles ont des fonctions essentielles, qui ne peuvent pas être remplies par d’autres espèces, c’est ce qu’on appelle des espèces clés de voûte.

Différents exemples peuvent être donnés, comme le castor. Il modifie son environnement et participe directement à la création de nombreuses zones humides sur son territoire, permettant ainsi la conception de zones de sédimentation et de puits de carbone.

De nombreuses espèces “clés de voûtes” sont également considérées comme des espèces dites parapluie, c’est-à-dire que la protection de ces espèces, dont le domaine vital est large, assure également la protection des autres espèces de l’écosystème, dans un effet domino.

L’éléphant est une des espèces qui se retrouve dans ces deux catégories. En effet, par leur alimentation et leur déplacement, ils modifient physiquement leur environnement, permettant de créer, changer ou maintenir différents habitats. Leur passage peut permettre de créer de nouveaux lieux d’habitation à des espèces plus petites comme les lézards, qui vont ainsi pouvoir trouver refuge dans les crevasses des branches cassées des arbres. Les brèches causées par le passage des éléphants dans les forêts, permettent également de faire pénétrer de la lumière à certains endroits et de favoriser l’existence et la prolifération de certaines espèces végétales. Cela peut aussi permettre aux arbres de gagner en force et en hauteur, avec une plus grande capacité de stockage de carbone, ayant ainsi non seulement un impact local, mais mondial. La consommation alimentaire importante des éléphants et leur système digestif rapide (environ 24h) permettent la dispersion de graines à travers leurs selles. Grâce aux qualités d’engrais de la bouse d’éléphants, ces graines peuvent germer et se développer, favorisant la création de nouveaux habitats via l’implantation de certaines végétations dans de nouvelles zones où les éléphants sont passés.

Leur rôle est essentiel au bon maintien de leurs écosystèmes, et leur protection ne bénéficie donc pas uniquement à cette espèce, mais aux centaines d’autres avec lesquelles ils cohabitent, dont les humains.

 

Sources :

  • Les éléphants en tant qu’ingénieurs de l’écosystème – Save the Elephants 
  • Les espèces parapluies au secours de la nature – Géo 
  • Les espèces parapluies assurent la biodiversité – Notre nature

Nos fleurs, plantes, fruits et arbres ne seraient pas les mêmes sans elles. Les abeilles ont un rôle primordial dans le fonctionnement de la biodiversité et la survie de la majorité des êtres vivants.

On estime qu’elles contribuent à la conservation d’environ 80% des espèces végétales dans le monde.

Elles jouent le rôle de pollinisatrices, puisque lorsqu’elles butinent, elles déplacent le pollen de fleurs en fleurs permettant ainsi la reproduction végétale.

De nombreuses espèces d’abeilles peuplent aujourd’hui notre terre, mais il semble important d’en différencier deux catégories : les abeilles sauvages et les abeilles domestiques – Apis mellifera. Les abeilles sauvages sont les plus nombreuses sur la planète, elles représentent environ 80% de la population totale. Généralement solitaires, elles peuvent se regrouper par groupe de petites dizaines d’individus contrairement aux abeilles domestiques qui peuvent aller de 20 000 à 60 000 individus par ruche. L’Apis mellifera est un réel outil de production pour les différents dérivés issus du travail des abeilles :

D’après l’IPBES “Environ 81 millions de ruches dans le monde produisent environ 1,6 million de tonnes de miel par an”.

Malheureusement, les menaces qui pèsent sur ces pollinisateurs sont nombreuses : changements d’affectation des sols, agriculture intensive et pesticides, pollution, espèces exotiques envahissantes, agents pathogènes et changement climatique. Mais depuis quelques années, de plus en plus de scientifiques viennent également mettre en garde contre une concurrence possible entre les abeilles sauvages et les abeilles domestiques.

En effet, différentes études ont été menées pour étudier ce potentiel phénomène. Dans les espaces ruraux, des résultats ont montré que le butinage des abeilles sauvages était deux fois inférieur à la normale, dans les 600 mètres aux alentours des ruchers d’élevages.  Cependant, au-delà de ce périmètre, la concurrence entre les espèces ne révèle rien d’alarmant. En France, 92 % des exploitations comportent moins de cinquante ruches, limitant de cette façon l’impact des populations domestiques sur les populations sauvages, surtout à la campagne.

La situation la plus inquiétante serait celle des villes. En effet, le nombre de ruches s’est multiplié dans nos agglomérations. À Paris, on peut désormais compter plus de 2 000 ruches, souvent installées dans une démarche écologique et/ou pédagogique. Seulement, ce nombre exponentiel d’abeilles domestiques sur ce territoire limité, ne favorise pas le développement de la biodiversité, au contraire, la diversité des espèces sauvages est alors mise à mal. Une étude sur la diversité des abeilles dans Paris, menée par Isabelle Dajoz, a démontré ce phénomène dans la capitale parisienne, tirant ainsi la sonnette d’alarme sur l’utilisation massive des ruches. Ses recommandations tendent vers une autre gestion des espaces verts : plus de fleurs, moins de tonte régulière des herbes, mais surtout une limitation des ruches à 2 au kilomètre carré, donc deux fois moins que leur nombre parisien.

De nombreuses villes limitent déjà le nombre de ruches dans leur agglomération comme Metz, et des parcs nationaux lancent de plus en plus de recherches sur les effets de la cohabitation entre les abeilles sauvages et domestiques, afin de repérer les éventuelles concurrences qui pourraient être néfastes et ainsi pouvoir réagir à temps.

La protection des abeilles sauvages ne peut être que bénéfique, puisqu’elle sera favorable à tous les autres pollinisateurs qui souffrent des mêmes menaces. La concurrence avec les abeilles domestiques reste, en France, un danger assez réduit et surtout ciblé selon les espaces.

 

Sources :

  • Pourquoi les abeilles sont cruciales pour les personnes et pour la planète – UNEP
  • Nos abeilles domestiques, un danger pour la nature ? – GÉO
  • Le rôle des abeilles dans la nature – Ma Ruche en Pot 

Quand nous pensons au désert, l’image d’une vaste étendue de sable fin sous une forte chaleur nous vient souvent à l’esprit. Or, les milieux désertiques comprennent en réalité différentes catégories : tropicaux, tempérés, continentaux ou polaires. Ces catégories ont néanmoins des caractéristiques communes : une faible intensité de précipitations, une forte évaporation, des vents violents et la pauvreté des sols. Les déserts, souvent qualifiés de zones arides ou semi-arides, sont présents à de nombreux endroits sur Terre.

Le continent où ces zones sont les plus présentes est l’Afrique, notamment par la présence du désert du Sahara et du désert du Namib. Ce continent est également le plus touché par les zones dénommées de “désert absolu” où les formes de vie sont très rares, voire inexistantes.

Dans les milieux arides ou semi-arides, cependant, une biodiversité a réussi à s’adapter à ces déserts et aux conditions de vie difficiles qui les caractérisent. 

La végétation y est bien présente, dépendante de la quantité d’eau disponible, de l’état du sol et des vents, certaines espèces bien précises réussissent à perdurer dans cet élément.  Pour limiter les effets des rayons du soleil, certaines plantes ont développé des feuilles de très petites tailles, d’autres en ont aucune. Parmi les types de plantes qu’on peut retrouver dans ces zones, nous pouvons notamment citer les plantes succulentes, les cactus, les palmiers et des herbes sous différentes formes. 

La faune n’a pas non plus déserté ces zones. Souvent actives la nuit, la plupart ont su développer des techniques d’adaptation aux conditions difficiles de ces milieux. Un des animaux désertiques le plus connu est le chameau, qui stocke les graisses dans ses bosses lui permettant de pouvoir passer plus de 4 mois sans manger. Grâce à l’adaptation de leurs cellules, notamment les globules rouges qui ont une plus grande capacité d’absorption de l’eau, cet animal est capable de rester une semaine sans boire une goutte d’eau. 

Beaucoup de ces espèces sont nomades et donc en constant mouvement à la recherche de sources d’eau et de nourriture sur de vastes zones. À cela, s’ajoute le développement d’une pigmentation dans les tons clairs, afin de moins souffrir des rayons du soleil. D’autres espèces comme les lézards, sont hétérothermes, c’est-à-dire que leurs températures internes varient avec la température ambiante. Bénéficiant des rayons du soleil la journée, ils sont également capables de résister à des températures plus froides souvent présentes la nuit. 

Les déserts regorgent donc de différentes espèces capables de s’adapter à des conditions extrêmes.

Malheureusement, le réchauffement climatique vient également affecter ces écosystèmes. Les températures sembleront augmenter davantage dans ces zones que dans le reste du monde, mettant directement en danger la faune et la flore qui y sont présentes.

Les vagues de chaleur de plus en plus intenses risquent de ne plus être supportables pour de nombreux animaux et végétaux, et de transformer de plus en plus d’espaces en désert absolu.

 

Sources :

Les feux de forêt sont de plus en plus fréquents et virulents dans notre pays, mais également à travers le monde. Pourtant, initialement, ces feux sont des phénomènes naturels, qui participent étonnamment au maintien de la biodiversité.

Dans différents milieux, comme les plaines ou les forêts, leurs évolutions constantes amène un phénomène de “succession écologique”. Ce dernier correspond à l’évolution et au développement d’un milieu écologique au travers de différents stades. Arrivé au stade maximum de développement, certaines espèces peuvent alors se retrouver dans une situation de concurrence, notamment pour les ressources naturelles. À ce moment-là, un feu de forêt issu d’un phénomène naturel, permettra de ramener un milieu à un état initial ou modéré, permettant ainsi à certaines espèces de ne plus être en concurrence, mais de coexister. Certains spécialistes ont donc développé une hypothèse, selon laquelle un degré de perturbation intermédiaire dans sa fréquence ou son intensité, favoriserait la diversité génétique des milieux.

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Seulement, les feux qui touchent les différents milieux de notre planète, ne sont plus uniquement le résultat de phénomènes naturels, mais bien des conséquences des activités humaines et du réchauffement climatique.

 

Dès lors, les conséquences sur la biodiversité ne sont plus du tout favorables et accentuent son érosion :

  • Les feux impactent directement la végétation des milieux, augmentant ainsi l’érosion des sols qui étaient alors protégés par la couverture végétale et stabilisés par les racines. En conséquence, le milieu ne jouera plus son rôle de régulateur des eaux, perturbant ainsi directement les ressources d’eau douce disponibles.

  • La faune est également directement impactée. Les plus gros mammifères et oiseaux peuvent réussir à s’échapper à temps, mais ce n’est pas le cas de la majorité des espèces, comme les insectes ou les amphibiens par exemple. Les espèces endémiques, présentes uniquement sur le territoire touché, sont alors directement menacées de disparition, car elles auront plus de difficultés à s’adapter à un autre milieu.

 

Malheureusement, les incendies extrêmes causés directement ou indirectement par l’action humaine risquent d’augmenter de 50% d’ici 2100 d’après les Nations Unies.

 

Afin de favoriser au mieux la reconstitution des milieux et la reprise de la biodiversité, des actions sont mises en place, notamment par l’Office Nationale des forêts. En Gironde, où les incendies ont fait rage l’été dernier, les équipes de l’ONF sont très actives sur le terrain.
Dans un premier temps, c’est un moment d’observation qui a été mis en place, pour identifier quels arbres ont pu survivre, où il est nécessaire de replanter, mais surtout d’établir un diagnostic précis de l’état de la biodiversité. La stratégie choisie est de travailler sur la fonctionnalité des habitats naturels afin de favoriser le retour des espèces de faunes et de flores au fur et à mesure. Des enquêtes spécifiques sont également réalisées sur certaines espèces menacées, comme la Grande Noctule, la plus grande chauve-souris d’Europe. La capacité de récupération des espèces dépendra également de leurs caractéristiques propres comme la longévité, la fécondité et leurs possibilités de déplacements.

Les équipes de l’ONF estiment qu’entre 40 et 100 ans seront nécessaires pour retrouver la richesse de ces milieux.

 

Si le dérèglement climatique est perçu à travers des événements extrêmes fortement médiatisés, l’effondrement de la biodiversité avance encore à bas bruit. 

La nature décline pourtant à un rythme effrayant et nos modes de vies détruisent irrémédiablement le monde sauvage qui nous côtoie encore. 

En France, selon un rapport de 2018, la population des oiseaux des villes et des champs a décliné de 30 % en trente ans. En Europe, sur la même période, les populations d’insectes ont chuté de près de 80%, selon une étude internationale publiée par la revue PLoS One. Enfin, à l’échelle du globe, l’Indice Planète Vivante révèle que 68 % des populations de vertébrés ont disparu en moins de cinquante ans.

Arrêtons-nous là, les chiffres sont désormais connus de tous. Le constat est expertisé, les voyants sont au rouge et attestent d’une sixième extinction des espèces, dépassant les précédentes par son rythme effréné. Les causes sont connues, elles-aussi, du changement d’affectation des sols au dérèglement climatique, de la pollution à la surexploitation des milieux naturels. Elles pointent irrémédiablement du doigt l’Homme et son modèle de développement.

Pourtant, le système résiste et se nourrit toujours des mêmes indicateurs productivistes et prédateurs, des mêmes modèles mortifères. 

Le cercle de l’inaction perdure, engendré par la frilosité des acteurs économiques, la crainte des décideurs politiques et l’attentisme, parfois, des consommateurs. Les freins au changement sont immenses, les avancées restreintes, lorsque l’état d’urgence devrait nous éloigner des demi-mesures. 

“Il s’agit aujourd’hui d’agir vite et de façon beaucoup plus radicale, à tous les niveaux de la société”

 

Il s’agit aujourd’hui d’agir vite et de façon beaucoup plus radicale, à tous les niveaux de la société, pour transformer cette spirale de l’inaction en vortex de la régénération. La survie de la biodiversité et accessoirement de l’espèce humaine en dépend.

Les entreprises, au cœur de la problématique, détiennent une grande partie des clés. Aucun résultat substantiel ne sera atteint sans un changement profond de leurs modèles d’affaires et de leur gouvernance. Elles doivent pour cela mieux comprendre leurs dépendances et leur impact sur le vivant et inventer un nouveau modèle régénératif, parfois synonyme de renoncements. 

“Cette mutation sera d’autant plus facile à accepter que la destruction de la planète programme, à court ou moyen termes, leur propre disparition”

 

Cette mutation sera d’autant plus facile à accepter que la destruction de la planète programme, à court ou moyen termes, leur propre disparition.

La tâche est d’ampleur, n’en doutons pas, mais n’est-il pas réjouissant pour les salariés et dirigeants de contribuer, au sein même de l’entreprise, à la protection et à la régénération du vivant ? 

Pour volontaristes qu’elles soient, les entreprises n’y arriveront pas seules. Le rôle du politique est lui aussi primordial. Il doit construire le cadre, faire émerger les justes incitations et produire les nouvelles réglementations permettant au monde économique de se mettre en mouvement. 

Elles seront aussi aiguillonnées par des citoyens de plus en plus conscients dont les modes de vie n’auront de cesse d’évoluer.

Cette transformation passera par une reconnexion de chacune et chacun d’entre nous au vivant, lorsque notre monde moderne nous en a coupé. Notre sensibilité retrouvée au monde animal et végétal nous poussera à agir, dans notre sphère personnelle ou professionnelle.

C’est bien le message du dernier rapport de l’IPBES, qui nous enjoint à reconsidérer les valeurs de la nature contre le profit à court terme.

Gardons espoir donc, car les écosystèmes marins ou terrestres ont la capacité de se régénérer. Gardons espoir aussi, car la nature est une cause sensible capable d’accélérer notre mobilisation. 

Si nous souhaitons que les générations futures connaissent le chant des mésanges, la beauté d’un ruisseau et toutes les émotions que génère la nature, c’est aujourd’hui qu’il faut agir, avec détermination et radicalité.

Jérôme Cohen

Tribune parue dans Les Échos le 2 décembre 2022

Virginie Raisson-Victor  et Jérôme Cohen sont co-fondateurs et porte-paroles du Grand Défi des entreprises pour la Planète.

Records de chaleurs, sécheresse chronique, épuisement des minerais, dépassement des limites planétaires mais aussi crise énergétique européenne, ruptures des chaînes de valeur, flambée des prix céréaliers, retour de l’inflation : il n’est désormais plus de doute possible sur le lien qui associe dans une même crise systémique notre modèle de développement, la dégradation de la planète et l’épuisement des ressources naturelles. Plus de doute non plus sur la nécessité et l’urgence de réconcilier l’économie avec les écosystèmes planétaires, l’intérêt général, le temps long et nos territoires.

Pour y parvenir, la planification écologique constitue certainement un levier utile et nécessaire si, toutefois, elle peut s’appuyer sur une détermination gouvernementale à la mesure de l’urgence de la situation et disposer de moyens ajustés à la complexité du défi à relever. Car face à la sécheresse, à la dégradation de la qualité de l’eau, au recul des sols naturels, au risque épidémique accru, à l’érosion côtière, à la vulnérabilité des infrastructures ou à la morbidité environnementale, il n’est plus de demi-mesure qui puisse suffire. Au contraire, la gravité de la crise écologique et ses premiers impacts invitent le gouvernement à porter très haut l’ambition nationale, au risque sinon que les coûts économiques, sanitaires et sociaux de l’inaction deviennent bien supérieurs à ceux du changement.

Puisse donc aussi la planification permettre aux acteurs économiques, aux dirigeants d’entreprises et aux responsables des collectivités, de ne plus avoir à opérer seuls des arbitrages qui, en opposant le bien commun à la performance économique ou électorale, ralentissent la transition. Comment espérer sinon que les entreprises engagent les investissements et changements nécessaires à leur transition écologique tout en préservant leur compétitivité économique ? Comment penser qu’un élu puisse politiquement survivre aux contraintes que la crise environnementale l’engage à mettre en œuvre s’il est seul à les porter sur son territoire ?

Ainsi, le constat s’impose aussi que la planification écologique ne pourra permettre de relever le défi du climat et de la biodiversité qu’à la condition de faire émerger, au même moment, un nouveau modèle de prospérité économique qui permette de concilier le développement humain et celui des entreprises sans préempter l’environnement et ses ressources. À défaut, le problème persistera de ne pas pouvoir soustraire les enjeux écologiques aux intérêts particuliers en compromettant, ce faisant, l’avenir des jeunes générations. Pour leur part d’ailleurs, celles-ci ne transigent plus. Par leur « désertion », leur rébellion, ou tout simplement leurs conditions à l’embauche, elles sont de plus en plus nombreuses à exiger que les valeurs sociales et environnementales soient replacées au cœur des modèles d’affaire et entrepreneuriaux. Elles sont loin d’être les seules…

Voilà déjà quelques années en effet que les initiatives se multiplient, qui traduisent ensemble la prise de conscience, la demande accrue d’amorcer la transition ainsi que l’offre d’intelligence et d’engagement pour l’organiser et la déployer… Réseaux d’entreprises, mouvements étudiants, associations, organismes professionnels, institutions dédiées, territoires, syndicats, collectifs : de toutes parts, les idées jaillissent, les solutions s’inventent et les plans s’élaborent. Ensemble, ils signent la force et l’ampleur du mouvement sur lequel le gouvernement peut compter pour porter son ambition écologique, à condition toutefois qu’il concède à en partager l’élaboration. Car le passage d’un modèle de développement à un autre ne peut pas seulement procéder de l’injonction descendante des politiques publiques et autres contraintes réglementaires. Pour réussir, il suppose que l’ensemble des parties prenantes concernées s’accordent sur l’ambition commune dont ils doivent être les co-entrepreneurs.

La question devient alors celle du processus à mettre en place pour capitaliser l’effervescence participative et la convertir en consensus démocratique. Sans doute était-ce l’intention du Grand Débat National, puis de la Convention citoyenne qui, de fait, ont montré qu’en offrant à chacun de contribuer et en s’appuyant sur l’intelligence collective, il est possible de fédérer la diversité autour d’un objectif commun, de libérer l’inventivité, de faciliter l’inclusion et même de gérer la complexité. Cependant, les deux initiatives présidentielles ont aussi enseigné qu’en dissociant les citoyens des forces vives de l’économie, il n’était pas possible d’emporter l’adhésion de ces dernières ni d’échapper aux intérêts sectoriels. Autrement dit, pour être politiquement légitime et socialement acceptable, la planification écologique doit permettre à tous les acteurs qu’elle concerne d’inventer ensemble le modèle qu’elle sert pour mieux le mettre en œuvre.

Dans un contexte où le niveau global d’incertitude est à la mesure des efforts de transition et d’adaptation à consentir, il ne sera donc possible d’entreprendre de transition écologique efficace qu’à la condition d’un consensus préalable des acteurs économiques. Or si la voie est étroite et délicate, des propositions existent, qui étendent le processus démocratique aux entreprises et à leurs écosystèmes pour les faire converger vers une ambition commune. Le Grand Défi des entreprises pour la planète est de celles-là. Puisse donc le chef de l’État et le gouvernement se saisir de ces initiatives et de l’énergie qu’elles portent pour faire de la planification écologique une démarche systémique, ambitieuse, ajustée, inclusive et consentie. Car là se trouve certainement la clé de sa réussite, et nous n’avons désormais plus le temps d’un échec.

Pour en savoir plus sur le Grand Défi : www.legranddefi.org
Ce texte est une tribune parue dans le journal Les Echos en septembre 2022

ENGAGE a récemment lancé le Défi Biodiversité qui consiste à accompagner la transformation de 10 entreprises de petite taille en alliées de la biodiversité. Jérôme Cohen, fondateur d’ENGAGE, nous décrit sa vision.

 

Est-il trop tard pour réagir ? Devons-nous céder à la tristesse ou au catastrophisme ? Non, car les systèmes terrestres ou marins ont une forte capacité de régénérescence. Non, car face à l’effondrement de la biodiversité – à titre d’exemple, 80% des insectes ont disparu en 30 ans en France et en Europe ; le WWF faisait par ailleurs état en 2018 dans son rapport Planète Vivante de la disparition de 60% des populations d’espèces de vertébrés sauvages – il est finalement trop tard pour perdre espoir. L’ampleur du phénomène nous condamne à l’action.

 

“L’ampleur du phénomène nous condamne à l’action.”

 

Alors, comment agir justement ? En tant que citoyen, en s’investissant dans les nombreuses initiatives de recherche participatives, dans les associations qui s’emploient à travailler sur la biodiversité à l’échelle de leurs territoires. En arbitrant dans ses actes de consommation. En votant bien sûr aussi. Nous savons tous cela.

Un autre territoire d’action paraît tout aussi fondamental aujourd’hui, celui de l’entreprise. Car si les entreprises constituent l’une des causes de cet appauvrissement édifiant de la biodiversité, elles peuvent aussi participer à sa redynamisation. Comment produire, distribuer sans piller les ressources ? Comment développer une activité respectueuse de l’Homme et de la nature ?

Le défi qui leur est lancé est de taille puisqu’il invite à une refonte des produits, des systèmes de production, de commercialisation, d’organisation. Mais avons-nous le choix lorsque les clients, les salariés, les régulateurs, les financeurs ont désormais pris conscience de la situation et demandent constamment plus de changement ? Avons-nous le choix lorsque de ces ressources dépendent souvent leur activité même ?

 

“Economie circulaire, perma-économie, économie symbiotique, bio-mimétisme, participent à la réinvention de nos modèles”.

 

Heureusement, des approches nouvelles existent, de plus en plus documentées, testées, permettant de questionner les modèles, d’identifier les zones d’action, de mesurer l’impact généré et les progrès effectués. Economie circulaire, perma-économie, économie symbiotique, bio-mimétisme, participent à cette réinvention de nos modèles et à cette recherche de nouvelles solutions qu’il s’agit de tester, d’adapter, secteur par secteur, entreprise par entreprise, car beaucoup de solutions seront modulées selon l’entité, le territoire.

Prenons exemple sur certains rôles modèles, comme 1083, qui a choisi de produire en France, la matière la plus concurrentielle, le jean, dans le deuxième secteur industriel le plus polluant, la mode. Prenons exemple sur Ecosia, moteur de recherche qui ambitionne de multiplier la prise de conscience autour de l’enjeu du vivant et de participer à la régénérescence des écosystèmes en finançant des projets concrets d’agroforesterie notamment. Agissons donc en créant de nouvelles entreprises inspiratrices, et agissons aussi et surtout à la transformation des entreprises existantes, petites ou grandes, qui constituent le cœur du problème et de sa résolution.

 

“Nous reconnecter à notre source, à nos racines, que nous parlions ici de l’Homme ou des organisations que nous avons créées. N’est-ce pas le plus beau des défis?”

 

 

Testons, en réunissant les acteurs dans toute leur diversité – entreprises, territoires, ONG, chercheurs, citoyens – car les solutions nécessitent un partage des connaissances et des intelligences, et c’est collectivement que nous initierons des changements à la hauteur de l’enjeu.

Ce qui nous est demandé est finalement de nous reconnecter à notre source, à nos racines, que nous parlions ici de l’Homme ou des organisations que nous avons créées. N’est-ce pas le plus beau des défis ?

En savoir plus sur le ENGAGE Biodiversité 

Je discutais durant l’été de pêche à un dîner. Passés les habituels sourires étonnés, aucun n’associait à cette pratique ce qu’il signifie du rapport intime aux éléments, au vivant, ou simplement à la rivière. Je proposais plus récemment encore lors d’un forum sur le vivant de débuter par une cueillette de champignons, et tous s’inquiétaient d’abord d’une possible intoxication. Là encore, de trop vagues réminiscences de l’odeur du sous-bois ou de l’humus.

Anecdotique, me direz-vous. Pas forcément.

Un article du Monde citait une étude du Manhattan College selon laquelle seuls 26% des enfants jouent chaque jour en plein air, contre 71% pour la génération de leurs parents. Un autre évoquait l’incapacité d’une majorité de bambins à différencier un poireau d’une courgette.

Et si les problèmes que nous rencontrons aujourd’hui émanaient de ce rapport fondamentalement distendu entre nous et notre écosystème ? N’est-il pas illusoire de demander à nos concitoyens de protéger la biodiversité lorsque nous n’entretenons plus avec la nature de rapport sensible ?

Si l’intervention de Nicolas Hulot lors de sa célèbre démission s’est révélée particulièrement émouvante pour nombre d’entre nous, c’est qu’il y évoquait sa tristesse de sentir ce rapport se déliter. Elle alertait aussi plus largement sur la nécessité de redessiner un lien sensible à soi, aux autres et à notre environnement.

Comme le montre le photographe George Steinmetz dans son reportage sur la malbouffe vue du ciel, c’est bien cette distance par rapport au réel, au terrestre, comme le dirait Bruno Latour, qui explique l’impasse dans laquelle nous sommes. Fermes de 10.000 génisses qui ne verront jamais la lumière du jour aux Etats-Unis ; usine produisant 32 millions de porcs par an en Chine. Certains répondront qu’il faudra bien nourrir 10 voire 11 milliards de terriens dans 30 ans. Comme cela, nous n’y arriverons pas.

Acceptons tout d’abord d’inverser l’ordre de nos priorités et de penser que nous, humains, ne sommes pas tout-puissants mais au coeur d’un écosystème dont nous dépendons. Prenons chacune de nos décisions à l’aune de leurs externalités sur le vivant, replaçons le bien commun au coeur de nos préoccupations, en amont de chacun de nos choix.

Je propose déjà, pour commencer, de rendre la cueillette des champignons obligatoires pour nos bambins. Et vous ? Une proposition ? Je suis certain que votre imaginaire est déjà en marche…

Pour aller plus loin :
– Retrouver le travail du photographe Goerge Steinmetz ICI
– Connaître le projet Fermes d’avenir initié par Maxime de Rostolan
– Lire Le dernier livre de Bruno Latour : Où Atterrir
– Consulter le blog d’Alain Grandjean : Chroniques de l’anthropocène

Pour agir :
– Participer au Défi ENGAGE sur la biodiversité : ICI
– S’inscrire à un programme dédié de l’ENGAGE University

Le 13 novembre 2017, quinze mille scientifiques poussaient un cri d’alarme et nous exhortait à opérer un changement profond dans notre gestion de la terre et de la vie qu’elle recèle. Larry Fink, Président du fond d’investissement BlackRock, exhortait récemment les entreprises dont il est actionnaire, à plus de transparence et à favoriser la création de valeur à long terme.

Nous avons aujourd’hui collectivement l’obligation de prendre nos responsabilités et d’agir autrement. Le monde est fini, limité en ressources comme en capacité d’absorption du CO2 ; Il a changé de nature, rendu instable, mouvant, liquide par l’accélération exponentielle des technologies ; il est devenu transparent à l’heure où l’information se partage en un clic, hors de tout contrôle. Nous pensions le monde infini, stable, cloisonné, nous le découvrons fini, liquide, transparent. Dans ce nouveau monde, les cartes des responsabilités sont rebattues et la répartition des pouvoirs redistribuée, entre les Etats, les territoires, les institutions supranationales et financières, les entreprises privées et la société civile, plus ou moins organisée.

Lorsque les Etats sont économiquement sous tension, que le pouvoir politique voit sa légitimité reculer, le rôle des entreprises ne peut rester inchangé. La responsabilité de l’entreprise privée est immense car sa capacité d’impact est immense : sa vocation ne peut plus se limiter à la seule création de valeur économique et sa mission se restreindre à satisfaire les intérêts de ses seuls associés, comme les définissent les articles 1832 et 1833 du code civil*.
La Mairie de New-York ou le fond d’investissement BlackRock -plus de 5.000 milliards d’euros d’actifs en 2016-, au travers de leurs injonctions récemment adressées aux entreprises de contribuer positivement à la société, disent finalement la même chose : l’entreprise qui n’a pas le bien commun comme horizon est probablement vouée à disparaître car, dans ce nouveau paradigme, elle perdra ses consommateurs, ses salariés et ses actionnaires. Il était temps.

Le monde de l’entreprise bouge, par nécessité pour certains, qui le jugent insincère, par conviction pour d’autres, qui croient en une prise de conscience profonde. Quelles qu’en soient les raisons, comment encourager, accélérer cette évolution ?

Pour l’entreprise, redéfinir son rapport au bien commun ne sera pas aisé car il nécessite des évolutions majeures :

Changer ses modes de gouvernance – inscrire l’entreprise dans la Cité et signer un pacte d’alliance sincère et durable avec les autres acteurs organisés de la société civile et les citoyens.
Placer l’éthique au cœur de sa stratégie de long terme – elle est à terme la condition de sa performance économique.
Définir avec les états, de nouveaux indicateurs de performance – ils dépassent la seule dimension économique : impact sur la Terre, sur la santé, sur le bien-être et permettent de mesurer toutes les externalités.
Instiller à tous les niveaux hiérarchiques des nouveaux modes de management et de leadership – ils s’appuient sur des passeurs*, ‘émancipés’ et en cohérence avec eux-mêmes, et non plus sur des collaborateurs contraints par leurs fonctions.
Viennent alors les questions. Comment soutenir cette transition ? Comment concilier la performance et la vertu** ? Devons-nous redéfinir le statut juridique voire l’objet social des entreprises privées ?

Ces questions sont complexes car l’entreprise est sous la contrainte d’une compétition souvent internationale. Faut-il redéfinir son statut juridique sur notre territoire au risque de les défavoriser à l’international ou devrions-nous inventer un nouveau statut européen ?
Doit-on redéfinir leur objet social au risque de les rendre vulnérable à des attaques que porteraient des acteurs organisés de la société civile ? C’est évidemment tentant. Mais ce n’est pas si simple, car l’enjeu est d’imaginer une transition rapide et non de provoquer un jeu de massacre qui ne servirait personne. Et puis, qui serait le juge de sa bonne moralité ?

La loi du 31 juillet 2014 relative à l’Economie Sociale et Solidaire a fait naître de nouvelles formes d’organisations commerciales ; Le cabinet Prophil*** vient de publier un panorama international des statuts hybrides au service du bien commun, insistant tout particulièrement sur les entreprises à mission, dont nous pourrions nous inspirer. Encore faut-il trouver les moyens de soutenir le développement de ces nouvelles entreprises.

Plus encore, notre ambition doit-elle se limiter à bâtir, encore et toujours, un monde parallèle, lorsque la majorité des entreprises ne change pas de trajectoire ? Comment faire en sorte que ces aménagements fassent bouger la majorité et pas seulement les plus vertueux ?

Il s’agit, en somme, d’aider les entreprises, ces « personnes morales », à se doter d’une véritable personnalité éthique. C’est le défi du débat que nous, ENGAGE, Spintank, et tous ceux qui voudront nous rejoindre, souhaitons lancer avec les acteurs de la société civile, les acteurs économiques et les décideurs politiques, car seule une dynamique d’alliance nous permettra de faire réellement bouger les lignes.

Jérôme Cohen
Fondateur d’ENGAGE

*L’objet social des entreprises est défini par les articles 1832 et 1833 du code civil
**Voir le livre ‘Entreprise et bien commun : la performance et la vertu’ de Pierre-Etienne Franc et Michel Calef, au éditions du Palio
***Etude réalisée par le cabinet Prophil en collaboration avec Mines ParisTech

Et enfin, la lettre de Larry Fink, ici