Isabelle Gex : mettre le futur au défi de l’éthique

Isabelle Gex est Présidente de Shiseido Parfums. Elle a choisi de placer l’éthique au coeur de sa stratégie et de lancer un Défi ENGAGE. Elle confie ici ses ambitions et ses premières réalisations.
– Isabelle, qui êtes-vous et quelles sont vos responsabilités au sein du groupe Shiseido ?
Je suis Présidente de l‘activé Parfums du Groupe Shiseido. A ce titre, je suis en charge des stratégies de développement des marques Dolce & Gabbana, Issey Myake, Narciso Rodriguez, Zadig &Voltaire et Serge Lutens. Je pilote leur développement au niveau mondial, dirige le Centre d’Excellence Parfums et, bien sûr, pour mener à bien ma mission, j’ai la chance d’animer une équipe de 180 personnes qui, dans le respect des ADN de nos marques et de leurs créateurs, conçoivent les parfums d’aujourd’hui et de demain.
– Pourquoi avoir lancé ce Défi avec ENGAGE ? 
Pour répondre à mon désir d’incarner notre très inspirant « mission statement » : « Beauty Innovations for a better world ». Pour concrétiser mon envie d’embarquer les équipes dans un voyage collectif créatif porteur de sens et impacter positivement notre industrie.
L’innovation est en effet au cœur de notre industrie et le client est notre obsession. Nos enjeux sont simples : comment incarner nos ADN de marques en histoires créatives et développer une conversation engageante avec nos clients ! Cela repose sur l’anticipation des tendances, la détection des signaux faibles…de Dubai à Sanghai, Milan, Paris, New-York ou Tokyo, c’est la dimension orientation client de notre métier.
Dans ce registre, alors que les enjeux climatiques, éthiques et sociaux deviennent des préoccupations de tout premier plan pour nos clients, ils sont pour nous les moteurs de notre innovation.
Mais notre engagement en tant qu’entreprise va au-delà. Ces enjeux nous concernent directement en tant qu’acteurs de la beauté et nous engagent sur le plan de notre responsabilité et de notre éthique. Comment nous, en tant qu’entreprise, pouvons contribuer à rendre ce monde meilleur, indépendamment de toute pression extérieure ?
Le Défi ENGAGE est donc à la croisée de nos ambitions : créer de la valeur – au-delà de l’économique et de notre stricte périmètre – en associant performance économique ET performance Sociale et environnementale.
– En quoi consiste précisément ce Défi ?
Il est l‘incarnation concrète de notre moto ! C’est une mobilisation collaborative et collective de toute mon équipe. Nous voulons faire progresser notre niveau de conscience et de connaissance, puis développer des projets concrets, au cœur de notre stratégie.
Nous voulons être bousculé sur nos points de vue et peut-être certaines de nos croyances en étant inspiré voire éveillé par les éclaireurs Engage. Nous voulons sortir de notre opérationnalité puis libérer notre imagination et nos énergies créatives. En un mot, nous voulons être des acteurs engagés.
Tout a commencé par un kick off de 2 jours fin mai. Nous avons tout d’abord interagi, le premier jour, avec une série d’acteurs qui ont transformé leur envie de contribution, qu’ils soient chercheurs, entrepreneurs ou artistes. Un moment d’ouverture très fédérateur pour toutes les équipes, qui a démontré la puissance de l’engagement et du passage à l’action.
La seconde journée a été centrée sur des ateliers d’intelligence collective pour briser nos silos et explorer la façon dont nous pourrions, en tant qu’organisation, contribuer à rendre ce monde meilleur.
Nous avons finalement bâti un protocole inédit pour nous tous autour du Défi : un dialogue entre des temps d’inspiration et d’intelligence collective qui réunissent tous les collaborateurs, et des ateliers en plus petits comités pour faire avancer concrètement des projets.
Sur la base du volontariat, nous avons créé 4 équipes de 3 collaborateurs qui, pilotées par des Eclaireurs Engage, ont pour mission de prototyper 1 ou 2 projets d’ici fin décembre.
Les autres collaborateurs sont embarqués autour de 4 temps forts – Les Conférence-Action – qui ont pour objectifs d’apporter des connaissances et de soutenir les 4 équipes dans l’avancement de leurs projets.
– Une ambition d’inspiration, de connaissance et d’action donc ?
Absolument…ainsi qu’une formidable occasion de fédérer les équipes, de construire un socle commun ! J’ai d’ailleurs été fascinée et émue par leur engouement…Cette expérience a touché leur raison et leur cœur en tant que citoyens, mais aussi éveillé la conscience de leur possible impact en tant qu’acteurs économiques au sein de notre groupe !
Clairement, cette aventure est très marquante…On peut dire qu’il y a eu un avant et un après ! Quant au futur, j’ai hâte de voir fin décembre l’éclosion de nos projets et leur mise en œuvre en 2020 !
– C’est bien le pari de l’éthique que vous faites ?
Oui, nous devons permettre à chacun de mieux concevoir et d’étendre son éthique citoyenne de la sphère privée à la sphère professionnelle, et de la mettre en cohérence. Il ne doit pas y avoir de séparation, l’éthique in business doit constituer une priorité.
Pour nous tous, le pari est d’ores et déjà réussi, chaque micro décision dans la conception, la création de nouveaux parfums, nos pratiques et process sont passées à la lecture de notre engagement !
Cette quête éthique résonne avec la recherche de sens, notre mission…Pourquoi ? A quoi cela sert-il ? Quel est mon impact ? Prendre conscience de notre rôle individuel et de la force du collectif. Se dire que nous pouvons bouger les lignes, changer les paradigmes que l’on pensait figés.
– Impliquer l’ensemble des salariés, un autre pari ?
Oui, là encore un réel challenge ! Nos marques sont puissantes, désirables, et chaque équipe y est dédiée…Aller au-delà, penser de façon plus large constitue un réel défi pour un groupe tel que le nôtre.
Il faut s’appuyer sur la force du collectif pour penser de façon plus responsable et engagée. Il faut faire confiance à la capacité de chacun à apporter son talent en favorisant la collaboration.
Cela permet de mettre du liant, de voir au-delà des cases, des fonctions de chacun. Cette mission commune qui nous lie favorise la création de valeurs partagées et développe la fierté autour de ce que nous faisons au quotidien.
– Enfin, vos futurs désirables en quelques mots ?
Garder le cap, faire vivre notre Défi et surtout matérialiser nos idées nouvelles et les faire éclore dès 2020 !
Inspirer, apprendre, agir…et impacter !

Guy-Philippe Goldstein : le défi éthique

Pourquoi l’éthique est-elle si fondamentale aujourd’hui?
Je commencerai par donner une vision personnelle de l’éthique : celle d’une approche qui se fonde dans la pensée de John Stuart Mill, et qui cherche à déterminer les impacts des actions de chacun pour le bien commun, au-delà de tout a-priori moralisant (les économistes parleraient d’externalités positives ou négatives).

Cette éthique est fondamentale aujourd’hui car la main de l’homme accélère la transformation de son environnement écologique ou social. Et nous risquons de détruire de manière catastrophique et rapide ce bien commun si, justement, nous ne nous posons pas la question éthique à chaque fois que nous agissons. Pour dire les choses de manière simple, c’est une question de survie. Elle est aujourd’hui portée directement par les fonds de pensions qui investissent sur les durées longues lorsqu’ils portent les futurs retraites des employés publics ou privés. Or, c’est dans ces durées longues qu’ils observent désormais les impacts catastrophiques sur le bien commun – et par construction, le marché ! – qu’il s’agisse de l’augmentation de catastrophes naturelles avec le risque environnementale, ou même le surgissement du risque politique, jusque là limité aux pays émergents et qui atteint les pays avancés via l’irruption des colères populistes. En parallèle, une nouvelle classe de la population, les moins de 25 ans, ceux qui ont compris que les générations du Baby boom étaient en train de détruire leur propre futur, sont réellement entrés en révolte. Et à la différence des générations du Baby boom qui s’étaient lancés dans des combats idéologiques qui parfois leur faisaient côtoyer en réalité les pires totalitarismes, les moins de 25 ans, et en particulier les femmes, exigent d’elles/d’eux une action concrète, pratique, et souvent ancrés dans de nouveaux modes de consommation. Elles/Ils sont les vrais adultes en réalité, auprès desquels les plus âgés, dont je fais parti, devraient apprendre.

Est-ce un chemin individuel ou collectif?
Les deux, car certains enjeux passent par une action individuelle (par exemple les choix de consommation); d’autres par des formes collectives qui peuvent aller de l’association, ou du travail en entreprise repensé dans un cadre éthique, à l’action politique – nécessaire quand il s’agit de penser la réglementation ou de peser sur les choix d’équipements collectifs. Ce dernier point est particulièrement vrai pour les questions énergétiques fondamentales que pose le dérèglement climatique.

On sent que les entreprises – certaines entreprises – sont à un tournant; comment les mener vers l’étique, vers ce chemin de l’éthique?
Il est important que la gouvernance de l’entreprise comprenne ce tournant – ne serait-ce que parce que c’est celui que prend aujourd’hui de nombreux fonds de pensions, et les clients les plus jeunes qui constituent la base de clientèle de demain. On pourrait aussi parler des jeunes talents d’aujourd’hui qui constituent un autre moyen de pression sur l’entreprise. Pour les mener ensuite à l’éthique, il me semble qu’il faut à la fois développer des principes simples et une évaluation objective de la démarche, évoluant dans le temps, et communicable à tous, parties prenantes internes mais aussi externes; et surtout libérer la parole et la créativité de l’ensemble des collaborateurs afin d’accélérer cette transition éthique qui ne peut fonctionner que si elle est portée par chacun. Ce mouvement n’a de sens qui si tous agissent de concert, tout autant acteur et responsable de cette transformation.

Cette ambition, souhaitable, est-elle compatible avec les impératifs de marché, de rentabilité?
Très précisément. Il y a désormais, comme je le disais plus haut, une pression nouvelle des investisseurs de long terme ainsi que des jeunes consommateurs ou du jeune talent. Certes l’entreprise à très court terme pourrait être légèrement moins performante, en raisons de nouveaux investissement et modes d’actions; mais à moyen ou long terme, elle sera plus résiliente et plus en phase précisément avec son marché. Il ne s’agit pas d’un coût mais d’un investissement.

Toi qui travailles beaucoup sur l’imaginaire et la prospective, quels sont tes futurs désirables?
En relisant la préface de Huxley à son célèbre roman de science fiction « Le Meilleur des Mondes », préface écrite 25 ans après la première édition, je suis tombée à ma grande surprise sur une vision proche de la mienne : celle d’un monde assez égalitaire tout en laissant libre cours aux aspirations de chacun. Où chacun est considéré avec l’exact même statut. Où chacun est tourné vers l’amélioration du bien commun et partage ses idées nées dans l’imagination et la raison critique, soutenues par de nouveaux outils d’explorations qui les rendent à la fois plus vastes et plus collectives. Un monde de vérité et de paix, bien sûr, où la civilisation pourra prospérer. Un monde d’artistes et de scientifiques, où chacun est aussi un peu juge et chacun a dirigé, dirige ou va diriger un projet temporaire. Ce monde-là est peut être plus proche qu’on ne le pense.

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Notre impératif : prendre soin des autres et du vivant

Après avoir travaillé pendant 10 ans dans la RSE pour de grands groupes, Nelsina Da Silva est aujourd’hui Exploratrice du Défi sur le Vivant et suit plusieurs programmes à l’ENGAGE University.  

– Tu as choisi de t’engager dans le Défi sur le vivant, peux-tu nous dire en quoi il consiste et pourquoi tu as choisi de le rejoindre ? Pourquoi maintenant ?
Le Défi que nous développons en partenariat avec la Fondation Nicolas Hulot consiste à replacer l’économie au service du vivant. Concrètement, le premier projet qui en émane vise à accompagner des entreprises dans leurs transformation afin qu’elles aient un impact positif sur la biodiversité. Nous nous appuyons pour cela sur les connaissances et les compétences des Explorateurs et des Intervenants-Eclaireur.euse.s de la communauté ENGAGE. J’ai connu le Défi lors de la première Conférence-Action de janvier, les interventions et le sujet m’ont inspirée ! De très nombreuses entreprises doivent revoir leur modèle, leur mode de production…Elles doivent limiter leur impact sur le climat et la biodiversité de toute urgence. Alors, ce que propose Engage est fondamental. Rejoindre ce Défi a coulé de source, mais au-delà du sujet, les hommes et les femmes rencontrées sur ce Défi m’ont motivée : nous avons en très peu de temps réussi à créer une telle synergie humaine ! Je me suis beaucoup impliquée sur ses premières étapes à un moment de ma vie où j’avais justement envie de me challenger et de découvrir d’autres manières de travailler.

– Quel sens prend cet engagement pour toi ?
Celui de répondre à un enjeu incontournable pour le monde dans lequel nous vivons. A mon sens, le système doit changer. Participer à une action concrète pour l’entreprise au moment où la biodiversité s’épuise est un impératif.

– Concrètement, qu’est-ce que cet engagement t’apporte ?
Cet engagement m’apporte de nouvelles inspirations, me permet de développer des compétences et surtout je m’amuse à co-travailler avec dynamisme et bienveillance. Quand je m’engage, généralement, je le fais totalement ; avec ce Défi, je me suis dépassée, j’ai osé, et surtout je ne suis jamais seule, nous sommes une équipe solidaire et très unie.  Ce Défi est une belle découverte et expérience dans mon chemin de vie personnel et professionnel.

– Alors que l’urgence des enjeux de biodiversité a encore été clairement exprimé dans le dernier rapport alarmant de l’IPBES, penses-tu que nous avons les moyens de changer les choses en profondeur ? Comment ? Nous avons définitivement les moyens de le faire et surtout de nous préparer à l’après-changement. Mais pour cela, nous devons toute et tous faire notre part du colibri maintenant, individuellement et collectivement, les citoyens, les entreprises, les associations et bien sûr les états. De nombreuses propositions ont été faites, de nombreuses actions sont en cours ; depuis la fin d’année 2018, nous sommes chaque fois plus nombreux.ses à nous mobiliser. Il ne faut rien lâcher. Je peux céder, parfois, à la démotivation, mais cela passe vite car j’ai conscience des enjeux et parce que surtout, je ne suis pas seule, mais au sein d’une communauté.

– Après une expérience dans la RSE, dans la grande distribution, tu suis plusieurs programmes de l’ENGAGE University, pourquoi ? Qu’y trouves-tu ?
J’ai suivi la formation « Se saisir de l’Intelligence collective » : un outil à mes yeux indispensable car nous ne ferons rien sans nous relier. Une expérience très forte durant deux jours, autour des notions d’ouverture, d’écoute, de non-jugement, de bienveillance et surtout des outils pour passer à l’action. Je suis actuellement le programme « Transformations » : je suis objectivement  bluffée par sa qualité, par la façon dont les sujets sont abordés, par la qualité des Intervenants-Eclaireurs. Ces deux programmes me bousculent. Même si j’évolue dans l’univers de la RSE et  que je m’engage depuis longtemps sur le chemin de la sobriété heureuse, je me rends compte aujourd’hui que j’en avais besoin. Ces programmes sont très complémentaires et enrichissent mon moi, mon émoi. J’en sors grandi, plus ouverte, plus décidée, plus consciente encore. Elles sont indispensables à mon sens pour les personnes et pour les organisations.

– Que représente pour toi La communauté Engage ? Quelles sont les valeurs qu’elle porte ?
Entre le Défi sur le Vivant, les formations à BrightCity, les autres Conférences-Actions auxquelles j’assiste et les habitant.e.s de BrightCity, je vis des moments incroyables avec les Engagé.e.s. de tous âges et d’expériences diverses. Beaucoup de ces rencontrent m’inspirent et me font objectivement du bien, les échanges sont riches et toujours bienveillants. Je rencontre des personnes passionnées, motivées, attachantes, parfois déboussolées, comme je peux l’être de temps à autre ; nous avons des valeurs et des engagements communs qui nous rassemblent. Nous prenons soin les uns des autres et j’ai pu tisser avec certains des liens très forts.

– Enfin, un mot pour définir les futurs désirables auxquels tu crois ?
Impossible Jérôme de tout résumer en un seul mot ! Comme pour la biodiversité « la vie dans ce qu’il y a de divers »…. les futurs désirables auxquels je crois comportent beaucoup de diversité : bienveillance, empathie, résilience, respect, changement de paradigme, de système… POUR APPROFONDIR

En 2 jours | Suivre le programme ‘Se Saisir de l’intelligence collective’ de l’ENGAGE University

En 4 soirées | Suivre le programme ‘Développer des entreprises éthiques et inspirantes’ de l’ENGAGE University

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Favoriser l’émergence d’un leadership conscient

Après avoir dirigé de nombreuses entreprises et ONG en France et en Asie, Xavier Bertrand est aujourd’hui coach en Leadership.  Passionné par le développement, l’entrepreneuriat social et l’impact, il se focalise sur l’émergence du leadership nécessaire à nos transitions et à l’accompagnement des leaders capables de faire naître un monde plus harmonieux
Il intervient notamment au sein du prochain programme ‘Développer des entreprises éthiques et inspirantes à l’ENGAGE University.

Après avoir exercé de nombreuses responsabilités managériales, à la tête d’entreprises ou d’ONG, comment définirais-tu ton métier aujourd’hui?Mon métier consiste à accompagner les transformations : individuelle, organisationnelle, et sociétale. Je suis coach, formateur, et thérapeute et j’aime relier ces trois types de transformation. 

Transformer nos organisations, c’est donc principalement nous transformer nous-mêmes? Et transformer la façon dont nous nous relions, donc nous faisons communauté? C’est ça oui. Tout part de l’intérieur, de soi, de l’instant, comment on est maintenant, dans le moment. Cultiver une présence à soi consciente permet d’être présent à ce moment, puis à l’autre, et au monde. C’est ce sur quoi je tente de porter mon attention et mon intention dans mon travail. J’aime accompagner cette émergence, pour permettre aux personnes et à leurs systèmes de grandir en conscience, pour devenir plus responsables, « engagés » au monde.

Les entreprises jouent-elle le jeu de la transformation? Comment faciliter le mouvement? De la même façon, tout est relié au potentiel de conscience de leurs dirigeants ou acteurs. Chacun(e) dans l’organisation peut être leader. Encourager, sensibiliser, accompagner en co-créant cet espace de présence d’où tout peut émerger peut faciliter, mettre en  mouvement la co-opération, collaboration, co-création, en confiance. Les entreprises ont une âme lorsque leurs acteurs incarnent leur présence de manière consciente. Alors, elles peuvent se relier à une raison d’être, une mission, devenir engagées pour générer richesse et impact positif pour le monde.

Quels sont les penseurs qui t’influencent le plus aujourd’hui dans ton approche?Plus que de penser le monde, je suis inspiré par les personnes qui s’y connectent pour le sentir, s’y relier, pas forcément uniquement par la pensée, mais aussi par toutes les formes de notre intelligence humaine.Ce sont des hommes et femmes qui agissent et m’inspirent autant par leur être, leur présence, que leur faire. La jeune génération inspirée et consciente d’entrepreneurs sociaux engagé(e)s dans le monde entier. Les femmes qui incarnent la force Yin de manière courageuse dans notre monde si Yang et nous accompagnent pour nous relier aux sagesses traditionnelles ou plus contemporaines. Parmi les penseurs investis dans la recherche-action, Otto Scharmer au MIT et les communautés qui s’organisent autour du Presencing Institute dans le monde.

Tu as vécu et travaillé en Inde, dans lequel ENGAGE se développe aujourd’hui, que pouvons-nous nous apporter mutuellement?Oui j’ai vécu en Inde plus de 16 ans en y étudiant, cherchant, travaillant comme diplomate, dirigeant d’entreprise, acteur engagé dans un trust, entrepreneur, dans plusieurs géographies du sous continent mais avec comme base Ahmedabad, Bombay puis Bangalore principalement. Je suis prêt à aider Engage à se développer en Europe et aussi en Inde via Tomorrow Foundation https://www.tomorrowsfoundation.org/ que j’accompagne depuis 2 ans, en co-créant ensemble des contenus, modes d’intervention, en reliant nos réseaux. 

Enfin, un dernier mot pour qualifier tes futurs désirables, tels que tu aimerais les voir éclore? Je pense à un de mes films préférés, Contact, dans lequel Jodie Foster qui incarne une scientifique américaine travaillant sur le programme SETI de la NASA est interrogée par un jury américain pour être sélectionnée et partir dans une machine que les US viennent de construire à partir d’un plan reçu de l’espace, pour partir dans un voyage à travers le temps et l’espace… On lui demande : « si vous rencontriez ces extra-terrestres dont vous cherchez à prouver l’existence, et qui seraient liés à Vega, quelle question leur poseriez-vous? »…. Elle réfléchit un instant et dit : « comment avez vous fait pour évoluer ? comment avez vous survécu à votre adolescence technologique ? ». Cela m’amène à me concentrer non pas sur la technologie, qui est là, les solutions sont disponibles… mais sur l’émergence de la conscience nécessaire au niveau planétaire pour réussir nos transitions et réaliser notre plein potentiel en tant qu’humains. Donc c’est un futur dans lequel nous avons réussi à identifier et incarner de manière pleinement consciente ce qui nous rend humain.

POUR APPROFONDIR

En quelques minutes | découvrir la U-theory d’Otto Scharmer

En 4 soirées | Suivre le programme Développer des entreprises éthiques et inspirantes de l’ENGAGE University

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Karine Jacquemart : le citoyen comme levier

Karine Jacquemart est aujourd’hui directrice de Foodwatch France après avoir été notamment directrice du plaidoyer de Greenpeace. Intervenante Eclaireuse, elle anime les ateliers mobilisation à l’ENGAGE University et conseille les explorateurs de nos Défis dans le cadre de campagnes de plaidoyer.  

– Quel est ton métier et celui de Foodwatch? 

Je suis directrice générale de l’association foodwatch France, créée en 2014, que je développe avec une petite équipe de 5 personnes et le soutien de nos sympathisants. Engagée pour défendre transparence et droits de l’homme, notamment sur les questions de droit à l’alimentation, je dirige des projets internationaux dans le secteur associatif depuis plus de 17 ans, de l’humanitaire à Greenpeace.

Foodwatch est un contre-pouvoir citoyen 100% indépendant qui milite pour plus de transparence et pour une alimentation saine pour tous. Face aux manipulations des lobbies, nous enquêtons, lançons l’alerte, mobilisons et poussons responsables de l’industrie agroalimentaire et responsables politiques à changer leurs pratiques. Les effets de la malbouffe sur la santé ne sont malheureusement plus à démontrer et comment accepter que les produits alimentaires contiennent encore autant de résidus de pesticides, d’aditifs controversés, de nanomatériaux et autres perturbateurs endocriniens ?!  Il est temps d’agir, ce que fait foodwatch en France et en Europe.

– Sens-tu que la prise de conscience progresse, du côté citoyen, du côté des entreprises? 

Absolument. Du côté citoyen, on sent bien que les gens en ont ras-le-bol du règne du marketing et des lobbies qui bafouent leurs droits et leur santé. Quand on dévoile publiquement les résultats de nos enquêtes et qu’on propose aux gens des moyens de se mobiliser, ils sont de plus en plus nombreux au rendez-vous. Les citoyens ont compris qu’il est possible de faire changer les choses, mais seulement si nous agissons ensemble pour être plus forts. Cette mobilisation collective nous donne d’ailleurs de belles occasions de recréer du lien social, du sens aux actions communes.

Quant aux entreprises, il y a encore un fossé flagrant. D’un côté elles sentent bien que la demande des consommateurs.trices se tourne de plus en plus vers des produits plus naturels, sans pesticides etc. et certains cherchent déjà à adapter en partie leur offre. Mais de l’autre côté persiste le poids de certains géants de la malbouffe qui inondent le marché de produits transformés souvent trop sucrés, trop gras, trop salés, et bloquent tout projet pour mieux protéger les consommateurs.trices, comme celui du logo nutritionnel Nutri-score. Sans les y forcer, ces mastodontes continueront en toute impunité. Mais nous sommes depuis en plus nombreux à incarner David contre Goliath et les choses changent !

– Pour quels résultats concrets?

Il y a un premier impact à court terme : par exemple plusieurs marques ont changé leurs emballages ou leurs recettes suite à des pétitions lancées par foodwatch dans notre campagne Arnaque sur l’étiquette, six grands distributeurs se sont engagés à supprimer les huiles minérales MOAH– des dérivés d’hydrocarbures- de leurs produits alimentaires suite à des tests effectués par foodwatch en Europe,  le dioxyde de titane, un additif dangereux pour la santé, va être suspendu en France.

Mais certains combats demandent une détermination et une mobilisation dans le temps. C’est le cas par exemple du glyphosate, dont le feuilleton n’est pas fini pour en obtenir l’interdiction… et avec lui la question plus large des autres pesticides.  C’est aussi bien sûr le cas des accords de libre échange qui menacent notre démocratie. Les enjeux sont nombreux.

Mais ce qui est sûr, c’est qu’un des premiers résultats est que les actions de foodwatch et la mobilisation citoyenne ont envoyé un signal très fort à l’industrie agroalimentaire et aux responsables politiques : nous vous observons et nous allons vous forcer à prendre des mesures. Et ils le comprennent.

– Les enjeux liés à l’alimentation sont fondamentaux. Comment pourrions-nous accélérer l’évolution des pratiques?

La prise de conscience des citoyen.ne.s, leur mobilisation, leurs choix par leurs actes d’achat sont autant de leviers. Mais pour vraiment protéger de la malbouffe et de ses effets désastreux, il faut qu’il y ait des règles du jeu claires et contraignantes pour l’industrie, pour que les produits alimentaires soient plus sains, quelque soit la marque. Cela signifie que c‘est aux autorités publiques de renforcer la règlementation. foodwatch pousse depuis un an par exemple pour l’interdiction de la publicité et du marketing qui ciblent les enfants pour les produits  trop sucrés, trop gras, trop salés – 1 enfant sur 6 en France est en surpoids ou obèse !-. De nombreux député.e.s soutiennent cette idée, mais le gouvernement bloque sous prétexte qu’il vaut mieux s’appuyer sur des engagements volontaires des entreprises.

Nous n’allons pas lâcher. Nos enquêtes et campagnes mettent la pression sur les industriels et sur les décideurs politiques. Plus nous sommes nombreux, plus nous pourrons accélérer ces changements.

– Tu interviens à ENGAGE University, notamment dans le programme Transformation, dans lequel tu partages tes techniques de plaidoyer, pourquoi?

Parce que je suis convaincue du pouvoir que nous avons, chacun.e et surtout ensemble, si nous agissons et nous mobilisons dans un sens commun. Je ne compte plus le nombre de personnes que j’ai rencontrées qui souhaitaient agir, contribuer à une société plus juste mais étaient paralysées car elles ne savaient pas par où commencer. Engage University est une belle opportunité de réunir ces forces vives, de les outiller et de recréer du vivre ensemble. Et surtout de l’AGIR ensemble dans le cadre des Défis que nous lançons avec ENGAGE Action.

– Un mot, une phrase pour décrire ton envie pour le futur? 

L’intérêt général : c’est tellement essentiel aujourd’hui de garder ce cap en tête par opposition aux lobbies que nous combattons et qui ne défendent la plupart du temps que des intérêts particuliers, au détriment des citoyen.ne.s, des biens communs, de la planète.

Nous avons besoin d’un nouveau contrat social, étendu à toute l’Europe bien sûr. Les risques de replis sont omniprésents. Ils doivent nous motiver plus que jamais pour agir, chacun à sa façon, et ensemble.

POUR APPROFONDIR

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Benoît Raphaël : j’ai besoin d’être bousculé

Benoît Raphaël, spécialiste des médias, est le fondateur de Flint, IA qui nous aide à sortir de nos bulles informationnelles. Benoît, nouveau Bright Citizen, est intervenant à l’ENGAGE University dans le programme Transformation. 

– Tu viens de t’installer à Bright City, pourquoi? Qu’y cherches-tu? Qu’y trouves-tu?

Je cherchais un lieu pour installer l’école des robots Flint, où je me sente chez moi mais qui fasse aussi partie d’un projet plus large et collectif, où je pourrais croiser des personnalités inspirantes, des projets ou des organisations parfois très éloignées de ce que je ferais, mais qui partageraient la même énergie. Je voulais croiser de gens qui auraient d’autres métiers, d’autres approches, artistiques, scientifiques, politiques, technologiques… et qui me sortiraient de ma bulle. Je cherchais aussi un lieu vivant, ouvert, convivial, où je puisse organiser des événements, faire se croiser des communautés différentes.

– Et quelle résonance avec ENGAGE et l’ENGAGE University ?

L’envie de construire un futur positif, parce que même si je fais partie des optimistes, l’état du monde me fait un peu flipper. Je ne suis pas vraiment un militant, plutôt un créatif qui a envie de faire avancer les choses sur la base de valeurs mais surtout jamais sur des idées reçues ou des parti-pris. C’est ce que je retrouve chez Engage : c’est la différence qui nous enrichit. Un carrefour d’idées, d’approches et de pratiques très différentes, qui n’oublient jamais le pouvoir disruptif de l’art et de la fête.

– Comment cela s’inscrit-il dans le projet que tu portes, Flint ?

L’objectif de Flint est de nous rendre plus autonome face à l’information et face aux algorithmes, qui façonnent notre rapport à nous-même et aux autres. C’est une école pour robots, mais aussi une école pour humains. Flint s’inscrit donc parfaitement dans le cadre de ce campus en construction qu’est Bright City.

– Finalement, de quoi avons-nous besoin aujourd’hui, en tant qu’individu, en tant que société?

Sortir de notre bulle avant tout, reprendre le contrôle de notre vie, vivre selon nos valeurs, nos rêves et nos intuitions profondes, ne pas avoir peur de la contradiction ni de la complexité, sans pour autant céder au relativisme. Et puis, surtout beaucoup d’amour, s’occuper des gens qu’on aime et qu’on respecte.

– Un mot pour exprimer ton état d’esprit?

Je suis convaincu que l’on ne s’accomplit qu’en acceptant de se remettre en question sans jamais lâcher ses convictions. J’ai envie de faire le pari de l’humilité et de la bienveillance. Je suis venu ici pour être bousculé mais aussi pour passer du bon temps !

POUR APPROFONDIR

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En 2 jours | Suivre le programme Transformation de l’ENGAGE University

Amandine Lebreton : l’information scientifique pour provoquer l’engagement

Depuis 10 ans, Amandine Lebreton travaille au sein de la Fondation pour la Nature et l’Homme pour métamorphoser notre modèle de société. Ingénieur agronome, elle dirige aujourd’hui le pôle Scientifique et Technique de l’organisation créée par Nicolas Hulot. Le pari de la FNH ? Démontrer que les solutions existent et favoriser le changement des comportements individuels et collectifs, en s’appuyant sur l’information scientifique la plus complète et objective. 

Elle co-animera la conférence du 5 décembre qui introduit les enjeux de biodiversité du Défi « Replacer l’Economie au Service du Vivant ».  

Pourquoi un défi sur la biodiversité aujourd’hui ?

La biodiversité est encore et toujours la grande oubliée des enjeux environnementaux alors même qu’elle est le socle de notre vie, le substrat de notre économie et même notre assurance majeure face au changement climatique ! La preuve, une COP biodiversité se tient actuellement en Egypte et personne ne le sait…

On parle de chute de la biodiversité, qu’est-ce que cela signifie concrètement en France ?

Les espèces disparaissent et les milieux se dégradent à toute vitesse. En France, c’est 30 % des oiseaux qui ont disparu de nos campagnes en 15 ans et 80 % des insectes en Europe. Cette perte de biodiversité est la conséquence d’activités humaines destructrices qu’elles soient agricoles ou industrielles. Parmi les causes majeures, nous retrouvons également l’artificialisation des sols : un département français disparait tous les 7 à 10 ans en France sous les constructions de routes, de parkings, d’habitations… Dans ces conditions, comment retrouver une dynamique globale et mettre en place des corridors écologiques fonctionnels ?

N’est-il pas trop tard ? Peut-on encore réparer ce qui a été si fortement maltraité ? Est-il possible de reconstruire ?

Comme disait Robert Barrault, la biodiversité c’est le tissu vivant. Et il est d’une incroyable résilience… jusqu’à un certain point. Nous avons atteint des seuils gravissime de perte dans certains endroits mais partout où il est possible d’agir, il faut maintenir un espoir et redonner à la biodiversité tout son potentiel. Cela vaut pour la biodiversité extraordinaire comme ordinaire.

La FNH est particulièrement engagée sur cet enjeu, quelles sont ses priorités ?

En 2020, la France accueille le congrès Mondial de l’UICN et la même année se tiendra en Chine la COP 15, l’équivalent de la COP 21 pour la biodiversité. Si le grands messes ne peuvent pas tout, ces évènements sont l’occasion de se projeter collectivement pour d’une part redonner une place centrale à la biodiversité dans les combats écologiques et d’autre part agir en France qui doit être exemplaire. Deux axes majeurs sont identifiés pour la FNH : la réduction drastique de l’usage des pesticides qui empoisonnent notre environnement et nos vies et la lutte contre l’artificialisation des sols.

Pour conclure, donnez-nous quelques raisons de nous engager, de nous battre et de rejoindre ce Défi…

C’est tout ce à quoi on tient ! Un bon repas avec de bons produits, nos vêtements, l’eau que nous buvons, l’air que nous respirons … ou encore l’agréable randonnée que nous ferons l’été prochain. Chaque jour les êtres humains tirent de nombreux services gratuits de la biodiversité. Les maintenir fonctionnels doit devenir notre priorité collective. Et c’est le levier majeur pour s’adapter au changement climatique en cours.

POUR APPROFONDIR

En 6 minutes | Comprendre l’importance de notre biodiversité avec Robert Barrault

En 12 minutes | S’émouvoir avec l’astrophysicien Aurélien Barrau sur la scène de CLIMAX

En 14 minutes | Porter un nouveau regard sur l’évolution des espèces avec Pierre-Henri Gouyon

En 4 jours | Se former au biomimétisme à l’Institut des Futurs Souhaitables 

POUR AGIR

En quelques cliques | Télécharger le Kit climat pour sensibiliser ses proches aux enjeux de notre espèce.

En 1h30 | Participer à une session d’intelligence collective du cycle Défi « Replacer l’économie au service du vivant ».

En 2 jours | Suivre le parcours d’apprentissage-action « Repenser la terre et ses ressources » de l’ENGAGE University

Reza : l’image pour changer le monde

 

Le photo-reporter Reza parcours le monde depuis 40 ans pour mettre en lumière les causes qui lui sont chères et défendre les personnes les plus vulnérables. A l’ombre de ses portraits qui ont fait la Une du National Geographic, il travaille pour l’éducation et l’émancipation des jeunes et des femmes dans les zones de conflits comme dans nos quartiers les plus difficiles. Rencontre avec un artiste humaniste passionné qui garde foi en l’homme.

 

On connaît le poncif, l’art sauvera le monde, dans votre cas Reza, il s’agit plutôt de l’image?

L’image, c’est la face émergée de l’iceberg de l’art : elle est accessible à tous, comprise par tous et compréhensible, c’est un langage universel traversant les frontières et la barrière des langues, des outils de création – mobile – à la portée de tous, allant jusqu’à dominer nos vies quotidiennes, nos échanges, les informations, l’apprentissage. L’éducation, l’économie, tous ces domaines d’aujourd’hui ont besoin d’images. Ainsi l’image est devenue l’art majeur de notre société. Notre société est en mutation : nous sommes passés des hiéroglyphes aux émojis. Nous sommes une société de l’image. 

Engage Days – thecamp, octobre 2018

 

Vous avez commencé à photographier à 13 ans et votre appareil photo ne vous quitte jamais, en quoi constitue-t-il une arme de construction massive?

Pour construire ou reconstruire ensemble nos sociétés, il faut se connaître, avoir un but précis et commun – il faut adhérer à l’idée de construction, et à sa nécessité.

L’image est le moyen de rapprocher les individus, les cultures, les communautés et les peuples, de les faire se connaître les uns les autres. Elle offre la possibilité de s’arrêter devant l’image de l’autre, de prendre le temps nécessaire de la contempler, de s’émouvoir et ensuite d’entrer en action. 

L’image est le meilleur moyen de créer de l’empathie.

On défend quelque chose, ou quelqu’un que l’on aime, que l’on connaît : on se positionne pour une personne envers qui on ressent de l’empathie.

L’image est donc le moyen le plus simple et le plus vaste de créer du lien, de connecter les êtres et les cultures. À l’inverse, elle a aussi ce pouvoir de dénoncer l’envers du décor et de faire réagir les gens. 

Votre engagement incessant passe beaucoup par des programmes de formation. Quels sont-ils?

L’éducation est la clé de l’avenir. Nous ne serions pas là où nous sommes sans l’éducation et il n’y aurait pas de lendemains pour l’humanité sans elle. Il me semble que nous assistons à peine à l’émergence de ce nouveau langage universel qu’est l’image et il faut en répandre l’alphabet.

L’image donne une voix à ceux qui n’en ont pas. 

Elle aide des victimes passives à devenir actrices de leur destin. 

Ainsi, en parallèle de mon travail photographique dans le monde, j’ai initié des formations aux métiers de l’image pour les populations les plus vulnérables, dans les zones de guerres, de conflits, les camps de refugiés, mais aussi les banlieues des grandes villes européennes et du monde.

Je suis convaincu que les femmes pourront avoir un rôle plus important dans le monde de demain. Leur présence massive dans les medias, les secteurs culturels et l’éducation pourra changer le cours de la marche du monde vers un monde plus pacifiste. 

Les médias sont et pourront également devenir les meilleurs outils de développement.

Depuis le lancement de ces formations, nous avons aidé des milliers de femmes et d’hommes dans les zones les plus difficiles du globe, elles/ils sont  désormais les porte-voix de leurs communautés et avant tout d’elles/eux-mêmes. 

Art, action, entrepreneuriat, la multidisciplinarité est-elle, comme dans l’ENGAGE University, au coeur de votre identité?

J’ai trouvé dans les objectifs d’Engage University beaucoup de points communs et de valeurs communes avec mes actions. Les femmes et hommes qui s’engagent dans ce projet partagent le même amour pour  l’humanité.  

 

Engage Days – thecamp, octobre 2018

 

L’entrepreneuriat social, d’autre part, est la meilleure forme d’entrepreneuriat pour l’avenir de l’humanité – sinon il n’y aura pas d’avenir.

J’ai enfin trouvé beaucoup de possibilités de projets communs avec Engage University et ceux qui l’entourent.

Une chose me surprend enfin. Vous avez été, souvent, au plus près de la noirceur, et vous semblez conserver malgré tout un regard optimiste sur le Monde. Comment faites-vous?

Ma croyance, ma foi, se résument par ces deux axes :

1- La vie est belle.

2-  L’être humain est bon. Nous avons fait des progrès immenses et inestimables en peu de temps après notre sortie de la forêt ! En à peine 5 000 ans après l’invention de l’écriture et les premiers textes, voici où nous en sommes : nous avançons vers un meilleur avenir, certes, mais avec des petits pas.

La simple comparaison de l’Europe d’aujourd’hui à celle d’hier nous montre l’étendue de cette avancée.

Les racines du mal me semblent être dans l’attitude de certains, et que l’on ne retrouve chez aucun animal : la possession à outrance. Aucun animal n’amasse plus de denrées que ce dont il a réellement besoin. L’homme est le seul à ne jamais s’arrêter, il tente de posséder de plus en plus même si cela dépasse largement ses besoins.

Durant quatre décennies, j’ai été le témoin de toutes les guerres et de nombreux moments de souffrance de notre Humanité.

La grandeur de l’âme humaine côtoie sa capacité à la violence et à la mesquinerie – mais l’Histoire nous montre que les Ghandi, les Luther King, les Mandela et des milliers d’autres femmes et hommes peuvent montrer le chemin vers une paix durable, et plus d’échanges.

Dans cette optique, chacun et chacune d’entre nous en est responsable.

 

POUR APPROFONDIR

10 minutes | Découvrir le webdocumentaire Les reporters du camp sur arte.tv

Trois heures | Visitez l’exposition d’art contemporain Persona Non Grata au Musée National de l’Immigration

Sans compter les heures | Se plonger dans les témoignages de Reza, en particulier les regards qu’il a capturé au Kurdistan.

 

POUR AGIR

En quelques cliques | Soutenir Les Ateliers Reza sur le site de dons HelloAsso.

2 à 5 heures par semaine | Suivre le MOOC Tickets For Change pour développer un projet d’entrepreneuriat social

2 heures par mois | Coacher des femmes vulnérables qui ont choisi l’entrepreneuriat pour se reconstruire avec Led By Her

Emmanuel DAVIDENKOFF : de L’Etudiant au Monde, il rêve d’une société apprenante

Rencontre éclairante avec Emmanuel Davidenkoff, journaliste spécialiste de l’éducation, rédacteur en chef au Monde et auteur du Tsunami numérique (Stock, 2014).

On parle beaucoup de réforme de l’éducation, mais pourquoi au juste ?

Excellente question ! Car les grandes réformes structurantes sont rares. En près de trente ans de journalisme spécialisé, j’en ai vu peu, et celles que j’ai vues ne passionnent pas toujours les foules (création du bac pro, création des IUFM puis des ÉSPÉ pour la formation des enseignants etc.).

Il me semble que le sujet fait recette pour trois raisons essentielles :

  • le sentiment répandu que l’école, dans un pays riche et développé comme le notre, pourrait faire mieux notamment en matière de réduction des inégalités
  • le fait que l’école est à la fois miroir et matrice de notre système politique depuis la Révolution (Condorcet) et la IIIe république (lois Ferry, séparation de l’église et de l’Etat) 
  • l’apparente simplicité d’une matière dont beaucoup de personnes se pensent spécialistes pour avoir fréquenté les bancs de l’école ou pour y avoir des enfants

Quels sont les sujets occultés dans les médias ?

On parle moins, malheureusement, des questions que soulève François Taddéi dans son livre (Apprendre au XXIe siècle) et qui touchent à l’impact des bouleversements considérables et très rapides auxquels la planète – et ceux qui l’habitent – sont confrontés. Cette approche holistique, que François rattache notamment aux Objectifs du développement durable de l’ONU, me semble plus pertinente aujourd’hui.

Polémiquer pendant des semaines, comme l’a fait une partie des acteurs de l’éducation, sur l’usage du mot « prédicat » dans les programmes a quelque chose d’irréel quand on songe à l’ampleur des défis à relever, et à leur urgence.

Quels sont pour vous les principaux changements à opérer ?

Mon métier ne consiste pas à préconiser des changements. Je peux en revanche observer que certains sujets font la Une depuis que je travaille (1990…) ce qui peut laisser supposer que les chantiers restent ouverts. Parmi lesquels le contenu des enseignements (quels savoirs et savoir-faire dans un monde en rapide mutation), la formation initiale et surtout continue des enseignants ; la contribution de l’école à la réduction des inégalités (tout ce qui relève de la politique dite d’éducation prioritaire).

Quel rôle la Tech doit-elle jouer dans cette transformation?

La tech, comme ensemble d’outils, peut permettre d’améliorer ou d’accélérer l’impact de tous les dispositifs pédagogiques, de l’apprentissage par cœur à l’apprentissage par le faire (« learning by doing ») notamment grâce aux FabLab, en passant par l’apprentissage par les pairs (« peer learning ») qui devient potentiellement mondial, ou l’apprentissage par le jeu (« serious game ») bien plus engageant aujourd’hui qu’il ne l’était. La tech est aussi un formidable catalyseur de l’intelligence collective.

Comment former les jeunes aux défis qui les attendent ?

Ces derniers sont technologiques (mutation numérique) mais aussi physiques (le défi environnemental) et philosophiques (toutes les questions éthiques que pose notamment le développement des NBIC et sur lesquelles insiste fortement François).

Pour relever ces défis, il faudra avoir appris des choses, engrangé des connaissances, et avoir appris à apprendre. Ce n’est pas neuf : Montaigne disait déjà préférer les têtes bien faites aux têtes bien pleines ! Aujourd’hui, comme le suggère François Taddei, une tête bien faite ne s’attache pas seulement à répondre à des questions mais à en formuler de nouvelles.

Vous êtes aussi un violoniste de talent, parlez-nous de multi-disciplinarité.

Je vous laisse la responsabilité du « de talent ». Car ce que m’a d’abord appris le violon, ce sont les vertus du travail !

J’ai aussi tiré de mes années d’apprentissage la conviction qu’il n’existe pas un modèle pédagogique qui l’emporte sur les autres mais que le secret d’une éducation complète passe par la variété des mises en situation.

En musique, vous devez répéter, seul, apprendre par coeur, automatiser des gestes ; puis vous allez avancer en cours individuel, comme avec un précepteur, mais aussi en groupe – petit en musique de chambre, important en orchestre – ce qui va vous apprendre l’écoute des autres, la coopération (cf. cette phrase d’un de mes chefs : « Dans un orchestre, nul n’a raison seul contre les autres »). On apprend donc en en faisant. Les matières théoriques, elles, s’enseignent dans des formats comparables à ceux de classes traditionnelles.

Ensuite, il ne viendrait à personne l’idée de séparer plaisir et travail : on fait ses gammes dans l’espoir de jouer Beethoven, pas pour faire ses gammes ; mais on ne peut espérer jouer Beethoven correctement si on n’a pas fait ses gammes…

Enfin, la musique fait entrer deux composantes généralement peu présentes dans le débat sur l’éducation : les sens et le corps. Nous ne sommes pas des êtres uniquement abstraits et cérébraux. Ma conviction est que nous apprenons d’autant mieux que nous sommes sollicités à travers toutes ces dimensions, et dans des formes pédagogiques variées.

 

POUR APPROFONDIR

4 minutes | Relire le discours d’Edgar Morin devant l’UNESCO avec Philippe Bertrand.

Un quart d’heure| Ecouter la prospectiviste Virginie Raisson, une invitation à se saisir des défis du XXIe siècle.

En 2 jours | Suivre la session « Décrypter les enjeux et les logiques émergentes » de l’ENGAGE University.

 

POUR AGIR

2h | Organiser une projection-débat du documentaire « Une idée folle »

3h par mois | Devenir mentor du programme ENGAGE With Refugees

Un week-end | Se transformer au Schumacher College.

Cédric Ringenbach, lobbyiste du climat

Intervenant-éclaireur à l’ENGAGE University, Cédric a dirigé 6 ans le think tank The Shift Project dont la mission est de faire du lobbying d’intérêt général sur les thèmes du climat et de l’énergie. Convaincu qu’il est encore temps d’éviter une augmentation exponentielle du niveau de CO2 dans l’atmosphère, il a développé La fresque du Climat avec l’ambition de sensibiliser un million de personnes au changement climatique à travers le monde.

·      En dirigeant le think tank The Shift Project, tu faisais du lobbying environnemental auprès des élites politiques et économiques. Désormais avec La Fresque du Climat, tu pars à la conquête du grand public. Est-ce à dire qu’après toutes ces années, tu penses que le changement de mentalité ne viendra que d’une mobilisation citoyenne ? 

Il n’y a pas qu’un seul moyen d’action. Il faut actionner tous les leviers en même temps. Le lobbying c’est très difficile mais il faut en faire. Par contre, je ne crois pas que les politiques publiques puissent être en avance de phase sur la prise de conscience collective. Elles sont plutôt le reflet des évolutions de la société, a posteriori. C’est donc important de faire bouger l’opinion publique. Le lobbying permet ensuite de faire rattraper le retard des politiques sur l’opinion publique.

·       Penses-tu que la mobilisation citoyenne puisse avoir un impact aussi efficace que l’action de lobbying auprès des décideurs ?

Je reste très marqué par une phrase de l’interview de départ de Nicolas Hulot : « Où sont mes troupes ? ». Le problème, c’est qu’il n’y a pas de vagues de personnes qui descendent par millions pour la biodiversité, le climat. (Nous étions 10 000 dans les rues de Paris samedi à l’occasion de La marche pour le climat).
Mon ambition justement, c’est de former 1 million de personnes grâce à La Fresque. Il est fondamental de changer rapidement d’échelle. J’ai construit mon projet en me fondant sur une stratégie exponentielle très simple :  je forme des animateurs par dizaines pour qu’ils forment eux-mêmes des dizaines de citoyens, de salariés, d’élèves partout où ils sont, dans les collectivités, les entreprises, les universités.

Aujourd’hui, il y a plus de 200 animateurs et je commence à recruter des formateurs d’animateurs. Dans quelques mois, si tout va bien ils seront des dizaines. Et ainsi de suite.

J’ai aussi pour projet de traduire les cartes de la Fresque dans une dizaine de langues. C’est un outil en perpétuelle évolution, qui se bonifie, s’enrichit. Je suis comme l’éditeur d’un outil en open source. L’outil se diffuse gratuitement, et je gagne ma vie sur la formation et l’expertise technique.    

·       Une critique qu’on entend régulièrement : 30 ans de pessimisme pour alerter sur notre avenir climatique n’ont fait que renforcer l’immobilisme collectif. Crois-tu qu’un discours en particulier soit plus efficace pour inciter les personnes à passer à l’action ? 

Je crois que seul un discours positif peut fonctionner. Il faut incarner la transition que l’on souhaite et donner envie. Dans le même temps, Je suis collapsologue d’une certaine façon : je regarde en face le fait que notre système va s’effondrer dans les prochaines décennies. Mais je ne cherche pas à convaincre les autres de ça. Je sais que ce n’est pas audible chez ceux qui n’ont pas commencé à faire leur premiers pas (voire les suivants) sur le chemin de la transition.

Ma démarche est plus pragmatique : je cherche à accompagner un maximum de personne à faire justement ces premiers pas. D’ailleurs, la Fresque ne sert qu’à ça : le premier pas. Elle ne donne pas les clés pour la suite. Chacun son chemin. Il y a tant à apprendre pour transitionner, je ne peux pas tout livrer sur un plateau en trois heures de temps.

Ce qui fonctionne avec la Fresque, d’après les retours que j’ai eus, c’est que ce sont des données objectives sans jugement de valeur. Tout est fondé sur les rapports du GIEC, c’est assez implacable. Et on ne culpabilise personne. La fresque réussit ce petit miracle de mettre un grande claque dans la figure aux participants, sans être dans le discours militant, moralisateur ou culpabilisant.

·      Quelle approche pédagogique rend la Fresque du Climat si efficiente ? 

En pédagogie, ce qui marche, c’est de remplacer le top down par des techniques plus interactives. Décomplexer les apprenants par des approches ludiques est aussi essentiel pour dépasser les blocages.

La Fresque, je l’ai inventée un peu par hasard. J’avais besoin de dessiner des flèches et des patates pour mettre de l’ordre dans mes pensées. En partageant ces schémas avec mes élèves de l’époque, j’ai réalisé que l’on retenait mieux l’information en se questionnant debout, à plusieurs, autour d’un support concret et de favoriser la créativité dans l’approche pédagogique. Puis le côté artistique c’est imposé quand ils ont spontanément commencé à faire des dessins. Je les ai encouragés et c’est devenu une dimension incontournable de l’atelier.

POUR APPROFONDIR 

En une heure | Voir le documentaire « 2 degrés avant la fin du monde » signé #Datagueule, ou suivre le MOOC d’Avenir Climatique (5 épisodes).

En 3 heures | Participer à « La Fresque du Climat » : atelier ludique, participatif et créatif permettant de comprendre les causes et conséquences des dérèglements climatiques.

En 2 jours| Suivre la session de formation « Repenser la Terre et ses ressources » de l’ENGAGE University.

POUR AGIR

En téléchargeant le Kit Climat réalisé par ENGAGE,  pour se saisir de l’urgence climatique et des pistes d’action qui permettront de changer la donne.

En causant toute une journée pour améliorer ses connaissances sur les enjeux énergie-climat. « Les causeries » d’Avenir Climatique sont ouvertes à tous et gratuites.

En se formant au biomimétisme auprès de l’Institut des Futurs Souhaitables.

En participant à un atelier pour adopter un mode de vie plus durable avec le héros de la chaîne Youtube « Ça Commence par moi« .

En rejoignant le Climate Reality Project porté par la Fondation d’Al Gore.

 

Jean-Gabriel Ganascia : L’intellligence artificielle est partout dans nos vies

Jean-Gabriel Ganascia, professeur d’informatique à l’université Pierre-et-Marie-Curie, est l’un des principaux spécialistes français de l’intelligence artificielle. Ses recherches actuelles portent sur le versant littéraire des humanités numériques, la philosophie computationnelle et l’éthique des technologies de l’information et de la communication. 

Comment définir, de façon simple, l’intelligence artificielle [IA] ?

Jean-Gabriel Ganascia – L’intelligence artificielle consiste à faire exécuter par une machine des opérations que nous faisons avec notre intelligence. De façon encore plus simple, cela veut dire calculer, démontrer des théorèmes, résoudre des problèmes, jouer, traduire, parler, reconnaître une voix, la liste serait longue. La création officielle de l’IA date de 1955, avec le projet d’école d’été de John McCarthy, au cours de laquelle il propose de jeter les fondements d’une nouvelle discipline qui partirait de « la conjecture selon laquelle chaque aspect de l’apprentissage ainsi que n’importe quel trait de l’intelligence pourrait, en principe, être décomposé en modules si élémentaires qu’une machine pourrait les simuler ».

Mais l’IA est le fruit d’une réflexion qui commence bien avant la création des ordinateurs. Elle émane de philosophes comme Leibniz et Hobbes qui affirment que la pensée se réduit à un calcul. Elle devient tangible dès la première moitié du xixe siècle avec Charles Babbage, qui conçoit les plans du premier ordinateur avec sa jeune assistante, l’énigmatique Ada Lovelace, fille du poète Byron, selon laquelle une telle machine ne se limiterait pas à effectuer des calculs mathématiques, mais serait en mesure d’opérer sur des mots ou de la musique. Quelques années plus tard, dans les années 1869, un économiste, William Stanley Jevons, réalise, avec des moyens purement mécaniques, un « piano logique » qui simule des raisonnements en ayant recours à l’algèbre de Boole.

L’idée prend de l’ampleur au xxe siècle, dans les années 1940, avant même la construction des premiers ordinateurs électroniques, au moment de la création de la cybernétique qui étudie, avec des automates, la régulation des systèmes complexes. Cette approche aborde de multiples domaines et dépasse la seule question de la régulation des machines. Elle va notamment influencer la psychologie et l’anthropologie : ainsi, l’école de Palo Alto, fondée par Gregory Bateson, s’appuie beaucoup sur la cybernétique.

Alan Turing va aller plus loin encore. Après avoir posé les fondements de ce qui deviendra l’informatique en 1936, il invente, pendant la guerre, le dispositif permettant de décrypter les messages émis par la machine à coder allemande Enigma. Après cette découverte, Turing se pose la question de savoir ce que penser veut dire, pour une machine. Il imagine alors le test d’intelligence des machines qualifié, depuis, comme étant le « test de Turing » : une machine est dite « intelligente » si elle peut faire illusion en se faisant passer pour un être humain au cours d’un chat, c’est-à-dire d’un échange écrit, par l’intermédiaire de machines.

Après que de grandes espérances, comme celle de la traduction automatique ou du jeu d’échecs, ont été un peu « refroidies », l’IA ne se développe réellement qu’au cours des années 1970, lorsque l’on comprend qu’il ne suffit pas de faire de la logique, mais qu’il faut relier la psychologie, la linguistique et l’informatique. Elle accroît sa popularité ensuite avec l’apparition des « systèmes experts », c’est-à-dire des logiciels visant à simuler le raisonnement dans un champ du savoir restreint, en ayant recours à la connaissance d’hommes de métier pour résoudre des problèmes précis. Ces derniers rencontrent un succès énorme dans les années 1980 avant que l’IA necroise sa course avec le développement du Web.

Aujourd’hui l’IA, c’est quoi ?

L’intelligence artificielle est partout dans nos vies : dans la reconnaissance de la parole, des visages ou des empreintes digitales, dans les apprentissages machines, dans l’hypertexte, les moteurs de recherche, la traduction automatique, les logiciels de recommandation, etc. Tout ce qui est Web comporte de l’IA. Mais il y a aussi de l’IA dans votre téléphone portable, dans la voiture autonome, dans les drones…

Aujourd’hui, quels sont les pays ou les organisations le plus en pointe dans ce domaine ?

Les États-Unis en premier lieu, parce que la discipline s’y est développée beaucoup plus rapidement qu’ailleurs. Pour une simple raison, c’est que les Américains se posent surtout la question du comment, moins du pourquoi, leur côté plus pragmatique les fait avancer plus vite. Au Royaume-Uni aussi, parce qu’ils avaient une tradition logique et informatique forte : n’oublions pas que Charles Babbage, l’inventeur du premier ordinateur, est anglais et qu’il en va de même d’Alan Turing, le précurseur de l’intelligence artificielle.

Au Japon, l’IA s’est développée sous l’impulsion du projet d’ordinateur de cinquième génération, dans lequel les ingénieurs japonais ont souhaité intégrer de l’IA. Ils voulaient concevoir une nouvelle génération de machines intégrant des langages capables d’opérer des déductions logiques. À cette fin, ils ont opté pour le langage Prolog, PROgrammation en LOGique, inventé par un Français, Alain Colmerauer. En France, précisément, malgré de vraies compétences, l’IA a longtemps été méprisée. En Chine, il n’y a rien eu pendant des années, mais les Chinois ont ensuite beaucoup investi en se concentrant notamment sur les questions d’apprentissage machine et sur les applications pour le traitement des masses de données, les mégadonnées.

Connaît-on vraiment les avancées de la recherche dans ces différentes régions ? Des programmes de recherche cachés pourraient-ils exister ?

La recherche a beaucoup changé. Elle avait un côté invisible, caché, restreinte à des cercles d’initiés. Puis des organisations plus étatiques, ont pris le relais, surtout après la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, la recherche est financée au plan international. Les communautés de chercheurs sont interdisciplinaires, multinationales. Les financements sont multipartites, privés et publics. On sait donc ce qui se passe. Il y aura toujours des petits groupes construisant des virus informatiques, mais on ne fait pas d’avancées majeures en restant tout seul dans son coin.

Les risques liés à l’IA relèvent-ils alors du fantasme ?

Il faut, je crois, avant tout faire attention aux applications, à la dépendance qu’elles engendrent dans la vie de tous les jours et aux changements sociaux qu’elles induisent. La délégation de certaines tâches aux machines a nécessairement des effets secondaires. Les systèmes informatiques offrent de nouvelles opportunités, tout en en condamnant d’autres. Ainsi, Uber permet de trouver un taxi à proximité, de suivre le parcours de la voiture avant qu’il arrive, puis après, de le noter… De même, on peut craindre que la nature mutualiste des assurances disparaisse progressivement avec le traitement de grandes masses de données qui permettent d’anticiper le risque avec une très grande précision ; en effet, des acteurs promettant des polices d’assurance beaucoup moins coûteuses feront alors leur apparition sur le marché…

Et le débat récent autour des robots tueurs ?

Les questions autour des « robots tueurs », qui reviennent sans cesse, constituent à mes yeux un faux débat. Le but d’une guerre est avant tout de résoudre un conflit. Or, je ne crois pas que les drones, qui engendrent déjà et engendreront immanquablement des bavures, seront en mesure de les résoudre. Une série d’articles parus aux États-Unis en montrent les limites en décrivant toutes les erreurs et les méprises auxquelles l’emploi de drones militaires a conduit. De même, les robots autonomes qui sélectionneront eux-mêmes leurs cibles et commanderont le tir vont générer trop d’hostilité pour s’imposer. À cela, il faut ajouter que ces armes autonomes requièrent des critères objectivables. Or, comment définir formellement un « ennemi » de façon à construire un algorithme qui l’identifie ? C’est là une question d’autant plus délicate que nous avons de plus en plus affaire à des guerres asymétriques où les combattants ne portent pas d’uniforme.

Plus prosaïquement, pourquoi faire compliqué, s’embêter avec des armes autonomes, alors que l’objectif peut être atteint plus simplement avec un drone commandé à distance ?

Et n’y a-t-il pas un lien entre l’IA et la construction d’un homme augmenté ?

Ce qu’on appelle « homme augmenté » recouvre plusieurs aspects. L’augmentation physique, l’augmentation de la perception, par exemple la capacité de voir l’infrarouge, et puis l’augmentation intellectuelle avec les réalités augmentées qui projettent des informations dans notre champ de vision. L’IA peut prendre part dans chacun de ces registres. En revanche, la question des implants et de leur effet sur notre intelligence en général et sur notre mémoire en particulier reste très spéculative.

Et le risque de l’autonomisation d’un programme ?

Cela dépend de ce qu’on entend par autonomie. Un système déjà programmé va se réadapter en fonction des informations données par ses capteurs. En cela, il y a bien autonomie, puisque le programme ne se comporte pas de façon prévisible, et s’adapte au contexte, mais le danger de dérive reste limité.

Avec l’IA et les systèmes d’apprentissage embarqués, le programme va se modifier en fonction de l’expérience du robot. Du coup, on entre dans l’imprévisible. La machine va en effet être capable de s’améliorer et son efficience peut aller contre nos valeurs. Comment faire pour que cela n’outrepasse jamais des limites morales ou éthiques ? Comment et à quels niveaux placer des barrières ?

C’est de ces interrogations qu’émane la lettre publiée par certains spécialistes de l’IA, cosignée par Stephen Hawking et Elon Musk, en janvier 2015, alertant sur la conception de systèmes autonomes avec des techniques d’apprentissage machine. Le programme de recherche qu’ils préconisent apparaît légitime : il s’agit de s’assurer de la sûreté de fonctionnement de systèmes informatiques qui se programment eux-mêmes, à partir de leur propre expérience. Toutefois, derrière cet appel qui se justifie parfaitement d’un point de vue scientifique, se glissent d’autres craintes : celles de voir une machine nous échapper totalement et agir pour son propre compte. Or, rien, pour l’heure, ne légitime de telles inquiétudes.

Bien sûr, des personnes malveillantes pourront toujours essayer de prendre le contrôle de machines. Mais que des machines prennent leur autonomie au sens moral, avec une volonté propre, reste de la pure spéculation.

Que penser justement de ce scénario dit de la « singularité » : le moment où la machine dépassera l’homme. Des chercheurs comme Ray Kurzweil, qui bénéficient de moyens importants, le présentent comme une réalité scientifique.

C’est un scénario qui n’a justement aucun fondement scientifique. Notons d’abord que ceux qui l’énoncent le font en utilisant des arguments d’autorité : ils se présentent toujours avec leurs titres prestigieux, mais ne s’appuient sur aucun fait tangible. De plus, ils n’autorisent pas le débat. Or la science exige que l’on s’appuie sur des observations tout en acceptant le débat et l’échange.

Pour comprendre qu’il n’y a en réalité aucun fondement scientifique, il est bon de revenir à la fameuse expérience de pensée de John Searle dite de la « Chambre chinoise ». Un homme qui ne connaît pas le chinois est enfermé dans une prison. Il voit par la lucarne des caractères chinois, et on lui fait comprendre que, s’il veut manger, il doit présenter à cette même lucarne des panneaux sur lesquels sont écrits des caractères chinois. S’il réagit à ce qu’il voit en présentant les caractères conformes à ce qui est recommandé dans le catalogue de règles syntaxiques qu’on a mis à sa disposition, il aura à manger. Au bout d’un certain nombre d’années, on peut supposer qu’il devient très performant et que, de l’extérieur, les Chinois ont l’impression qu’il réagit comme un Chinois qui comprend le chinois… Mais, d’après Searle, cela ne signifie pas qu’il comprend effectivement le chinois. Il y a en effet une différence radicale entre la syntaxe, qui est de l’ordre de la manipulation des symboles, par exemple des panneaux sur lesquels sont inscrits des caractères, et la sémantique, qui est de l’ordre de la signification.

Searle distingue ainsi l’IA « faible », celle qui reproduit certaines facultés intellectuelles pour les automatiser, de l’IA « forte », qui fait entrer l’intégralité des phénomènes conscients dans une machine. Jusqu’à présent, les progrès impressionnants enregistrés par l’intelligence artificielle relèvent uniquement de l’IA « faible ». Seule une minorité de la communauté scientifique prétend relever ce défi de l’IA « forte ». Mais il n’y a rien pour mesurer ce type d’ambition.

Pourtant, de grandes organisations privées investissent des sommes considérables sur ce type de programmes… Kurzweil lui-même a été embauché chez Google en 2012 comme directeur de la recherche.

Je crains que ces sociétés aient une confiance absolue dans le pouvoir de la technologie. Google, Facebook sont des empires qui se sont montés à toute vitesse. Ils ont réussi au-delà de ce que quiconque aurait pu imaginer, ont changé le monde en quelques années. Leurs dirigeants ne perçoivent plus de limites. Beaucoup ont le sentiment que tout est possible, que la vie peut se transformer, que même la mort peut être « tuée ». Les technologies leur ont conféré un sentiment de toute-puissance. Ils sont aussi persuadés que la technologie a ses propres lois. L’industrie 2.0 fait en effet appel en permanence aux « retours d’usage ». Ces dirigeants ne décident finalement plus de rien. Certes, ils ont une position importante, mais ne se conçoivent pas comme les capitalistes décideurs de l’époque précédente. Ils essayent des choses dans tous les sens. Ils sont en permanence à l’écoute. Ils ont le sentiment d’une deuxième dimension, d’une autodétermination, d’un déploiement autonome de la technologie, hors de toute maîtrise humaine.

Personnellement, je ne pense pas que la technologie soit autonome en ce sens qu’elle ne se déploie pas d’elle-même. J’ai fait le choix de travailler sur l’IA non pas dans le but qu’elle augmente sa propre « conscience », ce qui, à mon sens, n’a pas grand sens, mais afin qu’elle permette d’accroître la conscience de l’homme : que l’on puisse par exemple, grâce à l’IA, mieux apprécier des textes littéraires, mieux saisir les influences mutuelles, mieux en comprendre la genèse… Cela accroît notre propre intelligence, pas celle de la machine.

Avons-nous envie de vivre en 2030 ?

Par Lucas Delattre, intervenant à l’Engage University

Le monde va-t-il mieux ou court-il à sa perte ? Chacun d’entre nous pressent confusément que les deux hypothèses sont aussi vraies l’une que l’autre. « Now is the greatest time to be alive », écrit Barack Obama dans le magazine Wired (octobre 2016). « This is the most dangerous time for our planet », écrit pour sa part Stephen Hawking dans le Guardian du 1er décembre 2016. Le célèbre astrophysicien britannique envisage sérieusement une prochaine extinction de notre espèce : « je ne pense pas, dit-il, que nous survivrons encore 1 000 ans sans devoir nous échapper de notre fragile planète ».

Que retenir de ces contradictions ? Le bouillonnement créatif qui n’a jamais paru si vibrionnant, l’intelligence individuelle et collective qui se déploie partout et à tous les niveaux, l’économie en réseaux qui multiplie les initiatives et permet à toutes les bonnes idées et à toutes les bonnes volontés de se rencontrer et d’œuvrer ensemble ?

Ou plutôt les nuages de toutes sortes qui s’accumulent à l’horizon ? A commencer par le dépérissement de la planète lié au réchauffement climatique et qui se traduit notamment par un gravissime recul de la biodiversité sur terre et dans les mers. Sans parler de l’actualité internationale en 2016 : regain des nationalismes agressifs un peu partout, montée de la xénophobie, de l’intolérance religieuse meurtrière et des peurs de toutes sortes, perte de vitesse des systèmes coopératifs basés sur le droit.

Comment sortirons-nous de ces contradictions ? Question purement rhétorique quand on sait par exemple que la Chine est en 2016 tout à la fois le premier pollueur de la planète et le premier laboratoire d’énergies vertes. On vivra donc très certainement pour longtemps encore dans de sévères paradoxes…

La mode, illustration de l’essoufflement de notre modèle

Il n’empêche qu’on a le droit d’espérer que la notion de « progrès » n’est pas morte. Prenons l’exemple apparemment anodin de la mode mais qui est un secteur économique de premier plan. Je recommande d’écouter un TedTalk de Rachel Arthur, une journaliste britannique spécialisée dans la mode et la technologie. Cette conférence prononcée en octobre 2016 délivre un message simple : la mode doit effectuer un passage nécessaire « de la frivolité à la soutenabilité » (« from frivolity to sustainabiliy »). 

Voici le constat de base de Rachel Arthur :

– La mode est la seconde industrie la plus polluante sur terre après le pétrole.
– Elle produit 10 % des émissions de carbone sur terre.
– Elle utilise 1/4 des produits chimiques consommés chaque année dans le monde.
– Elle est la seconde activité la plus vorace en eau après l’agriculture (on utilise 20 000 litres d’eau pour une seule paire de jeans et un seul T-shirt).
– Depuis l’an 2000, on produit 60 % de vêtements en plus (100 milliards de produits), dont 3/5 finissent à la décharge dans l’année qui suit.

La mode n’est qu’un exemple parmi beaucoup d’autres de l’essoufflement de notre modèle. Et si l’avenir s’élabore sous nos yeux grâce aux nouvelles technologies, priorité à celles qui peuvent aider à sortir de l’impasse.

Google vient d’annoncer que sa consommation d’énergie, équivalente à celle de la ville de San Francisco chaque année, proviendra à 100 % d’énergies renouvelables à partir de 2017.

On a envie de se dire que oui, naturellement, toute innovation technologique est au service d’une amélioration de la condition humaine. Mais on n’en est pas tout à fait sûr, du moins pas à 100 %. Certes, on progresse dans tous les domaines de la science et de la médecine. De nombreux chercheurs dans le domaine du bio-mimétisme s’inspirent de plus en plus du vivant et cherchent à reproduire à l’identique les matériaux qui s’épuisent (un exemple : le cuir). Dans l’alimentation, on va sans doute parvenir à réduire la surconsommation de viande animale, co-responsable de la dégradation de la planète.

La valeur, aujourd’hui, se concentre dans la maîtrise des réseaux d’information (ou de désinformation) et de communication

Même si la confusion et le chaos dominent le monde tel que nous l’observons chaque jour, on sent bien que le XXIe siècle cherche à inventer de nouveaux modèles de développement humain. Les initiatives telles qu’Engage s’ajoutent à des milliers d’autres pour envisager d’autres façons de progresser et d’adapter l’humanité à un mode d’existence plus équilibré, plus sensé, plus harmonieux.

Mais ce qui ne cesse de me frapper, c’est à quel point l’immense intelligence humaine disponible (et déjà l’intelligence artificielle) concentre son énergie sur des objectifs dérisoires. La valeur, aujourd’hui, se concentre dans la maîtrise des réseaux d’information (ou de désinformation) et de communication. « Dans tous les domaines, nous sortons de cent cinquante ans de société industrielle. La fabrication des biens a été remplacée par la modification, voire par la manipulation des esprits, comme on l’a vu lors de l’élection américaine, avec un Donald Trump porté par une partie des réseaux sociaux » (Alain Touraine dans Le Monde du 2 décembre 2016).

Au cœur de notre économie et de nos sociétés, il y a désormais l’observation sophistiquée des comportements individuels, pour une efficacité toujours plus grande des outils du marketing. Les acteurs du marché sont à la poursuite d’un idéal indépassable qui peut se résumer en quelques mots très simples : « vendre le bon produit à la bonne personne, au bon moment et au bon endroit ». Cela ne me semble malheureusement pas suffisant pour contribuer à l’élévation de l’esprit, à la diffusion de la culture, à une vie vraiment meilleure.

Nous ne sommes plus à l’âge des grandes utopies politiques et personne n’a vraiment envie de croire à des alternatives à l’économie de marché. La liberté, l’entreprise, tout le monde y tient et tout le monde sait que notre développement futur ne peut pas être un modèle « administré ». On sait aussi que le capitalisme, tout compte fait, a permis à des millions de gens de sortir de la pauvreté dans le monde.

Mais l’échafaudage global manque singulièrement d’attrait. On ne peut avoir une « envie de futur » sans y apercevoir, comme nous invite à le faire Barack Obama, plus de qualités humaines, plus de participation, plus d’épanouissement individuel et collectif… N’y a-t-il que des adaptations individuelles au changement ? On est tenté de le penser tant nos vies plus ou moins minuscules sont riches et très souvent belles, mais on est un peu consterné quand même. On ne sait plus trop comment faire pour y arriver, mais on est encore bien loin d’une « société de confiance », même si on a abandonné tout idéal de « lendemains qui chantent ».

Pour aller plus loin :

  • Découvrez le projet Engage with Refugees
  • Jouez à  #Visionary, le quiz online d’Engage pour mieux comprendre le monde et s’engager
  • Jouez à « 2026, et vous le futur, vous le voyez comment ? »

Recoder la République!

Né à la fin des années 1990 avec le mouvement des Zapatistas au Mexique, l’activisme en ligne a trouvé son point d’orgue historique avec les révolutions arabes de 2010-2011. Depuis les hackers tunisiens jusqu’aux jeunes activistes techno égyptiens tels que Asmaa Mahfouz, dont la page Facebook fut le déclencheur de la manifestation anti-régime du 25 janvier sur la place Tahrir, les réseaux numériques ont démontré leur capacité à provoquer l’étincelle qui allume la mèche.

Internet est le messager, pas la cause

Bien sûr, sans mécontentement économique et social profond, il n’y a pas de révolution: Internet est le messager, pas la cause. Mais c’est un vecteur de coordination terriblement puissant car très peu coûteux et extrêmement facile à utiliser. C’est là l’erreur d’un auteur comme Evgeny Morozov qui, dans Net Delusion, écrivait qu’Internet allait renforcer le contrôle des esprits.

Certes, il y a désormais plus d’une soixantaine de pays qui ont des unités de cyber-surveillance, y compris des pays d’Afrique subsaharienne utilisant d’ailleurs parfois des technologies occidentales. Mais la réalité historique des dictatures modernes, de la RDA à la Chine maoïste, a toujours été la capacité à mailler de réseaux d’informateurs très denses les populations sous leur contrôle. La nouveauté, c’est que celles-ci ont désormais également accès à leur propre réseau dense et low-cost de coordination. L’asymétrie se réduit entre le pouvoir central et une multitude qui peut désormais se coordonner en un réseau concurrent. Ironie de l’histoire: le livre de Morozov est sorti précisément quand  les nouveaux révolutionnaires d’Egypte ont obtenu la tête de Moubarak.

Dans le monde industrialisé et démocratique, où les alternances politiques se règlent par le vote, ces réseaux en ligne ont pris naturellement leur place dans le jeu démocratique. Aux Etats-Unis, MoveOn.org, puissant organisateur de l’aile progressiste du Parti Démocrate, a su perfectionner l’art du marketing CRM (« Customer Relationship Management ») en ligne pour animer sa base de 8 millions de membres.

De la démocratie directe et des apps

Grâce à Internet, le mouvement Occupy a pu s’établir – à son extension maximale – dans 950 villes sur plus de 80 pays en à peine quelques années – un exploit impensable avant l’avènement des réseaux sociaux. Au niveau local, l’idée de plateforme de données urbaines qui permettent aux municipalités de mieux échanger avec ses concitoyens – parfois dans les deux sens – fait son chemin tant aux Etats-Unis qu’en Europe. Ces tentatives de démocratie directe au niveau local se doublent de mouvements et d’applications au niveau national. Elles ont pour bénéfice de renouveler l’engagement citoyen. Mais ces initiatives modernes peuvent se heurter aux limitations de la démocratie directe, identifiées initialement par Platon il y a 2500 ans. Ce n’est pas un hasard si la démocratie représentative s’est imposée dans le monde occidental. Dans les sociétés industrielles, la spécialisation du savoir est devenue une nécessité. Comment chaque individu peut-il faire le bon choix pour la collectivité quand on n’a ni le temps ni les outils conceptuels pour bien décider ?

Or, c’est précisément de la résolution de cette question par les moyens numériques et par le code que peut naître une deuxième révolution démocratique, aussi profonde que celle qui a émergé au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et en France à la fin du 18e siècle et a fini par triompher avec la chute du Mur, en 1989.

#CodeImpot en France et « Hack the Budget » en Finlande

Les premiers signaux faibles apparaissent. En France, des éléments du code civil ont été transposés par un développeur sur GitHub, une plateforme internationale d’échange de code, pour mieux comprendre les évolutions des textes. L’initiative du hackathon #CodeImpot dans le cadre d’Etalab a permis de rendre disponible le code source du calculateur des impôts utilisé par la Direction générale des finances publiques – et de tester de nouvelles applications pour mieux comprendre l’impact fiscal au niveau de l’individu ou de la collectivité, et même faire passer de 3 semaines à 23 minutes le temps de calcul d’une simulation fiscale. En Finlande, l’initiative « Hack the Budget » pourrait aller encore plus loin en faisant intervenir designers et économistes afin de modéliser et simuler encore plus précisément les impacts des choix budgétaires nationaux.

Tout reste à construire, mais les prémisses sont là. Vivant dans le code, ces modèles ne sont plus enfermés dans la parole d’un homme ou idolâtrés par le biais d’un livre comme l’ont été les grandes idéologies. Leurs prédictions seront constamment confrontées à la réalité, comme cela l’est déjà dans le nouveau marketing en ligne qui retrouve en fait le modèle de la méthode scientifique expérimentale : aucune vérité ne peut être admise d’autorité, toute hypothèse doit être testée. Lignes de code vivants dans des serveurs, ces modèles seront disponibles aux Etats et aux partis mais aussi aux associations et à chaque citoyen, exactement de la même façon. Mis à disposition sous format ‘Open Source’, ils se déploieront en pleine transparence et traçabilité. Enfin, ils finiront par renverser le modèle de l’action partisane, trop souvent organisé sous le mode top-down de leaders soutenus par des dogmes. Ils seront déployés dans la forme démocratique que représente le réseau universel. C’est ce réseau logiciel qui portera tous les outils conceptuels, en particulier les modèles simulant l’action, qui manquaient au citoyen dans la vision aristocratique de Platon.

Au cœur du réseau, il y aura un nouveau type d’activiste : un activiste-chercheur, agissant dans le cadre d’équipes pluridisciplinaires. Il ne cherchera pas à diffuser un nouveau dogme. Il contribuera à la fabrication d’outils pour la multitude, dans l’obsession du résultat concret et la recherche de la vérité. Si cette transformation va jusqu’au bout, c’est bien notre manière de penser l’engagement citoyen qui sera ‘disrupté’ dans une ou deux générations.

L’économie symbiotique

L’économie symbiotique montre qu’une économie régénératrice est possible. Que nous pouvons inverser la tendance actuelle et restaurer les écosystèmes naturels tout en favorisant les liens sociaux et sans compromettre une rentabilité économique, même si celle-ci ne répond plus aux exigences des marchés financiers. Cela grâce à l’intelligence.

La théorie de l’économie symbiotique a émergée après presqu’une dizaine d’années de recherche et d’observation des nouvelles logiques économiques par Isabelle Delannoy, ingénieur agronome et experte du développement durable. Elle s’est intéressée aux solutions mises en place par des entrepreneurs, des collectivités territoriales, des citoyens, quelques soient les domaines ou les champs d’activité, qui leur apportait à la fois des plus-values économiques tout en restaurant les écosystèmes ou en permettant une diminution structurelle de l’atteinte aux écosystèmes. On y retrouve les applications des concepts de l’économie collaborative, de l’économie circulaire, de l’économie de fonctionnalité, de l’économie sociale et solidaire, les modes de production basés sur l’ingénierie écologique, sur l’agro-écologie, sur les smart grids… Ils couvrent l’ensemble du champ des activités humaines et ils sont apparus dans le monde entier, de façon non concertée, sous tous les climats, dans des contextes ruraux comme urbains, sous toutes les cultures, dans des pays pauvres comme riches, et quel que soit le régime politique.

Le modèle de l’économie symbiotique tente à partir de cette analyse empirique, une théorie intégrative de ces approches et permet de les unifier en une seule logique économique. Six principes se sont dégagés auxquels répondent ensemble ces nouvelles logiques, et qui permettent quand réunis d’instaurer une économie symbiotique et régénératrice.

  1. Inclusion dans les cycles de la planète
  2. Utilisation des services rendus par les écosystèmes
  3. Parcimonie
  4. Collaborations
  5. Relocalisation
  6. Diversification

La force de l’économie symbiotique est d’être une pensée systémique et fractale qui peut se développer tant au niveau macro – un grand territoire ou une grande entreprise – , qu’au niveau micro à partir d’initiatives très locales. Aujourd’hui il s’agit de passer de la théorie à la pratique, car il y a encore peu d’endroits où les six principes sont réunis et où la régénération est en marche. Comment manier ce modèle en pratique ? Quel design pour implémenter l’économie symbiotique ? Par où commencer ? Avec qui ? Quelques questions pour un présent désirable…

Lève-toi, Homo empathicus

L’heure n’est plus à une compréhensive et délicate affliction.

On voudrait croire à une insurrection, positive.
La solution est certainement là, en moi, en chacun de nous, dans l’union, dans la réunion.

Levons-nous.

Lève-toi, sors de moi, de nous, Homo empathicus, et osons nous montrer.

Tu as certainement toujours existé, sans pouvoir te révéler ; toujours écrasé par l’homo economicus.

Il est temps.

Tu existes bel et bien homo empathicus, partout, en chacun de nous, et ton heure est venue.
Mais comment vivre, survivre à découvert, dans cet univers de brutalité? Comment résister?

Combattre l’homo economicus? Malheureusement contraire à ton essence, et tu te combattrais toi-même.
Détruire la maison qui t’a vu naître? Elle t’écraserait, et tu as l’âme d’un bâtisseur.

A vrai dire, je n’en sais rien, mais je ne résiste pas à l’envie de nous donner dix conseils – je n’ose dire commandement :

– Accepte ce que tu es, tu seras plus heureux
– Crois en quelque chose, tu sortiras de toi
– Réfléchis à tes besoins, ils se réduiront
– Confie-toi, tu seras écouté
– Donne, tu te sentiras mieux
– Prête, tu seras remboursé
– Aime, tu seras plus serein
– Ecoute, tu apprendras
– Ose, tu seras copié

– Et surtout, homme nouveau…Sors en bande, tu seras plus fort.

Gare à toi, homo economicus, tremble ou rejoins-nous, les Engagés sont entrés dans Paris…

Démocratisation culturelle : l’innovation au service du public

Une triple ambition sociale, artistique et pédagogique.

Les festivals font le plein, les expositions ne désemplissent pas, l’appétit du public est réel. C’est donc, qu’en cette période de crise, d’interrogations fondamentales sur notre modèle, l’art joue son rôle de soupape et constitue une source de questionnements, dont nous ne pouvons, moins que jamais, nous passer. Si cette nécessité ne se dément pas, l’argent est rare et la sphère culturelle ne peut pas faire abstraction de l’environnement économique. Alors comment l’État, les mécènes privés ou les territoires doivent-ils aujourd’hui arbitrer ? Quels projets doivent-ils soutenir ? Comment s’assurer que chaque euro investi a un impact et permet de toucher tous les publics ?

Il existe un axe qui devrait, dans la situation particulière et difficile que nous connaissons, guider toute décision et tout arbitrage : l’innovation au service des publics. Car la crise actuelle ne semble pas déroger à la règle, elle est une source de réinvention, de « destruction créative ». Partout, les imaginaires s’agitent et de nouvelles solutions sont inventées. La circulation de l’information à une vitesse et une échelle inconnues de nos prédécesseurs fait le reste : les innovations se partagent, s’évaluent, s’adaptent et s’adoptent en temps réel.

Le domaine culturel n’est pas et ne doit pas être en reste. En matière de diffusion, de programmation ou d’éducation, la recherche constante de nouvelles idées et de nouveaux modèles doit être soutenue de façon volontariste. Lorsque des investissements lourds ne semblent plus envisageables, c’est bien l’audace, l’innovation, l’imagination contributive, qui peuvent apporter de nouvelles réponses, à moindre coût.

Les projets se multiplient et proposent, de nouvelles expériences de diffusion et de pédagogie. Les salles de cinéma gonflables, les concerts de palier ou les diffusions d’opéra live dans des salles de cinéma portent la culture au plus près des populations et des nouveaux publics.
Des expériences qui, en explorant de nouvelles voies, inventent aussi de nouveaux modes de financement. Les chantiers et les champs d’expérimentation sont nombreux, divers, protéiformes. Saisissons-les avec appétit.

Favorisons le décloisonnement des expressions pour éveiller l’intérêt de publics qui ne fréquentent jamais ou rarement les lieux culturels. Pour ne parler que des arts vivants, pourquoi ne pas multiplier les spectacles courts, des croisements inattendus, l’intrusion féconde des arts actuels dans le champ d’expression des arts classiques ?

Imaginons un nouvel enseignement dès le plus jeune âge, pour simplement susciter l’envie de pratiquer, d’expérimenter. Les cours de flute à bec demeurent, dans l’imaginaire de notre génération, l’image consacrée de l’enseignement artistique à l’école, souvent limité. Cette approche fait écho à celle des conservatoires, où l’enseignement plus sévère, décourage souvent le plaisir d’une pratique amateur de qualité. L’enthousiasme et le désir de partage ne devraient-ils pas être au cœur même de toute activité créative ?

N’y a-t-il pas de solution intermédiaire, ancrée dans la réalité de la création moderne, de ses instruments et de ses moyens ? Un enseignement véritablement multidisciplinaire à l’école ne préparerait-il pas mieux nos enfants à leur vie future ? L’épanouissement de l’enfant ne passe-t-il pas par la recherche et le développement de ses talents ?

Quelle que soit l’approche retenue, quel que soit le projet, il est essentiel de garder à l’esprit en amont, la nécessaire définition des impacts recherchés et la mesure objective des résultats obtenus. Car c’est en démontrant les impacts que l’on pourra convaincre de l’utilité de ces initiatives, à l’échelle d’un territoire, d’un pays ou d’une région. C’est donc aujourd’hui avec une triple ambition sociale, artistique et pédagogique que nous devons inventer de nouvelles voies et que les arbitrages financiers doivent être faits.

L’initiative du Pompidou Mobile a disparue, à peine née, anéantie par les rivalités politiques et des décisions qui semblent bien éloignées du bien commun. D’autres sont bien vivantes qu’il faut soutenir. Mumo (http://www.musee-mobile.fr) bien évidemment, musée mobile pour les enfants, mais aussi l’Opéra è Mobile (http://operaemobile.com) qui assure des représentations artistiques en plein air. D’autres naîtront. Parions qu’elles seront portées par la société civile, désireuse d’inventer elle-même ses futurs désirables.

Variations autour de l’engagement à l’usage des Engagés

S’engager c’est quoi ?

S’attacher à une cause qui nous tient au corps et interroge notre cœur. C’est une réflexion, une pensée, un mouvement intérieur qui me pousse à agir pour résoudre ce qui m’émeut, m’agite. C’est choisir, prendre parti et le dire. S’inscrire dans une recherche permanente car mon envie de changement sera aussi insatiable que mes questionnements sur la société, sur l’autre et sur moi.

C’est aussi une manière de résoudre l’absurdité d’un système qui ne me convient plus. Une envie profonde d’accompagner le changement de modèle que je souhaite voir advenir.

S’engager, c’est se faire la douce promesse d’entreprendre mes journées en me disant que tout reste à construire, que je veux aller au bout des choses et de mes intuitions.

Selon Sartre, l’engagement est inhérent à chacun, c’est un état de fait, «je ne peux pas ne pas être engagé». Pourtant je crois qu’il faut considérer l’acte de s’engager comme un élan précieux, individuel, lié presque automatiquement à une prise de conscience. Las de constats cafardeux qui pourraient justifier mon inaction, je veux faire non pas pour être mais pour traverser profondément, motiver ma présence au monde et «vivre en existant».

Un engagement précipite dans l’existence comme principe. Exister ça veut dire faire en prenant en compte l’autre qui n’a pas été placé à mes cotés par hasard.

Cet autre qui est une réponse à un engagement à long terme. Car une fois répondu aux sempiternels pourquoi, vient l’inexorable question du comment.

Par une action collective les idées grandissent en arborescence ; on ne défonce pas un mur seul. Il n’est pas rare que par un souci de résistance les causes nous unissent et les constats nous rassemblent. Ce qui est plus compliqué c’est d’appliquer une solution qui conviennent à tous. C’est pourtant comme cela que nous inventerons un modèle plus juste, moins excluant. Il ne faut plus attendre de nos dirigeants qu’ils changent notre quotidien mais bien prendre le pouvoir en faisant. L’engagement est une des portes qu’il faut absolument se permettre d’ouvrir.

S’engager c’est un refus et un partage, c’est un moyen puissant. L’engagement est en nous mais il faut l’activer pour qu’il existe vraiment. Il faut faire pour qu’advienne un changement. C’est un acte fort, politique et bienveillant.

Et toi tu t’engages quand ?

Bonne cause cherche héros. Entreprises, la société vous attend!

Il ne se passe pas un jour sans que l’actualité n’en fournisse de nouveaux exemples : la progression de l’impact des idées de la famille Le Pen sur les mentalités – et dans les urnes – paraît inexorable, celle de la menace terroriste aussi ; l’extrémisme, les replis communautaires et identitaires semblent quotidiennement gagner du terrain dans les esprits.

Dans “La société de la défiance”, tout ce qui fait notre « système » est rejeté, rejet lui-même alimenté par la défiance chaque jour croissante à l’égard des classes politique comme médiatique, traditionnels piliers de la mobilisation collective.

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Ainsi vacille la possibilité-même de valeurs et combats qui nous rassemblent et nous unissent dans un élan commun : comment “engager” les citoyens quand les partis politiques n’inspirent confiance qu’à moins de un Français sur dix (9%), les médias seulement un sur quatre (25% – source : baromètre de la confiance politique du CEVIPOF, vague de janvier 2015) ?

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Quand les piliers traditionnels de la mobilisation s’effondrent, comment recréer confiance et engagement alors qu’il paraît acquis que la restauration (du gaullisme, de « la République » à papa…) n’aura pas lieu ? Là est la question politique contemporaine, là est le défi essentiel du « vivre ensemble » aujourd’hui. La réponse se trouve dans les entreprises qui, loin des clichés longuement véhiculés sur les esprits franchouillards, inspirent une confiance croissante : près de 50% pour les grandes, plus de 80% dans les PME (Source : CEVIPOF encore).

Aux entrepreneurs et à leurs créations de prendre le relais des politiques et médias traditionnels. A elles et eux de s’engager pour engager, pour mobiliser, autour des causes citoyennes qu’elles voudront et pourront porter. A elles et eux de devenir des porteurs d’identité, de fierté, de combat. Les esprits des Français sont prêts, le tapis rouge est déroulé. 

Vous en doutez ? Vous avez besoin de preuves ? Après une rapide analyse des échecs politiques actuels, voici quelques cas inspirants, issus du 8ème chapitre du livre Spin* de l’agence de communication Spintank – ce livre visant à révéler les nouvelles règles de la communication à l’ère digitale : les entreprises peuvent – et doivent – aujourd’hui “Faire cause commune”.

Quelles causes porter ? Sur quels terrains de légitimité s’appuyer ? Esquisse de réponse.

FAIRE CAUSE COMMUNE

« Les filles n’aiment pas les Meccano ? Chiche ! ». C’est ainsi que GoldieBox a lancé les premiers jeux de construction 100% destinés aux filles. Sur YouTube, son film publicitaire dénonce, sur un ton aussi fun que pédagogique, tous les mécanismes qui, à partir de stéréotypes, éloignent les filles des filières scientifiques. L’entreprise s’inscrit ainsi dans un débat croissant sur l’identité de « genre » et l’égalité des sexes, en préemptant l’un des (nombreux) aspects de la question. Résultat : après des millions de vues, l’entreprise récolte plus de 200 000 € (285 000 $) sur Kickstarter et peut se lancer.

Plus encore, GoldieBlow s’est appuyé sur sa nouvelle communauté pour faire pression sur les distributeurs qui refusaient de référencer leurs produits, avec un message militant : «  L’industrie de la vente est composée d’homme blancs, relativement âgés. Ce sont eux les prescripteurs, qui disent ce que les petites filles aiment ou n’aiment pas » explique Lindsey Shepard, sa directrice commerciale, à Wired. La preuve ?  « Le web est ce qui permet à des entreprises comme la nôtre de dépasser les réactions conservatrices ». Depuis, ses produits sont vendus par les plus grands distributeurs américains, et s’exportent.

POURQUOI

Avec la disparition des grands récits, les vecteurs traditionnels de ce qui faisait société, communauté, identité, sont remis en cause. Le collectif s’est éclaté en collectifs, les valeurs – donc ce qui peut mobiliser – sont plurielles.

La demande de sens reste immense, mais les institutions qui le définissaient et le portaient ont perdu de leur légitimité et de leur pouvoir d’attraction. Ce qui ouvre un boulevard aux entreprises. Premiers moteurs de la vie en société (de consommation), elles sont les premiers acteurs du progrès social – ou de sa régression, c’est selon.

Les entreprises doivent utiliser leur pouvoir pour mobiliser autour de combats tangibles, précis, porteurs de sens. Chaque marque est appelée à s’emparer de sujets qui prouveront sa contribution au progrès. Celles qui sauront raconter leur aventure en mobilisant autour de causes collectives créeront de l’adhésion, car elles porteront une identité positive. A condition de mettre de côté les vagues discours pleins de bonnes intentions, ou les nettoyages à grands coup de green ou de social.

COMMENT

Ecoutez votre époque

Pour définir votre juste cause, observez, écoutez. Les sens sont multiples, nombreuses sont les causes potentiellement mobilisatrices. Elles prennent place dans un contexte sociologique, dans une époque, et répondent à des questionnements précis. En répondant à la quête de sens et de causes de votre époque, vous serez prescripteur de tendances sociales. Parce que vous aurez agi comme des accoucheurs d’esprits et de cœurs.

Choisissez vos combats

A l’ère du web, vous devez oublier la quête du plus petit dénominateur commun, qui vous amènerait vers des discours trop généraux et creux. Nous vivons à l’époque des réseaux et des multi-appartenances : adressez-vous à des communautés choisies, en avance, qui portent un combat naissant, précis, et aidez-les à avancer : vous y recruterez vos meilleurs ambassadeurs.

Prenez la tête d’un mouvement

Un ambassadeur est investi d’une mission. Faites de vos parties prenantes les agents du changement que vous voulez incarner. Leur rétribution est morale, elle n’a pas de prix : grâce à vous, leur contribution au progrès peut être connue par tous ceux qui les entourent. Grâce à vous, vos ambassadeurs acquièrent de la reconnaissance – celle de leurs pairs au premier chef, puis potentiellement bien au-delà. Votre leadership sera le leur, et vice-versa.

Persévérez !

Rome ne s’est pas faite en un jour. Votre contribution au progrès doit avoir le temps de se faire connaître, d’être relayée, de faire boule de neige. Elle doit s’appuyer sur des preuves régulières qui renouvellent, renforcent, l’adhésion et la mobilisation. Fixez à votre cause des objectifs à atteindre, sur lesquels vous rendrez des comptes. En persévérant, vous serez perçus comme légitimes, sincères, tenaces, mus par une authentique vision du monde… et du pouvoir de la faire vivre.

INSPIRATIONS

 « Le secret du leadership est simple : faites ce en quoi vous croyez. Dessinez le futur et allez-y. Les gens vous suivront ».

Seth Godin, Tribes: We Need You to Lead Us

Don, contre-don

Depuis 2009, pendant deux mois d’été, des jeunes d’Ile-de-France se retrouvent sur des chantiers bénévoles pour aider des associations à réaliser des travaux divers. Au programme : huile de coude et concours de peinture. Contre le don de quatre heures de leurs temps, chaque participant reçoit un billet pour « le concert de l’année ». Après les travaux, les stars leur offriront mieux qu’un selfie en les remerciant, sur scène, d’avoir accompli un grand geste de solidarité et de générosité. La marque, elle, porte un élan collectif, et se rapproche des jeunes.

Une quenelle qui a bon goût

Janvier 2014. Le scandale de la « quenelle » bat son plein, le spectacle de Dieudonné est interdit par le Conseil d’Etat. La maison Malartre, spécialiste de la gastronomie lyonnaise, flaire l’occasion de se faire connaître du grand public et lance une campagne de publicité opportune. « Enfin une quenelle sans arrière-goût ». L’audace paye, les résultats ne se font pas attendre : avec seulement quelques panneaux, et une forte reprise, le fabriquant a augmenté sa production de 25% en janvier. Où comment assumer le flux, au service d’une vision de société.

L’émoi du faux, le choc des photos 

Daniel Soares, artiste de rue allemand, a parfaitement saisi le scepticisme qui entoure la communication par l’image et les corps parfaits dévoilés à longueur de rue et de métro par les marques de vêtements. Il lui a suffi d’accoler à une publicité H & M l’image de la barre d’outils de Photoshop pour que ses œuvres fassent le tour du monde : son détournement était porteur de sens. Et il parlait à l’immense communauté des graphistes, utilisateurs quotidiens de Photoshop et de ses artifices… qui se sont révélés, grâce au web, de très efficaces relais de sa postérité.

* Les 8 principes du livre Spin de l’agence Spintank

Le Web pour mobiliser : sans cause, t’as plus rien

Le Pen monte, la menace terroriste aussi. L’extrémisme et l’élan réactionnaire sont là, c’est l’ensemble de notre « système » qui est rejeté ; rejet lui-même alimenté par la défiance chaque jour croissante à l’égard des classes politique comme médiatique, traditionnels piliers de la mobilisation collective, autour des combats qui nous rassemblent et nous unissent dans un élan commun.

 Le billet ci-dessous a été initialement écrit* à l’occasion des élections européennes. Il aurait pu être publié à celle des départementales, il pourrait l’être aux prochaines régionales comme aux municipales…

  • Son diagnostic : « la politique » n’engage plus, plus personne ou presque, dans un élan positif ; or « le politique » reste au coeur de nos passions comme de nos besoins… 
  • Son remède  : redorer le blason de la cause. Et engager les entreprises à… s’engager. Résolument. Sur UNE vision du monde, incarnée dans de la substance, portée par de l’identification…et, surtout, validée par des preuves concrètes de son apport au mieux-être ensemble.

Quelles causes porter ?, là est la question. Et avec elle : sur quels terrains d’expertise et de légitimité l’appuyer ?

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Billet d’origine sur le blog Spintank ( dans la lignée de la 8ème “règle de la communication à l’heure digitale” de son livre “Spin”, jadis portée par votre serviteur : “Faire cause commune”) : http://spintank.fr/2014/06/mobilisation-politique-sur-le-web-la-cause-toujours/

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Le web et les réseaux sociaux présentent un potentiel de mobilisation démocratique sans commune mesure. Et pourtant, l’abstention et le rejet du système politique sont là, et bien là – avec ou sans réseaux sociaux. Aucun bouton de partage, aucune stratégie « virale » sur Facebook ou Twitter n’a sauvé les élections européennes. Les promesses du numérique n’engageraient-elles que ceux qui y croient ?

Le risque d’une « onde de choc » abstentionniste et lepéniste était connu, il s’est réalisé. Les efforts n’ont pourtant pas manqué, plus ou moins heureux.

Facebook et Twitter pour réveiller le Vieux continent ?

Quelques jours avant l’élection européenne, espoir : Facebook annonce qu’il installe en Europe son bouton « Je vote ». Ce bouton que 9 millions d’inscrits auraient utilisé lors des présidentielles aux Etats-Unis, incitant plus de 340 000 Américains à se rendre dans les urnes! Un taux de transformation de près de 4% à faire pâlir d’envie nombre de marketeux…

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Sur un Vieux continent miné par la défiance et le désintérêt à l’égard de la chose publique, il y avait de quoi susciter l’enthousiasme des médias en ligne ; d’autant que Twitter s’était lui aussi joint à la danse citoyenne européenne (en poussant lehashtag #jevote, affiché à quelque 19 000 occurrences les 24 et 25 mai).

Le web n’a pas sauvé la démocratie : où sont passés les Désirs d’Avenir ?

Las : le scenario était déjà écrit, ce qui devait arriver arriva.

Pourquoi le numérique ne sauve-t-il pas une démocratie à l’agonie, lui dont nous attendions tous tant ? Pourquoi les promesses de Désirs d’Avenir n’ont-elles jamais été suivies d’effets en France ? Pourquoi le web, qui réussit àmobiliser des hackers pour des actions de revendication politique, ne parvient-t-il même pas à envoyer les citoyens aux urnes ? Pourquoi la force de frappe qu’offre le numérique ne booste-t-elle pas la participation politique ?

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On n’engage personne avec un monstre froid

Aujourd’hui, c’est acquis : « la politique » n’intéresse plus grand monde en tant que telle. Les principes moraux ne font plus recette, les références aux heures-les-plus-sombres-de-l’histoire laissent de marbre, les institutions passent pour des monstres de plus en plus froids. Or on n’engage personne sur du vide – ou ce qui est perçu comme tel.

L’injonction à aller voter ne peut donc compenser l’absence d’intérêt et/ou de compréhension de l’enjeu d’une élection. Aujourd’hui, la légitimité des partis comme des institutions politiques et des médias « traditionnels » est sapée par le désintérêt et la défiance des citoyens : le problème fondamental n’est pas dans la visibilité, le marketing ; il est dans l’offre, le produit – ou service. Seul, le formidable outil qu’est le numérique ne suffit pas : sans contenu, le contenant ne sert à rien ; sans matière à véhiculer, les tuyaux sont creux.

Oui, les logiques d’affichage de soi propres aux réseaux sociaux et à leurs mécanismes de « viralité » sont des leviers de mobilisation massifs. Encore faut-il être en mesure de les actionner. Encore faut-il activer un intérêt de fond, une vision, une émotion. Pour engager, il faut de la matière : un ressort humain, émotionnel, personnel. Un ressort que « la politique » n’a pas, n’a plus, en tant que telle.

Les géants du numérique, nouveaux acteurs politiques ?

Au lancement des Jeux Olympiques de Sotchi, Google s’est engagé sur le fond, avec une page d’accueil gay-friendly qui s’appuyait sur un extrait de la charte olympique, pour afficher ouvertement son opposition à l’homophobie du gouvernement russe. Cet engagement a pu être perçu comme cynique (Google Play n’avait pas montré un grand empressement à supprimer une application homophobe de son store…), mais il n’était pas dépourvu de risques non plus, vu le caractère stratégique du marché russe pour Google. Il possédait une certaine substance.

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Par ce geste en faveur d’une cause précise, substantielle, Google a mobilisé. Opportuniste peut-être, la firme de Mountain View a engagé des centaines de milliers de personnes, voire des millions, qui ont relayé cette bannière sur Facebook, Twitter, Instagram… (et aussi par e-mail, on l’oublie trop souvent !).

Demain, un bouton « Vote Valls » ?

Aussi « slacktiviste » fut-elle, cette mobilisation fut massive. Google a su détourner l’agenda en sa faveur. Au passage, Eric Schmidt – le président de son conseil d’administration – a même été nommé membre du CIO quelques mois plus tard…

Demain, Facebook, Twitter, Google ou Microsoft iront-ils jusqu’à devenir de véritables acteurs politiques, engagés ? Verra-t-on apparaître des boutons « Vote Valls » ? Rien n’est moins sûr : s’ils prennent position, ces experts des ressorts de la diffusion de messages publics – actions politiques par essence – se positionneront sur du contenu, sur des causes ; ou ils se contenteront d’inciter à voter comme on manifeste dans la rue son opposition au Front national : pour faire joli.

La com’ ne sauvera pas « la » politique

Le web est l’agora d’aujourd’hui. La puissance du réseau est formidable, celle du soft power, qui permet d’influencer les décisions en faisant évoluer les mentalités et les cultures, est fascinante. Mais les échecs des formes traditionnelles de communication politique le montrent bien : on n’active pas un réseau sans cause, on ne le mobilise pas un réseau sans s’appuyer sur une communauté d’intérêt.

La différence entre l’exemple de Google et « la politique » qui ne mobilise pas, est là : on « se bouge », sur le web, pour une cause qui nous tient à cœur, personnellement. Une cause qui participe à l’image qu’on veut envoyer de soi-même. Et encore, cela ne suffit pas à faire passer cet « engagement » dans la « vie réelle » – au contraire même…

Aujourd’hui, manifestement, s’afficher bon citoyen ne suffit pas à donner envie aux autres : « la politique » ne donne pas envie d’aller voter et de le faire savoir. On peut même se poser la question : et si Facebook avait lancé un bouton « Je ne vote pas », quelle fortune aurait-il connu au pays de la quenelle… ?

Tiens, au moment même où j’écris ce billet, j’apprends que Facebook a lancé des stickers « fierté ». Qui, eux, portent certaines causes…

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Via @desgonzo

Sans cause t’as plus rien

Le numérique ne sauvera pas la politique en tant qu’outil de com’, il renouvellera le politique par le biais des causes, personnelles et/ou communautaires, qu’il permet de porter. Et par le pouvoir qu’il donne à chacun d’entre nous, comme le font Avaaz, Change.org ou Powerfoule avec leurs pétitions.

Demain, les référendums seront-ils lancés via Change.org ? Les partis politiques, think-tanks, syndicats et autres porteront-ils leurs idées par des pétitions en ligne ? Tous ces acteurs « traditionnels » seront-ils balayés par la puissance de l’empowerment porté par le mouvement “Ma Voix” lancé par Quitterie de Villepin ? Les corporations vont-elles renaître en tant que telles dans le nouveau champ politique qui se dessine ? Les entreprises vont-elles prendre en politique (dans son sens noble : la chose publique) la place prépondérante qu’elles ont prise dans l’économie ?

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Et vous, quelle pétition avez-vous envie de lancer ? Quelle action de transformation voulez-vous engager ou aider ? C’est le moment, la République n’attend que vous !

L’engagement à l’âge de la révolution digitale (1/2)

Comment contribuer à « changer » les choses ? Par où commencer ?

Les modèles « classiques » de l’engagement reflètent une organisation pyramidale propre aux vieilles sociétés industrielles. Qu’il s’agisse des partis politiques ou du travail admirable de nombreuses associations caritatives, le plus souvent le haut de la pyramide réfléchit et la base s’active. C’est un socle nécessaire pour l’action collective. Mais que faire lorsque l’on veut donner plus que son argent, ou son vote ? Que l’on veut participer aussi en exprimant son talent, sa réflexion analytique ou ses idées créatrices? Que l’on veut aussi savoir si ce que l’on fait permet effectivement de changer les choses ?

La révolution digitale ouvre de nouvelles pistes pour répondre à ces questions.

Les modes d’organisation issues de l’innovation numériques créent de nouveaux modèles d’intelligence et d’action collective. Ils permettent à chacun de pouvoir participer, de s’engager tout en établissant un rapport égalitaire avec les créateurs de l’organisation. La gestion du travail est bouleversée : c’est le modèle de l’organisation  « aplatie » de l’Open Source, théorisée par Yochai Benkler du Berkman Center for Internet & Society à l’université de Harvard. C’est le modèle de développement de Linux ou de Wikipédia. A la différence des firmes traditionnelles ou des mécanismes classiques de marché, ces modes types « open source » possèdent des avantages spécifique.

Chacun apporte son travail selon son talent et sa disponibilité, ce qui donne accès à une diversité plus forte d’intelligences et de ressources. Chaque contributeur n’intervient que pour des activités qui soit le motivent réellement, soit correspondent à son domaine de compétence : le recrutement se fait par auto-régulation, réduisant les couts de sélection. Il pourra en aller de même dans l’engagement social, ou chacun apporte son talent et ses compétences propres dans le cadre d’initiatives qui partagent avec les entreprises privées, en particulier les start-up, des besoins souvent similaires – recherche de mentors, questions sur la pertinence du positionnement, les moyens de convaincre des donateurs ou des investisseurs, le cadre juridique, la difficulté à trouver des équipes etc…

Le contributeur n’intervient que lorsqu’il est disponible pour le projet collectif. D’un point de vue économique, il s’agit de la mise à disposition d’une « capacité » de travail qui serait par ailleurs non utilisée – par exemple pour Linux, du temps libre d’ingénieur informaticien, après accomplissement de son travail salarié. La « rémunération » par le projet collectif du contributeur ne se fait pas via une contrepartie matérielle ou monétaire, mais dans un aspect plus intangible : parfois la possibilité de se bâtir une réputation d’agent efficace dans le cadre d’un réseau estimé de contributeurs ; le plus souvent, aider un projet collectif qui tient à cœur le contributeur. La rémunération est altruiste. Ce point est fondamental : il permet l’intervention d’un nombre important des contributeurs, chacun apportant un quantum d’effort correspondant à son temps de « capacité de travail » sinon non utilisé. Ce nombre finit par pallier l’absence d’employés à temps plein. Linux, dans les OS, ou Wikipédia, dans les encyclopédies sont des projets qui n’ont rien à envier aujourd’hui à leurs compétiteurs privés.

Le cout de l’organisation est réduit à l’essentiel grâce à une coordination des actions réglée par le logiciel mis en ligne. Il définit le quantum d’effort (telle fonction à coder, tel article à écrire) correspondant à la capacité de travail mis à disposition par le contributeur. C’est par une plateforme en ligne que peut se gérer l’apport du nombre associé à la spécialisation des tâches. L’organisation des initiatives sociétales pourraient grandement profiter de ce qui fait la force ici d’un Wikipédia ou d’un Linux, ailleurs d’un Quirky ou d’un Kickstarter. Ce dernier point permet de plus de réduire les frictions humaines ou les jeux de pouvoir dans l’organisation du projet. Le logiciel force à écrire les algorithmes, c’est-à-dire définir en amont les règles de décision. L’arbitraire subjectif de tel ou tel dirigeant, avec le risque d’une vue partiale, cède donc le pas à l’objectivité de la règle établie.

Voilà comment la révolution digitale peut transformer l’engagement social. Derrière la technique se cache en fait une révolution de l’organisation de l’intelligence collective, déjà en cours.

Mais il n’y a pas que les modes d’organisations qui sont en train de se bouleverser. Notre culture elle-même est en train de changer.  Là encore, une nouvelle révolution est à venir pour la société, et donc pour l’engagement social.

C’est ce que nous découvrirons dans un prochain post.