La truite et le champignon

Je discutais de pêche à un dîner, dernièrement. Passés les habituels sourires étonnés, aucun n’associait à cette pratique ce qu’il signifie du rapport intime aux éléments, au vivant, ou simplement à la rivière. Je proposais plus récemment encore d’aller cueillir des champignons, et tous s’inquiétaient d’abord d’une possible intoxication. Là encore, de trop vagues réminiscences de l’odeur du sous-bois ou de l’humus.

Anecdotique, me direz-vous. Pas forcément.

Un article du Monde citait une étude du Manhattan College selon laquelle seuls 26% des enfants jouent chaque jour en plein air, contre 71% pour la génération de leurs parents. Un autre évoquait l’incapacité d’une majorité de bambins à différencier un poireau d’une courgette.

Et si les problèmes que nous rencontrons aujourd’hui émanaient de ce rapport fondamentalement distendu entre nous et notre écosystème ? N’est-il pas illusoire de demander à nos concitoyens de protéger la biodiversité lorsque nous n’entretenons plus avec la nature de rapport sensible ?

Si l’intervention de Nicolas Hulot s’est révélée particulièrement émouvante pour nombre d’entre nous, c’est qu’elle parlait de la tristesse de voir ce rapport se déliter. Elle alertait aussi plus largement sur la nécessité de redessiner un lien sensible à soi, aux autres et à notre environnement.

Comme le montre le photographe George Steinmetz dans son reportage sur la malbouffe vue du ciel, c’est bien cette distance par rapport au réel, au terrestre, comme le dirait Bruno Latour, qui explique l’impasse dans laquelle nous sommes. Fermes de 10.000 génisses qui ne verront jamais la lumière du jour aux Etats-Unis ; usine produisant 32 millions de porcs par an en Chine. Certains répondront qu’il faudra bien nourrir 10 voire 11 milliards de terriens dans 30 ans. Comme cela, nous n’y arriverons pas.

Harvesting organically grown green oak leaf lettuce for Earthbound Farms near Hollister CA.

Acceptons tout d’abord d’inverser l’ordre de nos priorités et de penser que nous, humains, ne sommes pas tout-puissants mais au coeur d’un écosystème dont nous dépendons. Prenons chacune de nos décisions à l’aune de ses externalités sur le vivant, replaçons le bien commun au coeur de nos préoccupations, en amont de chacun de nos choix.

Je propose déjà, pour commencer, de rendre la cueillette des champignons obligatoires pour nos bambins. Et vous ? Une proposition ? Je suis certain que votre imaginaire est déjà en marche…

Pour aller plus loin :
– Retrouver le travail du photographe Goerge Steinmetz ici
– Connaître le projet Fermes d’avenir initié par Maxime de Rostolan
– Lire Le dernier livre de Bruno Latour : Où Atterrir
– Consulter le blog d’Alain Grandjean : Chroniques de l’anthropocène

Tech For Good… or die

Les technologies digitales sont à un tournant. Parce que prises dans leur ensemble, elles constituent un nouveau système d’information, aujourd’hui totalement dominant – elles sont capables de changer notre perception du monde et donc notre manière d’agir sur celui-ci. Sans prise de conscience de leur impact profond sur nos biens communs, laissé au jeu de tel ou tel « cavalier solitaire », alors c’est l’équilibre de nations toutes entières qui peut basculer. La campagne électorale américaine de 2016 et l’influence des fake news et de la manipulation de cette émotion particulière qu’est la peur, amplifiée par les réseaux sociaux, en est un exemple édifiant.

Mais il y a dans la constitution même de ces nouvelles technologies un contre-poison qui doit permettre de stopper les influences pernicieuses d’acteurs, soit à la rationalité économique limitée, soit animés d’une volonté de subversion politique et d’affaiblissement de nos nations.

Ce contre-poison, il est dans la logique digitale elle-même. Celle-ci trouve la valeur dans l’information la plus pertinente qui permet la meilleure décision. Elle se fabrique dans la mesure des phénomènes – qui est le sens  véritable de ce mot de data, big ou smart, qui ne se révèle que dans la transparence la plus grande. Elle se cherche dans l’exercice de l’expérimentation d’hypothèses commerciales, ce que l’on appelle dans les écosystèmes le « learn startup » – mais qui n’est pas autre chose qu’une réactualisation de la méthode scientifique expérimentale. Elle ne se vit que dans le schéma d’un réseau, tissé d’interdépendances, de respect pour chaque unité – même s’il ne crée qu’un lien faible ; et dans une logique toujours plus grande d’un « petit monde » où chacun n’est jamais qu’à deux ou trois jets de pierre de l’autre, quel qu’il soit. Cette société à la recherche permanente de la vérité est peut-être ce qui nous attend au bout de notre transformation digitale, nouvelle incarnation possible de l’Open Society de Karl Popper.

C’est ce chemin vers cette nouvelle société, et ses modes d’actions, que nous essayons d’emprunter dans la formation Innover vers une technologie humaniste.

Pour aller plus loin :
• sur l’innovation technologique : le site internetactu
• sur philosophie et numérique : le podcast Penser le numérique
• sur l’humanisme numérique : le podcast Pour un humanisme numérique
• sur le RGPD : la vidéo Comprendre le RGPD en 5 questions
• sur la cybersécurité : le TEDX de Guy-Philippe Goldstein

ETHIQUE : tentons le vrai

Un chasseur de tête me racontait son entretien avec le directeur marketing d’un groupe international de produits de grande consommation. Non, ses enfants ne mangeraient jamais les produits qu’il vend. Non, il ne démissionnerait pas, malgré ses doutes, malgré ses griefs, car ses frais sont importants et son salaire ronflant.

Il ne s’agit pas de juger ni de dénoncer, mais de comprendre comment casser ce schéma qui creuse la séparation entre l’Homme et sa fonction, entre le père et le salarié. Dans les entreprises évidemment, en politique certainement, dans notre vie personnelle.

Platon écrit que pour rendre les organisations éthiques, il ne faut pas inculquer des normes sociales, mais aider les personnes à découvrir par elles-mêmes la réalité du bien, du beau et du vrai.

Il ne s’agit pas d’établir des normes donc, mais de s’appuyer sur les personnes. Et c’est ici que l’éthique peut nous aider, même si le mot peut déstabiliser lorsqu’il se teinte de moralisme ou nous décourager lorsqu’il revient ab nauseam dans des discours sans effet.

L’éthique comme seule capable de reconstruire en profondeur ce qui a été détruit : le lien*, la cohérence.

Chacun d’entre nous est alternativement une citoyenne, un salarié, une mère, un consommateur, une électrice. Pourtant ces séquences de nos vies ne font plus que rarement système et déchirent notre être pour lui enlever son unité fondamentale. Il s’agit de replacer l’éthique comme fil et comme projet de vie pour redonner à la vie justement sa cohérence.

De quelle éthique parle-t-on ?

De l’éthique politique tout d’abord,LEP de l’éthique de nos politiques, incapables souvent de dépasser leurs intérêts et de changer les principes de gouvernance, seuls préalables réels à une réorientation des décisions vers le bien commun. Revoir cette tirade sublime de Jean Gabin dans le film de Jacques Audiard Le Président vaut plus que bien des discours.

Visionner la scène de l’assemblée nationale.

 

De l’éthique des entreprises et de leurs dirigeants ensuite, qui chantent parfois haut leurs valeurs personnelles alors que les structures qu’ils dirigent n’évoluent pas : quête de croissance, pression des actionnaires, emprisonnement dans un système qui ne veut pas lâcher. Les paramètres sont multiples qui bloquent encore et encore toute réforme réelle.

De l’éthique personnelle surtout, car derrière les dirigeantes, les décideurs, les salariées en position de changer les choses, il y a des femmes et des hommes en manque voire en quête de cohérence. La norme revient aujourd’hui à accepter des distorsions parfois abyssales entre nos propres valeurs et ce que notre fonction nous impose.

De l’éthique personnelle encore car chacun ressent bien les distorsions entre certains de ses comportements ou de ses choix de consommateur et ses convictions intimes. Par manque de temps, de moyens, de connaissance certainement.

C’est bien au niveau des personnes qu’il faut premièrement faire levier.

En utilisant tous les outils dont nous disposons aujourd’hui pour accompagner ceux qui le souhaitent ou faire pression sur les plus résistants. Car quelques soient ses responsabilités, chaque personne peut avoir un impact.

De nombreuses organisations y travaillent. Elles ont pour beaucoup dépassé l’affrontement stérile pour favoriser un accompagnement constructif ou une dénonciation efficiente.

Certaines, comme l’Art de Vivre, promeuvent la méditation de pleine conscience pour faciliter, dans les entreprises, la réconciliation des collaborateurs, avec eux-mêmes et avec leurs pairs. D’autres comme Ethique sur l’étiquette condamnent les agissements des grandes sociétés textiles et les incitent à changer leurs modes de fonctionnement. Foodwatch, né en Allemagne et présent en France depuis deux ans, dénonce les produits alimentaires dangereux pour la santé. E-boycott, fraîchement lancé, appelle à des campagnes de boycott sur le web et invite les entreprises à répondre aux questions des signataires.

Se réconcilier donc, individuellement, pour ensuite retisser collectivement une société du lien, reconstruire une économie plus sage et plus humaine. C’est de cette nécessité que nous parlerons et sur ces solutions que nous travaillerons lors des prochains Engage Days, Ethique : tenter le vrai, du 6 au 9 octobre, en compagnie de ceux qui construisent cette transition.

jem 

Pour suivre et aider les organisations citées :

Art of living                                       Je m’engage

Foodwatch                                        Je m’engage

Ethique sur l’étiquette                    Je m’engage

E-Boycott                                          Je m’engage

Transparency International          Je me renseigne

Conseil de lecture : Impliquons-nous, dialogue manifeste entre Edgar Morin, le philosophe artiste et Michelangelo Pistoleto, l’artiste philosophe ; discussion passionnante sur la nécessité de s’impliquer pour rebâtir une nouvelle société, dialogue sensible entre éthique et esthétique.

Conseil cinématograhique : Le Président, est un film français réalisé par Henri Verneuil, sorti en 1961, adapté du roman éponyme de Georges Simenon, et dialogué par Michel Audiard.

*Charles Eisenstein, éditorialiste américain, donne un exemple certes anecdotique mais parlant dans un livre publié en 2011, the sacred economy, très justement traduit par ‘l’économie du lien’ en allemand : Au Guatémala, un père conduisant son fils chez le docteur ne dira pas mon fils est malade mais ma famille est malade ; ce n’est pas un fleuve qu’il s’agira de dépolluer, mais l’environnement tout entier.

Recoder la République!

Né à la fin des années 1990 avec le mouvement des Zapatistas au Mexique, l’activisme en ligne a trouvé son point d’orgue historique avec les révolutions arabes de 2010-2011. Depuis les hackers tunisiens jusqu’aux jeunes activistes techno égyptiens tels que Asmaa Mahfouz, dont la page Facebook fut le déclencheur de la manifestation anti-régime du 25 janvier sur la place Tahrir, les réseaux numériques ont démontré leur capacité à provoquer l’étincelle qui allume la mèche.

Internet est le messager, pas la cause

Bien sûr, sans mécontentement économique et social profond, il n’y a pas de révolution: Internet est le messager, pas la cause. Mais c’est un vecteur de coordination terriblement puissant car très peu coûteux et extrêmement facile à utiliser. C’est là l’erreur d’un auteur comme Evgeny Morozov qui, dans Net Delusion, écrivait qu’Internet allait renforcer le contrôle des esprits.

Certes, il y a désormais plus d’une soixantaine de pays qui ont des unités de cyber-surveillance, y compris des pays d’Afrique subsaharienne utilisant d’ailleurs parfois des technologies occidentales. Mais la réalité historique des dictatures modernes, de la RDA à la Chine maoïste, a toujours été la capacité à mailler de réseaux d’informateurs très denses les populations sous leur contrôle. La nouveauté, c’est que celles-ci ont désormais également accès à leur propre réseau dense et low-cost de coordination. L’asymétrie se réduit entre le pouvoir central et une multitude qui peut désormais se coordonner en un réseau concurrent. Ironie de l’histoire: le livre de Morozov est sorti précisément quand  les nouveaux révolutionnaires d’Egypte ont obtenu la tête de Moubarak.

Dans le monde industrialisé et démocratique, où les alternances politiques se règlent par le vote, ces réseaux en ligne ont pris naturellement leur place dans le jeu démocratique. Aux Etats-Unis, MoveOn.org, puissant organisateur de l’aile progressiste du Parti Démocrate, a su perfectionner l’art du marketing CRM (« Customer Relationship Management ») en ligne pour animer sa base de 8 millions de membres.

De la démocratie directe et des apps

Grâce à Internet, le mouvement Occupy a pu s’établir – à son extension maximale – dans 950 villes sur plus de 80 pays en à peine quelques années – un exploit impensable avant l’avènement des réseaux sociaux. Au niveau local, l’idée de plateforme de données urbaines qui permettent aux municipalités de mieux échanger avec ses concitoyens – parfois dans les deux sens – fait son chemin tant aux Etats-Unis qu’en Europe. Ces tentatives de démocratie directe au niveau local se doublent de mouvements et d’applications au niveau national. Elles ont pour bénéfice de renouveler l’engagement citoyen. Mais ces initiatives modernes peuvent se heurter aux limitations de la démocratie directe, identifiées initialement par Platon il y a 2500 ans. Ce n’est pas un hasard si la démocratie représentative s’est imposée dans le monde occidental. Dans les sociétés industrielles, la spécialisation du savoir est devenue une nécessité. Comment chaque individu peut-il faire le bon choix pour la collectivité quand on n’a ni le temps ni les outils conceptuels pour bien décider ?

Or, c’est précisément de la résolution de cette question par les moyens numériques et par le code que peut naître une deuxième révolution démocratique, aussi profonde que celle qui a émergé au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et en France à la fin du 18e siècle et a fini par triompher avec la chute du Mur, en 1989.

#CodeImpot en France et « Hack the Budget » en Finlande

Les premiers signaux faibles apparaissent. En France, des éléments du code civil ont été transposés par un développeur sur GitHub, une plateforme internationale d’échange de code, pour mieux comprendre les évolutions des textes. L’initiative du hackathon #CodeImpot dans le cadre d’Etalab a permis de rendre disponible le code source du calculateur des impôts utilisé par la Direction générale des finances publiques – et de tester de nouvelles applications pour mieux comprendre l’impact fiscal au niveau de l’individu ou de la collectivité, et même faire passer de 3 semaines à 23 minutes le temps de calcul d’une simulation fiscale. En Finlande, l’initiative « Hack the Budget » pourrait aller encore plus loin en faisant intervenir designers et économistes afin de modéliser et simuler encore plus précisément les impacts des choix budgétaires nationaux.

Tout reste à construire, mais les prémisses sont là. Vivant dans le code, ces modèles ne sont plus enfermés dans la parole d’un homme ou idolâtrés par le biais d’un livre comme l’ont été les grandes idéologies. Leurs prédictions seront constamment confrontées à la réalité, comme cela l’est déjà dans le nouveau marketing en ligne qui retrouve en fait le modèle de la méthode scientifique expérimentale : aucune vérité ne peut être admise d’autorité, toute hypothèse doit être testée. Lignes de code vivants dans des serveurs, ces modèles seront disponibles aux Etats et aux partis mais aussi aux associations et à chaque citoyen, exactement de la même façon. Mis à disposition sous format ‘Open Source’, ils se déploieront en pleine transparence et traçabilité. Enfin, ils finiront par renverser le modèle de l’action partisane, trop souvent organisé sous le mode top-down de leaders soutenus par des dogmes. Ils seront déployés dans la forme démocratique que représente le réseau universel. C’est ce réseau logiciel qui portera tous les outils conceptuels, en particulier les modèles simulant l’action, qui manquaient au citoyen dans la vision aristocratique de Platon.

Au cœur du réseau, il y aura un nouveau type d’activiste : un activiste-chercheur, agissant dans le cadre d’équipes pluridisciplinaires. Il ne cherchera pas à diffuser un nouveau dogme. Il contribuera à la fabrication d’outils pour la multitude, dans l’obsession du résultat concret et la recherche de la vérité. Si cette transformation va jusqu’au bout, c’est bien notre manière de penser l’engagement citoyen qui sera ‘disrupté’ dans une ou deux générations.

Faisons valser le siècle!

La situation est préoccupante, bien sûr, qui le nierait ? Nous avons une chance cependant, celle de vivre au cœur d’un moment de réinvention. L’Engage University a été créée pour donner à chacun l’opportunité et les capacités d’imaginer et de construire ce monde qui vient. Par Jérôme Cohen, fondateur, Engage – Engage University.

« Il est nécessaire d’envisager une transformation d’envergure planétaire qui exige des changements profonds dans notre façon d’agir et de penser ».

Dans un court dialogue, publié chez Actes Sud, Edgar Morin, philosophe de la métamorphose, et Michelangelo Pistoletto, artiste italien précurseur de l’Arte Povera, qui dénonçait, dès l’après-guerre, l’opulence de la société industrielle, appellent à l’engagement.

« Impliquons-nous », le titre synthétise le propos : pour ces deux intellectuels, il est grand temps de dépasser l’indignation pour agir. Ce dialogue, d’autant plus passionnant que ces deux penseurs font œuvre de beaucoup de pédagogie, souligne les vertus de l’interdisciplinarité : un changement d’envergure n’arrivera que si les disciplines se rencontrent, se nourrissent et nous permettent de dépasser des réponses techniciennes.

A l’heure où les défis que nous rencontrons mêlent les questions économiques, environnementales, technologiques, culturelles, politiques, les réponses se doivent
d’être inclusives, décloisonnées, en un mot multidisciplinaires. La réinvention de notre système nécessite de mutualiser les savoirs, de rapprocher les expertises et de favoriser la rencontre des compétences.

L’enjeu est de taille : repenser notre modèle de société. Il requiert l’écriture d’un nouveau récit, capable d’inspirer une prise de conscience individuelle et collective, pour déclencher un changement généralisé des pratiques.

S’impliquer et agir, mais collectivement

Redonner du sens, redonner un sens et l’envie à chacun d’entre nous de contribuer, en exprimant ses compétences, ses talents et ses convictions.

Pas seul, surtout, ce serait inefficace. Non, l’heure est à l’union ! Nous avons aujourd’hui les outils pour nous unir, pour agir collectivement, faire savoir, faire pression. Nous ne serons en mesure de provoquer le changement que si nous inventons les espaces pour nous « empuissanter ». La métamorphose de notre système viendra de chacun d’entre nous, elle ne viendra pas d’en haut.

S’appuyer sur les personnes donc, pour accélérer le changement, mais aussi inclure les organisations, les entreprises, publiques ou privées, petites ou grandes. Il faut les inviter à entrer dans cette danse, car elles ont un rôle majeur à jouer. Les encourager à se replacer au cœur de la cité, tout d’abord, en étant conscientes de leurs responsabilités sociétales. Les inciter à changer leurs pratiques managériales ensuite, pour permettre à leurs collaborateurs de retrouver du sens et une réelle motivation. C’est à travers et avec les femmes et les hommes qui la composent que les organisations évolueront vers le mieux. Encore faut-il réussir à définir un objectif qui rassemble les collaborateurs, l’organisation et la société dans son ensemble.

Relier les technologies et le bien commun

C’est pour donner à chacun l’opportunité et les capacités d’imaginer et de construire ce monde qui vient que nous ouvrons l’Engage University. Nous voulons permettre à chacun, d’où qu’il vienne, quel que soit son parcours et ses responsabilités – décideur d’entreprise, indépendant, entrepreneur, membre d’administration, artiste, enseignant, de s’impliquer et d’agir.

Nous voulons permettre à tous de mieux comprendre les logiques émergentes, d’acquérir les outils qui, en nous reliant aux autres, accroissent notre impact, et enfin donner des pistes pour un meilleur accomplissement de soi.

Seule une approche croisée est aujourd’hui à même de nous apporter une vision et des réponses à la hauteur des enjeux : apprendre à décrypter les mondes en mouvement ; comprendre la nécessité de relier les technologies et le bien commun ; mesurer l’ampleur des solutions que le dérèglement climatique nécessite ; analyser les nouvelles gouvernances individuelles et collectives ; comprendre pourquoi les organisations ont tout intérêt à tenter le vrai.

La chance de vivre au cœur d’un moment de réinvention

Encore ne suffit-il pas de comprendre bien sûr, mais de faire. Les sessions proposeront des temps d’apprentissage mais aussi des ateliers participatifs, des rencontres avec des acteurs inspirants, des moments de création et des plages d’expérimentation de nouvelles pratiques. Elles permettront aussi aux participants de travailler sur leurs propres projets, en s’appuyant sur des outils d’intelligence collective et en bénéficiant du savoir de promotions interdisciplinaires et de l’aide de la communauté Engage. Faire dialoguer l’innovation, la géopolitique, la danse, une fresque du climat, la technologie, des rites de passage, l’intelligence collective, le marketing éthique…

La situation est préoccupante, bien sûr, qui le nierait ? Nous avons une chance cependant, celle de vivre au cœur d’un moment de réinvention. Toutes les époques n’ont pas eu cette opportunité. Se développer, s’allier à l’autre et construire collectivement des présents désirables. Des mots, répondront les Cassandre, mais qu’il s’agit désormais d’incarner dans des pratiques et des actions. Faisons valser le siècle qui vient.

Faisons notre coming out humaniste

Nous sommes nombreux à désirer l’optimisme. Nous ne sommes pas naïfs mais volontaristes. Nous avons fait le deuil de l’indignation, nous désirons être des acteurs du changement, créer et participer au monde qui vient.

Encore faut-il passer du désir à l’action. Comment se rassembler, faire masse pour que ce changement attendu se réalise enfin ?

« Une seule solution : l’uberisation », scandent en cœur les apôtres de la révolution digitale. Hacker la démocratie, uberiser la présidentielle : le numérique – sa transparence, ses plateformes et ses capacités de connexion de tous avec tous – présente en effet bien des promesses. De l’éducation à la santé, l’innovation est une nécessité et, bien utilisées, les technologies sont un levier essentiel du progrès.

Les sirènes de silicium

Mais ne nous laissons pas hypnotiser par les sirènes de silicium de l’accélération technologique. En voulant résoudre nos problèmes, bien des chantres de la technologie libératrice ne font que renforcer un système dont nous ne voulons plus, camouflés derrière leurs bonnes intentions et leur soi-disant « économie collaborative ». Pire, leur nouveau paradigme renforce les inégalités, un anthropomorphisme passéiste et le mythe de l’homme tout puissant.

Cette innovation là reproduit et renforce nos travers. Les nouvelles technologies contribueront au changement : à condition de replacer l’humain au centre. Que faire alors et comment le faire ? Car c’est là tout l’enjeu, faire. Comment faire pour continuer à avancer en réconciliant progrès et bien commun ? Comment faire pour que ce désir de changement systémique aboutisse et ne tourne pas en frustration ?

« Ne t’attaque pas au système, démode-le »

« Ne t’attaque pas au système, démode-le », l’injonction récente de Bernard Werber fait mouche. Même si la tentation insurrectionnelle et l’envie légitime de renversement nous titillent, programmons simplement son obsolescence. Cheminons sur la voie d’une nouvelle aventure collective. Avançons en tâtonnant, par itérations, avec agilité.

Nous avons la connaissance à portée de main, nous avons les outils pour nous rassembler et agir. Nous sommes de plus en plus nombreux à en avoir l’envie et l’espoir. Nous avons grandi dans un système aujourd’hui dépassé, nous devons avoir le courage d’en changer, collectivement. Le courage de nous mettre en danger, de remettre en question notre confort de pensée et probablement notre confort matériel. Au fond, n’avons nous pas envie de nous aventurer loin d’un système vacillant, d’embrasser l’inconnu quand le connu est souvent synonyme de destruction, d’appauvrissement et de consumérisme ?

Une danse joyeuse, une valse à trois temps

Nous devons aujourd’hui inventer et inspirer un nouveau récit collectif pour rendre nos futurs désirables et les incarner au présent. Une danse joyeuse, une valse à trois temps, voilà ce qu’il nous faut, car le binaire a prouvé ses limites. Cessons d’opposer, nous voulons un nouveau rapport à l’autre et au monde.

Invitons au bal toutes les parties, toutes les organisations, sans jugement mais sans complaisance, pour les pousser à oser le vrai. Le changement n’aura lieu que si les organisations, publiques et privées, petites et grandes, entrent dans la danse et mettent leur puissance au service de la « vie bonne » comme disaient les philosophes.

L’entreprise a tout à y gagner. D’ailleurs, elle semble presque enfin comprendre, de ci, de là, la nécessité de renouer avec l’humanisme. Elle ne fonctionnera que si ses collaborateurs s’y sentent alignés avec ce qu’ils sont profondément et développent leurs talents en son sein. Faire se rejoindre personne et fonction.

Mutation des consciences, évolution de nos pratiques

Cassons nos égoïsmes car c’est d’abord à ceux qui sont loin de nous, géographiquement et temporellement, que nous devons penser. Les effets du dérèglement climatique et plus généralement du dérèglement de notre modèle touchent d’abord l’autre : d’autres géographies, les prochaines générations. « La première règle avant d’agir consiste à se mettre à la place de l’autre, nulle vraie recherche du bien commun ne sera possible hors de là », disait l’Abbé Pierre, dont les combats sont plus actuels que jamais.

Mais l’autre est déjà en nous. De notre agriculture industrielle à la délocalisation de nos outils de production, de nos modes de consommation aux lointaines plantations de coton, tout est lié qui nous détruit jusque dans notre chair. Admettons-le et cette proximité accélèrera notre mise en action.

Mutation des consciences, évolution de nos pratiques : personne ne le fera à notre place et le système n’inventera pas seul sa propre métamorphose.

Soyons de plus en plus nombreux à oser nous réconcilier, quels que soient notre âge, notre parcours, notre discipline, nos origines, nos intérêts. Portons un autre discours pour inspirer ceux qui, pour de multiples raisons, restent frileux.

Et surtout, passons de l’individuel au collectif pour agir. Osons un nouveau rapport : à soi, aux autres, au monde. Faisons notre coming out humaniste.

COMPRENDRE POUR AGIR : POURQUOI NOUS CREONS L’ENGAGE UNIVERSITY

Il y a urgence à agir. Notre modèle vacille.

Chacun peut aujourd’hui devenir acteur du monde qui se construit. Il est temps de briser les silos qui ne fonctionnent plus, à l’ère où tout est imbriqué. Notre monde complexe, il faut pouvoir l’aborder et le comprendre dans sa globalité, de façon systémique.

Nous créons l’Engage University pour permettre à chacun de mieux décrypter la complexité.

Pour que chacun, d’où qu’il vienne, puisse bénéficier des outils théoriques et pratiques lui permettant d’agir.

Pour que nous puissions nous aider mutuellement, entre alumni et trouver, grâce à l’apport de celui qui est différent, des solutions nouvelles.

Pour que nous ayons tous l’opportunité d’apporter nos compétences, nos savoirs, nos énergies à des projets porteurs de solutions pertinentes, à la hauteur des enjeux.

Pour que nous puissions, en nous projetant vers l’avenir, conjuguer humanisme et technologie, et construire collectivement une alternative désirable.

Pour que tous, quels que soient nos profils, nos âges, nos parcours – collaborateurs d’entreprises et de start-ups, membres d’administrations, artistes, indépendants, nous puissions ensemble nous réapproprier et construire les présents dans lesquels nous désirons vivre, par la réflexion croisée et par l’action collective.

MIEUX COMPRENDRE POUR MIEUX AGIR. L’ENGAGE UNIVERSITY OUVRE SES PORTES EN AVRIL.

 

La diversité rend plus intelligent : la preuve

« Notre étude le prouve : la diversité enrichit notre pensée. En jouant contre la propension naturelle au conformisme, la diversité ethnique pousse en effet les individus à examiner les faits, à penser plus en profondeur et à développer leur propre opinion. Les résultats de l’étude montrent, au final, que la diversité profite à tous : aux minorités comme à la majorité. »

Sheen S. Levine et David Stark, enseignants-chercheurs à l’Université du Texas et à Columbia, ont mené une étude dont les résultats sont édifiants et parleront beaucoup à une France qu’on décrit de plus en plus souvent – élections à l’appui – comme tentée par le repli sur soi : la diversité « ethnique » rend tout le monde plus intelligent.

L’explication est simple : la diversité met à mal le conformisme, qui représente la défaite de la pensée – pour reprendre le titre d’un célèbre ouvrage d’Alain Finkielkraut… Plus précisément :

« Quand nous sommes entourés de gens « comme nous », nous sommes aisément influencés, nous pouvons plus facilement tomber dans le piège d’idées fausses. A l’inverse, la diversité permet de faire progresser l’esprit critique de chacun. Car elle amène de la « friction cognitive » qui améliore la délibération ».

Face à la tentation du repli sur soi et du communautarisme « chacun dans son coin », ne devrions-nous pas nous battre pour porter des projets radicaux en faveur de la mixité sociale, culturelle et ethnique à l’école ? Faut-il relancer le débat sur la discrimination positive et soutenir des actions en ce sens ?  L’interdisciplinarité n’est-elle pas plus que jamais nécessaire ?

Pour ceux qui ne voudraient pas cliquer, morceaux choisis de l’article du New York Times :

« To study the effects of ethnic and racial diversity, we conducted a series of experiments in which participants competed in groups to find accurate answers to problems. In a situation much like a classroom, we started by presenting each participant individually with information and a task: to calculate accurate prices for simulated stocks. (…) The findings were striking. When participants were in diverse company, their answers were 58 percent more accurate. The prices they chose were much closer to the true values of the stocks. As they spent time interacting in diverse groups, their performance improved.

In homogeneous groups, whether in the United States or in Asia, the opposite happened. When surrounded by others of the same ethnicity or race, participants were more likely to copy others, in the wrong direction. Mistakes spread as participants seemingly put undue trust in others’ answers, mindlessly imitating them. In the diverse groups, across ethnicities and locales, participants were more likely to distinguish between wrong and accurate answers. Diversity brought cognitive friction that enhanced deliberation.

(…) When surrounded by people “like ourselves,” we are easily influenced, more likely to fall for wrong ideas. Diversity prompts better, critical thinking. It contributes to error detection. It keeps us from drifting toward miscalculation.

Our findings suggest that racial and ethnic diversity matter for learning, the core purpose of a university. Increasing diversity is not only a way to let the historically disadvantaged into college, but also to promote sharper thinking for everyone. (…)

Ethnic diversity is like fresh air: It benefits everybody who experiences it. By disrupting conformity it produces a public good. To step back from the goal of diverse classrooms would deprive all students, regardless of their racial or ethnic background, of the opportunity to benefit from the improved cognitive performance that diversity promotes. »

 

Image de Une : capture du site du projet « 7 milliards d’autres » de la Fondation GoodPlanet de Yann Arthus-Bertrand.

Lève-toi, Homo empathicus

L’heure n’est plus à une compréhensive et délicate affliction.

On voudrait croire à une insurrection, positive.
La solution est certainement là, en moi, en chacun de nous, dans l’union, dans la réunion.

Levons-nous.

Lève-toi, sors de moi, de nous, Homo empathicus, et osons nous montrer.

Tu as certainement toujours existé, sans pouvoir te révéler ; toujours écrasé par l’homo economicus.

Il est temps.

Tu existes bel et bien homo empathicus, partout, en chacun de nous, et ton heure est venue.
Mais comment vivre, survivre à découvert, dans cet univers de brutalité? Comment résister?

Combattre l’homo economicus? Malheureusement contraire à ton essence, et tu te combattrais toi-même.
Détruire la maison qui t’a vu naître? Elle t’écraserait, et tu as l’âme d’un bâtisseur.

A vrai dire, je n’en sais rien, mais je ne résiste pas à l’envie de nous donner dix conseils – je n’ose dire commandement :

– Accepte ce que tu es, tu seras plus heureux
– Crois en quelque chose, tu sortiras de toi
– Réfléchis à tes besoins, ils se réduiront
– Confie-toi, tu seras écouté
– Donne, tu te sentiras mieux
– Prête, tu seras remboursé
– Aime, tu seras plus serein
– Ecoute, tu apprendras
– Ose, tu seras copié

– Et surtout, homme nouveau…Sors en bande, tu seras plus fort.

Gare à toi, homo economicus, tremble ou rejoins-nous, les Engagés sont entrés dans Paris…

Engage – Agitateur d’idées

Certains médias conformistes déplorent une crise de la pensée, un repli sur soi. Au contraire, « la vie des idées » n’a jamais été aussi riche de promesses. Avec la crise des élites et le boom de l’économie numérique, l’innovation sociétale n’est plus le lot d’intellectuels détenant le savoir. Elle provient de petits groupes de citoyens  qui ne se faisant plus d’illusions sur les politiques, se remontent les manches et essayent de se rendre utiles. En travaillant sur des projets porteurs de sens, en privilégiant l’action concrète, à échelle humaine, ces laboratoires  inventent le monde de demain. Exemple avec ENGAGE, qui organise une soirée de réflexion et d’action une fois par mois. 

« C’est là que cela passe ! « . Je suis à peine arrivé au 45, rue des vinaigriers à Paris qu’une jeune fille souriante, Eva, m’accueille et m’ouvre la porte. « Les Engagés sont au premier étage ». 

Je prends l’ascenseur et  découvre une grande salle lumineuse avec de longues tables en bois massif, des bancs confortables en cuir noir et au mur, une inscription : « We are social ».

Dans un coin, une cuisine rectangulaire moderne, et tout autour des convives en train de boire un verre, de savourer des quiches, en discutant. Petit à petit, la vaste pièce se remplit. Des jeunes étudiantes charmantes un peu timides, des cadres aux cheveux blancs et au regard assuré, des patrons de start-ups, des mères de famille, des geeks… Corinne, une juriste dynamique, me présente à deux lauréats des trophées Global Potential, un prix qui vient de récompenser au Sénat de jeunes entrepreneurs venus du monde rural et des quartiers populaires. Il y a autant de filles que de garçons et l’ambiance y est bon enfant. Des rires fusent.

« Présents désirables »

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Au bout d’un moment, un bel homme à la voix de baryton prend la parole et invite les soixante personnes présentes à s’asseoir à l’autre bout de la pièce sur des fauteuils multicolores. Jérôme Cohen, le créateur d’Engage détaille alors à l’assemblée la philosophie du groupe. « Notre but est de soutenir des initiatives citoyennes, des porteurs de projets solidaires, des actions qui ont du sens, dans tous les domaines : l’aide au plus démunis, la démocratisation culturelle, les nouvelles gouvernances, la protection de l’environnement… Pas de rêver à bâtir des lendemains qui chantent, être utopistes mais agir au présent ». Hic et nunc. Ici et maintenant. « C’est en étant heureux de faire aujourd’hui qu’on créera un monde harmonieux pour demain. Arrêter de repousser, faire aujourd’hui ». complète un participant. Le fondateur de l’organisation souligne aussi son désir d’évaluer chacune des actions entreprises. « Nous souhaitons être dans le concret. Vous allez consacrer du temps, de l’énergie à accompagner un ou des projets, nous vous devons un retour.  Sur les réalisations et sur notre plus-value. »

Avant d’entrer dans le vif du sujet, Eric-Axel, qui anime la soirée, propose à chacun de faire connaissance en petits groupes et de dire à son voisin ce qui l’a amené à être là ce lundi soir, pour s’investir. Mon voisin de droite, élégant dans sa chemise rose, me confie qu’il a vu une émission de La Chaîne Parlementaire récemment avec Pierre Rabhi et que dans la foulée, il a lu plusieurs de ses livres. « J’ai été  touché par l’histoire du colibri qui durant un feu de forêt croise un singe qui fuit. Le primate lui demande pourquoi si frêle il ne s’en va pas  vite fait et le minuscule oiseau de lui répondre je vais porter une goutte d’eau pour éteindre l’incendie. Petite goutte par petite goutte, c’est ainsi que se font les rivières et les océans. Je me suis dit pourquoi ne pas apporter ma brique à l’édifice et expérimenter de nouvelles approches comme celui de la sobriété heureuse prônée par le poète agriculteur ». Mon voisin de gauche, lui, est moins dans les livres.  » J’ai vu le film Human de Yann Arthus-Bertrand à la télévision avec mon amie et j’ai été sensible à sa démarche ». Un peu plus loin, d’autres parlent de la dernière vidéo virale de Nicolas Hulot sur le net ou du « Laudato Si », l’encyclique du pape François, publiée le 18 juin. Des motivations très diverses mais  la même envie de se rendre utile, de ne pas céder au fatalisme ambiant. Au contraire, se retrousser les manches et « opposer au pessimisme de l’intelligence l’optimisme de la volonté ».

Une approche pratique 

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Passée cette introduction visant à rappeler aux participants pourquoi ils ont poussé la porte,  vient le temps du cas pratique. Cette semaine, une sémillante jeune femme, Stéphanie, souhaite proposer à des adolescents des camps d’été pour les sensibiliser à l’action solidaire dès le plus jeune âge : des camps appelés pour le moment, ENGAGE Kids. « Au printemps dernier, j’ai monté sur le modèle des « summer camps » américains un camp d’une semaine autour de la nature dans la ville, avec des jeux, des visites, des rencontres.  Je souhaitais leur donner envie de protéger l’environnement et leur inculquer un réflexe qu’ils n’ont pas toujours : celui d’aider et de penser aux autres. Le tout en anglais, pour faire d’une pierre deux coups et leur montrer que l’anglais ne sert pas uniquement à l’école mais à échanger, à s’amuser. Je voudrais continuer dans cette voie et pouvoir ouvrir ce type d’expérience à des enfants de tous les milieux. » 

Intelligence collective

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Eric-Axel Zimmer, spécialiste de l’intelligence collective, propose de se repartir par groupe de six ou huit et de réfléchir aux contenus de ces formations d’été, à leur périodicité et aux moyens de les rendre pérennes et attractifs. Chaque cercle couche sur le papier ses idées. Tout le monde est sollicité pour prendre la parole et échanger. Même les moins confiants. Les propos sont libres et pourtant les conversations sont loin de celles du Café du commerce. Les disciplines, les âges, les diplômes, les caractères se complètent.

« Nous découvrons le projet lors de la courte présentation de la personne qui en a eu l’idée ou nous avons reçu un pitch quelques jours avant » me précise un membre d’Engage. « La plupart du temps, comme nous ne sommes pas des spécialistes de ce secteur en particulier, nous sommes vierges, sans à priori. Nous abordons le sujet avec un regard nouveau, avec nos réflexes, qui de la com, qui de la fiscalité ou des nouvelles technologies ». Chacun fait part de son expérience. Une mère de famille évoque des cours de cuisine pour sensibiliser à l’agriculture biologique. Un père plus bricoleur suggèrera la construction d’un radeau pour que les enfants soient dans le partage, fassent une oeuvre collective de leurs mains, une métaphore pour qu’ils comprennent qu’ensemble, ils peuvent construire de belles choses. Un amoureux de la glisse recommande de s’inspirer des actions de la « Surfrider foundation » ou de l’association « Moutain riders », autrement dit, attirer les adolescents par le biais d’activités « fun » comme le surf ou le snowboard puis une fois qu’il y ont pris goût et qu’ils aiment leur lieu de villégiature, leur proposer des opérations de ramassage de mégots dans la montagne ou de plastiques sur les dunes. « Le charme de ces échanges réside dans leur bienveillance, avoue une habituée. Chacun apporte ses compétences. Nous sommes dans le partage. Nous  apprenons de ceux qui ont plus de connaissances que nous sur un point donné. Les séances durent trois heures, pas une minute en plus.  Nous  ne sommes pas là pour nous disperser en querelles d’égo. Le  seul enjeu ici est d’apporter un maximum de conseils pertinents au créateur. Tout le monde a un savoir ou un savoir-faire qui peut lui rendre service ». 

Conseils et contacts : favoriser le partage

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Lors de la restitution de son petite groupe, la benjamine, Cordelia, étudiante au Celsa, conseille d’utiliser un logiciel qui retranscrit de manière dynamique la logique du cheminement de chacun groupe. Certains prennent des notes pour ne rien perdre. Au cours de la soirée, plusieurs thèmes seront abordés.  « Qu’est ce qu’on pourrait y trouver? » « Comment financer ces camps de jeunes ? » »Comment  les faire connaître ? ». Une fois un aspect exploré, les participants se déplacent, découvrent de nouveaux visages, trouvent en fonction de leur expérience de nouveaux moyens pour faire décoller le projet et contourner les écueils les plus évidents. Ils les listent par ordre d’importance et dévoilent leurs conclusions bien souvent inattendues aux autres. « Pour nous, porteurs de projets qui sommes souvent la tête dans le guidon, affirme Stéphanie, c’est un plus. En trois heures, nous récoltons de quoi nourrir notre projet pour longtemps. Ces conseils font du bien. On imagine discrètement notre projet dans notre coin et tout à coup on a plein de nouvelles pistes qui s’ouvrent à nous, on reçoit des encouragements qui nous boostent. »Des participants viennent alors lui dire qu’ils peuvent donner des coups de main, qu’ils désirent faire partie de l’aventure car l’idée les séduit ou qu’ils ont des contacts qui pourraient être sensibles à la démarche.

« Nous n’avons pas la prétention de refaire le monde. Nous ne sommes pas dans les grandes paroles. Nous voulons être aux cotés de ceux qui osent, de ceux qui créent sur le terrain. Nous sommes des créateurs contributifs, des dream makers » précise fièrement Jérôme Cohen, le créateur de ce laboratoire qui a su fédérer en un an des centaines de bonnes volontés.  Pour l’instant, le nombre de projet n’est pas encore significatif. Néanmoins, avec le boom de l’économie collaborative, les changements de comportements liés à l’arrivée du numérique, ces initiatives spontanées pourraient façonner un nouveau paysage.  Tentative après tentative, essais  après essais, des pistes émergent. Pour Eric-Axel Zimmer, cela contribue au « mindset shift », au changement des mentalités. 

Acteurs du changement

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On a, au mois de septembre, beaucoup entendu parler de la crise des intellectuels, d’un repli sur soi, d’une absence de réflexion. Les quotidiens,  les hebdomadaires, les journaux télévisés ont déploré les prises de positions déconcertantes de penseurs, de figures omniprésentes dans les médias qui publient livres sur livres et qui sont réduits à sortir des petites phrases pour vendre leur dernier ouvrage. Leur point commun : avoir près de 60 ans, réfléchir avec des modes de pensée issus du XXème siècle, un temps où les hommes politiques impulsaient encore le changement et être désespérément coupés des réalités.

C’est une erreur. Il existe de nombreuses personnes qui réfléchissent, se mobilisent, sur le terrain, sans polémique. Et tentent de proposer des alternatives, expérimentent. A Engage et dans d’autres structures qui se multiplient, on sent de l’énergie, de l’inventivité et de l’envie. Un souffle positif. On y trouve des jeunes et des moins jeunes qui ne ressassent pas, n’ont pas envie d’être aigris et essayent d’imaginer d’autres voies. Hors des sentiers battus, sans gourou, loin des discours politiques convenus et dépassés. Ils ne croient plus aux promesses, aux partis devenus de simples tremplins pour des carrières solitaires. En quête de sens, ils s’investissent. Autrement. lls échangent et créent, en silence, à l’écart des radars médiatiques.  Ces mouvements ni de droite, ni de gauche, simplement citoyens, ne délèguent pas leur pensée, en reprenant  des concepts martelés par d’autres, en d’autres temps.

Ces nouveaux acteurs cherchent à leur manière par le biais de rencontres créatives à faire émerger des idées concrètes, à échelle humaine. Une intelligence collective.

« Notre mission, c’est de mettre en mouvement la société civile ». avance Jérôme Cohen. « Nous allons créer une Engage University, pour donner à chacun la capacité et l’opportunité d’agir, en se développant personnellement, en enrichissant ses connaissances. Ces membres seront libres de s’orienter vers les causes qui leur tiennent le plus à cœur mais ils auront ainsi les outils pour contribuer au changement.  »

L’espoir est là. En 2015, les idées foisonnement.  L’apparition et la multiplication de ces laboratoires citoyens qui sont animés par la recherche du résultat, et portés plus par l’enthousiasme que la peur, est un fait majeur. Un vent nouveau se lève.  Assister à cette dynamique est encourageant, plus que cela : exaltant. Y prendre part est une cure de jouvence.

Jean-Marc Paillous

Les organisations au coeur de la cité

Le rôle des organisations dans la cité, petites ou grandes est contraint de changer. Trois forces les y conduisent. L’arme digitale, qui supprime toute forme de séparation virtuelle entre l’individu, le citoyen, le consommateur ou un salarié, conduit de fait à supprimer l‘illusion de certains qu’il était possible de vivre en séquence, hyper consommateur d’un côté, ultra social le samedi, hyper libéral le jour de ses impôts, etc., cultivant les contradictions de soi avec la dextérité du zappeur.

Le digital impose une sorte de ré-unification de soi par l’effet des réseaux sociaux. De fait les organisations sont prises dans le même monde, plus possible de tenir deux discours sans risque d’être rattrapé  par la patrouille digitale, plus possible d’agir en contradictions sans risquer l’effet d’image.

Deuxièmement les États ont perdu l’apanage de la souveraineté. Ils n’ont plus la monnaie, pas les taux, pas les dettes, peu les règles. Il leur reste l’ordre public, l’Armée, la police, le droit. La sphère du bien public est en permanence revisitée au nom de l’efficience, de l’impératif de la liberté individuelle devenu supérieur au bien commun, et des contraintes budgétaires. Certes, bien ou mal, cette souveraineté sur les âmes qui s’étiole se cherche de nouveaux maîtres. Les organisations les plus puissantes l’ont bien compris, au cœur de nos vies, fortes d’une puissance financière sans précédent tirée d’une capture de la valeur des réseaux connectés, elles se prennent à rêver de proposer de nouveaux modèles, hommes augmentés et humanoïdes « bienveillants », retour des rêves technicistes, nouvel avatar des croyances dans le progrès technique des grands esprits du 20ieme. De fait, que cela nous plaise ou non, l’espace public est ouvert à ceux qui veulent s’en emparer, bien au delà du politique, bien au delà du marchand, dans une sorte de meta-monde ou tout est désormais entremêlé.

Enfin, troisième force, les sources de croissance, de richesses, de création de demain sont toutes directement traversées par de grands enjeux sociétaux, enjeux des territoires et des cités, dont la réussite collective est souvent la clé d’un bénéfice individuel, dont le gain individuel n’est possible que par des performances collectives. Démographie, santé, transition énergétique et écologique, tout ces impératifs planétaires sont les gisements de nos croissances et activités futures, ils sont collectifs, mais n’ont d’avenir que si chaque pièce du collectif s’empare du sujet. Dans ce contexte, le monde qui vient, qui se construit déjà autour de nous n’est plus multipolaire, mais ultra polaire, au sens où il n’est plus de zone de force qui détermine plus qu’une autre ce que demain sera, quels seront les grands choix économiques et politiques vers lesquels orienter le génie humain. Tout est possible, du pire au meilleur, le pire plus facile que le meilleur parce que les forces du marché non régulées tiennent rarement compte des enjeux « non monétisables », car ce sont les normes et engagements collectifs régulés qui permettent leur monétisation (éducation, santé, écologie, tourisme). Les interdépendances des organisations sont telles que le jeu du progrès est ouvert aux mouvements de forces de chacun. L’effet papillon n’a jamais été aussi possible. Jamais il n’a été aussi possible de provoquer des évolutions par la base, par la mise en jeu de ses valeurs et de ses énergies pour soutenir des projets, des idées, des formes économiques différentes pour porter le changement et s’attaquer, avec ses convictions propres, au grand souci du monde : développer notre bien commun en donnant la main aux individus.

Dans cette optique, seules les organisations qui enverront leurs membres prendre part au cœur de la société qui bouge, se transforme et se bat pour avancer vers un monde nouveau pourront espérer voire une partie de leur idées progresser et faire école. Elles doivent réinventer leur mission, elles doivent proposer une ambition qui dépasse l’atteinte de performance financière pour parler à la cité, pour vivre dans la cité et pour cela elles doivent développer des capillarités actives, sincères et vertueuses avec la société réelle et non pas seulement sous un seul prisme marchand.

Chacun devient porteur malgré lui de ses valeurs, et ne peut espérer y trouver une résonnance que s’il assume d’aller les défendre dans le monde qui bruisse et n’attend pas que d’autres agissent ou parlent pour lui. C’est une révolution copernicienne qui peut donner le meilleur et le pire, le jeu est ouvert, ceux qui ne l’ont pas compris ne joueront plus jamais.

La société contributive

Ils sont venus, ils sont tous là…

Dirigeants, artistes, journalistes, consultants, spécialistes de l’innovation sociale, salariés, porteurs de projets, étudiants. Ils sont là pour quelques heures et probablement pour beaucoup plus.

Il y a Rémy venu contrebasse en bandoulière nous offrir un ENGAGE In d’une grande intensité. Il y a Géraldine qui immortalise la figure des ENGAGEs et fait ressortir, magiquement, ce que nous sommes.

Il y a Eva, porteuse de projet dans la finance solidaire, Pierre-Etienne, qui rêve concrètement d’un monde dépollué et qui s’y emploie, Pierre, qui parle d’engagement et définit en creux la société contributive qui est en train de naître, Prune et Catherine qui inventent un autre système de santé. Et puis Juliette qui veut rendre la culture accessible au plus grand nombre, Florence et Margaux, corruptrices positives de notre système éducatif. Il y a aussi, Uriel, Séverine, Catherine, Bruno et ses Tribers.

Ce que nous avons en commun ? Croire que c’est collectivement que nous changerons les choses.

Ce que nous partageons ? L’envie de réformer notre système et d’inventer pas à pas celui qui vient, en se contraignant à l’optimisme.

Refaire lien pour créer du sens. Refaire sens pour créer du lien. Placer l’humain au centre, l’humain comme source et comme destination. Voilà finalement ce qui nous rassemble. Il y a bien sûr des outils, des formats, des ENGAGE Camps, des ENGAGE Kits, la plateforme qui sera moteur et catalyseur. Mais ce qui nous réunit, c’est avant tout l’énergie, la soif de contribution avec de personnes et autour de projets concrets.

Ce qui nous réunit, c’est aussi la convivialité, la joie de faire ensemble, la sensibilité à ce qui dépasse la seule efficacité.

Hier, nous étions réunis autour de l’éducation et de l’Espace des possibles, projet porté par Synlab (www.syn-lab.fr), que la communauté a choisi d’aider : rendre les collégiens plus créatifs, inventer les outils qui contribueront à libérer leur énergie et leurs possibles. S’ENGAGEr donc, pour une cause fondamentale, l’éducation et la préparation des générations futures.

Générations Futures, ces mots résonnent avec ce concept utilisé par différentes tribus indiennes d’Amérique du Nord : la 7ème génération. Prendre en compte, pour chaque décision, son impact jusqu’à la septième génération à venir.

Pour suivre Synlab : www.syn-lab.fr Pour suivre 1001Impact : www.1001pact.com Pour soutenir le projet de Pierre Chevelle : http://www.kisskissbankbank.com/changer-le-monde-en-2-heures?ref=category

Pour nous rejoindre : www.engage.world

Rester humain

Quand j’ai dit à ma femme que j’allais payer une cotisation annuelle à ENGAGE pour avoir le droit d’aider bénévolement des gens que je ne connais pas, elle m’a regardé d’un drôle d’air.

C’est vrai qu’à première vue, c’est bizarre, non ? On devrait plutôt être payés pour aider les gens, et non l’inverse.

Et pourtant.

L’empathie devient une denrée rare, comme l’uranium. Elle coûte cher à produire et elle se conserve mal. Jour après jour, notre faculté d’aimer les gens s’atténue. Notre bienveillance prend du gras. Nous nous replions sur nous-même. Nous perdons l’habitude d’être humain.

Et moi j’ai quarante ans et j’en ai marre de sentir mon cœur se dessécher comme un pruneau. Je veux me secouer l’humanisme. Je veux aider des projets avec des vrais morceaux de gens dedans, des gens qui veulent changer le monde, ceux qui ont la lumière qui brille dans le fond des yeux

Les porteurs de projet, cette espèce étrange. D’où viennent-ils ? Que cherchent-ils ? Surtout les jeunes, c’est émouvant. Excusez-moi, mais vouloir changer le monde, c’est quand même autre chose que les Goldman Sachs, Montebourg ou autre Monsanto. Autre chose que la rupture des business models ou l’uberisation des rentes.

Les porteurs de projet, c’est comme les petites fleurs qui poussent dans les fissures de l’asphalte. On a beau leur marcher dessus, ils sont indestructibles. A chaque fois ça surprend, et on se dit : « mais où vont-ils chercher ça ? ».

Alors chez ENGAGE, je les aide et ça me fait du bien. Je fais ce que je peux avec mes petits et grands moyens. Et puis je sors de là avec la pêche et l’envie de recommencer.

ENGAGE c’est comme un club de gym qui aide à rester humain.