Kavita Brahmbhatt : Faciliter l’intégration des réfugiés par l’emploi

Kavita Brahmbhatt, co-fondatrice d’Action Emploi Réfugié nous parle d’engagement citoyen, fil rouge de sa vie.

Lancée début 2016, Action Emploi Réfugié est une plateforme virtuelle qui met en relation employeurs et réfugiés en France. L’association facilite l’intégration des réfugiés par l’emploi et contribue à donner une image positive des réfugiés.

1. Comment vous est venue l’idée de la plateforme Action Emploi Réfugié ?
J’ai travaillé pendant 5 ans avec des migrants et cela fait maintenant 10 ans que je travaille avec des réfugiés. Il y a un an, après être revenue d’une mission au Kenya, j’ai vu qu’il y avait beaucoup de publications à propos des migrants qui venaient en Europe et qu’il fallait agir concrètement.
Une idée nous est alors venue avec une amie et collaboratrice, Diane Binder : la meilleure façon pour que les réfugiés puissent mieux s’intégrer, c’est de leur donner accès à un emploi. L’emploi est le premier facteur d’intégration, c’est un moyen de gagner sa vie mais aussi de se sentir utile, de créer du lien social et d’apprendre rapidement la langue du pays accueillant.

2. Depuis sa création, quel a été l’impact d’Action Emploi Réfugié ?
Une centaine de réfugiés a obtenu un emploi grâce à notre plateforme. Nous avons aussi pu tisser des liens durables entre certains réfugiés et employeurs.
Nous avons aussi lancé la Welcome Collection avec un collectif  de 5 personnes. En 3 semaines, des designers réfugiés ont créé une collection de 20 robes commercialisées au Centre Commercial à Paris. Cette action citoyenne montre qu’avec l’engagement de quelques personnes et en très peu de temps, on peut obtenir des résultats tangibles.

3. Quels sont les objectifs d’Action Emploi réfugiés ?
Pour 2017, nous aimerions qu’au moins 1000 réfugiés aient trouvé un emploi par l’intermédiaire de notre service. Je pense que notre objectif est atteignable si nous réussissons à mobiliser plus de personnes et de financement. Notre voulons aussi diffuser plus de connaissances et d’informations autour de cette thématique ; mieux communiquer sur les talents des réfugiés. Nous devons changer la vision que les français en ont.

4. Quelles sont les prochaines étapes du projet ?
Il y en a plusieurs : tout d’abord, améliorer le design utilisateur de notre site web. On veut également mobiliser plus d’employeurs et de réfugiés en travaillant avec nos partenaires parisiens.
Nous venons par ailleurs de lancer Info Emploi Réfugié, un service d’information dont le site web sortira en 2017.

5. Si vous deviez choisir une seule cause ?
L’intégration des réfugiés, je m’y emploie depuis 15 ans et c’est ma plus grande passion. Je viens du Kenya et j’avais un camp de réfugiés à coté de mon école. J’ai vu leurs souffrances et cette proximité a provoqué mon engagement.

6. Une source d’inspiration ?
Les personnes qui m’inspirent le plus sont les femmes qui vivent dans les camps de réfugiés. Elles arrivent encore à rire, à croire en la vie, à rester légères souvent. Cela m’a toujours bouleversé et inspiré en tant que femme et en tant que maman.

Loïc Blondiaux : La démocratie est en crise

La deuxième session du programme Transitions de l’Engage University portera sur les nouvelles formes de gouvernance. Avec Loïc Blondiaux, professeur de science politique à l’Université Paris I – La Sorbonne (également présent aux ENGAGE DAYS #4), nous parlerons de la crise de notre système démocratique. Petite mise en bouche de sa prochaine intervention…

  1. La démocratie est-elle, selon vous, en crise ? 
    Elle l’est évidemment, et le constat me semble de plus en plus largement partagé.
    Les symptômes de cette crise sont multiples : défiance des citoyens à l’égard de leurs élites politiques, impuissance publique généralisée face aux défis environnementaux qui nous menacent, emprise des acteurs économiques sur le pouvoir politique, montée des populismes d’extrême droite, dégradation accélérée de la qualité du débat publique… Certains auteurs, comme Colin Crouch, évoquent la période actuelle comme un passage de la démocratie à un autre type de régime, la « post-démocratie», dans lequel la capacité des citoyens à influencer les politiques serait quasiment réduite à néant. Sans aller jusqu’à suivre cette analyse, il faut constater que les régimes démocratiques n’ont, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, jamais paru aussi fragiles et leurs adversaires (technocrates, démagogues, fondamentalistes identitaires…) aussi puissants.2. Pourquoi la société civile croit-elle de moins en moins en notre système politique ? Jusqu’à ces dernières années, il pouvait sembler que les institutions des démocraties représentatives contribuaient à la fois à gouverner efficacement nos sociétés et à refléter sans trahir la volonté des populations. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, elles suscitent une double défiance : quant à leur capacité à résoudre les problèmes et à représenter correctement les citoyens. L’élection ne suffit plus à elle seule à légitimer les décisions des gouvernants. C’est d’abord une bonne nouvelle. La critique est une vertu plus démocratique que la déférence et les citoyens ne sont jamais apparus autant capables d’interpeller et de remettre en cause les discours et les actions de leurs gouvernants. Cela peut se transformer aussi en cauchemar : dès lors que cette défiance se transformer en rejet pur et simple de tout affirmation d’autorité en provenance des élites, de toute représentation. Cela fait le lit de tous les populismes et de toutes les démagogies.

    3. Un de vos ouvrages s’intitule Le nouvel esprit de la démocratie, qu’entendez-vous par « nouvel esprit » ?
    J’entendais alors, lorsque j’ai écrit ce livre, la montée en puissance d’un « impératif participatif » dans nos démocraties au sens où celle-ci n’ont cessé de multiplier en particulier depuis les années 2000 les dispositifs visant à associer, de façon plus ou moins directe, les citoyens ordinaires au processus de décision. Ce mouvement n’a pas cessé depuis lors. Budget participatif, jurys citoyens, conseils de quartier, consultations numériques … le nombre et le niveau de sophistication de ces dispositifs participatifs ne cessent d’augmenter. Leur présence, dans le prolongement des institutions traditionnelles de la représentation, peut être analysée comme l’une des réponses données par les gouvernants au procès en illégitimité qui leur est fait. Mais il faut souligner que ce mouvement vers plus de participation s’accompagne d’autres évolutions qui vont à l’inverse dans le sens d’une moindre possibilité d’influence des citoyens sur la décision et d’une main-mise croissante de la sphère économique sur la sphère politique, via différents groupes d’intérêt qui imposent leur logique. D’un côté le processus politique semble s’ouvrir, de l’autre il se referme et se pose aujourd’hui la question de qui gouverne réellement : les citoyens via leurs représentants ou les entreprises, les marchés et les banques via leurs lobbys, leurs experts et les politiques qu’ils ont sous leur coupe.
    4. Croyez-vous en l’émergence d’un autre système démocratique ?
    La possibilité  de remplacer du jour au lendemain les élections et la représentation par le tirage au sort ou par une fédération de conseils ou d’assemblées ne me semble ni envisageable ni souhaitable au fond. Ouvrir la représentation politique à de nouveaux acteurs ; multiplier les possibilités pour les citoyens de contrôler, de contribuer, d’interpeller ;  mettre en place des instances tirées au sort ; faire en sorte que tous les citoyens impliqués par une décision puissent participer à son élaboration ; obliger les élus à rendre des comptes ; concevoir différemment l’exercice du pouvoir au sein des organisations ; donner aux plus faibles la possibilité de s’organiser pour se faire entendre ; dé-professionnaliser le métier politique ; réformer ou réécrire la constitution avec la participation du plus grand nombre : tout cela, et beaucoup d’autres choses encore me semblent compatible avec l’élection et la représentation. C’est en cela qu’une autre démocratie et possible.

Christine Oberdorff : Il y a un lien indissociable entre désordre climatique, migrations et conflits

  1. Pourquoi avoir suivi les réfugiés du Kurdistan irakien ? 
    Cette idée a germé pendant la COP21 puisque pour la première fois la notion de réfugiés ou de déplacés climatiques a été mentionnée dans un accord international sur le climat. Au cours de la COP21, les rencontres que j’ai faites m’ont permis de rencontrer Reza, un photographe qui travaillait dans le camp de Kawergosk, dans le Kurdistant irakien, avec des enfants. Reza a par ailleurs été l’un des premiers à mettre le doigt sur le lien indissociable entre désordre climatique, migrations et conflits.
  2. Alors que le climato-scepticisme monte en puissance, pensez-vous que les médias en général ou qu’une enquête comme la vôtre peuvent changer les mentalités ?
    Je l’espère ! Je suis avant tout convaincue que l’humanité n’est pas suicidaire. Qu’on habite en Chine, au fin fond de l’Arctique ou à Paris, on aime tous nos enfants, on a tous besoin de manger et on veut tous vivre dans de bonnes conditions. Je m’accroche à cette idée selon laquelle les climato-sceptiques jouent dans leur coin et ne vont pas dans le bon sens de la marche du monde. Les médias ont un rôle à jouer et ils sont particulièrement efficaces quand ils traitent ces sujets dans la durée.3. Au Sénégal, vous avez suivi un collectif de femmes de pêcheurs qui luttent contre l’émigration clandestine. Comment sont-elles perçues ? Leur démarche est-elle comprise par tous ceux qui veulent gagner l’Europe ?
    C’est un peu comme dans une famille, qu’elle soit occidentale ou orientale : la parole des mamans finit par être entendue par les enfants.
    Pendant longtemps, ces femmes se sont tues. A présent, elles expriment leur instinct de survie car les conséquences de ces migrations remettent en cause leur propre subsistance. Les femmes se lèvent car elles craignent que ce processus les mène à leur perte.
    Le message des femmes est aussi relayé par les nouvelles technologies et notamment les réseaux sociaux : l’idée que l’Europe n’est plus un Eldorado se propage et dissuade ceux qui autrefois voulaient partir au péril de leur vie.4. Qu’avez-vous découvert en suivant les réfugiés ? Y a-t-il quelque chose que vous ne soupçonniez pas ? 
    Ce qui m’a le plus marqué pendant ce tournage, c’est le voyage vers le nord et la rencontre avec les yézidis. Les yézidis sont victimes d’une forme de génocide, leur extermination a été en quelques sortes « organisée » et ils sont de surcroît victimes du dérèglement climatique. Minorités symbolique, victimes d’une double peine donc. Ils nous ont demandé de parler de leur situation, ils se sentent abandonnés de tous.
    Au Sénégal, c’est encore différent. Les choses ont évolué depuis les années 90. Autrefois, le fait qu’il y ait toujours un homme désigné pour aller en France était quelque chose de normal et naturel mais maintenant, leurs conditions de départ sont si périlleuses que ça change la donne. C’est un phénomène que je n’avais encore pas eu l’occasion de filmer et de commenter.

    5. Avez-vous une anecdote à nous raconter ?
    Mon anecdote s’appelle « une souris verte ». J’étais dans un endroit où les immeubles n’ont ni portes ni fenêtres. Un endroit qui manquait d’eau jusqu’à ce que Action contre la faim arrive, avec des enfants partout. Des enfants qui perdent leur regarde enfantin dès l’âge de 9 ans.
    L’équipe faisait son travail et moi j’ai commencé à interagir avec ces enfants. On a fait une ronde et j’ai commencé à chanter « une souris verte ». En 15 minutes ils connaissaient la chanson par cœur. A ce moment là, j’ai réalisé que les enfants pouvaient toujours garder ou reconquérir leur joie de vivre. Un moment de grâce.
    Dans la foulée, je suis montée dans des immeubles et j’ai vu des mères de famille au delà du désespoir. Je n’ai jamais vu un tel désespoir dans les yeux des gens. C’est ce qui m’a le plus frappé. Dans les yeux des hommes, la colère et dans ceux des femmes, le désespoir et le sentiment d’avoir été salies, abimées…

    6. En suivant les réfugiés du Kurdistan irakien et du Sénégal, avez-vous pu déterminer quel était leurs besoins le plus urgents et éventuellement entrevu des pistes de solutions ?
    Pour les yézidis, leurs premiers besoins sont l’eau, la nourriture et les vêtements. Ils ne vivent même pas dans des camps car dans les camps tenus par le HCR le confort est certes précaire, ça reste vivable. A Kawergosk, j’ai compris que ce qui était le plus important pour ces populations était l’éducation. Sans éducation, l’aide d’urgence n’a pas de sens. Alors des instituteurs sont improvisés mais ce n’est pas terrible.

    S’il y a une idée que je souhaite faire passer, c’est qu’il faut arrêter de penser que ces personnes partent de chez elles par plaisir. On fait l’amalgame entre réfugiés, migrants, terroristes… Ces gens là ne rêvent que d’une chose : rentrer en Syrie dès que le conflit sera terminé. Dans le cas des Sénégalais, ce n’est pas forcément le cas, en partie parce que le rapport à l’Europe n’est pas le même.

Katarina Kordulakova : Mettre la créativité des enfants au service de leur école

Bâtisseurs de possibles est un mouvement original qui invite les enfants à mettre leur créativité et dynamisme au service de leur école, de leur quartier ou plus largement de la société, en proposant des idées innovantes pour les améliorer.
Pendant 3h d’intelligence collective, les Engagés ont travaillé autour du projet Bâtisseurs de possibles, sur sa faisabilité et l’essaimage de ses actions.
Katarina Kordulakova, animatrice du réseau, revient sur l’expérience d’un Engage Camp.

1. Pourquoi avez-vous décidé de participer à un Engage Camp ?
Nous avons participé à un Engage Camp pour avoir de nouveaux éclairages, de nouvelles idées sur notre problématique et pour rencontrer une communauté d’Engagés.

2. Qu’avez-vous pensé de l’Engage Camp ? 
L’Engage Camp s’est avéré être très utile. Nous avons apprécié la dynamique de groupe, très constructive, et les personnes présentes, très qualifiées.

3. Qu’est-ce que l’Engage Camp vous a apporté ?
L’Engage Camp a été l’occasion de rencontrer de nouvelles personnes. Certaines d’entre elles se sont même engagées à nos côtés. Elles ont ainsi continué à nous apporter leur regard extérieur et à nous challenger sur notre projet et les moyens les plus efficaces pour le mettre en oeuvre.

4. Où en est le projet aujourd’hui ?
En décembre 2015, nous avons été lauréat de La France s’engage, un label, lancé à l’initiative du Président François Hollande, pour récompenser les projets les plus innovants au service de la société.
Notre objectif est d’accompagner les équipes pédagogiques dans la transformation de leurs pratiques professionnelles. Après la mise en place de pilotes dans 4 établissements ces 2 dernières années, nous sommes à présent en train de travailler sur la stabilisation des outils de diagnostique et d’accompagnement, sur la création d’un réseau de formateurs, sur la mise en place de partenariats avec des académies…

5. Quelles sont les étapes à venir du projet ? 
D’ici 5 ans, nous souhaitons accompagner 6000 établissements partout en France (Nantes, Créteil, Lille…), ce qui suppose de travailler en partenariats et en réseau.
Pour pouvoir avancer, nous recherchons des professionnels de la facilitation, de l’intelligence collective, du design thinking et de la gestion de projets afin d’accompagner les équipes pédagogiques dans la résolution de leurs problématiques quotidiennes. La communauté Engage peut nous être d’une très grande aide alors si vous avez des compétences et que le projet vous intéresse, n’hésitez pas à nous contacter !

Nayla Ajaltouni : Contre la violation des droits de l’Homme au travail

Nayla Ajaltouni, coordinatrice du Collectif Ethique sur l’étiquette nous parle d’engagement citoyen, fil rouge qui traverse sa vie.
Depuis 20 ans, ce Collectif Ethique, regroupant plus de 20 associations, milite pour un strict respect des droits humains au travail à travers le monde, pour la mise en place d’un « salaire vital » dans l’industrie de l’habillement et pour le partage d’informations plus transparentes pour les consommateurs afin que ces derniers puissent connaitre les réelles conditions de fabrications de leurs achats. Pour suivre les campagnes du Collectif, c’est par .

1. Comment définissez-vous l’engagement ? 
Pour moi, l’engagement est le passage à l’action ayant pour point de départ une indignation, une motivation de transformer un aspect de la société. Il prend plusieurs formes, plusieurs intensités. C’est ce qui nous meut ; c’est une façon de résister. A mes yeux, l’engagement a nécessairement un caractère citoyen et donc politique.

2. Quand vous êtes-vous engagée pour la dernière fois et comment ?
Je suis engagée au quotidien dans mon travail, en tant que coordinatrice du collectif Ethique sur l’étiquette, ONG défendant les droits humains au travail. Je m’engage aussi différemment, en soutenant des projets musicaux d’amis par exemple. L’action qui m’a sûrement le plus mobilisée cette dernière année a été le TedXtalk, que j’ai accepté de réaliser après beaucoup de réticences, essentiellement pour les personnes qui me l’ont proposé. La formidable équipe du TedX de la Rochelle conçoit les talk comme un véritable outil pour promouvoir une société plus juste, plus démocratique, pour proposer des alternatives. C’est aussi un événement amusant, qui se déroule dans une ambiance exceptionnelle, avec une bienveillance, un engagement et un humour hors pair qui m’ont, contre toute attente, littéralement transportée. Voir la vidéo du TEDx.

3. Si vous ne deviez choisir qu’un seul combat, quel serait-il ? Comment agiriez-vous ?
Il est difficile d’en choisir un seul. D’ailleurs, je ne vois pas un combat isolé d’autres, ils sont tous imbriqués, mais il est clair qu’on ne peut pas être sur tous les fronts. Mes combats sont généralement liés au respect des droits humains fondamentaux, ce qui est très vaste. Il faut avoir en tête que s’engager pour défendre une idée, une vision, ce n’est pas une simple question de charité, mais de rétablir une justice dans des situations qui en manquent.

4. Lequel de vos projets à venir vous tient le plus à coeur ? 
Au niveau professionnel, je souhaite continuer à élargir la base des citoyens que nous touchons et les pousser davantage à l’action. Il faut faire pression sur les multinationales de l’habillement et les pouvoirs publics pour mettre un terme définitif à l’impunité des multinationales. Ce combat n’est pas incompatible avec le fait d’aimer la mode, mais pas à n’importe quel prix. Je crois fermement en la mobilisation et au plaidoyer citoyen, mais il faut faire masse. Au niveau plus personnel, je voudrais reprendre la batterie !

5. Qui vous inspire et pourquoi ? 
Je suis admirative de beaucoup de personnes mais je ne sais pas vraiment si elles m’inspirent… Je dirais plutôt qu’elles me stimulent. Parmi elles, des artistes engagés, des intermittents qui se mobilisent contre la logique purement marchande que l’on tente d’imposer à la culture, Stéphane Hessel en son temps, les économistes atterrés, des citoyens venant spontanément en appui aux migrants, ou mes copains du Raidh aussi, par exemple…

6. Si vous aviez un conseil à donner, un message à faire passer, ce serait… 
D’avoir des objets d’indignation. Il y a des choses universellement inacceptables et c’est un impératif de les combattre, sans pour autant renoncer à une vie « normale ». On peut être engagé et continuer à rire, à créer… Fort heureusement, la société n’est pas qu’un amas d’injustices. Etre engagé ou militant, ce n’est pas être utopiste. Je rejette cette qualification. L’utopie implique une dimension irréalisable, inatteignable, or garantir un minimum de dignité à tout être humain est tout à fait réalisable. C’est même le devoir de toute société mais malheureusement, les considérations d’ordre politique y font trop souvent barrage.

Eva Sadoun : Démocratiser l’investissement au capital d’entreprises responsables

Pendant 3h d’intelligence collective, les Engagés ont travaillé autour du projet 1001PACT dont la mission est de démocratiser l’investissement au capital d’entreprises responsables, socialement innovantes et économiquement viables.
Eva Sadoun, porteuse du projet avec Julien Benayoun, revient sur la singulière expérience d’un ENGAGE CAMP. 

1. Pourquoi avez-vous décidé de participer à un Engage Camp ?

Julien et moi avons rencontré Jérôme au tout début d’Engage, quand il voulait développer cette idée de soutenir des projets à forte valeur ajoutée sociale.

C’était aussi le début pour nous et nous avons trouvé intéressant de soumettre le projet à une assemblée de personnes issues de parcours variées mais non moins riches de connaissances et surtout portées par une réelle envie de nous aider à trouver des financements. Participer à un Engage Camp était donc une façon de remettre en question notre projet, de revoir sa présentation… de le repenser.

2. Qu’avez-vous pensé de l’Engage Camp ? 
J’ai trouvé l’Engage Camp particulièrement stimulant. J’ai beaucoup aimé voir tant de personnes se fédérer autour d’un même projet et faire part de leurs idées innovantes alors même qu’elles n’étaient pas directement impliquées. Au cours d’un Engage Camp, on s’aperçoit vraiment de la force de l’intelligence collective qui peut faire émerger un grand nombre d’idées. Quand les personnes sont consultées à titre individuel, l’apport n’est pas aussi dense. De plus, malgré le grand nombre de participants, la pensée était organisée et les parcours de chacun, la vision des différents corps de métiers, nous ont permis d’avoir une vision d’ensemble du projet.

3. Où en est le projet aujourd’hui ? 
En 1 an, nous avons financé une dizaine d’entreprises à fort impact social et environnemental. Nous avons procédé à notre propre levée de fonds, collecté plus de 2 millions d’euros et nous sommes actuellement en train de dupliquer notre modèle en France et en Europe.

Jacky Fréchaux : Accompagner le changement

L’enthousiaste Jacky Frechaux nous raconte comment les interventions et rencontres faites au cours de l’ENGAGE UNIVERSITY l’ont incité à prendre la voie du changement.
Ex-responsable du développement managérial de la conduite de la transformation chez PSA Peugeot Citroën, Jacky Frechaux est le fondateur de giveSens, cabinet spécialisé dans l’accompagnement du changement. 

  1. Qu’est ce qui vous a donné envie de vous inscrire à l’Engage University ? 
    Tout d’abord une envie: celle d’approfondir mes connaissances, ô combien utiles dans mon métier, celui de l’accompagnement au changement.
    Je souhaitais donc élargir mes connaissances dans les domaines dans lesquels j’estimais être informé par les médias, sensibilisé, mais pas assez à mon goût pour pouvoir me forger une vraie opinion et déclencher un réel désir de changement. L’Engage University abordait justement toutes ces questions qui me sont chères, relatives au climat, à la géopolitique, à la démographie, à la place de l’Homme dans une société des nouvelles technologies, aux systèmes de gouvernances alternatives…2. Que retenez-vous de cette expérience ? 

Trop de choses pour pouvoir être concis ! Des enseignants de grande qualité, véritables spécialistes dans leurs domaines. Des débats constructifs, indispensables pour avancer dans sa réflexion. Des hommes, des femmes, que je n’aurais sûrement pas rencontrés autrement… Tous différents par leurs tempéraments, leurs cultures et leurs connaissances.
Au-delà des problématiques et des solutions évoquées au cours de l’Engage University, je retiens que l’homme est au centre de tout, qu’il détient les clefs d’un avenir meilleur pour les prochaines générations.
Je ressors de cette formation optimiste, car j’ai réalisé que les solutions et les possibilités d’action étaient nombreuses. Toutefois, pour être pleinement efficaces, une prise de conscience massive et rapide des enjeux de la transition s’impose, à l’instar d’actions collectives et individuelles concrètes. Soyons chacun le colibri de Pierre Rabhi, faisons chacun notre part du travail pour opérer au mieux cette transition.

3. Comment pensez-vous pouvoir utiliser les connaissances  et les nouveaux outils acquis à l’Engage University ? 

Je pense pouvoir réutiliser les connaissances à différentes échelles. A mon échelle personnelle tout d’abord puisque j’ai déjà engagé des actions concrètes et discuté, débattu, avec ma famille, mes amis, mon entourage…
Ces connaissances et cette expérience me seront également d’une grande utilité dans mon travail.
Je garde toutefois à l’esprit que changer prend du temps et que plusieurs étapes sont nécessaires : prendre conscience, accepter, se forger une opinion propre et enfin… agir !

Serge Michenaud : La méditation de pleine conscience pour aider la transition

En quoi la méditation de pleine conscience peut-elle aider dans la transition (économique, sociale, environnementale) ?

La méditation est un processus de mise au repos et d’observation qui permet une « re-mise » à disposition de nos ressources.

Or n’importe quel changement dans un système (corps, esprit, équipe ou société), nécessite des ressources propres. C’est presque la formulation du premier principe de la thermodynamique. Comprendre et vivre ce principe à l’échelle individuelle, c’est se mettre en capacité de changer et d’évoluer. Si le processus méditatif est cultivé par chacun, cette capacité d’évoluer se traduit de fait à l’échelle collective.

D’après votre expérience, en quoi peut-elle être utile aux organisations et pour leurs collaborateurs ?

Après 20 ans de pratique et d’enseignement, j’ai pu observer que le processus méditatif avait un impact très significatif sur : le niveau d’énergie personnelle, la résilience et la capacité à gérer le stress, et enfin sur la clarté d’esprit. Ces trois facteurs sont essentiels pour donner le meilleur de soi-même, gagner confiance en soi et faire confiance, ce qui immanquablement soutien la qualité de relations avec les collaborateurs ainsi que toutes les synergies qui en découlent.

Pouvez-vous présenter en quelque mots ce que vous allez présenter à l’Engage University ?

  • Il s’agira d’échanger sur l’histoire, l’intérêt et l’impact de la pratique méditative
  • Préparer le corps et la respiration avec quelques techniques simples
  • Pratiquer ensemble avec une méditation lié au phénomène d’observation
  • Faire un bilan de l’expérience à travers l’échange et une petite session de questions / réponses.

Prune Nercy : A l’avenir, les plus grands changements ne viendront plus « d’en haut »

ENGAGE permet d’aider, de co-construire des projets avec d’autres engagés aux profils et aux compétences très variés. ENGAGE, c’est le booster de projets qui changent le monde.

J’aime beaucoup les Engage Camps, moment à la fois ludique et intense en réflexion : un groupe d’Engagés challenge dans un esprit convivial et bienveillant un porteur de projet. La diversité des profils venant aux camps démultiplie la richesse de l’exercice !

A l’avenir, les plus grands changements ne viendront plus « d’en haut ». Le web a notamment permis de révéler à quel point la société civile pouvait être active et efficace en rassemblant des volontés individuelles et en les transformant en actions collectives. ENGAGE est un moyen d’agir, individuellement et collectivement, et de contribuer concrètement à des causes qui nous tiennent à cœur et en lesquelles on croit.

Mes futurs désirables?
• un respect de notre Terre : ne plus voir la Nature comme notre ressource à consommer mais comme notre cadre de vie à préserver
• un véritable « melting pot » générationnel et social à travers le développement du collaboratif, la réinvention de la ville, la revalorisation et modernisation des activités sociales, etc…
• la création de véritables générations de citoyens, à travers une école laïque moderne qui se focalise moins sur le savoir (à l’heure d’internet, le savoir est à portée de main !) que sur le savoir-être et le savoir-penser
• une société qui a confiance dans sa capacité à se réinventer et à innover

Avons-nous envie de vivre en 2030 ?

Par Lucas Delattre, intervenant à l’Engage University

Le monde va-t-il mieux ou court-il à sa perte ? Chacun d’entre nous pressent confusément que les deux hypothèses sont aussi vraies l’une que l’autre. « Now is the greatest time to be alive », écrit Barack Obama dans le magazine Wired (octobre 2016). « This is the most dangerous time for our planet », écrit pour sa part Stephen Hawking dans le Guardian du 1er décembre 2016. Le célèbre astrophysicien britannique envisage sérieusement une prochaine extinction de notre espèce : « je ne pense pas, dit-il, que nous survivrons encore 1 000 ans sans devoir nous échapper de notre fragile planète ».

Que retenir de ces contradictions ? Le bouillonnement créatif qui n’a jamais paru si vibrionnant, l’intelligence individuelle et collective qui se déploie partout et à tous les niveaux, l’économie en réseaux qui multiplie les initiatives et permet à toutes les bonnes idées et à toutes les bonnes volontés de se rencontrer et d’œuvrer ensemble ?

Ou plutôt les nuages de toutes sortes qui s’accumulent à l’horizon ? A commencer par le dépérissement de la planète lié au réchauffement climatique et qui se traduit notamment par un gravissime recul de la biodiversité sur terre et dans les mers. Sans parler de l’actualité internationale en 2016 : regain des nationalismes agressifs un peu partout, montée de la xénophobie, de l’intolérance religieuse meurtrière et des peurs de toutes sortes, perte de vitesse des systèmes coopératifs basés sur le droit.

Comment sortirons-nous de ces contradictions ? Question purement rhétorique quand on sait par exemple que la Chine est en 2016 tout à la fois le premier pollueur de la planète et le premier laboratoire d’énergies vertes. On vivra donc très certainement pour longtemps encore dans de sévères paradoxes…

La mode, illustration de l’essoufflement de notre modèle

Il n’empêche qu’on a le droit d’espérer que la notion de « progrès » n’est pas morte. Prenons l’exemple apparemment anodin de la mode mais qui est un secteur économique de premier plan. Je recommande d’écouter un TedTalk de Rachel Arthur, une journaliste britannique spécialisée dans la mode et la technologie. Cette conférence prononcée en octobre 2016 délivre un message simple : la mode doit effectuer un passage nécessaire « de la frivolité à la soutenabilité » (« from frivolity to sustainabiliy »). 

Voici le constat de base de Rachel Arthur :

– La mode est la seconde industrie la plus polluante sur terre après le pétrole.
– Elle produit 10 % des émissions de carbone sur terre.
– Elle utilise 1/4 des produits chimiques consommés chaque année dans le monde.
– Elle est la seconde activité la plus vorace en eau après l’agriculture (on utilise 20 000 litres d’eau pour une seule paire de jeans et un seul T-shirt).
– Depuis l’an 2000, on produit 60 % de vêtements en plus (100 milliards de produits), dont 3/5 finissent à la décharge dans l’année qui suit.

La mode n’est qu’un exemple parmi beaucoup d’autres de l’essoufflement de notre modèle. Et si l’avenir s’élabore sous nos yeux grâce aux nouvelles technologies, priorité à celles qui peuvent aider à sortir de l’impasse.

Google vient d’annoncer que sa consommation d’énergie, équivalente à celle de la ville de San Francisco chaque année, proviendra à 100 % d’énergies renouvelables à partir de 2017.

On a envie de se dire que oui, naturellement, toute innovation technologique est au service d’une amélioration de la condition humaine. Mais on n’en est pas tout à fait sûr, du moins pas à 100 %. Certes, on progresse dans tous les domaines de la science et de la médecine. De nombreux chercheurs dans le domaine du bio-mimétisme s’inspirent de plus en plus du vivant et cherchent à reproduire à l’identique les matériaux qui s’épuisent (un exemple : le cuir). Dans l’alimentation, on va sans doute parvenir à réduire la surconsommation de viande animale, co-responsable de la dégradation de la planète.

La valeur, aujourd’hui, se concentre dans la maîtrise des réseaux d’information (ou de désinformation) et de communication

Même si la confusion et le chaos dominent le monde tel que nous l’observons chaque jour, on sent bien que le XXIe siècle cherche à inventer de nouveaux modèles de développement humain. Les initiatives telles qu’Engage s’ajoutent à des milliers d’autres pour envisager d’autres façons de progresser et d’adapter l’humanité à un mode d’existence plus équilibré, plus sensé, plus harmonieux.

Mais ce qui ne cesse de me frapper, c’est à quel point l’immense intelligence humaine disponible (et déjà l’intelligence artificielle) concentre son énergie sur des objectifs dérisoires. La valeur, aujourd’hui, se concentre dans la maîtrise des réseaux d’information (ou de désinformation) et de communication. « Dans tous les domaines, nous sortons de cent cinquante ans de société industrielle. La fabrication des biens a été remplacée par la modification, voire par la manipulation des esprits, comme on l’a vu lors de l’élection américaine, avec un Donald Trump porté par une partie des réseaux sociaux » (Alain Touraine dans Le Monde du 2 décembre 2016).

Au cœur de notre économie et de nos sociétés, il y a désormais l’observation sophistiquée des comportements individuels, pour une efficacité toujours plus grande des outils du marketing. Les acteurs du marché sont à la poursuite d’un idéal indépassable qui peut se résumer en quelques mots très simples : « vendre le bon produit à la bonne personne, au bon moment et au bon endroit ». Cela ne me semble malheureusement pas suffisant pour contribuer à l’élévation de l’esprit, à la diffusion de la culture, à une vie vraiment meilleure.

Nous ne sommes plus à l’âge des grandes utopies politiques et personne n’a vraiment envie de croire à des alternatives à l’économie de marché. La liberté, l’entreprise, tout le monde y tient et tout le monde sait que notre développement futur ne peut pas être un modèle « administré ». On sait aussi que le capitalisme, tout compte fait, a permis à des millions de gens de sortir de la pauvreté dans le monde.

Mais l’échafaudage global manque singulièrement d’attrait. On ne peut avoir une « envie de futur » sans y apercevoir, comme nous invite à le faire Barack Obama, plus de qualités humaines, plus de participation, plus d’épanouissement individuel et collectif… N’y a-t-il que des adaptations individuelles au changement ? On est tenté de le penser tant nos vies plus ou moins minuscules sont riches et très souvent belles, mais on est un peu consterné quand même. On ne sait plus trop comment faire pour y arriver, mais on est encore bien loin d’une « société de confiance », même si on a abandonné tout idéal de « lendemains qui chantent ».

Pour aller plus loin :

  • Découvrez le projet Engage with Refugees
  • Jouez à  #Visionary, le quiz online d’Engage pour mieux comprendre le monde et s’engager
  • Jouez à « 2026, et vous le futur, vous le voyez comment ? »