Arup Ghosh : ce que nous pouvons nous apporter

Arup Ghosh a créé la Tomorrow’s Foundation il y a près de 30 ans à Calcutta. Partenaire de la création d’ENGAGE India, il s’emploie aujourd’hui à créer des liens entre nos deux régions. 

You are the co-founder of the Tomorrow’s Foundation, partner of ENGAGE in India, could you tell us more about it?
I, along with my brother Swarup, created the Tomorrow’s Foundation about 29 years ago with the blessings of Mother Teresa.
The main objective being to cater to the needs of underprivileged children and youth in the field of education Livelihoods through a life cycle approach. The main pillars being education, child protection, disability and skills Livelihoods. Through this long journey we have impacted more than 35,000 children and youth.

What are the more pressing issues for India today?
As per the world Economic Forum Report by 2030, India is poised to become the third largest economy, which will represent both opportunities and challenges.
In coming decades, consumption growth and the Fourth Industrial Revolution will create tremendous opportunities in the emerging Indian market.
3 Pressing challenges are certainly ahead :
1. Skills development and employment for the future work force. As 10-12 million working age people will emerge in India over the next decade.
2. Socio economic inclusion of rural India.
3. Health and Sustainable future.
New health concerns, urban centres grappling with high rates of congestion air, water and waste pollution are undermining the well being of Indian citizens.
To sustain future growth, business and policy makers must address these challenges together to find solutions.
The country will urgently need young dynamic conscious leaders.

What do you think ENGAGE can favorise in India ?
Engage university founded in 2015 aims at empowering future leaders by developing their knowledge of the 21st century challenges and their mastering of the necessary soft skills.
Both private and public sectors have a major role in this upcoming evolution and need therefore to hire next generation conscious leaders. India really needs that.
Plus top of it India must quickly learn from the developed nations the various knowledge and skills to address their challenges.

Do you wish to create more links between India and Europe?
In order to have an inclusive world, I think the time has really come to share and build bridges between countries and continents.
Developed nations like Europe can share the best practices while emerging countries can share frugal innovations, etc.
India being one of the biggest democratic country in the world also has a great treasure of wisdom and knowledge on spirituality which must be shared.
The différent cliches which India still holds today must be broken so that she can encompass the other developed nations for mutual benefits at all levels.

You participated to the programmation of the Indian Festival. Tell me more…
Modern India is a great mix of old traditions plus new cutting edge technology, innovation, etc.
This festival will try to show the various facets of classical musics which varies from one state to another. Renowned artists will try to showcase this mosaic of different forms of art and culture.
It will try to create bridges to inspire more people in Europe and nourish their curiosity.
Live it and feel it …..

One world to describe our desirable futures ? 
Samata sarvabhutesu etad muktasya laksanam 😉 …which means…
Equality in all beings, this is the sign of Freedom.

Namaste 🙏

Emmanuel Delannoy : faire rentrer l’économie dans la biodiversité

Emmanuel Delannoy travaille sur le lien entre l’économie et l’écologie. Son ambition : remettre l’économie et les organisations au service de la biodiversité. Il est consultant associé chez Pikaia.

Emmanuel, tu travailles sur le lien entre l’économie et l’écologie, comment décrirais-tu plus précisément ton activité ?

La vision qui porte l’ensemble de mes activités, au sein de la société Pikaia, c’est que ce n’est pas la biodiversité qu’il faut faire rentrer dans l’économie, mais bien l’économie qu’il faut faire rentrer dans la biodiversité. Autrement dit, rendre compatible nos modes de production de richesses avec les capacités et la dynamique des systèmes vivants. Pour cela, nous avons besoin de travailler sur deux fronts : d’une part, réduire drastiquement l’impact des activités économiques sur la biosphère, notamment par la transformation de nos modes de production et des modèles économiques, et d’autre part, réinvestir dans le capital naturel, ce socle de la création de toute valeur, en préservant, et en restaurant si nécessaire, les fonctionnalités et les capacités d’adaptation et d’évolution des écosystèmes. Ce qui est intéressant, et parfois surprenant, c’est qu’en travaillant sur ces deux leviers, on peut agir à la fois sur la performance globale de l’entreprise, mais aussi sur sa capacité d’innovation et d’adaptation au changement, et donc sa résilience.

La transformation que tu évoques n’implique-elle pas de revoir assez fondamentalement la façon dont les entreprises sont organisées mais aussi leur mission même ?

Oui, fondamentalement, il s’agit d’une véritable métamorphose pour les entreprises. Progressivement, à partir d’une impulsion initiale, tout peut être amené à changer : l’organisation, la gouvernance, la relation client, les compétences, les relations avec les fournisseurs et les partenaires financiers, ou encore avec les institutions, sans oublier, bien sûr, les process, les produits, la façon dont la valeur est délivrée pour le client et le modèle économique. Cette métamorphose, pour être plénement réussie, implique de réinterroger la « raison d’être de l’entreprise », autrement dit, l’intention créatrice qui a précédé sa création. Une entreprise, c’est la mise en commun de moyens, financiers, techniques et aussi humains, au service d’un projet. Pour que ça marche, il faut que cette intention rencontre une demande solvable. Mais cette demande peut évoluer avec le temps et le contexte. Aujourd’hui, les grandes transformations du monde invitent à se poser la question de la « mission » de l’entreprise, c’est-à-dire des enjeux auxquels elle décide de se confronter et des besoins auxquels elle va contribuer à répondre.

Quels changements évoquerais-tu en priorité ? Méthode de production, gestion des hommes, etc.

Il n’y a pas de réponse absolue et unique à cette question. En fait, n’importe quel point d’entrée peut-être le bon, à condition qu’on ait pris le temps de construire une vision cohérente et un cheminement qui permettra d’atteindre l’objectif. Ce serait donc par là qu’il faudrait commencer : réinterroger les valeurs fondamentales de l’entreprise, sa raison d’être, et son « futur souhaité », autrement dit ce moment clé, plus ou moins éloigné, où ses objectifs stratégiques pourront converger avec le respect de principes forts de durabilité. Dit autrement, il s’agit de construire une sorte de « boussole stratégique » qui permettra de concevoir le plan d’action le plus adapté à l’entreprise, à sa situation et à ses ambitions, et de guider les personnes concernées par sa mise en œuvre.

Tu travailles aussi avec des territoires, les problématiques sont-elles différentes ? 

Pour les territoires, les enjeux sont globalement de trouver ce chemin étroit qui permettra de concilier bien-être humain et respect de la capacité des écosystèmes. Ces chemins existent, mais ils sont spécifiques pour chaque territoire. Aucune recette générale ne peut être simplement « copiée / collée » depuis un autre territoire. Par contre, les approches méthodologiques existent, elles ont pu être testées et éprouvées. Chez Pikaia, nous parlons de biomimétisme territorial ou encore de permaéconomie. Après tout, chaque territoire est un écosystème complexe dans lequel des acteurs, économiques, institutionnels et citoyens coévoluent et interragissent avec leur environnement. Ce sont ces dynamiques complexes d’interactions que le « macroscope » de l’écologie et de la systémique nous permettent de mieux comprendre.

Sens-tu aujourd’hui une évolution sur le regard que portent les organisations ou les territoires sur ces approches innovantes ?

Oui. De manière très inégale encore, mais clairement oui, le regard, tant de la part des institutions, des collectivités territoriales que des entreprises, des TPE aux grands groupes, évoluent. Mais, alors que certains prennent une avance considérable et saisissent les nouvelles opportunités, d’autres se réfugient dans le déni. Un écart important est en train de se creuser entre les plus agiles, les plus innovants, les plus conscients des défis peut-être. Il est alors de la responsabilité des territoires et des institutions de faire en sorte que toutes les entreprises soient en mesure de s’adapter à ces changement et mettent en œuvre de nouvelles approches de l’innovation.

Il est temps de passer à 2019; que nous souhaiterais-tu pour l’année qui vient ?

Mon vœux le plus cher est que cette année soit celle de l’apaisement et de l’éveil d’un regard lucide sur les changements inévitables. Il est essentiel que chacun puisse mettre son imagination, son énergie et son engagement, à son niveau et avec ses moyens, au service de cette métamorphose qui peut encore être, malgré les difficultés et l’ampleur des défis à relever, une formidable opportunité de rendre notre société plus fraternelle, plus accueillante et plus ouverte à toutes les diversités.

POUR APPROFONDIR

En 14 minutes | Regarder le Ted X d’Emmanuel Delannoy

En 2 jours | Suivre le parcours d’apprentissage-action « Repenser la terre et ses ressources » de l’ENGAGE University

POUR AGIR

En quelques cliques | Télécharger le Kit climat pour sensibiliser ses proches aux enjeux de notre espèce.

En 3 heures | Participer au Débat-Action du 15 janvier : Replacer l’économie au service du vivant

Olivier Michelet : le temps de l’intuition et des utopies

Olivier Michelet, sociologue, travaille sur les grandes évolutions sociologiques et a fondé Sens&Signes il y a 15 ans. Facilitateur en process d’innovation et conférencier, il développe différents outils de prospective pour de grandes entreprises ou instituts d’études. Passionné par les utopies et la place de l’intuition dans nos sociétés, il intervient à l’ENGAGE University au sein du programme Transformation.

– En tant que sociologue, comment analyses-tu les ressorts de la crise que traverse notre société ? 

Bien que beaucoup ait déjà été dit à propos des gilets jaunes, difficile de s’en décentrer complètement pour répondre à cette question.

Certes, il est facile de donner le tiercé gagnant après la course, néanmoins, force est de reconnaître que cette crise (que l’on peut, d’ores et déjà évaluer comme une crise majeure de société) était tout à fait prévisible. Principaux signes avant-coureurs ?

Dans la forme, les mouvements Nuit debout et zadistes, qui, au-delà de leurs spécificités auguraient, à leur manière, de nouvelles formes de mobilisation (spontanéité, authenticité, refus d’organisation, de médiatisation et de personnalisation…) et dont il était illusoire de penser que répression vaudrait résolution. Au final, les leaders auto-désignés du mouvement ont réussi à faire la preuve, au-delà de leur maîtrise dialectique incontestable, d’une nouvelle façon de parler la politique, rendant définitivement inaudibles les registres convenus de la classe politique en place, que l’on avait pourtant cru un temps rénovés.

Et, dans le fond, on a été tenté de limiter d’abord, les causes de mécontentement à un simple problème de fiscalité, cédant à la tendance actuelle à assimiler politique et expertise comptable. Peu à peu, le discours du mouvement s’est structuré, refusant le piège de l’opposition binaire : problématiques environnementales-économiques (d’après la fameuse expression de Nicolas Hulot, « concilier fin du mois et fin du monde »), pour « s’idéologiser » autour de la convergence des symptômes : crise environnementale, crise du système néo-libéral et crise de la démocratie. Cette inflexion a contribué à assurer la sympathie du mouvement dans l’opinion publique et à préparer le terrain d’une possible coagulation des revendications.

– Tu travailles beaucoup sur les utopies, la société actuelle en manque-t-elle ?

Je ne parlerai pas de manque mais d’aversion immédiate et spontanée à l’utopie : aujourd’hui, évoquer l’utopie et à fortiori se réclamer de la longue et riche tradition du courant utopiste (profondément ancré dans la culture française) apparaît incongru, pour ne pas dire totalement disqualifiant, tant ses valeurs se situent en complet décalage avec les valeurs dominantes de notre époque et le nouveau credo : pragmatisme, efficacité, rationalité, rentabilité…

Le mot lui-même pâtit d’un incroyable glissement sémantique, qui l’assimile désormais à de la « rêverie irréaliste, irréalisable », voire irresponsable !

Pourtant, si l’on remonte aux origines, Thomas More, inventeur du mot « utopie » et initiateur du courant utopiste moderne, fut chancelier d’Angleterre et donc, pas seulement un doux rêveur, naïf et déconnecté des réalités de son temps. Plus près de nous, le courant scientiste du XIXème siècle qui a soutenu l’accession de la France à la modernité, son développement industriel et la période des grands travaux d’infrastructure était profondément imprégné des idées de l’utopiste Saint-Simon, elle-même en lien avec les valeurs de progrès du « Siècle des Lumières ».

Récemment, l’utopie fut aux sources du développement d’Internet et Internet, lui-même est aussi source d’utopies (Wikipédia, crowfounding, civic techs…). Enfin, notre époque « disruptive » et en quête de transformation foisonne de réalisations concrètes d’inspiration clairement utopique, que nous ne savons pas toujours discerner.

Nicolas Hulot concluait son récent passage à « l’Emission politique » par ces mots « Le temps de l’utopie est décrété ! »

– Comment finalement ré-enchanter notre avenir ? L’imagination, l’intuition, semblent centrales dans ton discours. 

Quand on me parle d’avenir, je réponds présentisme : notre rapport au temps est de plus en plus inscrit dans un présent indépassable. Pour le dire vite, dans les sociétés traditionnelles basées sur la transmission par les anciens, c’est le passé qui était valorisé, le futur n’étant envisagé que comme répétition programmée du passé. Dans les sociétés modernes, alors animées par les valeurs de progrès, c’est le futur qui devient porteur de tous les espoirs, le passé obscur et obscurantiste étant à dépasser. Après les cataclysmes du XX ième siècle (guerres mondiales, Shoa, périls atomiques et désormais, impasse environnementale…) les valeurs de progrès ce sont effondrées, ouvrant sur ce que certains ont appelé la post-modernité. Enfin, après la Chute du Mur, on s’est mis à croire à une « fin de l’histoire », marquée par une suprématie indépassable du modèle de démocratie libérale (démocratie + néo-libéralisme).

Quoi qu’il en soit, après société de consommation ou autre société de communication, il semble bien que nous soyons désormais dans la société de l’innovation : nous vivons désormais dans un présent éternel, rythmé par une profusion quotidienne d’innovations technologiques disparates. L’innovation s’avère fortement addictive, mais ne suffit pas à projeter un avenir désirable, ni même porteur de sens. Et récemment les thèses de la collapsologie viennent encore affecter toute possibilité de projection dans le futur. Le progrès est mort, le futur ne vaut guère mieux, place désormais aux utopies concrètes d’aujourd’hui et peut-être, d’après !

– Quelles lectures nous conseillerais-tu, pour nous aider à déchiffrer cette grande complexité ?

Je me dois de citer mes sources : « Présentisme et rapports d’historicité » de François Hartog, qui sous-tend ma réponse précédente. Autre inspiration, Christopher Lasch et notamment son ouvrage prémonitoire : « La culture du narcissisme », datant de 1979 ! Enfin, le récent livre « Happycratie » de Eva Illouz et Edgar Cabanas, qui revisite le courant de la psychologie positive, dont on découvre avec le recul, l’effet lénifiant, anesthésiant, voire carrément aliénant.

– Des raisons de garder vivace en nous l’envie d’agir ?

Le thème de l’intuition que j’ai commencé d’approfondir récemment (et dont je suis loin d’avoir fait le tour !) et qui me passionne par la perspective ouverte sur le développement d’un potentiel individuel jusqu’ici largement sous-exploité. Face au danger annoncé de l’I.A., il se pourrait bien que les facultés intuitives constituent le dernier périmètre de résistance de l’humain, face à la prolifération technologique.

Enfin, j’ai tendance à voir notre époque actuelle, de remise en question profonde et essentielle, comme une répétition de la révolution de 68, qui avaient alors révélé de façon incontestablement prémonitoire tant des problématiques  actuelles. Alors, est-ce un effet d’âge ? A travers ceux que j’ai la chance de côtoyer, je fonde une grande confiance dans cette jeune génération (la génération Y, pourtant si souvent décriée), pour réussir, quand leurs aînés ont échoué à concrétiser durablement l’ensemble des aspirations et les utopies, qui avaient alors émergées.

POUR APPROFONDIR

En 1 jour | Lire Happycratie : comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies

En 3 jours | Lire Les Utopies réalistes  de Rutger Bergman

POUR AGIR

En quelques heures | Visiter l’écosystème Darwin à Bordeaux

En 10 jours | Suivre le programme Transformation de l’ENGAGE University

 

Amandine Lebreton : l’information scientifique pour provoquer l’engagement

Depuis 10 ans, Amandine Lebreton travaille au sein de la Fondation pour la Nature et l’Homme pour métamorphoser notre modèle de société. Ingénieur agronome, elle dirige aujourd’hui le pôle Scientifique et Technique de l’organisation créée par Nicolas Hulot. Le pari de la FNH ? Démontrer que les solutions existent et favoriser le changement des comportements individuels et collectifs, en s’appuyant sur l’information scientifique la plus complète et objective. 

Elle co-animera la conférence du 5 décembre qui introduit les enjeux de biodiversité du Défi « Replacer l’Economie au Service du Vivant ».  

Pourquoi un défi sur la biodiversité aujourd’hui ?

La biodiversité est encore et toujours la grande oubliée des enjeux environnementaux alors même qu’elle est le socle de notre vie, le substrat de notre économie et même notre assurance majeure face au changement climatique ! La preuve, une COP biodiversité se tient actuellement en Egypte et personne ne le sait…

On parle de chute de la biodiversité, qu’est-ce que cela signifie concrètement en France ?

Les espèces disparaissent et les milieux se dégradent à toute vitesse. En France, c’est 30 % des oiseaux qui ont disparu de nos campagnes en 15 ans et 80 % des insectes en Europe. Cette perte de biodiversité est la conséquence d’activités humaines destructrices qu’elles soient agricoles ou industrielles. Parmi les causes majeures, nous retrouvons également l’artificialisation des sols : un département français disparait tous les 7 à 10 ans en France sous les constructions de routes, de parkings, d’habitations… Dans ces conditions, comment retrouver une dynamique globale et mettre en place des corridors écologiques fonctionnels ?

N’est-il pas trop tard ? Peut-on encore réparer ce qui a été si fortement maltraité ? Est-il possible de reconstruire ?

Comme disait Robert Barrault, la biodiversité c’est le tissu vivant. Et il est d’une incroyable résilience… jusqu’à un certain point. Nous avons atteint des seuils gravissime de perte dans certains endroits mais partout où il est possible d’agir, il faut maintenir un espoir et redonner à la biodiversité tout son potentiel. Cela vaut pour la biodiversité extraordinaire comme ordinaire.

La FNH est particulièrement engagée sur cet enjeu, quelles sont ses priorités ?

En 2020, la France accueille le congrès Mondial de l’UICN et la même année se tiendra en Chine la COP 15, l’équivalent de la COP 21 pour la biodiversité. Si le grands messes ne peuvent pas tout, ces évènements sont l’occasion de se projeter collectivement pour d’une part redonner une place centrale à la biodiversité dans les combats écologiques et d’autre part agir en France qui doit être exemplaire. Deux axes majeurs sont identifiés pour la FNH : la réduction drastique de l’usage des pesticides qui empoisonnent notre environnement et nos vies et la lutte contre l’artificialisation des sols.

Pour conclure, donnez-nous quelques raisons de nous engager, de nous battre et de rejoindre ce Défi…

C’est tout ce à quoi on tient ! Un bon repas avec de bons produits, nos vêtements, l’eau que nous buvons, l’air que nous respirons … ou encore l’agréable randonnée que nous ferons l’été prochain. Chaque jour les êtres humains tirent de nombreux services gratuits de la biodiversité. Les maintenir fonctionnels doit devenir notre priorité collective. Et c’est le levier majeur pour s’adapter au changement climatique en cours.

POUR APPROFONDIR

En 6 minutes | Comprendre l’importance de notre biodiversité avec Robert Barrault

En 12 minutes | S’émouvoir avec l’astrophysicien Aurélien Barrau sur la scène de CLIMAX

En 14 minutes | Porter un nouveau regard sur l’évolution des espèces avec Pierre-Henri Gouyon

En 4 jours | Se former au biomimétisme à l’Institut des Futurs Souhaitables 

POUR AGIR

En quelques cliques | Télécharger le Kit climat pour sensibiliser ses proches aux enjeux de notre espèce.

En 1h30 | Participer à une session d’intelligence collective du cycle Défi « Replacer l’économie au service du vivant ».

En 2 jours | Suivre le parcours d’apprentissage-action « Repenser la terre et ses ressources » de l’ENGAGE University

La truite et le champignon

Je discutais durant l’été de pêche à un dîner. Passés les habituels sourires étonnés, aucun n’associait à cette pratique ce qu’il signifie du rapport intime aux éléments, au vivant, ou simplement à la rivière. Je proposais plus récemment encore lors d’un forum sur le vivant de débuter par une cueillette de champignons, et tous s’inquiétaient d’abord d’une possible intoxication. Là encore, de trop vagues réminiscences de l’odeur du sous-bois ou de l’humus.

Anecdotique, me direz-vous. Pas forcément.

Un article du Monde citait une étude du Manhattan College selon laquelle seuls 26% des enfants jouent chaque jour en plein air, contre 71% pour la génération de leurs parents. Un autre évoquait l’incapacité d’une majorité de bambins à différencier un poireau d’une courgette.

Et si les problèmes que nous rencontrons aujourd’hui émanaient de ce rapport fondamentalement distendu entre nous et notre écosystème ? N’est-il pas illusoire de demander à nos concitoyens de protéger la biodiversité lorsque nous n’entretenons plus avec la nature de rapport sensible ?

Si l’intervention de Nicolas Hulot lors de sa célèbre démission s’est révélée particulièrement émouvante pour nombre d’entre nous, c’est qu’il y évoquait sa tristesse de sentir ce rapport se déliter. Elle alertait aussi plus largement sur la nécessité de redessiner un lien sensible à soi, aux autres et à notre environnement.

Comme le montre le photographe George Steinmetz dans son reportage sur la malbouffe vue du ciel, c’est bien cette distance par rapport au réel, au terrestre, comme le dirait Bruno Latour, qui explique l’impasse dans laquelle nous sommes. Fermes de 10.000 génisses qui ne verront jamais la lumière du jour aux Etats-Unis ; usine produisant 32 millions de porcs par an en Chine. Certains répondront qu’il faudra bien nourrir 10 voire 11 milliards de terriens dans 30 ans. Comme cela, nous n’y arriverons pas.

Harvesting organically grown green oak leaf lettuce for Earthbound Farms near Hollister CA.

Acceptons tout d’abord d’inverser l’ordre de nos priorités et de penser que nous, humains, ne sommes pas tout-puissants mais au coeur d’un écosystème dont nous dépendons. Prenons chacune de nos décisions à l’aune de leurs externalités sur le vivant, replaçons le bien commun au coeur de nos préoccupations, en amont de chacun de nos choix.

Je propose déjà, pour commencer, de rendre la cueillette des champignons obligatoires pour nos bambins. Et vous ? Une proposition ? Je suis certain que votre imaginaire est déjà en marche…

Pour aller plus loin :
– Retrouver le travail du photographe Goerge Steinmetz ICI
– Connaître le projet Fermes d’avenir initié par Maxime de Rostolan
– Lire Le dernier livre de Bruno Latour : Où Atterrir
– Consulter le blog d’Alain Grandjean : Chroniques de l’anthropocène

Pour agir :
– Participer au Défi ENGAGE sur la biodiversité : ICI
– S’inscrire à un programme dédié de l’ENGAGE University

Tech For Good… or die

Les technologies digitales sont à un tournant. Parce que prises dans leur ensemble, elles constituent un nouveau système d’information, aujourd’hui totalement dominant – elles sont capables de changer notre perception du monde et donc notre manière d’agir sur celui-ci. Sans prise de conscience de leur impact profond sur nos biens communs, laissé au jeu de tel ou tel « cavalier solitaire », alors c’est l’équilibre de nations toutes entières qui peut basculer. La campagne électorale américaine de 2016 et l’influence des fake news et de la manipulation de cette émotion particulière qu’est la peur, amplifiée par les réseaux sociaux, en est un exemple édifiant.

Mais il y a dans la constitution même de ces nouvelles technologies un contre-poison qui doit permettre de stopper les influences pernicieuses d’acteurs, soit à la rationalité économique limitée, soit animés d’une volonté de subversion politique et d’affaiblissement de nos nations.

Ce contre-poison, il est dans la logique digitale elle-même. Celle-ci trouve la valeur dans l’information la plus pertinente qui permet la meilleure décision. Elle se fabrique dans la mesure des phénomènes – qui est le sens  véritable de ce mot de data, big ou smart, qui ne se révèle que dans la transparence la plus grande. Elle se cherche dans l’exercice de l’expérimentation d’hypothèses commerciales, ce que l’on appelle dans les écosystèmes le « learn startup » – mais qui n’est pas autre chose qu’une réactualisation de la méthode scientifique expérimentale. Elle ne se vit que dans le schéma d’un réseau, tissé d’interdépendances, de respect pour chaque unité – même s’il ne crée qu’un lien faible ; et dans une logique toujours plus grande d’un « petit monde » où chacun n’est jamais qu’à deux ou trois jets de pierre de l’autre, quel qu’il soit. Cette société à la recherche permanente de la vérité est peut-être ce qui nous attend au bout de notre transformation digitale, nouvelle incarnation possible de l’Open Society de Karl Popper.

C’est ce chemin vers cette nouvelle société, et ses modes d’actions, que nous essayons d’emprunter dans la formation Innover vers une technologie humaniste.

Pour aller plus loin :
• sur l’innovation technologique : le site internetactu
• sur philosophie et numérique : le podcast Penser le numérique
• sur l’humanisme numérique : le podcast Pour un humanisme numérique
• sur le RGPD : la vidéo Comprendre le RGPD en 5 questions
• sur la cybersécurité : le TEDX de Guy-Philippe Goldstein

Réinventer l’Entreprise

Le 13 novembre 2017, quinze mille scientifiques poussaient un cri d’alarme et nous exhortait à opérer un changement profond dans notre gestion de la terre et de la vie qu’elle recèle. Larry Fink, Président du fond d’investissement BlackRock, exhortait récemment les entreprises dont il est actionnaire, à plus de transparence et à favoriser la création de valeur à long terme.

Nous avons aujourd’hui collectivement l’obligation de prendre nos responsabilités et d’agir autrement. Le monde est fini, limité en ressources comme en capacité d’absorption du CO2 ; Il a changé de nature, rendu instable, mouvant, liquide par l’accélération exponentielle des technologies ; il est devenu transparent à l’heure où l’information se partage en un clic, hors de tout contrôle. Nous pensions le monde infini, stable, cloisonné, nous le découvrons fini, liquide, transparent. Dans ce nouveau monde, les cartes des responsabilités sont rebattues et la répartition des pouvoirs redistribuée, entre les Etats, les territoires, les institutions supranationales et financières, les entreprises privées et la société civile, plus ou moins organisée.

Lorsque les Etats sont économiquement sous tension, que le pouvoir politique voit sa légitimité reculer, le rôle des entreprises ne peut rester inchangé. La responsabilité de l’entreprise privée est immense car sa capacité d’impact est immense : sa vocation ne peut plus se limiter à la seule création de valeur économique et sa mission se restreindre à satisfaire les intérêts de ses seuls associés, comme les définissent les articles 1832 et 1833 du code civil*.
La Mairie de New-York ou le fond d’investissement BlackRock -plus de 5.000 milliards d’euros d’actifs en 2016-, au travers de leurs injonctions récemment adressées aux entreprises de contribuer positivement à la société, disent finalement la même chose : l’entreprise qui n’a pas le bien commun comme horizon est probablement vouée à disparaître car, dans ce nouveau paradigme, elle perdra ses consommateurs, ses salariés et ses actionnaires. Il était temps.

Le monde de l’entreprise bouge, par nécessité pour certains, qui le jugent insincère, par conviction pour d’autres, qui croient en une prise de conscience profonde. Quelles qu’en soient les raisons, comment encourager, accélérer cette évolution ?

Pour l’entreprise, redéfinir son rapport au bien commun ne sera pas aisé car il nécessite des évolutions majeures :

Changer ses modes de gouvernance – inscrire l’entreprise dans la Cité et signer un pacte d’alliance sincère et durable avec les autres acteurs organisés de la société civile et les citoyens.
Placer l’éthique au cœur de sa stratégie de long terme – elle est à terme la condition de sa performance économique.
Définir avec les états, de nouveaux indicateurs de performance – ils dépassent la seule dimension économique : impact sur la Terre, sur la santé, sur le bien-être et permettent de mesurer toutes les externalités.
Instiller à tous les niveaux hiérarchiques des nouveaux modes de management et de leadership – ils s’appuient sur des passeurs*, ‘émancipés’ et en cohérence avec eux-mêmes, et non plus sur des collaborateurs contraints par leurs fonctions.
Viennent alors les questions. Comment soutenir cette transition ? Comment concilier la performance et la vertu** ? Devons-nous redéfinir le statut juridique voire l’objet social des entreprises privées ?

Ces questions sont complexes car l’entreprise est sous la contrainte d’une compétition souvent internationale. Faut-il redéfinir son statut juridique sur notre territoire au risque de les défavoriser à l’international ou devrions-nous inventer un nouveau statut européen ?
Doit-on redéfinir leur objet social au risque de les rendre vulnérable à des attaques que porteraient des acteurs organisés de la société civile ? C’est évidemment tentant. Mais ce n’est pas si simple, car l’enjeu est d’imaginer une transition rapide et non de provoquer un jeu de massacre qui ne servirait personne. Et puis, qui serait le juge de sa bonne moralité ?

La loi du 31 juillet 2014 relative à l’Economie Sociale et Solidaire a fait naître de nouvelles formes d’organisations commerciales ; Le cabinet Prophil*** vient de publier un panorama international des statuts hybrides au service du bien commun, insistant tout particulièrement sur les entreprises à mission, dont nous pourrions nous inspirer. Encore faut-il trouver les moyens de soutenir le développement de ces nouvelles entreprises.

Plus encore, notre ambition doit-elle se limiter à bâtir, encore et toujours, un monde parallèle, lorsque la majorité des entreprises ne change pas de trajectoire ? Comment faire en sorte que ces aménagements fassent bouger la majorité et pas seulement les plus vertueux ?

Il s’agit, en somme, d’aider les entreprises, ces « personnes morales », à se doter d’une véritable personnalité éthique. C’est le défi du débat que nous, ENGAGE, Spintank, et tous ceux qui voudront nous rejoindre, souhaitons lancer avec les acteurs de la société civile, les acteurs économiques et les décideurs politiques, car seule une dynamique d’alliance nous permettra de faire réellement bouger les lignes.

Jérôme Cohen
Fondateur d’ENGAGE

*L’objet social des entreprises est défini par les articles 1832 et 1833 du code civil
**Voir le livre ‘Entreprise et bien commun : la performance et la vertu’ de Pierre-Etienne Franc et Michel Calef, au éditions du Palio
***Etude réalisée par le cabinet Prophil en collaboration avec Mines ParisTech

Et enfin, la lettre de Larry Fink, ici

Du jardinage à l’agriculture, les nouveaux contours d’une ville durable

Dans des centres urbains denses et de moins en moins respirables, stressants, la mutation rapide des pratiques de jardinage, sous toutes leurs formes, modifie non seulement l’aspect esthétique en ville mais également la qualité de la vie.

La pollution atmosphérique est la troisième cause de mortalité en France, selon une étude publiée en juin 2016 par Santé publique France. Si les politiques peinent à prendre des décisions pour réduire la circulation des centres urbains ou orienter des stratégies individuelles et entrepreneuriales qui réduiraient les émissions à la source, les citoyens, eux se sont organisés depuis maintenant 20 ans, pour créer des espaces de respiration, occuper les lieux les plus divers et y installer des végétaux. Car là où il y a du végétal, il y a de l’oxygène et surtout une volonté humaine de laisser la vie s’exprimer, une respiration exister.

Tout a commencé avec quelques jardins partagés, associations d’habitants qui ont récupéré des friches urbaines pour jardiner. Avec plus de 120 espaces dans Paris intra-muros et une politique publique dédiée, cet engouement ne s’est pas démenti. Au-delà du jardinage, ces expériences ont démontré la qualité du lien social, l’inventivité des démarches collectives (projections cinématographiques en extérieur, installation d’oeuvres d’art, accueil des habitants chaque semaine…). Plus récemment, se sont installés des ruchers sur les toits, des composts collectifs dans les copropriétés, des poulaillers urbains. Ils sont venus compléter les bois, les vergers, les vignes et toutes les initiatives ponctuelles, transportables ou de partage (incredible edible).

Fantasme véhiculé des Etats-Unis ou réalité de ferme-usine, l’idée de l’agriculture urbaine au sens de produire localement des aliments en ville, est une solution régulièrement évoquée. Avec la végétalisation verticale, ce sont les dernières marges d’une ville saturée qui sont exploitées pour introduire du vivant, du végétal et donc dans le même temps du lien social et de l’humain.

L’agriculture urbaine ne va pas nourrir la population d’une mégapole, car elle s’avère aujourd’hui peu rentable, stratégie de niche, mais sa grande qualité est de mettre en lien de nouveaux porteurs de projets et d’introduire encore plus de surfaces végétales en ville. Elle pose la question en France de l’occupation des toits. Déjà transformés les décennies précédentes en toits-terrasses, ils pourraient désormais se transformer progressivement en landes, prairies, potagers ou qui sait, vergers, forêts ? Ils répondent au besoin d’espace planté, de renouveau végétal, de nature à proximité. Ils pourraient être une source d’oxygène indispensable pour respirer en ville demain. Mais ces espaces seront-ils suffisants ?  Restera-t-il des friches, des réservoirs naturels de vivant, au sens défini par Gilles Clément de « Terrain abandonné. Laissé à sa libre évolution. Site d’accueil des espèces pionnières. La friche est toujours jeune, instable et riche » (Gilles Clément, Louis Jones, Une écologie humaniste, Aubanel, p. 225) ?

Des solutions existent, utopiques, révolutionnaires pourraient dire certains, contre la saturation. Créer du vide, de l’espace dans la portion publique, du vivant sur des trottoirs, des rainures dans le macadam, de l’herbe entre les pavés, des jardins en lieu et place de voitures, des jardins comme nécessité publique, comme lieu de circulation et non plus comme lieux de loisirs enfermés derrière des grilles.

Car chaque parcelle durable gagnée ne produira pas de la nourriture pour les habitants des villes, mais chaque parcelle de végétal créée offrira aux générations futures un peu plus de chance de respirer.

Pour aller plus loin :

Droits photo AIA Architectes, MOA Emmaüs Habitat, Paysagiste Champ Libre.

Avons-nous envie de vivre en 2030 ?

Par Lucas Delattre, intervenant à l’Engage University

Le monde va-t-il mieux ou court-il à sa perte ? Chacun d’entre nous pressent confusément que les deux hypothèses sont aussi vraies l’une que l’autre. « Now is the greatest time to be alive », écrit Barack Obama dans le magazine Wired (octobre 2016). « This is the most dangerous time for our planet », écrit pour sa part Stephen Hawking dans le Guardian du 1er décembre 2016. Le célèbre astrophysicien britannique envisage sérieusement une prochaine extinction de notre espèce : « je ne pense pas, dit-il, que nous survivrons encore 1 000 ans sans devoir nous échapper de notre fragile planète ».

Que retenir de ces contradictions ? Le bouillonnement créatif qui n’a jamais paru si vibrionnant, l’intelligence individuelle et collective qui se déploie partout et à tous les niveaux, l’économie en réseaux qui multiplie les initiatives et permet à toutes les bonnes idées et à toutes les bonnes volontés de se rencontrer et d’œuvrer ensemble ?

Ou plutôt les nuages de toutes sortes qui s’accumulent à l’horizon ? A commencer par le dépérissement de la planète lié au réchauffement climatique et qui se traduit notamment par un gravissime recul de la biodiversité sur terre et dans les mers. Sans parler de l’actualité internationale en 2016 : regain des nationalismes agressifs un peu partout, montée de la xénophobie, de l’intolérance religieuse meurtrière et des peurs de toutes sortes, perte de vitesse des systèmes coopératifs basés sur le droit.

Comment sortirons-nous de ces contradictions ? Question purement rhétorique quand on sait par exemple que la Chine est en 2016 tout à la fois le premier pollueur de la planète et le premier laboratoire d’énergies vertes. On vivra donc très certainement pour longtemps encore dans de sévères paradoxes…

La mode, illustration de l’essoufflement de notre modèle

Il n’empêche qu’on a le droit d’espérer que la notion de « progrès » n’est pas morte. Prenons l’exemple apparemment anodin de la mode mais qui est un secteur économique de premier plan. Je recommande d’écouter un TedTalk de Rachel Arthur, une journaliste britannique spécialisée dans la mode et la technologie. Cette conférence prononcée en octobre 2016 délivre un message simple : la mode doit effectuer un passage nécessaire « de la frivolité à la soutenabilité » (« from frivolity to sustainabiliy »). 

Voici le constat de base de Rachel Arthur :

– La mode est la seconde industrie la plus polluante sur terre après le pétrole.
– Elle produit 10 % des émissions de carbone sur terre.
– Elle utilise 1/4 des produits chimiques consommés chaque année dans le monde.
– Elle est la seconde activité la plus vorace en eau après l’agriculture (on utilise 20 000 litres d’eau pour une seule paire de jeans et un seul T-shirt).
– Depuis l’an 2000, on produit 60 % de vêtements en plus (100 milliards de produits), dont 3/5 finissent à la décharge dans l’année qui suit.

La mode n’est qu’un exemple parmi beaucoup d’autres de l’essoufflement de notre modèle. Et si l’avenir s’élabore sous nos yeux grâce aux nouvelles technologies, priorité à celles qui peuvent aider à sortir de l’impasse.

Google vient d’annoncer que sa consommation d’énergie, équivalente à celle de la ville de San Francisco chaque année, proviendra à 100 % d’énergies renouvelables à partir de 2017.

On a envie de se dire que oui, naturellement, toute innovation technologique est au service d’une amélioration de la condition humaine. Mais on n’en est pas tout à fait sûr, du moins pas à 100 %. Certes, on progresse dans tous les domaines de la science et de la médecine. De nombreux chercheurs dans le domaine du bio-mimétisme s’inspirent de plus en plus du vivant et cherchent à reproduire à l’identique les matériaux qui s’épuisent (un exemple : le cuir). Dans l’alimentation, on va sans doute parvenir à réduire la surconsommation de viande animale, co-responsable de la dégradation de la planète.

La valeur, aujourd’hui, se concentre dans la maîtrise des réseaux d’information (ou de désinformation) et de communication

Même si la confusion et le chaos dominent le monde tel que nous l’observons chaque jour, on sent bien que le XXIe siècle cherche à inventer de nouveaux modèles de développement humain. Les initiatives telles qu’Engage s’ajoutent à des milliers d’autres pour envisager d’autres façons de progresser et d’adapter l’humanité à un mode d’existence plus équilibré, plus sensé, plus harmonieux.

Mais ce qui ne cesse de me frapper, c’est à quel point l’immense intelligence humaine disponible (et déjà l’intelligence artificielle) concentre son énergie sur des objectifs dérisoires. La valeur, aujourd’hui, se concentre dans la maîtrise des réseaux d’information (ou de désinformation) et de communication. « Dans tous les domaines, nous sortons de cent cinquante ans de société industrielle. La fabrication des biens a été remplacée par la modification, voire par la manipulation des esprits, comme on l’a vu lors de l’élection américaine, avec un Donald Trump porté par une partie des réseaux sociaux » (Alain Touraine dans Le Monde du 2 décembre 2016).

Au cœur de notre économie et de nos sociétés, il y a désormais l’observation sophistiquée des comportements individuels, pour une efficacité toujours plus grande des outils du marketing. Les acteurs du marché sont à la poursuite d’un idéal indépassable qui peut se résumer en quelques mots très simples : « vendre le bon produit à la bonne personne, au bon moment et au bon endroit ». Cela ne me semble malheureusement pas suffisant pour contribuer à l’élévation de l’esprit, à la diffusion de la culture, à une vie vraiment meilleure.

Nous ne sommes plus à l’âge des grandes utopies politiques et personne n’a vraiment envie de croire à des alternatives à l’économie de marché. La liberté, l’entreprise, tout le monde y tient et tout le monde sait que notre développement futur ne peut pas être un modèle « administré ». On sait aussi que le capitalisme, tout compte fait, a permis à des millions de gens de sortir de la pauvreté dans le monde.

Mais l’échafaudage global manque singulièrement d’attrait. On ne peut avoir une « envie de futur » sans y apercevoir, comme nous invite à le faire Barack Obama, plus de qualités humaines, plus de participation, plus d’épanouissement individuel et collectif… N’y a-t-il que des adaptations individuelles au changement ? On est tenté de le penser tant nos vies plus ou moins minuscules sont riches et très souvent belles, mais on est un peu consterné quand même. On ne sait plus trop comment faire pour y arriver, mais on est encore bien loin d’une « société de confiance », même si on a abandonné tout idéal de « lendemains qui chantent ».

Pour aller plus loin :

  • Découvrez le projet Engage with Refugees
  • Jouez à  #Visionary, le quiz online d’Engage pour mieux comprendre le monde et s’engager
  • Jouez à « 2026, et vous le futur, vous le voyez comment ? »

ETHIQUE : tentons le vrai

Un chasseur de tête me racontait son entretien avec le directeur marketing d’un groupe international de produits de grande consommation. Non, ses enfants ne mangeraient jamais les produits qu’il vend. Non, il ne démissionnerait pas, malgré ses doutes, malgré ses griefs, car ses frais sont importants et son salaire ronflant.

Il ne s’agit pas de juger ni de dénoncer, mais de comprendre comment casser ce schéma qui creuse la séparation entre l’Homme et sa fonction, entre le père et le salarié. Dans les entreprises évidemment, en politique certainement, dans notre vie personnelle.

Platon écrit que pour rendre les organisations éthiques, il ne faut pas inculquer des normes sociales, mais aider les personnes à découvrir par elles-mêmes la réalité du bien, du beau et du vrai.

Il ne s’agit pas d’établir des normes donc, mais de s’appuyer sur les personnes. Et c’est ici que l’éthique peut nous aider, même si le mot peut déstabiliser lorsqu’il se teinte de moralisme ou nous décourager lorsqu’il revient ab nauseam dans des discours sans effet.

L’éthique comme seule capable de reconstruire en profondeur ce qui a été détruit : le lien*, la cohérence.

Chacun d’entre nous est alternativement une citoyenne, un salarié, une mère, un consommateur, une électrice. Pourtant ces séquences de nos vies ne font plus que rarement système et déchirent notre être pour lui enlever son unité fondamentale. Il s’agit de replacer l’éthique comme fil et comme projet de vie pour redonner à la vie justement sa cohérence.

De quelle éthique parle-t-on ?

De l’éthique politique tout d’abord,LEP de l’éthique de nos politiques, incapables souvent de dépasser leurs intérêts et de changer les principes de gouvernance, seuls préalables réels à une réorientation des décisions vers le bien commun. Revoir cette tirade sublime de Jean Gabin dans le film de Jacques Audiard Le Président vaut plus que bien des discours.

Visionner la scène de l’assemblée nationale.

 

De l’éthique des entreprises et de leurs dirigeants ensuite, qui chantent parfois haut leurs valeurs personnelles alors que les structures qu’ils dirigent n’évoluent pas : quête de croissance, pression des actionnaires, emprisonnement dans un système qui ne veut pas lâcher. Les paramètres sont multiples qui bloquent encore et encore toute réforme réelle.

De l’éthique personnelle surtout, car derrière les dirigeantes, les décideurs, les salariées en position de changer les choses, il y a des femmes et des hommes en manque voire en quête de cohérence. La norme revient aujourd’hui à accepter des distorsions parfois abyssales entre nos propres valeurs et ce que notre fonction nous impose.

De l’éthique personnelle encore car chacun ressent bien les distorsions entre certains de ses comportements ou de ses choix de consommateur et ses convictions intimes. Par manque de temps, de moyens, de connaissance certainement.

C’est bien au niveau des personnes qu’il faut premièrement faire levier.

En utilisant tous les outils dont nous disposons aujourd’hui pour accompagner ceux qui le souhaitent ou faire pression sur les plus résistants. Car quelques soient ses responsabilités, chaque personne peut avoir un impact.

De nombreuses organisations y travaillent. Elles ont pour beaucoup dépassé l’affrontement stérile pour favoriser un accompagnement constructif ou une dénonciation efficiente.

Certaines, comme l’Art de Vivre, promeuvent la méditation de pleine conscience pour faciliter, dans les entreprises, la réconciliation des collaborateurs, avec eux-mêmes et avec leurs pairs. D’autres comme Ethique sur l’étiquette condamnent les agissements des grandes sociétés textiles et les incitent à changer leurs modes de fonctionnement. Foodwatch, né en Allemagne et présent en France depuis deux ans, dénonce les produits alimentaires dangereux pour la santé. E-boycott, fraîchement lancé, appelle à des campagnes de boycott sur le web et invite les entreprises à répondre aux questions des signataires.

Se réconcilier donc, individuellement, pour ensuite retisser collectivement une société du lien, reconstruire une économie plus sage et plus humaine. C’est de cette nécessité que nous parlerons et sur ces solutions que nous travaillerons lors des prochains Engage Days, Ethique : tenter le vrai, du 6 au 9 octobre, en compagnie de ceux qui construisent cette transition.

jem 

Pour suivre et aider les organisations citées :

Art of living                                       Je m’engage

Foodwatch                                        Je m’engage

Ethique sur l’étiquette                    Je m’engage

E-Boycott                                          Je m’engage

Transparency International          Je me renseigne

Conseil de lecture : Impliquons-nous, dialogue manifeste entre Edgar Morin, le philosophe artiste et Michelangelo Pistoleto, l’artiste philosophe ; discussion passionnante sur la nécessité de s’impliquer pour rebâtir une nouvelle société, dialogue sensible entre éthique et esthétique.

Conseil cinématograhique : Le Président, est un film français réalisé par Henri Verneuil, sorti en 1961, adapté du roman éponyme de Georges Simenon, et dialogué par Michel Audiard.

*Charles Eisenstein, éditorialiste américain, donne un exemple certes anecdotique mais parlant dans un livre publié en 2011, the sacred economy, très justement traduit par ‘l’économie du lien’ en allemand : Au Guatémala, un père conduisant son fils chez le docteur ne dira pas mon fils est malade mais ma famille est malade ; ce n’est pas un fleuve qu’il s’agira de dépolluer, mais l’environnement tout entier.

Inventer un nouveau rapport au monde

Il faut tout changer, probablement. Repenser notre système politique, notre système économique, nos médias, notre rapport au vivant. Pourtant cette injonction, qui sonne pour beaucoup comme une évidence, est aussi la voie la plus rapide vers le découragement et le renoncement.

Si tout doit être changé, nous n’y arriverons pas

Comment croire que nous pourrons simultanément refonder notre démocratie malade, nos industries qui détruisent le vivant, un système économique financiarisé toujours incapable de comprendre les impacts catastrophiques de certaines décisions court-termistes ? Pourtant aucune réponse partielle ne saura être efficace.

Dans un monde globalisé, mon impact est mineur et les autres décident pour moi, mal

Ce sont encore les autres qui décident, en fonction d’intérêts qui, manifestement, ne sont pas les nôtres. Après José Manuel Barroso et son recrutement par Goldman Sachs, comment croire aux bonnes gouvernances européennes ? Après le florilège de réponses opportunistes, abjectes aux derniers attentats, comment croire que cette classe politique a un début de solution ?

Je veux de nouveaux dirigeants politiques, une réforme de notre système démocratique qui appartient manifestement au passé. Pourtant notre démocratie ne me proposera rien en 2017 et nous repartirons pour cinq ans de rustines.
Je veux de nouvelles entreprises plus responsables. Pourtant, malgré les discours bien intentionnés de certains dirigeants de multinationales, j’ai la sensation acide que l’on ne nous tient pas un discours de vérité. Les rayons des supermarchés regorgent de produits sur-emballés non nécessaires, les cimentiers avides sont prêts à tout pour garder leurs marges et continuent à agir, en toute impunité.
Je veux de nouveaux médias qui prennent le temps de l’analyse, de l’explication. Pourtant, même les chaînes nationales tombent dans le panneau de l’hyper-réactivité et participent à la surenchère émotionnelle.

Je veux comprendre. Je veux être écouté. Je veux participer…vœu pieux. Combien de fois avons-nous tenu ou entendu ce discours fataliste ?

Il faut y croire malgré les revers, nos doutes et nos peines, sortir de l’émotionnel pour agir en connaissance et en conscience

C’est aujourd’hui qu’il faut agir. Nous devons faire basculer au plus vite notre système du bon côté, car le temps s’accélère. Combattre le solutionisme hâtif, les recettes court-termistes, opportunistes, gonflées aux hormones.

Rester lucide car la situation est extrême et ces premières lignes montrent qu’il est difficile pour chacun d’entre nous de ne pas participer à la surenchère émotionnelle.
Agir aussi pour retrouver un certain optimisme. Privilégier l’action comme moyen de résistance en se disant que d’autres voies sont nécessairement possibles.

C’est pour cela nous avons créé l’Engage University, car agir nécessite de savoir, de maîtriser les bons outils et de se préparer soi-même au changement.
C’est pour cela que nous créons Engage Futur, pour que des jeunes de 13 à 17 ans acquièrent eux aussi les connaissances, expérimentent de nouvelles pratiques et développent les moyens de s’engager dans le monde qu’ils construiront.
C’est pour cela que nous avons créé Engage, car nous ne transformerons les choses qu’en agissant concrètement et en nous transformant nous-même.

Photo: femmes tendent des miroirs aux militaires en Ukraine.

S’engager dans un monde devenu « ultra-polaire »

Deux forces conduisent les entreprises à une plus grande intervention dans la vie de la Cité : le repositionnement de la sphère du bien public pilotée par les Etats et l’importance des marchés futurs tirés par des enjeux sociétaux collectifs ; et l’avènement du digital qui accentue et accélère cette dynamique.

La sphère du bien public est revisitée au nom de l’efficience, des contraintes budgétaires et de l’impératif individuel vécu souvent comme primant sur le bien commun. Ce repli relatif de la souveraineté de la puissance publique sur le collectif créé un appel d’air. Les grandes entreprises digitales les plus puissantes l’ont bien compris, installées au cœur de nos vies, assises sur la valeur des réseaux connectés. Elles rêvent désormais ouvertement de nouveaux modèles technicistes, hommes augmentés et humanoïdes « bienveillants », autant d’utopies nouvelles, retour des lumières sans l’homme ? Ces initiatives disent en creux que l’espace public est ouvert à ceux qui veulent le prendre, au delà du politique, au delà du marchand, dans un monde où tout est entremêlé. La multipolarité des formes de pouvoirs et de souverainetés qui s’instaure présente ainsi une opportunité de reconnaître et redéfinir différemment la valeur des ambitions collectives, ou un risque de désocialisation de nos mondes, le jeu est très ouvert.

Cette dynamique est renforcée par le fait que de nombreuses sources de croissance futures résultent d’enjeux sociétaux, dont les bénéfices individuels et les potentiels de marché sont dépendants de dynamiques collectives (Démographie maitrisée, Education et santé, transition écologique). Pour faire advenir ces marchés durables, puissants moteurs de croissance, les entreprises et la cité doivent définir ensemble des trajectoires communes. L’individu et les organisations sont convoqués à co-créer les conditions d’un futur collectif pour lequel eux seuls deviennent maîtres de leurs allégeances.

L’arme digitale accélère le processus, en ce qu’elle impose progressivement à chacun de « s’ex-poser ». Le digital renforce la transparence. Ce processus est particulièrement à l’œuvre pour les organisations, il rend chaque jour plus difficile une maîtrise absolue de ce que l’entreprise offre à voir, dire ou penser. Il y  eu notamment quelques exemples durant les évènements de la COP21 de sociétés prises au piège du double jeu des intentions et des actes, sanctionnées au fil des sessions par le prix Pinocchio des « amis de la terre » parce que désormais tout se sait et se répand plus vite et plus fort et les enjeux d’image sont considérables.

Deux postures sont certes possibles, le repli pour ne rien offrir au monde connecté ou l’engagement pour être « dans le jeu » du monde. La deuxième permet d’exister dans le monde, de défendre ses positions et d’essayer de peser sur son cours. Cela impose en revanche pour l’entreprise une « consistence » au sens anglais du terme, car l’entreprise devient partie prenante d’une dynamique sociétale plus large qu’elle, y interagissant malgré elle quoi qu’elle fasse, parce que la société est entrée dans les murs par le digital qui s’infiltre partout.

Le monde devient ainsi ultra-polaire, au sens où tous les acteurs semblent désormais convoqués à proposer des solutions pour nos enjeux collectifs, le digital aplanissant les signaux usuels de valeurs. L’affaiblissement relatif des producteurs de normes (le politique, le scientifique) qui permettaient d’orienter le jeu du marché génère une diversité qui peut tourner à la cacophonie. La trajectoire du futur est ainsi très ouverte. L’effet papillon n’a jamais été aussi prégnant. Seules les organisations et forces collectives qui mobiliseront leurs membres au cœur de la société pourront espérer voire une partie de leur idées progresser et faire école.

Elles doivent ainsi réinventer leur mission, proposer une ambition qui dépasse l’horizon de la performance pour parler et vivre dans et avec la cité. Elles doivent développer des capillarités actives et vertueuses avec la société réelle, possiblement au-delà du seul prisme de la performance financière. Chacun peut être porteur de ses valeurs et chercher leur résonance dans le monde qui bruisse. C’est une révolution copernicienne qui peut donner le meilleur et le pire. Le jeu est ouvert à tous ceux qui veulent jouer.

Cette insurrection qui vient!

Bernie Sanders, #Nuit Debout, Podemos… Une insurrection semble poindre, contre un système, contre les élites dirigeantes, et surtout contre des modes de gouvernance jugés dépassés. Jusqu’où et pour quoi changer, telle est la question.

L’histoire est moqueuse. Au Brésil, la droite conservatrice, corrompue et mafieuse, veut renverser Dilma Roussef, certainement pas exempte de tout reproche, mais symbole de la revanche des classes populaires brésiliennes.

Au même moment, un vent nouveau souffle dans le monde. Même sans projet de société lisible, le mouvement #NuitDebout, tient et grandit, jour après jour et se mondialise dans un #GlobalDebout qui rassemble tous les mécontentements de la jeunesse. Aux Etats-Unis, face au phénomène Trump, la poussée de Bernie Sanders, le sénateur du Vermont a redonné au « socialisme » le droit de cité au pays du maccarthysme. Et ce, malgré sa défaite annoncée face à Hillary Clinton dans le camp Démocrate.

Un formidable laboratoire démocratique

Pour revenir en France, on voit les primaires citoyennes se multiplier – primaire.org, La primaire des Français, et de nouveaux mouvements politiques issus de la société civile bourgeonnent, à l’image des Zèbres d’Alexandre Jardin, de #MAVOIX (@mavoix2017), ou de Baztille, tous aidés par de nouveaux outils qui facilitent la participation et l’intelligence collective, comme par exemple Stig.

Pour quels résultats ? Là n’est pas la question. Ces initiatives sont un formidable laboratoire démocratique. Ils préparent l’avenir et annoncent l’obsolescence des modes de fonctionnement de notre vieux système politique, mettent un pied dans la porte. Surtout ils revendiquent une nouvelle façon de gouverner, participative, ascendante et montrent les vertus possibles d’un web collaboratif politique. Leur rôle est en cela fondamental.

Analysant cette vague de contestation et de remise en cause de nos vieux partis politiques, Jacques Attali pronostique dans l’Express l’élection à la présidentielle 2017 d’un inconnu sorti du web ! Sans vouloir jouer aux oracles, un point de bascule apparaît à l’horizon. Les contours d’une nouvelle société se dessinent chaque jour plus clairement qui nécessite et induit un changement de nos modes de gouvernance.

Un système qui renforce ses travers

Cette perspective désirable se heurte pourtant à deux écueils qu’il s’agit de regarder en face. Tout d’abord, le système résiste. Les politiques se protègent en votant des lois qui retardent leur chute et étouffent le changement : loi dite de « modernisation des règles applicables à l’élection présidentielle » qui réduit le temps de parole des petits candidats ; loi sur la surveillance internationale, abondamment commentée et critiquée, notamment sur la Quadrature du net.

Le système, loin de programmer son autodestruction, renforce ses travers pour continuer à exister. Le constat est souvent similaire dans le monde de l’entreprise. Les évolutions sont longues, se heurtent de toute part à la résistance au changement et sont souvent fragiles car dépendantes de la volonté de son leader, par essence révocable.

Ensuite, il ne suffit pas d’exprimer son mécontentement, même si ce cri libérateur constitue une étape. Il s’agit d’échanger puis de proposer pour construire dans une démarche inclusive. Les choses se compliquent bien sûr. Comment inspirer et rassembler autour de solutions complexes pour trouver un consensus qui ne soit pas mou ?

La nécessité d’une insurrection citoyenne collective, pragmatique et positive

C’est là précisément que débute le vrai combat. Et il n’est pas facile, comme le montre le blocage institutionnel en Espagne avec Podemos, où de nouvelles élections sont convoquées. Loin des idéologies qui divisent et des anciens modes de gouvernance qui clivent, cette « insurrection » citoyenne (*) ne réussira que si elle est collective, pragmatique et positive.

Continuons à discuter et à nous tenir droit, jour et nuit, pour bâtir sans exclure et surtout engageons-nous concrètement et pacifiquement dans la construction d’un nouveau modèle que nous jugerions plus efficace et plus juste.

C’est l’ambition des Engage Days qui se tiendront du 3 au 5 juin sur le thème des nouvelles gouvernances individuelles et collectives. Rencontrer et débattre avec ceux qui pensent les nouveaux modes de gouvernances, aider ceux qui les mettent concrètement en œuvre. Découvrir aussi les nouvelles pratiques de développement de soi, car aucun changement durable ne se fera sans une remise en question de notre propre relation à nous-même et aux autres.

Tenons-nous debout pour profiter du vent qui se lève.

Recoder la République!

Né à la fin des années 1990 avec le mouvement des Zapatistas au Mexique, l’activisme en ligne a trouvé son point d’orgue historique avec les révolutions arabes de 2010-2011. Depuis les hackers tunisiens jusqu’aux jeunes activistes techno égyptiens tels que Asmaa Mahfouz, dont la page Facebook fut le déclencheur de la manifestation anti-régime du 25 janvier sur la place Tahrir, les réseaux numériques ont démontré leur capacité à provoquer l’étincelle qui allume la mèche.

Internet est le messager, pas la cause

Bien sûr, sans mécontentement économique et social profond, il n’y a pas de révolution: Internet est le messager, pas la cause. Mais c’est un vecteur de coordination terriblement puissant car très peu coûteux et extrêmement facile à utiliser. C’est là l’erreur d’un auteur comme Evgeny Morozov qui, dans Net Delusion, écrivait qu’Internet allait renforcer le contrôle des esprits.

Certes, il y a désormais plus d’une soixantaine de pays qui ont des unités de cyber-surveillance, y compris des pays d’Afrique subsaharienne utilisant d’ailleurs parfois des technologies occidentales. Mais la réalité historique des dictatures modernes, de la RDA à la Chine maoïste, a toujours été la capacité à mailler de réseaux d’informateurs très denses les populations sous leur contrôle. La nouveauté, c’est que celles-ci ont désormais également accès à leur propre réseau dense et low-cost de coordination. L’asymétrie se réduit entre le pouvoir central et une multitude qui peut désormais se coordonner en un réseau concurrent. Ironie de l’histoire: le livre de Morozov est sorti précisément quand  les nouveaux révolutionnaires d’Egypte ont obtenu la tête de Moubarak.

Dans le monde industrialisé et démocratique, où les alternances politiques se règlent par le vote, ces réseaux en ligne ont pris naturellement leur place dans le jeu démocratique. Aux Etats-Unis, MoveOn.org, puissant organisateur de l’aile progressiste du Parti Démocrate, a su perfectionner l’art du marketing CRM (« Customer Relationship Management ») en ligne pour animer sa base de 8 millions de membres.

De la démocratie directe et des apps

Grâce à Internet, le mouvement Occupy a pu s’établir – à son extension maximale – dans 950 villes sur plus de 80 pays en à peine quelques années – un exploit impensable avant l’avènement des réseaux sociaux. Au niveau local, l’idée de plateforme de données urbaines qui permettent aux municipalités de mieux échanger avec ses concitoyens – parfois dans les deux sens – fait son chemin tant aux Etats-Unis qu’en Europe. Ces tentatives de démocratie directe au niveau local se doublent de mouvements et d’applications au niveau national. Elles ont pour bénéfice de renouveler l’engagement citoyen. Mais ces initiatives modernes peuvent se heurter aux limitations de la démocratie directe, identifiées initialement par Platon il y a 2500 ans. Ce n’est pas un hasard si la démocratie représentative s’est imposée dans le monde occidental. Dans les sociétés industrielles, la spécialisation du savoir est devenue une nécessité. Comment chaque individu peut-il faire le bon choix pour la collectivité quand on n’a ni le temps ni les outils conceptuels pour bien décider ?

Or, c’est précisément de la résolution de cette question par les moyens numériques et par le code que peut naître une deuxième révolution démocratique, aussi profonde que celle qui a émergé au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et en France à la fin du 18e siècle et a fini par triompher avec la chute du Mur, en 1989.

#CodeImpot en France et « Hack the Budget » en Finlande

Les premiers signaux faibles apparaissent. En France, des éléments du code civil ont été transposés par un développeur sur GitHub, une plateforme internationale d’échange de code, pour mieux comprendre les évolutions des textes. L’initiative du hackathon #CodeImpot dans le cadre d’Etalab a permis de rendre disponible le code source du calculateur des impôts utilisé par la Direction générale des finances publiques – et de tester de nouvelles applications pour mieux comprendre l’impact fiscal au niveau de l’individu ou de la collectivité, et même faire passer de 3 semaines à 23 minutes le temps de calcul d’une simulation fiscale. En Finlande, l’initiative « Hack the Budget » pourrait aller encore plus loin en faisant intervenir designers et économistes afin de modéliser et simuler encore plus précisément les impacts des choix budgétaires nationaux.

Tout reste à construire, mais les prémisses sont là. Vivant dans le code, ces modèles ne sont plus enfermés dans la parole d’un homme ou idolâtrés par le biais d’un livre comme l’ont été les grandes idéologies. Leurs prédictions seront constamment confrontées à la réalité, comme cela l’est déjà dans le nouveau marketing en ligne qui retrouve en fait le modèle de la méthode scientifique expérimentale : aucune vérité ne peut être admise d’autorité, toute hypothèse doit être testée. Lignes de code vivants dans des serveurs, ces modèles seront disponibles aux Etats et aux partis mais aussi aux associations et à chaque citoyen, exactement de la même façon. Mis à disposition sous format ‘Open Source’, ils se déploieront en pleine transparence et traçabilité. Enfin, ils finiront par renverser le modèle de l’action partisane, trop souvent organisé sous le mode top-down de leaders soutenus par des dogmes. Ils seront déployés dans la forme démocratique que représente le réseau universel. C’est ce réseau logiciel qui portera tous les outils conceptuels, en particulier les modèles simulant l’action, qui manquaient au citoyen dans la vision aristocratique de Platon.

Au cœur du réseau, il y aura un nouveau type d’activiste : un activiste-chercheur, agissant dans le cadre d’équipes pluridisciplinaires. Il ne cherchera pas à diffuser un nouveau dogme. Il contribuera à la fabrication d’outils pour la multitude, dans l’obsession du résultat concret et la recherche de la vérité. Si cette transformation va jusqu’au bout, c’est bien notre manière de penser l’engagement citoyen qui sera ‘disrupté’ dans une ou deux générations.

Faisons valser le siècle!

La situation est préoccupante, bien sûr, qui le nierait ? Nous avons une chance cependant, celle de vivre au cœur d’un moment de réinvention. L’Engage University a été créée pour donner à chacun l’opportunité et les capacités d’imaginer et de construire ce monde qui vient. Par Jérôme Cohen, fondateur, Engage – Engage University.

« Il est nécessaire d’envisager une transformation d’envergure planétaire qui exige des changements profonds dans notre façon d’agir et de penser ».

Dans un court dialogue, publié chez Actes Sud, Edgar Morin, philosophe de la métamorphose, et Michelangelo Pistoletto, artiste italien précurseur de l’Arte Povera, qui dénonçait, dès l’après-guerre, l’opulence de la société industrielle, appellent à l’engagement.

« Impliquons-nous », le titre synthétise le propos : pour ces deux intellectuels, il est grand temps de dépasser l’indignation pour agir. Ce dialogue, d’autant plus passionnant que ces deux penseurs font œuvre de beaucoup de pédagogie, souligne les vertus de l’interdisciplinarité : un changement d’envergure n’arrivera que si les disciplines se rencontrent, se nourrissent et nous permettent de dépasser des réponses techniciennes.

A l’heure où les défis que nous rencontrons mêlent les questions économiques, environnementales, technologiques, culturelles, politiques, les réponses se doivent
d’être inclusives, décloisonnées, en un mot multidisciplinaires. La réinvention de notre système nécessite de mutualiser les savoirs, de rapprocher les expertises et de favoriser la rencontre des compétences.

L’enjeu est de taille : repenser notre modèle de société. Il requiert l’écriture d’un nouveau récit, capable d’inspirer une prise de conscience individuelle et collective, pour déclencher un changement généralisé des pratiques.

S’impliquer et agir, mais collectivement

Redonner du sens, redonner un sens et l’envie à chacun d’entre nous de contribuer, en exprimant ses compétences, ses talents et ses convictions.

Pas seul, surtout, ce serait inefficace. Non, l’heure est à l’union ! Nous avons aujourd’hui les outils pour nous unir, pour agir collectivement, faire savoir, faire pression. Nous ne serons en mesure de provoquer le changement que si nous inventons les espaces pour nous « empuissanter ». La métamorphose de notre système viendra de chacun d’entre nous, elle ne viendra pas d’en haut.

S’appuyer sur les personnes donc, pour accélérer le changement, mais aussi inclure les organisations, les entreprises, publiques ou privées, petites ou grandes. Il faut les inviter à entrer dans cette danse, car elles ont un rôle majeur à jouer. Les encourager à se replacer au cœur de la cité, tout d’abord, en étant conscientes de leurs responsabilités sociétales. Les inciter à changer leurs pratiques managériales ensuite, pour permettre à leurs collaborateurs de retrouver du sens et une réelle motivation. C’est à travers et avec les femmes et les hommes qui la composent que les organisations évolueront vers le mieux. Encore faut-il réussir à définir un objectif qui rassemble les collaborateurs, l’organisation et la société dans son ensemble.

Relier les technologies et le bien commun

C’est pour donner à chacun l’opportunité et les capacités d’imaginer et de construire ce monde qui vient que nous ouvrons l’Engage University. Nous voulons permettre à chacun, d’où qu’il vienne, quel que soit son parcours et ses responsabilités – décideur d’entreprise, indépendant, entrepreneur, membre d’administration, artiste, enseignant, de s’impliquer et d’agir.

Nous voulons permettre à tous de mieux comprendre les logiques émergentes, d’acquérir les outils qui, en nous reliant aux autres, accroissent notre impact, et enfin donner des pistes pour un meilleur accomplissement de soi.

Seule une approche croisée est aujourd’hui à même de nous apporter une vision et des réponses à la hauteur des enjeux : apprendre à décrypter les mondes en mouvement ; comprendre la nécessité de relier les technologies et le bien commun ; mesurer l’ampleur des solutions que le dérèglement climatique nécessite ; analyser les nouvelles gouvernances individuelles et collectives ; comprendre pourquoi les organisations ont tout intérêt à tenter le vrai.

La chance de vivre au cœur d’un moment de réinvention

Encore ne suffit-il pas de comprendre bien sûr, mais de faire. Les sessions proposeront des temps d’apprentissage mais aussi des ateliers participatifs, des rencontres avec des acteurs inspirants, des moments de création et des plages d’expérimentation de nouvelles pratiques. Elles permettront aussi aux participants de travailler sur leurs propres projets, en s’appuyant sur des outils d’intelligence collective et en bénéficiant du savoir de promotions interdisciplinaires et de l’aide de la communauté Engage. Faire dialoguer l’innovation, la géopolitique, la danse, une fresque du climat, la technologie, des rites de passage, l’intelligence collective, le marketing éthique…

La situation est préoccupante, bien sûr, qui le nierait ? Nous avons une chance cependant, celle de vivre au cœur d’un moment de réinvention. Toutes les époques n’ont pas eu cette opportunité. Se développer, s’allier à l’autre et construire collectivement des présents désirables. Des mots, répondront les Cassandre, mais qu’il s’agit désormais d’incarner dans des pratiques et des actions. Faisons valser le siècle qui vient.

Faisons notre coming out humaniste

Nous sommes nombreux à désirer l’optimisme. Nous ne sommes pas naïfs mais volontaristes. Nous avons fait le deuil de l’indignation, nous désirons être des acteurs du changement, créer et participer au monde qui vient.

Encore faut-il passer du désir à l’action. Comment se rassembler, faire masse pour que ce changement attendu se réalise enfin ?

« Une seule solution : l’uberisation », scandent en cœur les apôtres de la révolution digitale. Hacker la démocratie, uberiser la présidentielle : le numérique – sa transparence, ses plateformes et ses capacités de connexion de tous avec tous – présente en effet bien des promesses. De l’éducation à la santé, l’innovation est une nécessité et, bien utilisées, les technologies sont un levier essentiel du progrès.

Les sirènes de silicium

Mais ne nous laissons pas hypnotiser par les sirènes de silicium de l’accélération technologique. En voulant résoudre nos problèmes, bien des chantres de la technologie libératrice ne font que renforcer un système dont nous ne voulons plus, camouflés derrière leurs bonnes intentions et leur soi-disant « économie collaborative ». Pire, leur nouveau paradigme renforce les inégalités, un anthropomorphisme passéiste et le mythe de l’homme tout puissant.

Cette innovation là reproduit et renforce nos travers. Les nouvelles technologies contribueront au changement : à condition de replacer l’humain au centre. Que faire alors et comment le faire ? Car c’est là tout l’enjeu, faire. Comment faire pour continuer à avancer en réconciliant progrès et bien commun ? Comment faire pour que ce désir de changement systémique aboutisse et ne tourne pas en frustration ?

« Ne t’attaque pas au système, démode-le »

« Ne t’attaque pas au système, démode-le », l’injonction récente de Bernard Werber fait mouche. Même si la tentation insurrectionnelle et l’envie légitime de renversement nous titillent, programmons simplement son obsolescence. Cheminons sur la voie d’une nouvelle aventure collective. Avançons en tâtonnant, par itérations, avec agilité.

Nous avons la connaissance à portée de main, nous avons les outils pour nous rassembler et agir. Nous sommes de plus en plus nombreux à en avoir l’envie et l’espoir. Nous avons grandi dans un système aujourd’hui dépassé, nous devons avoir le courage d’en changer, collectivement. Le courage de nous mettre en danger, de remettre en question notre confort de pensée et probablement notre confort matériel. Au fond, n’avons nous pas envie de nous aventurer loin d’un système vacillant, d’embrasser l’inconnu quand le connu est souvent synonyme de destruction, d’appauvrissement et de consumérisme ?

Une danse joyeuse, une valse à trois temps

Nous devons aujourd’hui inventer et inspirer un nouveau récit collectif pour rendre nos futurs désirables et les incarner au présent. Une danse joyeuse, une valse à trois temps, voilà ce qu’il nous faut, car le binaire a prouvé ses limites. Cessons d’opposer, nous voulons un nouveau rapport à l’autre et au monde.

Invitons au bal toutes les parties, toutes les organisations, sans jugement mais sans complaisance, pour les pousser à oser le vrai. Le changement n’aura lieu que si les organisations, publiques et privées, petites et grandes, entrent dans la danse et mettent leur puissance au service de la « vie bonne » comme disaient les philosophes.

L’entreprise a tout à y gagner. D’ailleurs, elle semble presque enfin comprendre, de ci, de là, la nécessité de renouer avec l’humanisme. Elle ne fonctionnera que si ses collaborateurs s’y sentent alignés avec ce qu’ils sont profondément et développent leurs talents en son sein. Faire se rejoindre personne et fonction.

Mutation des consciences, évolution de nos pratiques

Cassons nos égoïsmes car c’est d’abord à ceux qui sont loin de nous, géographiquement et temporellement, que nous devons penser. Les effets du dérèglement climatique et plus généralement du dérèglement de notre modèle touchent d’abord l’autre : d’autres géographies, les prochaines générations. « La première règle avant d’agir consiste à se mettre à la place de l’autre, nulle vraie recherche du bien commun ne sera possible hors de là », disait l’Abbé Pierre, dont les combats sont plus actuels que jamais.

Mais l’autre est déjà en nous. De notre agriculture industrielle à la délocalisation de nos outils de production, de nos modes de consommation aux lointaines plantations de coton, tout est lié qui nous détruit jusque dans notre chair. Admettons-le et cette proximité accélèrera notre mise en action.

Mutation des consciences, évolution de nos pratiques : personne ne le fera à notre place et le système n’inventera pas seul sa propre métamorphose.

Soyons de plus en plus nombreux à oser nous réconcilier, quels que soient notre âge, notre parcours, notre discipline, nos origines, nos intérêts. Portons un autre discours pour inspirer ceux qui, pour de multiples raisons, restent frileux.

Et surtout, passons de l’individuel au collectif pour agir. Osons un nouveau rapport : à soi, aux autres, au monde. Faisons notre coming out humaniste.

COMPRENDRE POUR AGIR : POURQUOI NOUS CREONS L’ENGAGE UNIVERSITY

Il y a urgence à agir. Notre modèle vacille.

Chacun peut aujourd’hui devenir acteur du monde qui se construit. Il est temps de briser les silos qui ne fonctionnent plus, à l’ère où tout est imbriqué. Notre monde complexe, il faut pouvoir l’aborder et le comprendre dans sa globalité, de façon systémique.

Nous créons l’Engage University pour permettre à chacun de mieux décrypter la complexité.

Pour que chacun, d’où qu’il vienne, puisse bénéficier des outils théoriques et pratiques lui permettant d’agir.

Pour que nous puissions nous aider mutuellement, entre alumni et trouver, grâce à l’apport de celui qui est différent, des solutions nouvelles.

Pour que nous ayons tous l’opportunité d’apporter nos compétences, nos savoirs, nos énergies à des projets porteurs de solutions pertinentes, à la hauteur des enjeux.

Pour que nous puissions, en nous projetant vers l’avenir, conjuguer humanisme et technologie, et construire collectivement une alternative désirable.

Pour que tous, quels que soient nos profils, nos âges, nos parcours – collaborateurs d’entreprises et de start-ups, membres d’administrations, artistes, indépendants, nous puissions ensemble nous réapproprier et construire les présents dans lesquels nous désirons vivre, par la réflexion croisée et par l’action collective.

MIEUX COMPRENDRE POUR MIEUX AGIR. L’ENGAGE UNIVERSITY OUVRE SES PORTES EN AVRIL.

 

L’économie symbiotique

L’économie symbiotique montre qu’une économie régénératrice est possible. Que nous pouvons inverser la tendance actuelle et restaurer les écosystèmes naturels tout en favorisant les liens sociaux et sans compromettre une rentabilité économique, même si celle-ci ne répond plus aux exigences des marchés financiers. Cela grâce à l’intelligence.

La théorie de l’économie symbiotique a émergée après presqu’une dizaine d’années de recherche et d’observation des nouvelles logiques économiques par Isabelle Delannoy, ingénieur agronome et experte du développement durable. Elle s’est intéressée aux solutions mises en place par des entrepreneurs, des collectivités territoriales, des citoyens, quelques soient les domaines ou les champs d’activité, qui leur apportait à la fois des plus-values économiques tout en restaurant les écosystèmes ou en permettant une diminution structurelle de l’atteinte aux écosystèmes. On y retrouve les applications des concepts de l’économie collaborative, de l’économie circulaire, de l’économie de fonctionnalité, de l’économie sociale et solidaire, les modes de production basés sur l’ingénierie écologique, sur l’agro-écologie, sur les smart grids… Ils couvrent l’ensemble du champ des activités humaines et ils sont apparus dans le monde entier, de façon non concertée, sous tous les climats, dans des contextes ruraux comme urbains, sous toutes les cultures, dans des pays pauvres comme riches, et quel que soit le régime politique.

Le modèle de l’économie symbiotique tente à partir de cette analyse empirique, une théorie intégrative de ces approches et permet de les unifier en une seule logique économique. Six principes se sont dégagés auxquels répondent ensemble ces nouvelles logiques, et qui permettent quand réunis d’instaurer une économie symbiotique et régénératrice.

  1. Inclusion dans les cycles de la planète
  2. Utilisation des services rendus par les écosystèmes
  3. Parcimonie
  4. Collaborations
  5. Relocalisation
  6. Diversification

La force de l’économie symbiotique est d’être une pensée systémique et fractale qui peut se développer tant au niveau macro – un grand territoire ou une grande entreprise – , qu’au niveau micro à partir d’initiatives très locales. Aujourd’hui il s’agit de passer de la théorie à la pratique, car il y a encore peu d’endroits où les six principes sont réunis et où la régénération est en marche. Comment manier ce modèle en pratique ? Quel design pour implémenter l’économie symbiotique ? Par où commencer ? Avec qui ? Quelques questions pour un présent désirable…

La COP21 : un paradoxe.

Le métier des diplomates, c’est de rédiger et de passer des accords internationaux. De ce point de vue, il convient de féliciter la diplomatie française : c’est en effet un véritable tour de force que d’avoir réussi que 195 pays, des plus pauvres aux plus riches, des plus petits au plus grands, acceptent – par consensus – un texte concernant le changement climatique. Il est vrai que l’accord n’entrera en vigueur qu’après que 55 pays comptant pour au moins 55% des émissions mondiales de gaz à effet de serre l’ait signé (la nuance est subtile), mais tout de même : si l’on compare, sur le plan purement technique, l’issue de la réunion de Copenhague en 2009 (COP15), où 26 pays, à l’initiative des USA et la Chine, avaient décidé en catastrophe, la dernière nuit, de rédiger et de ratifier un texte (l’Europe ne faisait pas partie de ce groupe d’Etats !) où l’on trouve l’allusion aux 2°C de réchauffement qu’il conviendrait de ne pas dépasser et celle au Fonds Vert pour le climat de 100 milliards d’euros par an pour financer l’adaptation aux changements des pays en développement , et celle de la COP21, où le ministre des Affaires Etrangères français, d’un petit coup de marteau, déclenche l’enthousiasme de l’ensemble des représentants mondiaux, on ne peut que saluer le savoir-faire de la diplomatie française.

Le paradoxe, c’est que cet enthousiasme a en fait salué … un constat d’échec. C’est ce qu’exprime avec on ne peut plus clarté le point 17 du préambule de l’Accord, reproduit ici in extenso – il en vaut la peine, car il faut le relire plusieurs fois pour se convaincre … qu’il dit bien ce qu’il dit :

La Conférence des Parties « note avec préoccupation que les niveaux des émissions globales de gaz à effet de serre en 2025 et 2030 estimés sur la base des contributions prévues déterminées au niveau national ne sont pas compatibles avec des scénarios au moindre coût prévoyant une hausse de la température de 2 °C, mais se traduisent par un niveau prévisible d’émissions de 55 gigatonnes en 2030, et note également que des efforts de réduction des émissions beaucoup plus importants que ceux associés aux contributions prévues déterminées au niveau national seront nécessaires pour contenir l’élévation de la température de la planète en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels en ramenant les émissions à 40 gigatonnes ou en dessous de 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels en ramenant les émissions à un niveau devant être défini dans le rapport spécial mentionné au paragraphe 21 ci-après. »

Petite explication de texte.

Rappelons que, d’après le dernier rapport du GIEC, deux conditions sont requises pour tenir l’objectif des 2°C : i) stabiliser rapidement nos émissions, puis ii) les diminuer de sorte que leur total, à partir d’aujourd’hui, ne dépasse pas en gros 1000 milliards de tonnes de carbone (GtC). C’est le budget restant. Evidemment, plus nous tardons à réduire nos émissions, plus leur réduction devra être rapide par la suite, puisque le budget total est fixé.

La formulation un peu lourde « contributions prévues déterminées au niveau national » désigne officiellement les engagements volontaires des différents Etats. La formule est consacrée (en anglais : INDC, Intended Nationally Determined Contributions).

Le texte dit que les INDC conduisent à une augmentation des émissions en 2030 (puisqu’elles sont de 50 GtC aujourd’hui) : la première condition ne sera donc pas satisfaite (il faudrait ramener les émissions à 40 GtC en 2030) – a fortiori s’il fallait limiter le réchauffement à 1,5°C ! En conséquence, les efforts de réduction au delà de 2030 devront être « beaucoup plus importants » si l’on veut tenir le budget global… On s’en convainc aisément. La perspective de 1,5°C n’est pas chiffrée, il est demandé au GIEC de faire une étude spécifique (point 21 de l’Accord).

On peut s’étonner qu’il soit fait référence, dans l’Accord, à un réchauffement moindre que celui mentionné à Copenhague. La raison en est que les Etats insulaires, ceux qui menacent de disparaitre purement et simplement à cause de la montée du niveau des mers, voulaient faire valoir que l’objectif des 2°C était déjà trop élevé pour eux. C’est là qu’on perçoit tout le savoir faire des rédacteurs : on a fait mention des 1,5°C, non pour dire qu’il fallait chercher à l’obtenir, mais pour remarquer, ce que Monsieur de La Palice aurait sans doute pu formuler lui-même, que ce serait encore plus difficile que les 2°C ! L’essentiel, c’est que cela a permis que l’Accord soit adopté!

Résumons : l’Accord de Paris contribue à créer un cadre international dans lequel des actions climatiques peuvent venir se loger. Ce cadre est meilleur que le précédent : en particulier, il abolit la distinction entre pays développés et pays en voie de développement, distinction devenue caduque lorsqu’il apparait, par exemple, que la Chine est devenu le principal émetteur de gaz à efffet de serre.

La corbeille est donc belle, mais elle ne contient rien de nouveau, et, s’agissant de la réduction des émissions et/ou de l’adaptation au changement climatique, elle est vide.

La diversité rend plus intelligent : la preuve

« Notre étude le prouve : la diversité enrichit notre pensée. En jouant contre la propension naturelle au conformisme, la diversité ethnique pousse en effet les individus à examiner les faits, à penser plus en profondeur et à développer leur propre opinion. Les résultats de l’étude montrent, au final, que la diversité profite à tous : aux minorités comme à la majorité. »

Sheen S. Levine et David Stark, enseignants-chercheurs à l’Université du Texas et à Columbia, ont mené une étude dont les résultats sont édifiants et parleront beaucoup à une France qu’on décrit de plus en plus souvent – élections à l’appui – comme tentée par le repli sur soi : la diversité « ethnique » rend tout le monde plus intelligent.

L’explication est simple : la diversité met à mal le conformisme, qui représente la défaite de la pensée – pour reprendre le titre d’un célèbre ouvrage d’Alain Finkielkraut… Plus précisément :

« Quand nous sommes entourés de gens « comme nous », nous sommes aisément influencés, nous pouvons plus facilement tomber dans le piège d’idées fausses. A l’inverse, la diversité permet de faire progresser l’esprit critique de chacun. Car elle amène de la « friction cognitive » qui améliore la délibération ».

Face à la tentation du repli sur soi et du communautarisme « chacun dans son coin », ne devrions-nous pas nous battre pour porter des projets radicaux en faveur de la mixité sociale, culturelle et ethnique à l’école ? Faut-il relancer le débat sur la discrimination positive et soutenir des actions en ce sens ?  L’interdisciplinarité n’est-elle pas plus que jamais nécessaire ?

Pour ceux qui ne voudraient pas cliquer, morceaux choisis de l’article du New York Times :

« To study the effects of ethnic and racial diversity, we conducted a series of experiments in which participants competed in groups to find accurate answers to problems. In a situation much like a classroom, we started by presenting each participant individually with information and a task: to calculate accurate prices for simulated stocks. (…) The findings were striking. When participants were in diverse company, their answers were 58 percent more accurate. The prices they chose were much closer to the true values of the stocks. As they spent time interacting in diverse groups, their performance improved.

In homogeneous groups, whether in the United States or in Asia, the opposite happened. When surrounded by others of the same ethnicity or race, participants were more likely to copy others, in the wrong direction. Mistakes spread as participants seemingly put undue trust in others’ answers, mindlessly imitating them. In the diverse groups, across ethnicities and locales, participants were more likely to distinguish between wrong and accurate answers. Diversity brought cognitive friction that enhanced deliberation.

(…) When surrounded by people “like ourselves,” we are easily influenced, more likely to fall for wrong ideas. Diversity prompts better, critical thinking. It contributes to error detection. It keeps us from drifting toward miscalculation.

Our findings suggest that racial and ethnic diversity matter for learning, the core purpose of a university. Increasing diversity is not only a way to let the historically disadvantaged into college, but also to promote sharper thinking for everyone. (…)

Ethnic diversity is like fresh air: It benefits everybody who experiences it. By disrupting conformity it produces a public good. To step back from the goal of diverse classrooms would deprive all students, regardless of their racial or ethnic background, of the opportunity to benefit from the improved cognitive performance that diversity promotes. »

 

Image de Une : capture du site du projet « 7 milliards d’autres » de la Fondation GoodPlanet de Yann Arthus-Bertrand.