Lève-toi, Homo empathicus

L’heure n’est plus à une compréhensive et délicate affliction.

On voudrait croire à une insurrection, positive.
La solution est certainement là, en moi, en chacun de nous, dans l’union, dans la réunion.

Levons-nous.

Lève-toi, sors de moi, de nous, Homo empathicus, et osons nous montrer.

Tu as certainement toujours existé, sans pouvoir te révéler ; toujours écrasé par l’homo economicus.

Il est temps.

Tu existes bel et bien homo empathicus, partout, en chacun de nous, et ton heure est venue.
Mais comment vivre, survivre à découvert, dans cet univers de brutalité? Comment résister?

Combattre l’homo economicus? Malheureusement contraire à ton essence, et tu te combattrais toi-même.
Détruire la maison qui t’a vu naître? Elle t’écraserait, et tu as l’âme d’un bâtisseur.

A vrai dire, je n’en sais rien, mais je ne résiste pas à l’envie de nous donner dix conseils – je n’ose dire commandement :

– Accepte ce que tu es, tu seras plus heureux
– Crois en quelque chose, tu sortiras de toi
– Réfléchis à tes besoins, ils se réduiront
– Confie-toi, tu seras écouté
– Donne, tu te sentiras mieux
– Prête, tu seras remboursé
– Aime, tu seras plus serein
– Ecoute, tu apprendras
– Ose, tu seras copié

– Et surtout, homme nouveau…Sors en bande, tu seras plus fort.

Gare à toi, homo economicus, tremble ou rejoins-nous, les Engagés sont entrés dans Paris…

Engage – Agitateur d’idées

Certains médias conformistes déplorent une crise de la pensée, un repli sur soi. Au contraire, « la vie des idées » n’a jamais été aussi riche de promesses. Avec la crise des élites et le boom de l’économie numérique, l’innovation sociétale n’est plus le lot d’intellectuels détenant le savoir. Elle provient de petits groupes de citoyens  qui ne se faisant plus d’illusions sur les politiques, se remontent les manches et essayent de se rendre utiles. En travaillant sur des projets porteurs de sens, en privilégiant l’action concrète, à échelle humaine, ces laboratoires  inventent le monde de demain. Exemple avec ENGAGE, qui organise une soirée de réflexion et d’action une fois par mois. 

« C’est là que cela passe ! « . Je suis à peine arrivé au 45, rue des vinaigriers à Paris qu’une jeune fille souriante, Eva, m’accueille et m’ouvre la porte. « Les Engagés sont au premier étage ». 

Je prends l’ascenseur et  découvre une grande salle lumineuse avec de longues tables en bois massif, des bancs confortables en cuir noir et au mur, une inscription : « We are social ».

Dans un coin, une cuisine rectangulaire moderne, et tout autour des convives en train de boire un verre, de savourer des quiches, en discutant. Petit à petit, la vaste pièce se remplit. Des jeunes étudiantes charmantes un peu timides, des cadres aux cheveux blancs et au regard assuré, des patrons de start-ups, des mères de famille, des geeks… Corinne, une juriste dynamique, me présente à deux lauréats des trophées Global Potential, un prix qui vient de récompenser au Sénat de jeunes entrepreneurs venus du monde rural et des quartiers populaires. Il y a autant de filles que de garçons et l’ambiance y est bon enfant. Des rires fusent.

« Présents désirables »

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Au bout d’un moment, un bel homme à la voix de baryton prend la parole et invite les soixante personnes présentes à s’asseoir à l’autre bout de la pièce sur des fauteuils multicolores. Jérôme Cohen, le créateur d’Engage détaille alors à l’assemblée la philosophie du groupe. « Notre but est de soutenir des initiatives citoyennes, des porteurs de projets solidaires, des actions qui ont du sens, dans tous les domaines : l’aide au plus démunis, la démocratisation culturelle, les nouvelles gouvernances, la protection de l’environnement… Pas de rêver à bâtir des lendemains qui chantent, être utopistes mais agir au présent ». Hic et nunc. Ici et maintenant. « C’est en étant heureux de faire aujourd’hui qu’on créera un monde harmonieux pour demain. Arrêter de repousser, faire aujourd’hui ». complète un participant. Le fondateur de l’organisation souligne aussi son désir d’évaluer chacune des actions entreprises. « Nous souhaitons être dans le concret. Vous allez consacrer du temps, de l’énergie à accompagner un ou des projets, nous vous devons un retour.  Sur les réalisations et sur notre plus-value. »

Avant d’entrer dans le vif du sujet, Eric-Axel, qui anime la soirée, propose à chacun de faire connaissance en petits groupes et de dire à son voisin ce qui l’a amené à être là ce lundi soir, pour s’investir. Mon voisin de droite, élégant dans sa chemise rose, me confie qu’il a vu une émission de La Chaîne Parlementaire récemment avec Pierre Rabhi et que dans la foulée, il a lu plusieurs de ses livres. « J’ai été  touché par l’histoire du colibri qui durant un feu de forêt croise un singe qui fuit. Le primate lui demande pourquoi si frêle il ne s’en va pas  vite fait et le minuscule oiseau de lui répondre je vais porter une goutte d’eau pour éteindre l’incendie. Petite goutte par petite goutte, c’est ainsi que se font les rivières et les océans. Je me suis dit pourquoi ne pas apporter ma brique à l’édifice et expérimenter de nouvelles approches comme celui de la sobriété heureuse prônée par le poète agriculteur ». Mon voisin de gauche, lui, est moins dans les livres.  » J’ai vu le film Human de Yann Arthus-Bertrand à la télévision avec mon amie et j’ai été sensible à sa démarche ». Un peu plus loin, d’autres parlent de la dernière vidéo virale de Nicolas Hulot sur le net ou du « Laudato Si », l’encyclique du pape François, publiée le 18 juin. Des motivations très diverses mais  la même envie de se rendre utile, de ne pas céder au fatalisme ambiant. Au contraire, se retrousser les manches et « opposer au pessimisme de l’intelligence l’optimisme de la volonté ».

Une approche pratique 

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Passée cette introduction visant à rappeler aux participants pourquoi ils ont poussé la porte,  vient le temps du cas pratique. Cette semaine, une sémillante jeune femme, Stéphanie, souhaite proposer à des adolescents des camps d’été pour les sensibiliser à l’action solidaire dès le plus jeune âge : des camps appelés pour le moment, ENGAGE Kids. « Au printemps dernier, j’ai monté sur le modèle des « summer camps » américains un camp d’une semaine autour de la nature dans la ville, avec des jeux, des visites, des rencontres.  Je souhaitais leur donner envie de protéger l’environnement et leur inculquer un réflexe qu’ils n’ont pas toujours : celui d’aider et de penser aux autres. Le tout en anglais, pour faire d’une pierre deux coups et leur montrer que l’anglais ne sert pas uniquement à l’école mais à échanger, à s’amuser. Je voudrais continuer dans cette voie et pouvoir ouvrir ce type d’expérience à des enfants de tous les milieux. » 

Intelligence collective

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Eric-Axel Zimmer, spécialiste de l’intelligence collective, propose de se repartir par groupe de six ou huit et de réfléchir aux contenus de ces formations d’été, à leur périodicité et aux moyens de les rendre pérennes et attractifs. Chaque cercle couche sur le papier ses idées. Tout le monde est sollicité pour prendre la parole et échanger. Même les moins confiants. Les propos sont libres et pourtant les conversations sont loin de celles du Café du commerce. Les disciplines, les âges, les diplômes, les caractères se complètent.

« Nous découvrons le projet lors de la courte présentation de la personne qui en a eu l’idée ou nous avons reçu un pitch quelques jours avant » me précise un membre d’Engage. « La plupart du temps, comme nous ne sommes pas des spécialistes de ce secteur en particulier, nous sommes vierges, sans à priori. Nous abordons le sujet avec un regard nouveau, avec nos réflexes, qui de la com, qui de la fiscalité ou des nouvelles technologies ». Chacun fait part de son expérience. Une mère de famille évoque des cours de cuisine pour sensibiliser à l’agriculture biologique. Un père plus bricoleur suggèrera la construction d’un radeau pour que les enfants soient dans le partage, fassent une oeuvre collective de leurs mains, une métaphore pour qu’ils comprennent qu’ensemble, ils peuvent construire de belles choses. Un amoureux de la glisse recommande de s’inspirer des actions de la « Surfrider foundation » ou de l’association « Moutain riders », autrement dit, attirer les adolescents par le biais d’activités « fun » comme le surf ou le snowboard puis une fois qu’il y ont pris goût et qu’ils aiment leur lieu de villégiature, leur proposer des opérations de ramassage de mégots dans la montagne ou de plastiques sur les dunes. « Le charme de ces échanges réside dans leur bienveillance, avoue une habituée. Chacun apporte ses compétences. Nous sommes dans le partage. Nous  apprenons de ceux qui ont plus de connaissances que nous sur un point donné. Les séances durent trois heures, pas une minute en plus.  Nous  ne sommes pas là pour nous disperser en querelles d’égo. Le  seul enjeu ici est d’apporter un maximum de conseils pertinents au créateur. Tout le monde a un savoir ou un savoir-faire qui peut lui rendre service ». 

Conseils et contacts : favoriser le partage

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Lors de la restitution de son petite groupe, la benjamine, Cordelia, étudiante au Celsa, conseille d’utiliser un logiciel qui retranscrit de manière dynamique la logique du cheminement de chacun groupe. Certains prennent des notes pour ne rien perdre. Au cours de la soirée, plusieurs thèmes seront abordés.  « Qu’est ce qu’on pourrait y trouver? » « Comment financer ces camps de jeunes ? » »Comment  les faire connaître ? ». Une fois un aspect exploré, les participants se déplacent, découvrent de nouveaux visages, trouvent en fonction de leur expérience de nouveaux moyens pour faire décoller le projet et contourner les écueils les plus évidents. Ils les listent par ordre d’importance et dévoilent leurs conclusions bien souvent inattendues aux autres. « Pour nous, porteurs de projets qui sommes souvent la tête dans le guidon, affirme Stéphanie, c’est un plus. En trois heures, nous récoltons de quoi nourrir notre projet pour longtemps. Ces conseils font du bien. On imagine discrètement notre projet dans notre coin et tout à coup on a plein de nouvelles pistes qui s’ouvrent à nous, on reçoit des encouragements qui nous boostent. »Des participants viennent alors lui dire qu’ils peuvent donner des coups de main, qu’ils désirent faire partie de l’aventure car l’idée les séduit ou qu’ils ont des contacts qui pourraient être sensibles à la démarche.

« Nous n’avons pas la prétention de refaire le monde. Nous ne sommes pas dans les grandes paroles. Nous voulons être aux cotés de ceux qui osent, de ceux qui créent sur le terrain. Nous sommes des créateurs contributifs, des dream makers » précise fièrement Jérôme Cohen, le créateur de ce laboratoire qui a su fédérer en un an des centaines de bonnes volontés.  Pour l’instant, le nombre de projet n’est pas encore significatif. Néanmoins, avec le boom de l’économie collaborative, les changements de comportements liés à l’arrivée du numérique, ces initiatives spontanées pourraient façonner un nouveau paysage.  Tentative après tentative, essais  après essais, des pistes émergent. Pour Eric-Axel Zimmer, cela contribue au « mindset shift », au changement des mentalités. 

Acteurs du changement

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On a, au mois de septembre, beaucoup entendu parler de la crise des intellectuels, d’un repli sur soi, d’une absence de réflexion. Les quotidiens,  les hebdomadaires, les journaux télévisés ont déploré les prises de positions déconcertantes de penseurs, de figures omniprésentes dans les médias qui publient livres sur livres et qui sont réduits à sortir des petites phrases pour vendre leur dernier ouvrage. Leur point commun : avoir près de 60 ans, réfléchir avec des modes de pensée issus du XXème siècle, un temps où les hommes politiques impulsaient encore le changement et être désespérément coupés des réalités.

C’est une erreur. Il existe de nombreuses personnes qui réfléchissent, se mobilisent, sur le terrain, sans polémique. Et tentent de proposer des alternatives, expérimentent. A Engage et dans d’autres structures qui se multiplient, on sent de l’énergie, de l’inventivité et de l’envie. Un souffle positif. On y trouve des jeunes et des moins jeunes qui ne ressassent pas, n’ont pas envie d’être aigris et essayent d’imaginer d’autres voies. Hors des sentiers battus, sans gourou, loin des discours politiques convenus et dépassés. Ils ne croient plus aux promesses, aux partis devenus de simples tremplins pour des carrières solitaires. En quête de sens, ils s’investissent. Autrement. lls échangent et créent, en silence, à l’écart des radars médiatiques.  Ces mouvements ni de droite, ni de gauche, simplement citoyens, ne délèguent pas leur pensée, en reprenant  des concepts martelés par d’autres, en d’autres temps.

Ces nouveaux acteurs cherchent à leur manière par le biais de rencontres créatives à faire émerger des idées concrètes, à échelle humaine. Une intelligence collective.

« Notre mission, c’est de mettre en mouvement la société civile ». avance Jérôme Cohen. « Nous allons créer une Engage University, pour donner à chacun la capacité et l’opportunité d’agir, en se développant personnellement, en enrichissant ses connaissances. Ces membres seront libres de s’orienter vers les causes qui leur tiennent le plus à cœur mais ils auront ainsi les outils pour contribuer au changement.  »

L’espoir est là. En 2015, les idées foisonnement.  L’apparition et la multiplication de ces laboratoires citoyens qui sont animés par la recherche du résultat, et portés plus par l’enthousiasme que la peur, est un fait majeur. Un vent nouveau se lève.  Assister à cette dynamique est encourageant, plus que cela : exaltant. Y prendre part est une cure de jouvence.

Jean-Marc Paillous

Les organisations au coeur de la cité

Le rôle des organisations dans la cité, petites ou grandes est contraint de changer. Trois forces les y conduisent. L’arme digitale, qui supprime toute forme de séparation virtuelle entre l’individu, le citoyen, le consommateur ou un salarié, conduit de fait à supprimer l‘illusion de certains qu’il était possible de vivre en séquence, hyper consommateur d’un côté, ultra social le samedi, hyper libéral le jour de ses impôts, etc., cultivant les contradictions de soi avec la dextérité du zappeur.

Le digital impose une sorte de ré-unification de soi par l’effet des réseaux sociaux. De fait les organisations sont prises dans le même monde, plus possible de tenir deux discours sans risque d’être rattrapé  par la patrouille digitale, plus possible d’agir en contradictions sans risquer l’effet d’image.

Deuxièmement les États ont perdu l’apanage de la souveraineté. Ils n’ont plus la monnaie, pas les taux, pas les dettes, peu les règles. Il leur reste l’ordre public, l’Armée, la police, le droit. La sphère du bien public est en permanence revisitée au nom de l’efficience, de l’impératif de la liberté individuelle devenu supérieur au bien commun, et des contraintes budgétaires. Certes, bien ou mal, cette souveraineté sur les âmes qui s’étiole se cherche de nouveaux maîtres. Les organisations les plus puissantes l’ont bien compris, au cœur de nos vies, fortes d’une puissance financière sans précédent tirée d’une capture de la valeur des réseaux connectés, elles se prennent à rêver de proposer de nouveaux modèles, hommes augmentés et humanoïdes « bienveillants », retour des rêves technicistes, nouvel avatar des croyances dans le progrès technique des grands esprits du 20ieme. De fait, que cela nous plaise ou non, l’espace public est ouvert à ceux qui veulent s’en emparer, bien au delà du politique, bien au delà du marchand, dans une sorte de meta-monde ou tout est désormais entremêlé.

Enfin, troisième force, les sources de croissance, de richesses, de création de demain sont toutes directement traversées par de grands enjeux sociétaux, enjeux des territoires et des cités, dont la réussite collective est souvent la clé d’un bénéfice individuel, dont le gain individuel n’est possible que par des performances collectives. Démographie, santé, transition énergétique et écologique, tout ces impératifs planétaires sont les gisements de nos croissances et activités futures, ils sont collectifs, mais n’ont d’avenir que si chaque pièce du collectif s’empare du sujet. Dans ce contexte, le monde qui vient, qui se construit déjà autour de nous n’est plus multipolaire, mais ultra polaire, au sens où il n’est plus de zone de force qui détermine plus qu’une autre ce que demain sera, quels seront les grands choix économiques et politiques vers lesquels orienter le génie humain. Tout est possible, du pire au meilleur, le pire plus facile que le meilleur parce que les forces du marché non régulées tiennent rarement compte des enjeux « non monétisables », car ce sont les normes et engagements collectifs régulés qui permettent leur monétisation (éducation, santé, écologie, tourisme). Les interdépendances des organisations sont telles que le jeu du progrès est ouvert aux mouvements de forces de chacun. L’effet papillon n’a jamais été aussi possible. Jamais il n’a été aussi possible de provoquer des évolutions par la base, par la mise en jeu de ses valeurs et de ses énergies pour soutenir des projets, des idées, des formes économiques différentes pour porter le changement et s’attaquer, avec ses convictions propres, au grand souci du monde : développer notre bien commun en donnant la main aux individus.

Dans cette optique, seules les organisations qui enverront leurs membres prendre part au cœur de la société qui bouge, se transforme et se bat pour avancer vers un monde nouveau pourront espérer voire une partie de leur idées progresser et faire école. Elles doivent réinventer leur mission, elles doivent proposer une ambition qui dépasse l’atteinte de performance financière pour parler à la cité, pour vivre dans la cité et pour cela elles doivent développer des capillarités actives, sincères et vertueuses avec la société réelle et non pas seulement sous un seul prisme marchand.

Chacun devient porteur malgré lui de ses valeurs, et ne peut espérer y trouver une résonnance que s’il assume d’aller les défendre dans le monde qui bruisse et n’attend pas que d’autres agissent ou parlent pour lui. C’est une révolution copernicienne qui peut donner le meilleur et le pire, le jeu est ouvert, ceux qui ne l’ont pas compris ne joueront plus jamais.

Démocratisation culturelle : l’innovation au service du public

Une triple ambition sociale, artistique et pédagogique.

Les festivals font le plein, les expositions ne désemplissent pas, l’appétit du public est réel. C’est donc, qu’en cette période de crise, d’interrogations fondamentales sur notre modèle, l’art joue son rôle de soupape et constitue une source de questionnements, dont nous ne pouvons, moins que jamais, nous passer. Si cette nécessité ne se dément pas, l’argent est rare et la sphère culturelle ne peut pas faire abstraction de l’environnement économique. Alors comment l’État, les mécènes privés ou les territoires doivent-ils aujourd’hui arbitrer ? Quels projets doivent-ils soutenir ? Comment s’assurer que chaque euro investi a un impact et permet de toucher tous les publics ?

Il existe un axe qui devrait, dans la situation particulière et difficile que nous connaissons, guider toute décision et tout arbitrage : l’innovation au service des publics. Car la crise actuelle ne semble pas déroger à la règle, elle est une source de réinvention, de « destruction créative ». Partout, les imaginaires s’agitent et de nouvelles solutions sont inventées. La circulation de l’information à une vitesse et une échelle inconnues de nos prédécesseurs fait le reste : les innovations se partagent, s’évaluent, s’adaptent et s’adoptent en temps réel.

Le domaine culturel n’est pas et ne doit pas être en reste. En matière de diffusion, de programmation ou d’éducation, la recherche constante de nouvelles idées et de nouveaux modèles doit être soutenue de façon volontariste. Lorsque des investissements lourds ne semblent plus envisageables, c’est bien l’audace, l’innovation, l’imagination contributive, qui peuvent apporter de nouvelles réponses, à moindre coût.

Les projets se multiplient et proposent, de nouvelles expériences de diffusion et de pédagogie. Les salles de cinéma gonflables, les concerts de palier ou les diffusions d’opéra live dans des salles de cinéma portent la culture au plus près des populations et des nouveaux publics.
Des expériences qui, en explorant de nouvelles voies, inventent aussi de nouveaux modes de financement. Les chantiers et les champs d’expérimentation sont nombreux, divers, protéiformes. Saisissons-les avec appétit.

Favorisons le décloisonnement des expressions pour éveiller l’intérêt de publics qui ne fréquentent jamais ou rarement les lieux culturels. Pour ne parler que des arts vivants, pourquoi ne pas multiplier les spectacles courts, des croisements inattendus, l’intrusion féconde des arts actuels dans le champ d’expression des arts classiques ?

Imaginons un nouvel enseignement dès le plus jeune âge, pour simplement susciter l’envie de pratiquer, d’expérimenter. Les cours de flute à bec demeurent, dans l’imaginaire de notre génération, l’image consacrée de l’enseignement artistique à l’école, souvent limité. Cette approche fait écho à celle des conservatoires, où l’enseignement plus sévère, décourage souvent le plaisir d’une pratique amateur de qualité. L’enthousiasme et le désir de partage ne devraient-ils pas être au cœur même de toute activité créative ?

N’y a-t-il pas de solution intermédiaire, ancrée dans la réalité de la création moderne, de ses instruments et de ses moyens ? Un enseignement véritablement multidisciplinaire à l’école ne préparerait-il pas mieux nos enfants à leur vie future ? L’épanouissement de l’enfant ne passe-t-il pas par la recherche et le développement de ses talents ?

Quelle que soit l’approche retenue, quel que soit le projet, il est essentiel de garder à l’esprit en amont, la nécessaire définition des impacts recherchés et la mesure objective des résultats obtenus. Car c’est en démontrant les impacts que l’on pourra convaincre de l’utilité de ces initiatives, à l’échelle d’un territoire, d’un pays ou d’une région. C’est donc aujourd’hui avec une triple ambition sociale, artistique et pédagogique que nous devons inventer de nouvelles voies et que les arbitrages financiers doivent être faits.

L’initiative du Pompidou Mobile a disparue, à peine née, anéantie par les rivalités politiques et des décisions qui semblent bien éloignées du bien commun. D’autres sont bien vivantes qu’il faut soutenir. Mumo (http://www.musee-mobile.fr) bien évidemment, musée mobile pour les enfants, mais aussi l’Opéra è Mobile (http://operaemobile.com) qui assure des représentations artistiques en plein air. D’autres naîtront. Parions qu’elles seront portées par la société civile, désireuse d’inventer elle-même ses futurs désirables.

Variations autour de l’engagement à l’usage des Engagés

S’engager c’est quoi ?

S’attacher à une cause qui nous tient au corps et interroge notre cœur. C’est une réflexion, une pensée, un mouvement intérieur qui me pousse à agir pour résoudre ce qui m’émeut, m’agite. C’est choisir, prendre parti et le dire. S’inscrire dans une recherche permanente car mon envie de changement sera aussi insatiable que mes questionnements sur la société, sur l’autre et sur moi.

C’est aussi une manière de résoudre l’absurdité d’un système qui ne me convient plus. Une envie profonde d’accompagner le changement de modèle que je souhaite voir advenir.

S’engager, c’est se faire la douce promesse d’entreprendre mes journées en me disant que tout reste à construire, que je veux aller au bout des choses et de mes intuitions.

Selon Sartre, l’engagement est inhérent à chacun, c’est un état de fait, «je ne peux pas ne pas être engagé». Pourtant je crois qu’il faut considérer l’acte de s’engager comme un élan précieux, individuel, lié presque automatiquement à une prise de conscience. Las de constats cafardeux qui pourraient justifier mon inaction, je veux faire non pas pour être mais pour traverser profondément, motiver ma présence au monde et «vivre en existant».

Un engagement précipite dans l’existence comme principe. Exister ça veut dire faire en prenant en compte l’autre qui n’a pas été placé à mes cotés par hasard.

Cet autre qui est une réponse à un engagement à long terme. Car une fois répondu aux sempiternels pourquoi, vient l’inexorable question du comment.

Par une action collective les idées grandissent en arborescence ; on ne défonce pas un mur seul. Il n’est pas rare que par un souci de résistance les causes nous unissent et les constats nous rassemblent. Ce qui est plus compliqué c’est d’appliquer une solution qui conviennent à tous. C’est pourtant comme cela que nous inventerons un modèle plus juste, moins excluant. Il ne faut plus attendre de nos dirigeants qu’ils changent notre quotidien mais bien prendre le pouvoir en faisant. L’engagement est une des portes qu’il faut absolument se permettre d’ouvrir.

S’engager c’est un refus et un partage, c’est un moyen puissant. L’engagement est en nous mais il faut l’activer pour qu’il existe vraiment. Il faut faire pour qu’advienne un changement. C’est un acte fort, politique et bienveillant.

Et toi tu t’engages quand ?

Bonne cause cherche héros. Entreprises, la société vous attend!

Il ne se passe pas un jour sans que l’actualité n’en fournisse de nouveaux exemples : la progression de l’impact des idées de la famille Le Pen sur les mentalités – et dans les urnes – paraît inexorable, celle de la menace terroriste aussi ; l’extrémisme, les replis communautaires et identitaires semblent quotidiennement gagner du terrain dans les esprits.

Dans “La société de la défiance”, tout ce qui fait notre « système » est rejeté, rejet lui-même alimenté par la défiance chaque jour croissante à l’égard des classes politique comme médiatique, traditionnels piliers de la mobilisation collective.

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Ainsi vacille la possibilité-même de valeurs et combats qui nous rassemblent et nous unissent dans un élan commun : comment “engager” les citoyens quand les partis politiques n’inspirent confiance qu’à moins de un Français sur dix (9%), les médias seulement un sur quatre (25% – source : baromètre de la confiance politique du CEVIPOF, vague de janvier 2015) ?

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Quand les piliers traditionnels de la mobilisation s’effondrent, comment recréer confiance et engagement alors qu’il paraît acquis que la restauration (du gaullisme, de « la République » à papa…) n’aura pas lieu ? Là est la question politique contemporaine, là est le défi essentiel du « vivre ensemble » aujourd’hui. La réponse se trouve dans les entreprises qui, loin des clichés longuement véhiculés sur les esprits franchouillards, inspirent une confiance croissante : près de 50% pour les grandes, plus de 80% dans les PME (Source : CEVIPOF encore).

Aux entrepreneurs et à leurs créations de prendre le relais des politiques et médias traditionnels. A elles et eux de s’engager pour engager, pour mobiliser, autour des causes citoyennes qu’elles voudront et pourront porter. A elles et eux de devenir des porteurs d’identité, de fierté, de combat. Les esprits des Français sont prêts, le tapis rouge est déroulé. 

Vous en doutez ? Vous avez besoin de preuves ? Après une rapide analyse des échecs politiques actuels, voici quelques cas inspirants, issus du 8ème chapitre du livre Spin* de l’agence de communication Spintank – ce livre visant à révéler les nouvelles règles de la communication à l’ère digitale : les entreprises peuvent – et doivent – aujourd’hui “Faire cause commune”.

Quelles causes porter ? Sur quels terrains de légitimité s’appuyer ? Esquisse de réponse.

FAIRE CAUSE COMMUNE

« Les filles n’aiment pas les Meccano ? Chiche ! ». C’est ainsi que GoldieBox a lancé les premiers jeux de construction 100% destinés aux filles. Sur YouTube, son film publicitaire dénonce, sur un ton aussi fun que pédagogique, tous les mécanismes qui, à partir de stéréotypes, éloignent les filles des filières scientifiques. L’entreprise s’inscrit ainsi dans un débat croissant sur l’identité de « genre » et l’égalité des sexes, en préemptant l’un des (nombreux) aspects de la question. Résultat : après des millions de vues, l’entreprise récolte plus de 200 000 € (285 000 $) sur Kickstarter et peut se lancer.

Plus encore, GoldieBlow s’est appuyé sur sa nouvelle communauté pour faire pression sur les distributeurs qui refusaient de référencer leurs produits, avec un message militant : «  L’industrie de la vente est composée d’homme blancs, relativement âgés. Ce sont eux les prescripteurs, qui disent ce que les petites filles aiment ou n’aiment pas » explique Lindsey Shepard, sa directrice commerciale, à Wired. La preuve ?  « Le web est ce qui permet à des entreprises comme la nôtre de dépasser les réactions conservatrices ». Depuis, ses produits sont vendus par les plus grands distributeurs américains, et s’exportent.

POURQUOI

Avec la disparition des grands récits, les vecteurs traditionnels de ce qui faisait société, communauté, identité, sont remis en cause. Le collectif s’est éclaté en collectifs, les valeurs – donc ce qui peut mobiliser – sont plurielles.

La demande de sens reste immense, mais les institutions qui le définissaient et le portaient ont perdu de leur légitimité et de leur pouvoir d’attraction. Ce qui ouvre un boulevard aux entreprises. Premiers moteurs de la vie en société (de consommation), elles sont les premiers acteurs du progrès social – ou de sa régression, c’est selon.

Les entreprises doivent utiliser leur pouvoir pour mobiliser autour de combats tangibles, précis, porteurs de sens. Chaque marque est appelée à s’emparer de sujets qui prouveront sa contribution au progrès. Celles qui sauront raconter leur aventure en mobilisant autour de causes collectives créeront de l’adhésion, car elles porteront une identité positive. A condition de mettre de côté les vagues discours pleins de bonnes intentions, ou les nettoyages à grands coup de green ou de social.

COMMENT

Ecoutez votre époque

Pour définir votre juste cause, observez, écoutez. Les sens sont multiples, nombreuses sont les causes potentiellement mobilisatrices. Elles prennent place dans un contexte sociologique, dans une époque, et répondent à des questionnements précis. En répondant à la quête de sens et de causes de votre époque, vous serez prescripteur de tendances sociales. Parce que vous aurez agi comme des accoucheurs d’esprits et de cœurs.

Choisissez vos combats

A l’ère du web, vous devez oublier la quête du plus petit dénominateur commun, qui vous amènerait vers des discours trop généraux et creux. Nous vivons à l’époque des réseaux et des multi-appartenances : adressez-vous à des communautés choisies, en avance, qui portent un combat naissant, précis, et aidez-les à avancer : vous y recruterez vos meilleurs ambassadeurs.

Prenez la tête d’un mouvement

Un ambassadeur est investi d’une mission. Faites de vos parties prenantes les agents du changement que vous voulez incarner. Leur rétribution est morale, elle n’a pas de prix : grâce à vous, leur contribution au progrès peut être connue par tous ceux qui les entourent. Grâce à vous, vos ambassadeurs acquièrent de la reconnaissance – celle de leurs pairs au premier chef, puis potentiellement bien au-delà. Votre leadership sera le leur, et vice-versa.

Persévérez !

Rome ne s’est pas faite en un jour. Votre contribution au progrès doit avoir le temps de se faire connaître, d’être relayée, de faire boule de neige. Elle doit s’appuyer sur des preuves régulières qui renouvellent, renforcent, l’adhésion et la mobilisation. Fixez à votre cause des objectifs à atteindre, sur lesquels vous rendrez des comptes. En persévérant, vous serez perçus comme légitimes, sincères, tenaces, mus par une authentique vision du monde… et du pouvoir de la faire vivre.

INSPIRATIONS

 « Le secret du leadership est simple : faites ce en quoi vous croyez. Dessinez le futur et allez-y. Les gens vous suivront ».

Seth Godin, Tribes: We Need You to Lead Us

Don, contre-don

Depuis 2009, pendant deux mois d’été, des jeunes d’Ile-de-France se retrouvent sur des chantiers bénévoles pour aider des associations à réaliser des travaux divers. Au programme : huile de coude et concours de peinture. Contre le don de quatre heures de leurs temps, chaque participant reçoit un billet pour « le concert de l’année ». Après les travaux, les stars leur offriront mieux qu’un selfie en les remerciant, sur scène, d’avoir accompli un grand geste de solidarité et de générosité. La marque, elle, porte un élan collectif, et se rapproche des jeunes.

Une quenelle qui a bon goût

Janvier 2014. Le scandale de la « quenelle » bat son plein, le spectacle de Dieudonné est interdit par le Conseil d’Etat. La maison Malartre, spécialiste de la gastronomie lyonnaise, flaire l’occasion de se faire connaître du grand public et lance une campagne de publicité opportune. « Enfin une quenelle sans arrière-goût ». L’audace paye, les résultats ne se font pas attendre : avec seulement quelques panneaux, et une forte reprise, le fabriquant a augmenté sa production de 25% en janvier. Où comment assumer le flux, au service d’une vision de société.

L’émoi du faux, le choc des photos 

Daniel Soares, artiste de rue allemand, a parfaitement saisi le scepticisme qui entoure la communication par l’image et les corps parfaits dévoilés à longueur de rue et de métro par les marques de vêtements. Il lui a suffi d’accoler à une publicité H & M l’image de la barre d’outils de Photoshop pour que ses œuvres fassent le tour du monde : son détournement était porteur de sens. Et il parlait à l’immense communauté des graphistes, utilisateurs quotidiens de Photoshop et de ses artifices… qui se sont révélés, grâce au web, de très efficaces relais de sa postérité.

* Les 8 principes du livre Spin de l’agence Spintank

Le Web pour mobiliser : sans cause, t’as plus rien

Le Pen monte, la menace terroriste aussi. L’extrémisme et l’élan réactionnaire sont là, c’est l’ensemble de notre « système » qui est rejeté ; rejet lui-même alimenté par la défiance chaque jour croissante à l’égard des classes politique comme médiatique, traditionnels piliers de la mobilisation collective, autour des combats qui nous rassemblent et nous unissent dans un élan commun.

 Le billet ci-dessous a été initialement écrit* à l’occasion des élections européennes. Il aurait pu être publié à celle des départementales, il pourrait l’être aux prochaines régionales comme aux municipales…

  • Son diagnostic : « la politique » n’engage plus, plus personne ou presque, dans un élan positif ; or « le politique » reste au coeur de nos passions comme de nos besoins… 
  • Son remède  : redorer le blason de la cause. Et engager les entreprises à… s’engager. Résolument. Sur UNE vision du monde, incarnée dans de la substance, portée par de l’identification…et, surtout, validée par des preuves concrètes de son apport au mieux-être ensemble.

Quelles causes porter ?, là est la question. Et avec elle : sur quels terrains d’expertise et de légitimité l’appuyer ?

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Billet d’origine sur le blog Spintank ( dans la lignée de la 8ème “règle de la communication à l’heure digitale” de son livre “Spin”, jadis portée par votre serviteur : “Faire cause commune”) : http://spintank.fr/2014/06/mobilisation-politique-sur-le-web-la-cause-toujours/

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Le web et les réseaux sociaux présentent un potentiel de mobilisation démocratique sans commune mesure. Et pourtant, l’abstention et le rejet du système politique sont là, et bien là – avec ou sans réseaux sociaux. Aucun bouton de partage, aucune stratégie « virale » sur Facebook ou Twitter n’a sauvé les élections européennes. Les promesses du numérique n’engageraient-elles que ceux qui y croient ?

Le risque d’une « onde de choc » abstentionniste et lepéniste était connu, il s’est réalisé. Les efforts n’ont pourtant pas manqué, plus ou moins heureux.

Facebook et Twitter pour réveiller le Vieux continent ?

Quelques jours avant l’élection européenne, espoir : Facebook annonce qu’il installe en Europe son bouton « Je vote ». Ce bouton que 9 millions d’inscrits auraient utilisé lors des présidentielles aux Etats-Unis, incitant plus de 340 000 Américains à se rendre dans les urnes! Un taux de transformation de près de 4% à faire pâlir d’envie nombre de marketeux…

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Sur un Vieux continent miné par la défiance et le désintérêt à l’égard de la chose publique, il y avait de quoi susciter l’enthousiasme des médias en ligne ; d’autant que Twitter s’était lui aussi joint à la danse citoyenne européenne (en poussant lehashtag #jevote, affiché à quelque 19 000 occurrences les 24 et 25 mai).

Le web n’a pas sauvé la démocratie : où sont passés les Désirs d’Avenir ?

Las : le scenario était déjà écrit, ce qui devait arriver arriva.

Pourquoi le numérique ne sauve-t-il pas une démocratie à l’agonie, lui dont nous attendions tous tant ? Pourquoi les promesses de Désirs d’Avenir n’ont-elles jamais été suivies d’effets en France ? Pourquoi le web, qui réussit àmobiliser des hackers pour des actions de revendication politique, ne parvient-t-il même pas à envoyer les citoyens aux urnes ? Pourquoi la force de frappe qu’offre le numérique ne booste-t-elle pas la participation politique ?

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On n’engage personne avec un monstre froid

Aujourd’hui, c’est acquis : « la politique » n’intéresse plus grand monde en tant que telle. Les principes moraux ne font plus recette, les références aux heures-les-plus-sombres-de-l’histoire laissent de marbre, les institutions passent pour des monstres de plus en plus froids. Or on n’engage personne sur du vide – ou ce qui est perçu comme tel.

L’injonction à aller voter ne peut donc compenser l’absence d’intérêt et/ou de compréhension de l’enjeu d’une élection. Aujourd’hui, la légitimité des partis comme des institutions politiques et des médias « traditionnels » est sapée par le désintérêt et la défiance des citoyens : le problème fondamental n’est pas dans la visibilité, le marketing ; il est dans l’offre, le produit – ou service. Seul, le formidable outil qu’est le numérique ne suffit pas : sans contenu, le contenant ne sert à rien ; sans matière à véhiculer, les tuyaux sont creux.

Oui, les logiques d’affichage de soi propres aux réseaux sociaux et à leurs mécanismes de « viralité » sont des leviers de mobilisation massifs. Encore faut-il être en mesure de les actionner. Encore faut-il activer un intérêt de fond, une vision, une émotion. Pour engager, il faut de la matière : un ressort humain, émotionnel, personnel. Un ressort que « la politique » n’a pas, n’a plus, en tant que telle.

Les géants du numérique, nouveaux acteurs politiques ?

Au lancement des Jeux Olympiques de Sotchi, Google s’est engagé sur le fond, avec une page d’accueil gay-friendly qui s’appuyait sur un extrait de la charte olympique, pour afficher ouvertement son opposition à l’homophobie du gouvernement russe. Cet engagement a pu être perçu comme cynique (Google Play n’avait pas montré un grand empressement à supprimer une application homophobe de son store…), mais il n’était pas dépourvu de risques non plus, vu le caractère stratégique du marché russe pour Google. Il possédait une certaine substance.

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Par ce geste en faveur d’une cause précise, substantielle, Google a mobilisé. Opportuniste peut-être, la firme de Mountain View a engagé des centaines de milliers de personnes, voire des millions, qui ont relayé cette bannière sur Facebook, Twitter, Instagram… (et aussi par e-mail, on l’oublie trop souvent !).

Demain, un bouton « Vote Valls » ?

Aussi « slacktiviste » fut-elle, cette mobilisation fut massive. Google a su détourner l’agenda en sa faveur. Au passage, Eric Schmidt – le président de son conseil d’administration – a même été nommé membre du CIO quelques mois plus tard…

Demain, Facebook, Twitter, Google ou Microsoft iront-ils jusqu’à devenir de véritables acteurs politiques, engagés ? Verra-t-on apparaître des boutons « Vote Valls » ? Rien n’est moins sûr : s’ils prennent position, ces experts des ressorts de la diffusion de messages publics – actions politiques par essence – se positionneront sur du contenu, sur des causes ; ou ils se contenteront d’inciter à voter comme on manifeste dans la rue son opposition au Front national : pour faire joli.

La com’ ne sauvera pas « la » politique

Le web est l’agora d’aujourd’hui. La puissance du réseau est formidable, celle du soft power, qui permet d’influencer les décisions en faisant évoluer les mentalités et les cultures, est fascinante. Mais les échecs des formes traditionnelles de communication politique le montrent bien : on n’active pas un réseau sans cause, on ne le mobilise pas un réseau sans s’appuyer sur une communauté d’intérêt.

La différence entre l’exemple de Google et « la politique » qui ne mobilise pas, est là : on « se bouge », sur le web, pour une cause qui nous tient à cœur, personnellement. Une cause qui participe à l’image qu’on veut envoyer de soi-même. Et encore, cela ne suffit pas à faire passer cet « engagement » dans la « vie réelle » – au contraire même…

Aujourd’hui, manifestement, s’afficher bon citoyen ne suffit pas à donner envie aux autres : « la politique » ne donne pas envie d’aller voter et de le faire savoir. On peut même se poser la question : et si Facebook avait lancé un bouton « Je ne vote pas », quelle fortune aurait-il connu au pays de la quenelle… ?

Tiens, au moment même où j’écris ce billet, j’apprends que Facebook a lancé des stickers « fierté ». Qui, eux, portent certaines causes…

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Via @desgonzo

Sans cause t’as plus rien

Le numérique ne sauvera pas la politique en tant qu’outil de com’, il renouvellera le politique par le biais des causes, personnelles et/ou communautaires, qu’il permet de porter. Et par le pouvoir qu’il donne à chacun d’entre nous, comme le font Avaaz, Change.org ou Powerfoule avec leurs pétitions.

Demain, les référendums seront-ils lancés via Change.org ? Les partis politiques, think-tanks, syndicats et autres porteront-ils leurs idées par des pétitions en ligne ? Tous ces acteurs « traditionnels » seront-ils balayés par la puissance de l’empowerment porté par le mouvement “Ma Voix” lancé par Quitterie de Villepin ? Les corporations vont-elles renaître en tant que telles dans le nouveau champ politique qui se dessine ? Les entreprises vont-elles prendre en politique (dans son sens noble : la chose publique) la place prépondérante qu’elles ont prise dans l’économie ?

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Et vous, quelle pétition avez-vous envie de lancer ? Quelle action de transformation voulez-vous engager ou aider ? C’est le moment, la République n’attend que vous !

Résister – vision architecturale de l’engagement

…L’impression grandissante de vivre dans un cloaque humain d’où surgissent parfois en de rares et magiques instants, quelques formes lumineuses, de véritables êtres, de véritables devenirs devrais-je dire, des incarnations sauvages de la vérité, celle qui se fait, se pense, se vit, se fabrique, se conditionne en dehors de toute médiocrité normative, largement au-dessus de ce grouillement brouhaha chaotique d’androïdes sociaux, simple bruit de fond évolutionniste dont le sens ne peut être donné que par de telles apparitions, de telles fulgurances supérieures…

Maurice G Dantec – Théâtre des Opérations 2000

Asservissement et résistance sont-ils les deux termes d’une opposition séculaire entre absence et reconquête de la liberté d’action ?

Nous dépassons rarement cette antinomie qui satisfait la pensée. C’est pourtant dans cette complexité que se retrouvent nos quotidiens chahutés.

Résister aux évidences.

Le contexte économique, social et politique n’est peut-être pas pour rien dans ce phénomène, tant il est vrai que la résistance finit par s’imposer comme un devoir dès lors que le sentiment d’oppression envahit des pans entiers de la vie de la cité.

Pourquoi rechercher cette définition républicaine de la liberté comme non domination ?

Peut-être déjà un penchant obsessionnel pour les esprits libres et à travers quelques rencontres de personnages qui paraissent étranges et atypiques, qui petit à petit vous révèlent votre volonté d’architecture, posent sur vous une vie chargée d’émotions, d’une relation étroite avec le danger, la résistance sans limite face à la convenance, le bienveillant, le bon goût éternel, le bien établi, les penchants partagés moralistes…

Peut-être aussi de développer un besoin d’émotions d’un art en danger liés à une globalité nouvelle, entre visions idéalistes de trop nombreux architectes baignés dans les derniers stigmates d’une architecture faussement visionnaire basée sur une multitude de dogmes confus, dépassés, voire erronés.

Comme une incursion tenace dans la torpeur de l’être, la détermination est la forme la plus fondamentale d’une contestation contre l’inertie du hic et nunc. L’autoconstitution de la subjectivité individuelle se produit comme acte de résistance, comme dénégation, ou comme affirmation de l’instance de la différence de l’individualité. La volonté surgit avec le « non » qui la constitue, le « non » du refus de l’immédiateté en toutes ses formes.

Il faudra choisir…

Puisqu’il faut choisir, dépouillons le choix de toutes circonstances toujours atténuantes de l’hésitation qui le borde, des contraintes qui le presse. A bien y réfléchir le choix n’est pas abyssal, il est même très clair, trop clair pour souvent pouvoir le regarder en face sans y brûler les ailes de l’indécision. La tâche de l’existence est d’être soi, de devenir soi criait Kierkegaard devant le seul choix porteur de sens. La capacité générale de l’homme de prendre la mesure d’une possibilité particulière et personnelle et de se consacrer à sa réalisation. D’un côté une myriade de cibles séductrices devant les possibles, de l’autre la constance, la consistance, le devoir, la solitude contre l’invitation à l’indifférence. D’un côté l’esthétique de l’autre l’éthique.

Dans ce théâtre de la modernité et d’un progrès relatif, les incertitudes de l’extension urbaine vacillent dans son patrimoine, ses couleurs et sa lumière parmi une superposition d’éléments conflictuels ou indifférents ; une accumulation de signes, d’idées, d’espaces. Les pollutions semblent nombreuses et les pamphlets un peu raccourcis contre le développement lacunaire sans vergogne des et de la pensée, nous dirigent vers une voie monocorde de l’esthétique à défaut d’un regard appréhendé dans sa dimension essentielle.

Il faut donc résister,

Se répéter de belles promesses : face à ce moralisme aggravé, la mise en place d’hypothèses fragiles semble jouer avec la fin des certitudes, des rêves d’un futur meilleur, des envolées utopistes.

C’est un peu se promettre de toujours recommencer, d’aller par son chemin, de ne pas écouter les conseillers attentifs pleins de sollicitude, de se méfier de toutes les évidences, de continuer à avoir peur, d’être inquiet, de ne jamais être sûr de rien, de s’inquiéter du respect et se garder de la fausse insolence, d’haïr la parodie, de se souvenir , de ne jamais oublier de tricher, de dire la vérité et ne plus s’en vanter, d’abandonner les voies rapides et suivre les traces incertaines, de prendre son temps, de lutter contre la médiocrité, de ne pas craindre l’affrontement, de résister.

Il faut se permettre aujourd’hui à rêver dans ce « monde sauvage et incertain »  à ce paysage-objet retrouvé qui déploie sans ambages ses contrastes et contradictions, sérieux et décontracté, familier et incongru, naturel et artificiel, mystérieux et  ouvert, simple et sophistiqué…. Et ainsi, réinventer une architecture sensible, poétique loin de toute certitude».

Photo : Olivier Amsellem

L’engagement à l’âge de la révolution digitale (1/2)

Comment contribuer à « changer » les choses ? Par où commencer ?

Les modèles « classiques » de l’engagement reflètent une organisation pyramidale propre aux vieilles sociétés industrielles. Qu’il s’agisse des partis politiques ou du travail admirable de nombreuses associations caritatives, le plus souvent le haut de la pyramide réfléchit et la base s’active. C’est un socle nécessaire pour l’action collective. Mais que faire lorsque l’on veut donner plus que son argent, ou son vote ? Que l’on veut participer aussi en exprimant son talent, sa réflexion analytique ou ses idées créatrices? Que l’on veut aussi savoir si ce que l’on fait permet effectivement de changer les choses ?

La révolution digitale ouvre de nouvelles pistes pour répondre à ces questions.

Les modes d’organisation issues de l’innovation numériques créent de nouveaux modèles d’intelligence et d’action collective. Ils permettent à chacun de pouvoir participer, de s’engager tout en établissant un rapport égalitaire avec les créateurs de l’organisation. La gestion du travail est bouleversée : c’est le modèle de l’organisation  « aplatie » de l’Open Source, théorisée par Yochai Benkler du Berkman Center for Internet & Society à l’université de Harvard. C’est le modèle de développement de Linux ou de Wikipédia. A la différence des firmes traditionnelles ou des mécanismes classiques de marché, ces modes types « open source » possèdent des avantages spécifique.

Chacun apporte son travail selon son talent et sa disponibilité, ce qui donne accès à une diversité plus forte d’intelligences et de ressources. Chaque contributeur n’intervient que pour des activités qui soit le motivent réellement, soit correspondent à son domaine de compétence : le recrutement se fait par auto-régulation, réduisant les couts de sélection. Il pourra en aller de même dans l’engagement social, ou chacun apporte son talent et ses compétences propres dans le cadre d’initiatives qui partagent avec les entreprises privées, en particulier les start-up, des besoins souvent similaires – recherche de mentors, questions sur la pertinence du positionnement, les moyens de convaincre des donateurs ou des investisseurs, le cadre juridique, la difficulté à trouver des équipes etc…

Le contributeur n’intervient que lorsqu’il est disponible pour le projet collectif. D’un point de vue économique, il s’agit de la mise à disposition d’une « capacité » de travail qui serait par ailleurs non utilisée – par exemple pour Linux, du temps libre d’ingénieur informaticien, après accomplissement de son travail salarié. La « rémunération » par le projet collectif du contributeur ne se fait pas via une contrepartie matérielle ou monétaire, mais dans un aspect plus intangible : parfois la possibilité de se bâtir une réputation d’agent efficace dans le cadre d’un réseau estimé de contributeurs ; le plus souvent, aider un projet collectif qui tient à cœur le contributeur. La rémunération est altruiste. Ce point est fondamental : il permet l’intervention d’un nombre important des contributeurs, chacun apportant un quantum d’effort correspondant à son temps de « capacité de travail » sinon non utilisé. Ce nombre finit par pallier l’absence d’employés à temps plein. Linux, dans les OS, ou Wikipédia, dans les encyclopédies sont des projets qui n’ont rien à envier aujourd’hui à leurs compétiteurs privés.

Le cout de l’organisation est réduit à l’essentiel grâce à une coordination des actions réglée par le logiciel mis en ligne. Il définit le quantum d’effort (telle fonction à coder, tel article à écrire) correspondant à la capacité de travail mis à disposition par le contributeur. C’est par une plateforme en ligne que peut se gérer l’apport du nombre associé à la spécialisation des tâches. L’organisation des initiatives sociétales pourraient grandement profiter de ce qui fait la force ici d’un Wikipédia ou d’un Linux, ailleurs d’un Quirky ou d’un Kickstarter. Ce dernier point permet de plus de réduire les frictions humaines ou les jeux de pouvoir dans l’organisation du projet. Le logiciel force à écrire les algorithmes, c’est-à-dire définir en amont les règles de décision. L’arbitraire subjectif de tel ou tel dirigeant, avec le risque d’une vue partiale, cède donc le pas à l’objectivité de la règle établie.

Voilà comment la révolution digitale peut transformer l’engagement social. Derrière la technique se cache en fait une révolution de l’organisation de l’intelligence collective, déjà en cours.

Mais il n’y a pas que les modes d’organisations qui sont en train de se bouleverser. Notre culture elle-même est en train de changer.  Là encore, une nouvelle révolution est à venir pour la société, et donc pour l’engagement social.

C’est ce que nous découvrirons dans un prochain post.

La société contributive

Ils sont venus, ils sont tous là…

Dirigeants, artistes, journalistes, consultants, spécialistes de l’innovation sociale, salariés, porteurs de projets, étudiants. Ils sont là pour quelques heures et probablement pour beaucoup plus.

Il y a Rémy venu contrebasse en bandoulière nous offrir un ENGAGE In d’une grande intensité. Il y a Géraldine qui immortalise la figure des ENGAGEs et fait ressortir, magiquement, ce que nous sommes.

Il y a Eva, porteuse de projet dans la finance solidaire, Pierre-Etienne, qui rêve concrètement d’un monde dépollué et qui s’y emploie, Pierre, qui parle d’engagement et définit en creux la société contributive qui est en train de naître, Prune et Catherine qui inventent un autre système de santé. Et puis Juliette qui veut rendre la culture accessible au plus grand nombre, Florence et Margaux, corruptrices positives de notre système éducatif. Il y a aussi, Uriel, Séverine, Catherine, Bruno et ses Tribers.

Ce que nous avons en commun ? Croire que c’est collectivement que nous changerons les choses.

Ce que nous partageons ? L’envie de réformer notre système et d’inventer pas à pas celui qui vient, en se contraignant à l’optimisme.

Refaire lien pour créer du sens. Refaire sens pour créer du lien. Placer l’humain au centre, l’humain comme source et comme destination. Voilà finalement ce qui nous rassemble. Il y a bien sûr des outils, des formats, des ENGAGE Camps, des ENGAGE Kits, la plateforme qui sera moteur et catalyseur. Mais ce qui nous réunit, c’est avant tout l’énergie, la soif de contribution avec de personnes et autour de projets concrets.

Ce qui nous réunit, c’est aussi la convivialité, la joie de faire ensemble, la sensibilité à ce qui dépasse la seule efficacité.

Hier, nous étions réunis autour de l’éducation et de l’Espace des possibles, projet porté par Synlab (www.syn-lab.fr), que la communauté a choisi d’aider : rendre les collégiens plus créatifs, inventer les outils qui contribueront à libérer leur énergie et leurs possibles. S’ENGAGEr donc, pour une cause fondamentale, l’éducation et la préparation des générations futures.

Générations Futures, ces mots résonnent avec ce concept utilisé par différentes tribus indiennes d’Amérique du Nord : la 7ème génération. Prendre en compte, pour chaque décision, son impact jusqu’à la septième génération à venir.

Pour suivre Synlab : www.syn-lab.fr Pour suivre 1001Impact : www.1001pact.com Pour soutenir le projet de Pierre Chevelle : http://www.kisskissbankbank.com/changer-le-monde-en-2-heures?ref=category

Pour nous rejoindre : www.engage.world

S’engager collectivement

S’engager parce qu’il n’est pas trop tard. Parce que nous en avons aujourd’hui les moyens, parce que la technologie facilite les conditions de l’engagement.

S’engager pour des causes, pour une cause. Défendre des valeurs, une idée, une vision.

S’engager pour refaçonner notre quotidien et notre modèle de société. S’engager parce que nous en avons la possibilité. S’engager parce que dans le monde qui se profile, nous en aurons probablement le temps.

S’engager avec d’autres, car notre action sera plus efficace si elle est collective. S’engager avec d’autres car notre action sera plus riche et enthousiasmante si elle se nourrit de multiples regards et de diverses expériences.

S’engager en portant une idée ou un projet. S’engager en contribuant à une idée ou à un projet.

S’engager pour découvrir son talent.

S’engager comme l’on peut, comme l’on est. Apporter ce que l’on peut, ce que l’on est. Avec ses doutes, ses espoirs et ses envies.

Participer, inventer, agir.

Passer d’une logique de coupures à une logique de relations

Chacun peut sentir que le mode actuel de notre développement, le mode actuel de « faire société », nous mène à une impasse, risque de conduire à une mort de la civilisation. Ce sentiment se traduit par une peur croissante du futur, une nostalgie du passé, une montée des replis sur soi individuels et communautaires, une défiance croissante envers les « politiques ».

Notre maison s’écroule…

Il est urgent  d’inventer une nouvelle maison, une nouvelle façon de « faire société ».

Il est urgent d’inventer de nouvelles formes d’économies, en donnant au mot économie son sens plein, premier, d’ecos nomios », la « loi de la maison ».

De nouvelles formes d’économie commencent à  émerger: Economie collaborative, économie sociale et solidaire, économie circulaire.

Leur nom indique leur point commun, leur trait distinctif par rapport à l’économie classique : c’est la relation. L’économie collaborative s’appuie sur des liens entre des personnes ; l’économie circulaire établit des liens entre des produits : entre la fin de vie des uns et la création des autres ; l’économie sociale et solidaire vise à développer les liens sociaux.

On l’entrevoit : ce qui caractérise la nouvelle maison, qui est à inventer et bâtir, c’est la relation.

La logique économique actuelle est de s’appuyer sur des coupures et de créer des coupures de toutes natures.

On le sait, il y a coupure de l’entreprise avec son environnement et avec le long terme, coupure entre le monde de la finance et l’économie réelle, coupure croissante entre les plus riches et les plus pauvres.

Mais les coupures traversent aussi l’individu lui-même.

L’instantané est survalorisé pour les individus comme pour les entreprises. Ils sont de plus en plus coupés du temps nécessaire pour établir une relation qui ne soit pas que virtuelle et pour apprécier pleinement, avec une pleine sensibilité, l’ensemble de l’environnement.

Le monde n’est de plus en plus perçu que par ce qui en est chiffrable, coupé de ce qui est immatériel, qualitatif, de l’ordre de l’humain, pour les individus comme pour les entreprises. Prenons un exemple, particulièrement sensible puisqu’il concerne le regard porté sur les enfants, qui sont les générations futures auxquelles le développement durable est censé porter attention. La tendance est croissante à vouloir les « évaluer » selon des procédures chiffrées aisément informatisables, à ne considérer que le visible et le chiffrable des écarts à une norme de développement ou de performance, dans une coupure d’avec leur histoire spécifique en tant que sujet humain. Cela est source de graves conséquences pour les enfants. Cette coupure d’avec ce qui n’est pas visible et chiffrable affecte de plus en plus de domaines.

La coupure peut même diviser chaque individu. C’est le cas, par exemple, des femmes, divisées entre des enjeux personnels essentiels par la difficulté à concilier la vie professionnelle et la vie familiale. Pour beaucoup, il y a coupure schizophrénique entre les valeurs exigées dans le « business » et les valeurs que chacun a pour conduire sa vie.

L’invitation à s’appuyer sur des relations et à créer des relations est éclairante pour aller vers des futurs souhaitables.

Chercher à favoriser les relations à soi, aux autres, au monde, peut aider chaque innovateur à identifier  la finalité qu’il peut viser pour contribuer, pour sa part, à des futurs souhaitables.

Elle invite, d’une part, à agir pour que chacun puisse être pleinement en relation avec lui-même.

D’autre part, à favoriser les occasions de relations réciproques mutuellement gratifiantes entre les personnes ou les groupes.

Enfin, à favoriser la pleine sensibilité, la pleine relation, avec l’ensemble de l’environnement, non seulement pour ce qui en est mesurable (le CO2 émis, l’énergie, la biodiversité) mais aussi pour ce qui est au delà des chiffres : la sensibilité à la beauté et à l’épaisseur du temps.

Viser l’épanouissement des personnes, la multiplication des relations réciproques gratifiantes entre les personnes ou les groupes, l’accroissement de la sensibilité à l’ensemble de l’environnement, tout celà est en ligne avec les trois piliers du développement durable, mais va au delà. C’est viser un développement économique, non « per se » mais pour l’épanouissement des personnes ; un développement social multipliant les occasions de relations foisonnantes; un développement environnemental, non seulement vers une « préservation » de l’environnement mais vers un plein respect, une pleine appréciation de l’ensemble de ce qui fait notre monde.

Par ailleurs, l’invitation à s’appuyer sur de la relation, sur tous les registres, permet à chaque innovateur de faire émerger de multiples moyens nouveaux, dynamisants, pour mieux réussir dès maintenant.

Elle conduit, par exemple, à ne plus s’appuyer seulement sur des échanges, où chacun est maintenu à distance de l’autre par un contrat, mais à s’appuyer aussi, voire principalement, sur des relations plus fortes, des relations d’alliances, où l’énergie de chacun converge vers une même ambition en lien avec un sens collectif. Elle conduit aussi, notamment, à raisonner avec une logique du « et », non plus du « ou », comme à donner priorité à la dynamisation des flux sur l’optimisation des stocks. L’analyse de la façon dont ont été réussies des innovations exemplaires contributives à un futur souhaitable montre que ces nouveaux modes d’actions sont particulièrement créateurs de dynamiques et permettent de réussir même dans un environnement difficile.

S’appuyer sur de la relation et viser à créer de la relation est un mode d’action où il y a identité de nature entre les moyens utilisés et les finalités poursuivies. Cette « robustesse » est précieuse dans un nouvel environnement définitivement marqué par l’incertitude. Par ailleurs, passer d’une logique de la coupure à une logique des liens est totalement en ligne avec l’évolution de la technologie : la logique de l’Internet, c’est celle des relations. Enfin, cette identité de nature entre les finalités poursuivies et les moyens utilisés permet aussi de ne pas sacrifier le présent à l’aune d’un futur toujours repoussé, de ne pas être coupés par une contradiction entre le présent et le futur.

Cette invitation à une économie de la relation, c’est une invitation à une « économie », une « maison » intelligente et humanisante. Intelligence, inter-ligere, c’est relier. Relier, c’est humaniser.

Philippe Lukacs

Enseigne le management de l’innovation à l’Ecole Centrale de Paris

A publié « Stratégie pour un futur souhaitable », Dunod 2008

Rester humain

Quand j’ai dit à ma femme que j’allais payer une cotisation annuelle à ENGAGE pour avoir le droit d’aider bénévolement des gens que je ne connais pas, elle m’a regardé d’un drôle d’air.

C’est vrai qu’à première vue, c’est bizarre, non ? On devrait plutôt être payés pour aider les gens, et non l’inverse.

Et pourtant.

L’empathie devient une denrée rare, comme l’uranium. Elle coûte cher à produire et elle se conserve mal. Jour après jour, notre faculté d’aimer les gens s’atténue. Notre bienveillance prend du gras. Nous nous replions sur nous-même. Nous perdons l’habitude d’être humain.

Et moi j’ai quarante ans et j’en ai marre de sentir mon cœur se dessécher comme un pruneau. Je veux me secouer l’humanisme. Je veux aider des projets avec des vrais morceaux de gens dedans, des gens qui veulent changer le monde, ceux qui ont la lumière qui brille dans le fond des yeux

Les porteurs de projet, cette espèce étrange. D’où viennent-ils ? Que cherchent-ils ? Surtout les jeunes, c’est émouvant. Excusez-moi, mais vouloir changer le monde, c’est quand même autre chose que les Goldman Sachs, Montebourg ou autre Monsanto. Autre chose que la rupture des business models ou l’uberisation des rentes.

Les porteurs de projet, c’est comme les petites fleurs qui poussent dans les fissures de l’asphalte. On a beau leur marcher dessus, ils sont indestructibles. A chaque fois ça surprend, et on se dit : « mais où vont-ils chercher ça ? ».

Alors chez ENGAGE, je les aide et ça me fait du bien. Je fais ce que je peux avec mes petits et grands moyens. Et puis je sors de là avec la pêche et l’envie de recommencer.

ENGAGE c’est comme un club de gym qui aide à rester humain.

ENGAGE, Maintenant !

Aujourd’hui plus encore qu’hier, les interactions entre l’entreprise et la cité, les externalités positives et négatives entre les deux sphères, sont de plus en plus poreuses. De surcroît, une grande partie des sources de développement économique viendront de la prise en compte d’enjeux sociétaux, et non plus simplement de la réponse à des attentes individuelles consuméristes. Transition énergétique, villes propres, démographie et vieillissement, santé, technologies et savoirs sont autant de sources de croissance pour les entreprises, fortement dépendantes de la volonté sociétale de prendre en charge des problèmes globaux majeurs que la puissance publique ou le citoyen, seuls, ne savent pas résoudre. Au milieu, le décideur. Soit il essaie de connecter ces mondes, soit il les sépare et (se) disjoint. Ma conviction est que l’on ne peut pas assister aux connexions entre ces mondes sans en tirer les conséquences dans les pratiques de management. C’est le défi qu’il est urgent de relever.

La complexité du monde devrait nous aider. En effet, jamais nous n’avons disposé d’autant d’informations sur n’importe quel sujet technique, scientifique, monétaire, financier, économique… mais jamais il n’a été aussi difficile d’en tirer une connaissance avérée et fiable ! De même, les vérités scientifiques sont régulièrement revues et corrigées parce que les progrès de la science permettent de prendre un sujet sous un angle toujours différent, plus précis ou plus macroscopique. Les exemples sont multiples : controverse sur les OGM, sur l’importance ou non du réchauffement climatique, sur les propriétés vertueuses ou non de la transition énergétique allemande, sur la « révolution américaine » des gaz de schistes, sur le miracle du big data et ses conséquences sur la privacy, sur le potentiel des technologies génétiques et les risques pour notre « humanité », le débat nucléaire, le potentiel et les limites des voitures électriques, les risques ou non de généralisation de la « malbouffe », etc. Chaque semaine ou chaque jour parfois, sortent des analyses techniques plus riches et plus détaillées sur ces sujets. Et pourtant nulle vérité autre que partielle et temporaire n’existe. Tout sujet devient alors politique : il est livré aux convictions et aux croyances personnelles. Il y a toujours un angle selon lequel ce qui est bon pour les uns, pour un lieu ou pour un temps, ne l’est plus pour d’autres, d’autres temps ou d’autres lieux. Et pourtant, il faut décider !

Il y a deux manières de traiter cette complexité. Une première approche consiste à tenter de nier cette interaction. Il s’agit de miser sur une mécanisation absolue des processus, d’instituer une « séquentialisation » des sujets et des personnes. On ne prend pas de risque, on refuse de considérer cet « impondérable » humain sous toutes ses formes. On ramène l’ensemble des paramètres de décision de l’activité aux notions de rentabilité ou de coût. C’est une forme de fuite. Cette approche existe bel et bien. Elle est très fortement impulsée par la financiarisation de nos économies qui impose une perception exclusivement centrée sur la performance à court terme, ce qui ne permet pas ou mal de pondérer les éléments de structuration de la valeur d’une firme, qui, sur la durée, sont très nombreux et plus complexes. Elle présente de nombreux avantages et remporte de nombreux succès. Elle présente aussi des risques de dérives qui sont régulièrement pointés du doigt et qui me semblent averés.

L’autre voie, que je retrouve dans Engage, considère l’impondérable de la subjectivité, comme une richesse, une source permanente de progrès. On peut, en effet, se nourrir de cette interaction permanente de l’imprévisible avec la mécanique de l’entreprise. On y puise les sources d’une préhension plus grande de et dans la vie de la Cité. On ancre l’entreprise plus profondément dans son cœur social, humain. On lui donne ainsi les moyens de se développer de façon plus harmonieuse dans la Cité et d’y puiser les sources de ses développements et activités futures.

Nous sommes ainsi face à deux conceptions de la « souveraineté ». L’une reste très centrée sur une vision mécanique et sérielle des rôles des agents dans nos sociétés. Elle « séquentialise » les positions des uns et des autres – chacun son rôle – et elle pousse à mécaniser en interne les pratiques de management. L’autre a une vision « entropique » de son rôle dans la cité, qui impose d’interagir et, donc, d’ouvrir le jeu. En ouvrant le jeu avec les parties prenantes, on s’oblige progressivement à ouvrir le jeu en management aussi, par principe de cohérence, ou encore de réalité.

Il ne s’agit plus simplement de bien huiler la mécanique mais d’effectuer une translation : de la séquence au passage. Il s’agit, pour le décideur, d’accepter de se faire passeur entre les mondes, passeur de soi, de ses convictions et de ses intuitions, mais aussi, quand cela ne suffit pas, passeur d’interrogations, de contre-messages ! Par un travail permettant la connexion avec les autres mondes, les autres groupes socio-économiques qui construisent nos vies, de proposer d’autres angles d’approches que ceux qui sont habituels.

Pour être passeur, le manager doit fonder son leadership sur ses inspirations et intuitions propres, impondérables s’il en est ! C’est-à-dire pratiquer un leadership qui accepte l’erreur et refuse le dogme ; un leadership qui construit des visions qui prennent le risque de durer plus longtemps que les modes, les faits ou les débats ; un leadership capable de poser des principes au-dessus des métriques de performance usuelle. Parce que ce sont ces principes, valeurs, règles intangibles qui permettront en définitive au décideur de décider en cohérence, sans se désunir, dans la durée, quelle que soit la complexité des sujets. C’est ainsi qu’il passe d’une posture séquentielle à une posture de passeur. Engage fait partie de ces plateformes qui offrent les mélanges permettant de faire ces passages vertueux.

Il est ainsi probable que le grand défi à venir des firmes résidera dans leur capacité à développer des business modèles dits « contributifs », à savoir générer des développements économiques qui portent systématiquement par surcroît des bénéfices sociétaux. Soit parce qu’ils traiteront directement d’enjeux sociétaux (savoirs, vieillissement, transition énergétique), soit parce que leur manière d’exercer leur activité comportera un volant contributif, collaboratif, inclusif, spécifique. Imaginer ces projets et ces chemins est l’un des grands enjeux du futur. Danone le fait quand il essaie de développer des écosystèmes circulaires dans la production de lait en Inde. Les fondations et les mécénats qui se développent sont des illustrations d’une tentation de le faire, mais elles sont encore trop disjointes du cœur d’activité, et c’est ce qui doit progressivement se rapprocher. Ce n’est donc pas suffisant, mais ce sont des exemples qui montrent la voie.

Le risque actuel, avec la financiarisation extrême des économies, c’est de faire croire, au nom de cette notion de performance et de rendement, qu’il n’est qu’une seule façon de diriger, de traiter la complexité : la façon mécaniste, process driven, sans affect ni humanité, celle qui favorise la montée d’une société clivée et froide. N’allons pas croire que seule la rationalité extrême et l’absence de prise en compte de la complexité humaine et sociétale soient les recettes de la réussite ! De nombreuses entreprises possèdent des cultures d’ouverture, de dialogue, d’actionnariat salarié et de partage de la valeur créée qui leur sont propres et qui en font souvent de remarquables succès.

Il existe ainsi réellement un combat dans les organisations entre différents styles de management, un combat dont l’enjeu n’est pas simplement de prendre « les places », mais, plus fondamentalement, de faire advenir ce que sera l’entreprise dans la Cité de demain : sera-t-elle au cœur ou à côté ? Collaboratrice ou cynique ? Séquentielle ou passeuse ? Mécanique ou disruptive ? Innovante ?

L’entreprise, pour reprendre le terme qu’utilise volontiers Bernard Stiegler, est, tout comme la technologie, un « pharmakon »[1]. Outil très efficace de production organisée de richesses, elle peut se perdre dans l’efficacité pure si elle ne se réapproprie pas son rôle et son destin dans une dimension plus large. Elle peut aussi devenir un agent de transformation sociale considérable, si elle pense sa mission au-delà de ses activités, en y intégrant non pas la seule finalité monétaire, mais la méthode et les externalités.

Je pense que c’est l’entreprise passeuse qui pourra apporter le plus de valeur à ses membres et à la société dans son ensemble. Mais pour cela, il faudra non seulement que les dynamiques d’innovation, de rupture et d’ouverture soient renforcées mais que chaque manager décide consciemment quelle entreprise il veut, qu’il s’approprie et assume ce désir pour être en phase avec lui-même. En étant conscient de ce qu’il est, de sa place et du rôle qu’il peut jouer.

Au coté des artistes, enchanteurs de mondes, ouvreurs de vérités et de regards neufs, nous sommes de ceux qui organisent et façonnent le monde réel, bâtisseurs ou serviteurs, c’est selon. Cadres d’entreprises, dirigeants, créateurs d’entreprises, fonctionnaires et hauts fonctionnaires, scientifiques, chercheurs, professions libérales, juristes, avocats, architectes, médecins, commerçants. Le monde fébrile de ceux qui organisent, contrôlent, investissent, déplacent, ferment et relancent, innovent et transforment, s’agitent en tous sens chaque heure que le jour compte pour que ça tourne, encore, encore et encore. Souvent très dignement payés, parfois surchargés d’heures et de pressions, toujours au beau milieu d’un engrenage obscur dont nul n’a de véritable maîtrise, serviteurs de nous-mêmes, ambition, salaire, reconnaissance, diversité, curiosité intellectuelle, désir de faire, conduire, mener, trouver ou capturer. Nous ne faisons rien de mal, somme toute. Mais que faisons-nous de bien pour que le monde réel aille mieux ? Est-ce que ce que nous « faisons bien » suffit ? Je pense qu’in fine, c’est aussi à cela qu’il convient de se raccrocher pour tenter de sortir la tête du quotidien et poser les vrais enjeux. Pour cela, il faut commencer par se réunir, puis il faut s’ouvrir. Engage est une passerelle vers ces mondes à venir. Engage, à ce titre, est nécessaire, maintenant !

– extraits d’un texte à paraitre sur les passeurs de monde.

 

[1] En Grèce ancienne, le terme de pharmakon désigne à la fois le remède, le poison et le bouc-émissaire.

Le Club des Créateurs Contributifs

Un vent se lève. Depuis quelques années déjà, ou peut-être depuis toujours, mais aujourd’hui entretenu par des milliers de petites éoliennes personnelles qui agitent leurs pales dans le même sens. Un vent porteur, alimenté par tous, entrepreneurs, artistes, scientifiques, agitateurs, penseurs. Ceux qui appellent la naissance d’une nouvelle société, mais plus encore, la construisent pas à pas.

L’heure n’est plus en effet à l’incantation, à l’espoir, mais à l’action. Une action gaie, créative, qui invente chaque jour des solutions, des réponses nouvelles à nos blocages. Des contributeurs, simplement animés par la volonté de s’engager vers une société meilleure, plus juste, les créateurs contributifs.

On a beaucoup parlé des créatifs culturels, identifiés par Paul Ray et Sherry Anderson, qui représenteraient aujourd’hui 34% des nord-américains et 17% des européens. Disons que les créateurs contributifs sont leurs descendants naturels, plus profondément convaincus et donc plus engagés.

Que font-ils au juste ?

Ils créent des entreprises plus responsables, plus justes, plaçant la contribution sociétale au cœur de leurs missions. Les exemples sont légions, dans l’éducation Coursera ou Living School, dans l’énergie Sun Partner, dans l’environnement Pur Projet, quelque soit le modèle d’entreprise ou sa taille.

Ils insufflent dans l’entreprise d’autres valeurs, appliquent de nouveaux modèles d’organisation et de management, repensent les produits, le rapport au consommateur, etc.

Ils impliquent les populations dans l’acte créatif, repensent la médiation culturelle en s’approchant des territoires : MUMOEl Sistema.

Peu importe leur discipline ou leur secteur, car les nouvelles réponses appellent souvent des croisements féconds. Peu importe que nous entendions la création au sens entrepreneurial ou artistique, car l’esthétique et l’éthique semblent indissociables dans cette quête du bon, du beau et du vrai. Pour rendre les organisations éthiques, il ne faut pas inculquer des normes sociales, mais aider les personnes à découvrir par elles-mêmes la réalité du bien, du beau et du vrai –  Platon.

Evidemment, les cassandres ne pourront s’empêcher de souligner les manques et contradictions de ces acteurs de l’économie nouvelle, créative, positive, peu importe son appellation. Comment créer de la valeur si l’on se contente d’échanger des produits ? Ceux qui partagent ou louent leur voiture soutiennent-ils l’industrie automobile, et déclarent-il ces nouvelles sources de revenus ? Combien cette nouvelle économie crée-t-elle d’emplois ? Quel est son potentiel par rapport à notre économie industrielle passée ?

Qu’allons-nous peser en comparaison des pays qui ne se posent pas ce type de questions et produisent, achètent, commercent, quitte à polluer, quitte à maltraiter, quitte à…

Nous ne sommes pas ici en train de théoriser un nouveau modèle, mais de contribuer, décidément, à la naissance d’un mouvement, d’une dynamique. Faisons confiance justement à l’homme pour s’adapter, pour trouver une cohérence, et valoriser cette économie encore naissante. Regardons vers demain.

Et il n’est pas question de faire l’aumône, de tendre la main et d’attendre que les défenseurs d’un modèle passé nous jettent quelques pièces dont nous ne saurions que faire. Non, qu’ils s’inspirent, reprennent ces idées novatrices, pour le bien de tous, elles n’appartiennent à personne. Le temps est à la concertation, à la recherche de voies nouvelles, collaboratives justement. Les cassandres sont, tous, les bienvenus.

Ne sont-ils pas finalement des êtres sensibles et plus profondément blessés encore ? Ne se sont-ils pas patiemment construit une carapace et cousu des œillères, pour ne rien ressentir et ne rien voir. Peuvent-ils longtemps se tromper eux-mêmes ? Je ne le crois pas, le mal est là, qui brûle, au creux du ventre. La schizophrénie ne tient qu’un moment, avant que l’apparition de l’ulcère, attisé par le cynisme et l’auto-tromperie, ne révèle la vérité au grand jour. Il suffit peut-être alors de sortir du bois, de faire son coming-out contributif. Le monde du beau, du bon et du vrai leur tend les bras, car ils ont leurs compétences, leur sensibilité et leur nouvelle énergie à apporter.

Fédérons les créateurs contributifs, ENGAGEons-nous.