Une triple ambition sociale, artistique et pédagogique.
Les festivals font le plein, les expositions ne désemplissent pas, l’appétit du public est réel. C’est donc, qu’en cette période de crise, d’interrogations fondamentales sur notre modèle, l’art joue son rôle de soupape et constitue une source de questionnements, dont nous ne pouvons, moins que jamais, nous passer. Si cette nécessité ne se dément pas, l’argent est rare et la sphère culturelle ne peut pas faire abstraction de l’environnement économique. Alors comment l’État, les mécènes privés ou les territoires doivent-ils aujourd’hui arbitrer ? Quels projets doivent-ils soutenir ? Comment s’assurer que chaque euro investi a un impact et permet de toucher tous les publics ?
Il existe un axe qui devrait, dans la situation particulière et difficile que nous connaissons, guider toute décision et tout arbitrage : l’innovation au service des publics. Car la crise actuelle ne semble pas déroger à la règle, elle est une source de réinvention, de « destruction créative ». Partout, les imaginaires s’agitent et de nouvelles solutions sont inventées. La circulation de l’information à une vitesse et une échelle inconnues de nos prédécesseurs fait le reste : les innovations se partagent, s’évaluent, s’adaptent et s’adoptent en temps réel.
Le domaine culturel n’est pas et ne doit pas être en reste. En matière de diffusion, de programmation ou d’éducation, la recherche constante de nouvelles idées et de nouveaux modèles doit être soutenue de façon volontariste. Lorsque des investissements lourds ne semblent plus envisageables, c’est bien l’audace, l’innovation, l’imagination contributive, qui peuvent apporter de nouvelles réponses, à moindre coût.
Les projets se multiplient et proposent, de nouvelles expériences de diffusion et de pédagogie. Les salles de cinéma gonflables, les concerts de palier ou les diffusions d’opéra live dans des salles de cinéma portent la culture au plus près des populations et des nouveaux publics.
Des expériences qui, en explorant de nouvelles voies, inventent aussi de nouveaux modes de financement. Les chantiers et les champs d’expérimentation sont nombreux, divers, protéiformes. Saisissons-les avec appétit.
Favorisons le décloisonnement des expressions pour éveiller l’intérêt de publics qui ne fréquentent jamais ou rarement les lieux culturels. Pour ne parler que des arts vivants, pourquoi ne pas multiplier les spectacles courts, des croisements inattendus, l’intrusion féconde des arts actuels dans le champ d’expression des arts classiques ?
Imaginons un nouvel enseignement dès le plus jeune âge, pour simplement susciter l’envie de pratiquer, d’expérimenter. Les cours de flute à bec demeurent, dans l’imaginaire de notre génération, l’image consacrée de l’enseignement artistique à l’école, souvent limité. Cette approche fait écho à celle des conservatoires, où l’enseignement plus sévère, décourage souvent le plaisir d’une pratique amateur de qualité. L’enthousiasme et le désir de partage ne devraient-ils pas être au cœur même de toute activité créative ?
N’y a-t-il pas de solution intermédiaire, ancrée dans la réalité de la création moderne, de ses instruments et de ses moyens ? Un enseignement véritablement multidisciplinaire à l’école ne préparerait-il pas mieux nos enfants à leur vie future ? L’épanouissement de l’enfant ne passe-t-il pas par la recherche et le développement de ses talents ?
Quelle que soit l’approche retenue, quel que soit le projet, il est essentiel de garder à l’esprit en amont, la nécessaire définition des impacts recherchés et la mesure objective des résultats obtenus. Car c’est en démontrant les impacts que l’on pourra convaincre de l’utilité de ces initiatives, à l’échelle d’un territoire, d’un pays ou d’une région. C’est donc aujourd’hui avec une triple ambition sociale, artistique et pédagogique que nous devons inventer de nouvelles voies et que les arbitrages financiers doivent être faits.
L’initiative du Pompidou Mobile a disparue, à peine née, anéantie par les rivalités politiques et des décisions qui semblent bien éloignées du bien commun. D’autres sont bien vivantes qu’il faut soutenir. Mumo (http://www.musee-mobile.fr) bien évidemment, musée mobile pour les enfants, mais aussi l’Opéra è Mobile (http://operaemobile.com) qui assure des représentations artistiques en plein air. D’autres naîtront. Parions qu’elles seront portées par la société civile, désireuse d’inventer elle-même ses futurs désirables.
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