Résister – vision architecturale de l’engagement

…L’impression grandissante de vivre dans un cloaque humain d’où surgissent parfois en de rares et magiques instants, quelques formes lumineuses, de véritables êtres, de véritables devenirs devrais-je dire, des incarnations sauvages de la vérité, celle qui se fait, se pense, se vit, se fabrique, se conditionne en dehors de toute médiocrité normative, largement au-dessus de ce grouillement brouhaha chaotique d’androïdes sociaux, simple bruit de fond évolutionniste dont le sens ne peut être donné que par de telles apparitions, de telles fulgurances supérieures…

Maurice G Dantec – Théâtre des Opérations 2000

Asservissement et résistance sont-ils les deux termes d’une opposition séculaire entre absence et reconquête de la liberté d’action ?

Nous dépassons rarement cette antinomie qui satisfait la pensée. C’est pourtant dans cette complexité que se retrouvent nos quotidiens chahutés.

Résister aux évidences.

Le contexte économique, social et politique n’est peut-être pas pour rien dans ce phénomène, tant il est vrai que la résistance finit par s’imposer comme un devoir dès lors que le sentiment d’oppression envahit des pans entiers de la vie de la cité.

Pourquoi rechercher cette définition républicaine de la liberté comme non domination ?

Peut-être déjà un penchant obsessionnel pour les esprits libres et à travers quelques rencontres de personnages qui paraissent étranges et atypiques, qui petit à petit vous révèlent votre volonté d’architecture, posent sur vous une vie chargée d’émotions, d’une relation étroite avec le danger, la résistance sans limite face à la convenance, le bienveillant, le bon goût éternel, le bien établi, les penchants partagés moralistes…

Peut-être aussi de développer un besoin d’émotions d’un art en danger liés à une globalité nouvelle, entre visions idéalistes de trop nombreux architectes baignés dans les derniers stigmates d’une architecture faussement visionnaire basée sur une multitude de dogmes confus, dépassés, voire erronés.

Comme une incursion tenace dans la torpeur de l’être, la détermination est la forme la plus fondamentale d’une contestation contre l’inertie du hic et nunc. L’autoconstitution de la subjectivité individuelle se produit comme acte de résistance, comme dénégation, ou comme affirmation de l’instance de la différence de l’individualité. La volonté surgit avec le « non » qui la constitue, le « non » du refus de l’immédiateté en toutes ses formes.

Il faudra choisir…

Puisqu’il faut choisir, dépouillons le choix de toutes circonstances toujours atténuantes de l’hésitation qui le borde, des contraintes qui le presse. A bien y réfléchir le choix n’est pas abyssal, il est même très clair, trop clair pour souvent pouvoir le regarder en face sans y brûler les ailes de l’indécision. La tâche de l’existence est d’être soi, de devenir soi criait Kierkegaard devant le seul choix porteur de sens. La capacité générale de l’homme de prendre la mesure d’une possibilité particulière et personnelle et de se consacrer à sa réalisation. D’un côté une myriade de cibles séductrices devant les possibles, de l’autre la constance, la consistance, le devoir, la solitude contre l’invitation à l’indifférence. D’un côté l’esthétique de l’autre l’éthique.

Dans ce théâtre de la modernité et d’un progrès relatif, les incertitudes de l’extension urbaine vacillent dans son patrimoine, ses couleurs et sa lumière parmi une superposition d’éléments conflictuels ou indifférents ; une accumulation de signes, d’idées, d’espaces. Les pollutions semblent nombreuses et les pamphlets un peu raccourcis contre le développement lacunaire sans vergogne des et de la pensée, nous dirigent vers une voie monocorde de l’esthétique à défaut d’un regard appréhendé dans sa dimension essentielle.

Il faut donc résister,

Se répéter de belles promesses : face à ce moralisme aggravé, la mise en place d’hypothèses fragiles semble jouer avec la fin des certitudes, des rêves d’un futur meilleur, des envolées utopistes.

C’est un peu se promettre de toujours recommencer, d’aller par son chemin, de ne pas écouter les conseillers attentifs pleins de sollicitude, de se méfier de toutes les évidences, de continuer à avoir peur, d’être inquiet, de ne jamais être sûr de rien, de s’inquiéter du respect et se garder de la fausse insolence, d’haïr la parodie, de se souvenir , de ne jamais oublier de tricher, de dire la vérité et ne plus s’en vanter, d’abandonner les voies rapides et suivre les traces incertaines, de prendre son temps, de lutter contre la médiocrité, de ne pas craindre l’affrontement, de résister.

Il faut se permettre aujourd’hui à rêver dans ce « monde sauvage et incertain »  à ce paysage-objet retrouvé qui déploie sans ambages ses contrastes et contradictions, sérieux et décontracté, familier et incongru, naturel et artificiel, mystérieux et  ouvert, simple et sophistiqué…. Et ainsi, réinventer une architecture sensible, poétique loin de toute certitude».

Photo : Olivier Amsellem

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