Articles

Sortir de la certitude, entrer dans la complexité

Virginie Raisson-Victor est chercheure-analyste en relations internationales, géopolitique et prospective. Elle préside également le Laboratoire d’Etudes prospectives et d’analyses cartographiques (LEPAC), et a été pendant neuf ans membre du Conseil d’administration de Médecins sans frontière. Forte de son expertise géopolitique, prospective et sociétale, sur le terrain (crises et conflits), au sein d’organisations internationales et auprès de grandes entreprises, elle nous apporte sa vision acérée dans une période de grande incertitude.

 

Quels sont les principaux enseignements de la crise sanitaire actuelle ?

Le premier enseignement de la crise du Covid est que les sociétés humaines sont d’une grande vulnérabilité. Nous vivons dans des sociétés qui détiennent des connaissances scientifiques, techniques et historiques incroyables. Pourtant, nous sommes mis en échec par un micro-organisme qui paralyse le monde entier. Cette vulnérabilité vient de la non prise en compte de la complexité de la société, dont le caractère systémique s’est accru avec la mondialisation industrielle, le libre-échangisme et la digitalisation.

La crise nous rappelle aussi que l’on ne peut pas jouer avec la nature. L’homme rêve depuis longtemps d’asservir les écosystèmes à son projet mais, que ce soit sous la forme de catastrophes naturelles ou de pandémies, il lui est toujours rappelé qu’il n’est pas maître de l’ordre de l’univers.
En ce sens, la crise en cours révèle une certaine continuité de l’histoire : à l’échelle de l’histoire humaine, le phénomène pandémique n’a rien d’exceptionnel. Ce qui est nouveau, c’est notre exposition accrue au risque, du fait de la déforestation et de la proximité croissante entre les animaux et les hommes.

“  La mort est devenue de plus en plus inacceptable dans nos sociétés. 

 

Plus fondamentalement, la crise du coronavirus pose la question de la place (ou plutôt la « non-place ») de la mort dans nos sociétés occidentales modernes.
Du fait de l’augmentation de l’espérance de vie permise par les progrès scientifiques et médicaux, et du développement des systèmes assuranciels, la mort est devenue de plus en plus inacceptable dans nos sociétés. Nous vivons depuis quelques décennies dans l’illusion d’une certaine immortalité, plus ou moins consciente.

C’est cette non-acceptation de la mort qui guide aujourd’hui notre arbitrage face à la pandémie : il ne semble faire aucun débat qu’il faut sauver les malades du Covid à tout prix. On a eu beau observer que la moyenne des gens qui meurent du coronavirus est très élevée -84 ans-, on a fait le choix d’arrêter toute activité économique pour sauver des vies, quitte à s’exposer à de nombreux autres risques indirects tout aussi mortifères.
Aujourd’hui, ne pas tout mettre en œuvre pour sauver une vie, qu’importe l’âge de la personne, est impensable. L’évènement coronavirus nous rappelle que nous devons avoir un débat sur la place de la mort dans nos sociétés vieillissantes.

“ Les jeunes sont sous-représentés au niveau démocratique et surexposés vis-à-vis de tous les risques. Ce sont, avec les malades du Covid-19 aujourd’hui en réanimation, les grandes victimes de la crise en cours.

 

Tu parles aussi beaucoup de la jeunesse, vis-à-vis du poids que la société fait peser sur elle. Que change la crise du coronavirus dans ta perception ?

Comme nous le disions, le débat sur le coût de la mort n’a pas eu lieu. Or le coût social de la mise en place des mesures de confinement va être énorme, en termes de chômage, de précarité, de violences familiales, d’inégalités, en particulier au niveau scolaire, mais aussi de retards de soins pour les personnes qui n’auront pas été diagnostiquées durant cette période. Enfin en terme coût économique avec une dette monstrueuse. Tous ces coûts vont toucher les jeunes de manière beaucoup plus forte.

Ensuite, commence à se dessiner la mise en suspens de toutes les mesures de transition écologique, qu’il s’agisse du Green New Deal, des pressions exercées par les grandes entreprises pour l’allègement des contraintes environnementales, du retour du plastique à usage unique… On voit bien que la réponse à la crise écologique passera après la crise économique, ce qui pénalise encore une fois les générations futures.

On sait par ailleurs qu’avec le vieillissement de la société, la part des jeunes dans les votants va en diminuant. Les jeunes sont donc sous-représentés au niveau démocratique et surexposés vis-à-vis de tous les risques. Ce sont, avec les malades du Covid-19 aujourd’hui en réanimation, les grandes victimes de la crise en cours.

“ Nous avons grandi dans une société de la certitude.

 

Tu dis pourtant que c’est par la jeunesse que se fera la transition de la société, non ?

Je doute sincèrement de la capacité de la génération des baby-boomers à comprendre les enjeux du XXIème siècle. Contrairement aux jeunes, nous avons grandi dans une société de la certitude. Certitude que le modèle économique de la croissance et le progrès permettait de tout vaincre. Et il est très difficile de changer ces certitudes au bout de 40 ans. Il n’y a que les jeunes qui ont, je l’espère, les capacités d’imagination permettant d’inventer un monde différent.

“ Apprendre à décider dans la complexité.

 

Tu plaides donc pour une plus grande place aux jeunes dans les réflexions et prises de décision ?

Oui, mais c’est plus large que cela. Il faut aussi apprendre à décider dans la complexité.
Aujourd’hui, au lycée, on continue d’enseigner matière par matière, de manière verticale, alors que tous les problèmes que l’on a à résoudre sont complexes. Pourquoi ne pas commencer dès le plus jeune âge à développer une une vision transversale et systémique qui permet de résoudre des problèmes complexes ? Créons une classe de complexité dans tous les collèges et lycées !

 

Quels sont les futurs désirables dont tu rêves ?

Un futur désirable est tout simplement un monde où la gestion partagée des biens communs se fait dans l’intérêt général. Tout le reste, ce sont des outils à mettre en œuvre. Si l’on arrivait à se mettre d’accord sur cet objectif fondamental, ce serait déjà un grand pas.

La société contributive

Ils sont venus, ils sont tous là…

Dirigeants, artistes, journalistes, consultants, spécialistes de l’innovation sociale, salariés, porteurs de projets, étudiants. Ils sont là pour quelques heures et probablement pour beaucoup plus.

Il y a Rémy venu contrebasse en bandoulière nous offrir un ENGAGE In d’une grande intensité. Il y a Géraldine qui immortalise la figure des ENGAGEs et fait ressortir, magiquement, ce que nous sommes.

Il y a Eva, porteuse de projet dans la finance solidaire, Pierre-Etienne, qui rêve concrètement d’un monde dépollué et qui s’y emploie, Pierre, qui parle d’engagement et définit en creux la société contributive qui est en train de naître, Prune et Catherine qui inventent un autre système de santé. Et puis Juliette qui veut rendre la culture accessible au plus grand nombre, Florence et Margaux, corruptrices positives de notre système éducatif. Il y a aussi, Uriel, Séverine, Catherine, Bruno et ses Tribers.

Ce que nous avons en commun ? Croire que c’est collectivement que nous changerons les choses.

Ce que nous partageons ? L’envie de réformer notre système et d’inventer pas à pas celui qui vient, en se contraignant à l’optimisme.

Refaire lien pour créer du sens. Refaire sens pour créer du lien. Placer l’humain au centre, l’humain comme source et comme destination. Voilà finalement ce qui nous rassemble. Il y a bien sûr des outils, des formats, des ENGAGE Camps, des ENGAGE Kits, la plateforme qui sera moteur et catalyseur. Mais ce qui nous réunit, c’est avant tout l’énergie, la soif de contribution avec de personnes et autour de projets concrets.

Ce qui nous réunit, c’est aussi la convivialité, la joie de faire ensemble, la sensibilité à ce qui dépasse la seule efficacité.

Hier, nous étions réunis autour de l’éducation et de l’Espace des possibles, projet porté par Synlab (www.syn-lab.fr), que la communauté a choisi d’aider : rendre les collégiens plus créatifs, inventer les outils qui contribueront à libérer leur énergie et leurs possibles. S’ENGAGEr donc, pour une cause fondamentale, l’éducation et la préparation des générations futures.

Générations Futures, ces mots résonnent avec ce concept utilisé par différentes tribus indiennes d’Amérique du Nord : la 7ème génération. Prendre en compte, pour chaque décision, son impact jusqu’à la septième génération à venir.

Pour suivre Synlab : www.syn-lab.fr Pour suivre 1001Impact : www.1001pact.com Pour soutenir le projet de Pierre Chevelle : http://www.kisskissbankbank.com/changer-le-monde-en-2-heures?ref=category

Pour nous rejoindre : www.engage.world