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Christophe Chenebault est accompagnateur d’entrepreneurs positifs, co-fondateur des Rencontres Changer le monde, co-initiateur du mouvement Printemps de l’Education. Il est l’auteur du livre « Impliquez-vous ! » sorti en 2012 aux éditions Eyrolles, et publie ce mois-ci son livre « Bienvenue dans un monde positif » aux éditions Massot.

 

Pouvez-vous vous présenter  ?

Après avoir été entrepreneur dans l’internet culturel, j’ai changé de vie il y a 10 ans et je me consacre aujourd’hui à faire avancer un monde plus écologique, plus solidaire, plus démocratique en accompagnant notamment des porteurs de projets positifs.  J’ai co-fondé les « Rencontres Changer le Monde », qui rassemble les acteurs de changement, et co-initié le Printemps de l’éducation, un mouvement citoyen associatif pour le renouveau de l’éducation qui a pour objectif de relier les acteurs innovants de l’éducation en France.

Je publie ce mois-ci mon livre « Bienvenue dans un monde positif : 100 initiatives inspirantes pour croire en l’avenir », un tour du monde des meilleures initiatives positives qui forment pas à pas une révolution douce et silencieuse, une sorte d’intelligence collective à l’échelle planétaire. Il existe une multitude de graines de changement qu’il faut savoir mettre en avant pour s’en inspirer car nous n’avons pas d’autres solutions que de rester positif afin de mener à bien la transition, il en va de notre destin en humanité. Comme le dit Pierre Rabhi, « un magnifique chantier s’offre à l’imagination des bâtisseurs du futur ».

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« Il existe une multitude de graines de changement
qu’il faut savoir mettre en avant pour s’en inspirer »

 

 

Comment consommer des informations positives aujourd’hui ?

L’idée selon laquelle les informations dites positives ne sont pas vendeuses est encore bien ancrée dans l’esprit des médias classiques. Good news is no news. Les citoyens nagent dans un océan d’informations négatives, les médias sont anxiogènes, et ne savent plus ce qu’est une bonne nouvelle. Mais il est important d’écouter le murmure de la forêt qui pousse plutôt que le bruit de l’arbre qui tombe. En effet, nous devons porter un nouveau regard sur le monde car notre civilisation a besoin d’un nouveau système d’exploitation. Nous vivons dans une planétarisation des problèmes, il nous faut donc entrer dans une planétarisation des solutions.

Personnellement, à force de baigner dans les initiatives positives, j’ai développé un radar à bonnes nouvelles. Je sais les reconnaître, car elles apparaissent souvent comme des signaux faibles dans les médias. Il est important de développer ce fonctionnement interne, comme une hygiène mentale. Il y a une vraie pédagogie à faire auprès des lecteurs, auditeurs, spectateurs, pour plébisciter les informations positives afin que les médias se sentent obligés de les diffuser.

 

Observez-vous des changements significatifs dans notre rapport au temps ces dernières décennies ?

La consommation d’informations négatives nous emmène dans un imaginaire dystopique et d’effondrement, vers un monde qui n’est plus désirable. Il est important de créer de nouveaux imaginaires partagés, plus joyeux et positifs.

Et les français sont prêts pour ces nouveaux imaginaires. En effet, en 2019 l’ObSoCo et l’ADEME ont conduit l’Observatoire des perspectives utopiques qui a pour mission d’explorer les perspectives utopiques façonnant les aspirations et les imaginaires des citoyens et des consommateurs. Les résultats de l’étude mettent en avant que 55% des français plébiscitent l’utopie écologique, 30% l’utopie sécuritaire et 15% l’utopie techno-libérale. Les français sont donc favorables à une organisation de l’économie et de la société tendu vers l’équilibre et la sobriété : « moins mais mieux ». C’est un signe fort qui montre que quelque chose est en train de changer dans notre société, et qu’il faut nourrir nos imaginaires dans ce sens. Théodore Monod nous dit bien que « L’utopie, c’est simplement ce qui n’a pas encore été essayé ». Les solutions sont possibles, mais nous devons élargir le champ de nos imaginaires. Au-delà du transhumanisme et de l’effondrisme dont on entend beaucoup parler, se trouve ce que j’appellerais l’éco-humanisme positif, une autre voie à explorer.

 

« Il faut nourrir nos imaginaires d’informations positives
pour changer la société. »

 

Pour vous, qu’est-ce qu’un monde positif ?

Un monde positif c’est l’enjeu de passer d’une société industrielle autodestructrice à une société qui préserve la vie. Pour se faire, le temps est venu de dresser la liste de ce qui doit croître et décroître. Il nous faut imaginer une autre manière d’habiter la Terre car tout ce que nous faisons aujourd’hui sera l’héritage des générations futures. Comme le dit l’économiste Joseph Stiglitz, « Il n’est pas trop tard pour sauver le capitalisme de lui-même ». Ce monde est là, bien présent, mais n’est pas encore mis en avant.

Dans mon livre, je mets en avant ces solutions concrètes comme la mise en place d’une Commissaire aux générations futures au Pays de Galles, une première mondiale, c’est-à-dire que toutes les décisions prises par le gouvernement passent par un filtre lié aux préoccupations et au bien-être des générations futures. Au Bhoutan, depuis les années 70, on ne parle plus de Produit National Brut, mais de Bonheur National Brut, toute la société est orientée vers le bonheur de ses habitants. Je mets également en avant les droits de la nature, avec par exemple la constitution de l’Équateur qui donne depuis 2008 une personnalité morale à la nature, permettant de modifier le rapport de force entre les humains et la nature. Le Costa Rica est le premier pays au monde à fournir 100% de son électricité grâce aux énergies renouvelables, Sao Paulo a supprimé intégralité de ses milliers d’affiches publicitaires extérieures dans ses rues, la Finlande a élaboré un plan pionnier pour sortir l’ensemble des SDF de la rue, la France a été une référence sur la loi contre le gaspillage alimentaire qui oblige la grande distribution à distribuer les aliments périmés à des associations caritatives. Il existe encore beaucoup d’autres initiatives, et elles sont une source d’inspiration essentielle pour tous les pays.

 

Quelle est votre vision du changement aujourd’hui, comment agir  ?

Il me semble que l’ensemble de la société doit agir de concert. Les initiatives individuelles sont importantes, chacun doit prendre conscience de ce qu’il peut changer dans son quotidien. La première étape est une prise de conscience individuelle, ouvrir son imaginaire a une autre vision du monde et le cultiver. Nous avons ensuite deux outils puissants à titre individuel : le vote et la consommation.

Les entreprises et les organisations ont leur part à jouer également, avec par exemple les B corporation qui certifient les changements ESG (environnement, social et gouvernance) de l’entreprise. Et bien-sûr les pouvoirs publics peuvent acter un changement majeur dans la politique. Darwin disait « Ce n’est pas la plus forte ni la plus intelligente des espèces qui survivra, mais celle qui est la plus apte à changer. La société doit agir à tous les niveaux pour opérer ce changement.

 

Quels sont vos futurs désirables ?

En ces temps de grands rassemblements internationaux liés à la biodiversité, je pose l’intention d’une reforestation de la planète, d’une préservation des espèces animales en danger d’extinction et d’une conservation de 30% de la planète sous forme d’aire naturelle protégée. Je souhaite donc une préservation du « jardin planétaire » dont nous sommes, ensemble, les jardiniers. Puissions-nous ainsi laisser aux générations futures un monde meilleur que celui que nous avons reçu.