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Benoît Raphaël : j’ai besoin d’être bousculé

Benoît Raphaël, spécialiste des médias, est le fondateur de Flint, IA qui nous aide à sortir de nos bulles informationnelles. Benoît, nouveau Bright Citizen, est intervenant à l’ENGAGE University dans le programme Transformation. 

– Tu viens de t’installer à Bright City, pourquoi? Qu’y cherches-tu? Qu’y trouves-tu?

Je cherchais un lieu pour installer l’école des robots Flint, où je me sente chez moi mais qui fasse aussi partie d’un projet plus large et collectif, où je pourrais croiser des personnalités inspirantes, des projets ou des organisations parfois très éloignées de ce que je ferais, mais qui partageraient la même énergie. Je voulais croiser de gens qui auraient d’autres métiers, d’autres approches, artistiques, scientifiques, politiques, technologiques… et qui me sortiraient de ma bulle. Je cherchais aussi un lieu vivant, ouvert, convivial, où je puisse organiser des événements, faire se croiser des communautés différentes.

– Et quelle résonance avec ENGAGE et l’ENGAGE University ?

L’envie de construire un futur positif, parce que même si je fais partie des optimistes, l’état du monde me fait un peu flipper. Je ne suis pas vraiment un militant, plutôt un créatif qui a envie de faire avancer les choses sur la base de valeurs mais surtout jamais sur des idées reçues ou des parti-pris. C’est ce que je retrouve chez Engage : c’est la différence qui nous enrichit. Un carrefour d’idées, d’approches et de pratiques très différentes, qui n’oublient jamais le pouvoir disruptif de l’art et de la fête.

– Comment cela s’inscrit-il dans le projet que tu portes, Flint ?

L’objectif de Flint est de nous rendre plus autonome face à l’information et face aux algorithmes, qui façonnent notre rapport à nous-même et aux autres. C’est une école pour robots, mais aussi une école pour humains. Flint s’inscrit donc parfaitement dans le cadre de ce campus en construction qu’est Bright City.

– Finalement, de quoi avons-nous besoin aujourd’hui, en tant qu’individu, en tant que société?

Sortir de notre bulle avant tout, reprendre le contrôle de notre vie, vivre selon nos valeurs, nos rêves et nos intuitions profondes, ne pas avoir peur de la contradiction ni de la complexité, sans pour autant céder au relativisme. Et puis, surtout beaucoup d’amour, s’occuper des gens qu’on aime et qu’on respecte.

– Un mot pour exprimer ton état d’esprit?

Je suis convaincu que l’on ne s’accomplit qu’en acceptant de se remettre en question sans jamais lâcher ses convictions. J’ai envie de faire le pari de l’humilité et de la bienveillance. Je suis venu ici pour être bousculé mais aussi pour passer du bon temps !

POUR APPROFONDIR

En quelques minutes | découvrir Flint

En 2 jours | Suivre le programme Transformation de l’ENGAGE University

Tech For Good… or die

Les technologies digitales sont à un tournant. Parce que prises dans leur ensemble, elles constituent un nouveau système d’information, aujourd’hui totalement dominant – elles sont capables de changer notre perception du monde et donc notre manière d’agir sur celui-ci. Sans prise de conscience de leur impact profond sur nos biens communs, laissé au jeu de tel ou tel « cavalier solitaire », alors c’est l’équilibre de nations toutes entières qui peut basculer. La campagne électorale américaine de 2016 et l’influence des fake news et de la manipulation de cette émotion particulière qu’est la peur, amplifiée par les réseaux sociaux, en est un exemple édifiant.

Mais il y a dans la constitution même de ces nouvelles technologies un contre-poison qui doit permettre de stopper les influences pernicieuses d’acteurs, soit à la rationalité économique limitée, soit animés d’une volonté de subversion politique et d’affaiblissement de nos nations.

Ce contre-poison, il est dans la logique digitale elle-même. Celle-ci trouve la valeur dans l’information la plus pertinente qui permet la meilleure décision. Elle se fabrique dans la mesure des phénomènes – qui est le sens  véritable de ce mot de data, big ou smart, qui ne se révèle que dans la transparence la plus grande. Elle se cherche dans l’exercice de l’expérimentation d’hypothèses commerciales, ce que l’on appelle dans les écosystèmes le « learn startup » – mais qui n’est pas autre chose qu’une réactualisation de la méthode scientifique expérimentale. Elle ne se vit que dans le schéma d’un réseau, tissé d’interdépendances, de respect pour chaque unité – même s’il ne crée qu’un lien faible ; et dans une logique toujours plus grande d’un « petit monde » où chacun n’est jamais qu’à deux ou trois jets de pierre de l’autre, quel qu’il soit. Cette société à la recherche permanente de la vérité est peut-être ce qui nous attend au bout de notre transformation digitale, nouvelle incarnation possible de l’Open Society de Karl Popper.

C’est ce chemin vers cette nouvelle société, et ses modes d’actions, que nous essayons d’emprunter dans la formation Innover vers une technologie humaniste.

Pour aller plus loin :
• sur l’innovation technologique : le site internetactu
• sur philosophie et numérique : le podcast Penser le numérique
• sur l’humanisme numérique : le podcast Pour un humanisme numérique
• sur le RGPD : la vidéo Comprendre le RGPD en 5 questions
• sur la cybersécurité : le TEDX de Guy-Philippe Goldstein