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PFAS : ces substances chimiques qui adhèrent à l’environnement
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Les PFAS, substances chimiques créées par erreur par l’homme et utilisées premièrement dans l’industrie de guerre avant de connaître une utilisation généralisée, questionnent quant aux effets sur la santé humaine, mais également sur les conséquences durables de cette famille de molécules chimiques sur l’environnement. Réputés comme “éternels”, ces polluants inexistants à l’état naturel, interrogent quant à l’empreinte de l’homme laissée ad vitam æternam sur la biodiversité et aux impacts durables de cette pollution.

Mais les PFAS c’est quoi ?

Les PFAS sont des substances chimiques issues de la famille des perfluoroalkylés et polyfluoroalkylés. Provenant au départ d’un hydrocarbure, les PFAS sont fondés sur une liaison carbone-fluor, considérée comme l’une des plus stables de la chimie organique et donc quasiment indestructible, d’où le surnom de “polluants éternels”. La robustesse de ces “polluants éternels” offre diverses propriétés très intéressantes pour les procédés industriels.

Carte mondiale des zones d’exposition de la faune et la flore sauvages menacées par l’exposition aux PFAS

Quand l’homme inventa les PFAS

Les PFAS sont une grande famille de substances inventées par l’homme en 1938 par un incident d’un chimiste de la firme Dupont. En essayant de faire refroidir de la neige avec du fluor, celui-ci a découvert les PFAS, substance chimique inconnue à l’état naturel.

Les premiers PFAS sont utilisés dans le projet Manhattan (ayant pour objectif de créer la bombe atomique) et dans les revêtements pour les chars de l’armée américaine. Par la suite, poêles en téflon, cordes de guitare, vestes Gore-Tex, mousses à incendies, maquillage waterproof, emballages alimentaires…. tous ces objets du quotidien anti-adhésifs, anti-tâches, imperméables et résistants aux hautes températures sont fabriqués majoritairement à partir de PFAS.

Commercialisées depuis le début des années 1950, les PFAS font face à de premiers soupçons sanitaires dans les années 1960 et 1970 quant à l’exposition humaine à ces substances chimiques nouvellement créées.

Par leur robustesse, les PFAS se révèlent persistants à long terme dans l’environnement des usines qui fabriquent ou utilisent ces substances. Sols, cours d’eau, air, nappes phréatiques, tous les espaces se retrouvent contaminés par ces substances qui se révèlent conduire à des risques de cancers ou de dysfonctionnements immunitaires pour l’homme.

Quels liens entre les PFAS et la biodiversité ?

Avant de contaminer les êtres humains, les PFAS contaminent l’environnement et la biodiversité à proximité directe des usines et se propagent, au fur et à mesure, dans d’autres milieux, et même jusqu’en Arctique.

Une mission scientifique menée au Svalbard par Centre d’Etudes Biologiques de Chizé (CEBC, CNRS/Université de La Rochelle) et le Muséum National d’Histoire Naturelle à mesurer l’impact de ces PFAS sur la faune polaire. Les chercheurs ont montré, grâce à des prises de sang réalisées sur des mouettes tridactyles (oiseaux marins fortement contaminés par ces polluants), que ces organismes sont les plus touchés par le stress oxydatif. Cela conduit à un vieillissement cellulaire anormal. Le stress oxydatif, stimulé par la présence de ces polluants poly- et perfluoroalkylées pourrait alors altérer la fécondité à long terme des individus les plus contaminés.

“Ces composés perfluorés, de plus en plus présents dans des contrées aussi reculées que l’Arctique, constituent une menace sérieuse pour la biodiversité arctique.”

Mouettes tridactyles, oiseaux marins fortement contaminés par les PFAS, étudiées lors de la mission scientifique menée au Svalbard

D’autres études ont montré que les PFAS ont des effets néfastes sur l’environnement et les habitats. En effet, ces substances chimiques réduisent la capacité de régénération des écosystèmes, dégradent la qualité de l’eau, des sols et de l’air, induisent des modifications physico-chimiques des habitats. Par ailleurs, les PFAS ont comme conséquence d’altérer les interactions symbiotiques en perturbant les relations mutualistes entre les plantes et les microorganismes du sol.

De plus, les PFAS ont des effets directs sur la biodiversité. Ils augmentent la vulnérabilité aux maladies et aux parasites en affaiblissant le système immunitaire des organismes et en perturbant leur fonctionnement physiologique, les rendant plus susceptibles aux maladies et aux infestations parasitaires. Enfin, les PFAS ont des effets délétères sur les fonctions reproductives. Ceux-ci affectent par exemple la germination des graines, la croissance des plantes et la reproduction des végétaux.

Santé humaine et protection de la biodiversité : même combat

Du fait de leur persistance, les PFAS ont une tendance à la bioaccumulation, c’est-à-dire à s’accumuler dans les tissus des organismes vivants. Cette accumulation peut entraîner une augmentation de la concentration de PFAS le long de la chaîne alimentaire. Les prédateurs, y compris les humains, peuvent ainsi être exposés à des concentrations plus élevées de PFAS en consommant des organismes déjà contaminés.

Les PFAS, par la contamination de la biodiversité, ont un impact direct sur la santé des humains. Par leur robustesse, les PFAS sont des composants chimiques pérennes dans l’environnement et questionnent quant à la question des effets à long terme sur les écosystèmes et les potentielles dépollutions nécessaires.

Face aux risques que ces polluants “éternels” font peser sur l’environnement et la santé des humains et des écosystèmes, l’Assemblée nationale a voté, jeudi dernier pour à une proposition de loi visant à interdire dans la majorité des cas l’utilisation des PFAS. Une première avancée significative en prévision d’autres accomplissements législatifs à l’échelle européenne en discussion.

 

Pour aller plus loin :

  • Un documentaire pour en apprendre plus sur les PFAS et leur rôle dans la contamination de l’environnement
  • Une carte mondiale qui présente les zones d’exposition de la faune et la flore sauvages menacées par l’exposition aux PFAS
  • Un article scientifique pour comprendre plus en détail les impacts des PFAS sur la biodiversité

Pour en savoir plus :

– Suivre notre atelier Mission Biodiversité : https://lnkd.in/eJb2zJ35
– Suivre notre Mooc Biodiversité : https://lnkd.in/eTXq7iUE
– Participer à notre formation Action Biodiversité : https://lnkd.in/e93iX_WZ

Zones humides : un espace entre deux eaux
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Chaque 2 février, et pendant le reste du mois, nous avons commémoré, la signature de la Convention sur les zones humides, signée en 1971 à Ramsar (Iran). Premier accord multilatéral moderne sur l’environnement et seul traité consacré à un écosystème, cette convention met en lumière le rôle primordial qu’occupent les zones humides pour les êtres humains et leurs activités. Épuration de l’eau, aide à la gestion des crues, atténuation des effets des sécheresses, stockage du carbone, les zones humides sont de véritables alliées pour l’homme.

Définir la zone humide ne va pas de soi !

Une zone humide, c’est avant tout une zone de transition entre la terre et l’eau

Zone humide entre terres immergées et émergées

Cependant, c’est un terme vaste avec plusieurs définitions. Entre celle du code de l’environnement ou de la convention de Ramsar, entre zones humides et milieux humides, la définition n’est pas homogène. 

Toutefois, une zone humide est caractérisée par la présence de l’eau, salée ou douce, dans des zones continentales ou côtières, artificielles ou naturelles, permanentes ou temporaires, stagnantes ou courantes. 

Une zone humide peut être à la fois

  • des cours d’eau, des lacs, des étangs, des plaines d’inondation, des tourbières, des marais et des marécages. 
  • des estuaires, des vasières, des marais salés, des mangroves, des lagons et des récifs coralliens. 
  • des étangs d’aquaculture, des rizières, des retenues et des marais salants.

Le constat d’un déclin des zones humides

Les activités humaines menacent les zones humides. En effet, elles entraînent une fragmentation, un appauvrissement voire une disparition de ces zones.

“87 % des zones humides présentes au XVIIIe siècle avaient été perdues en 2000, dont 50 % rien qu’au XXe siècle. La disparition des milieux humides est 3 fois plus rapide que la déforestation” (IPBES, 2019).

L’urbanisation, la construction de routes, l’intensification de l’agriculture et de la production forestière, l’aménagement des cours d’eau et des espaces portuaires, l’extraction de minéraux, le prélèvement d’eau sont autant de facteurs humains qui ont un impact direct sur le déclin de ces milieux.

Un atout majeur pour lutter contre le dérèglement climatique

Primordiales pour les services rendus dans la lutte contre le dérèglement climatique, les zones humides sont des espaces qui :

  • absorbent et stockent l’eau, diminuent l’intensité des crues, canicules, tempêtes.
  • alimentent les nappes phréatiques et cours d’eau, retardent les effets de sécheresse et préservent la ressource en eau.
  • captent le carbone atmosphérique.
  • absorbent l’azote et améliore la qualité de l’eau.
  • procurent des îlots de fraîcheurs en milieu urbain.

Zone humide : un creuset de biodiversité

Réservoirs de biodiversité, les zones humides sont essentielles sur Terre.

“Les milieux humides couvrent environ 6 % des terres émergées et figurent parmi les écosystèmes les plus riches et les plus diversifiés de notre planète”.

Première zone humide de France par sa taille, la Camargue accueille régulièrement la seule colonie nicheuse
de flamant rose en France.

Selon les chiffres des Nations Unies :

  • 40 % de toutes les espèces végétales et animales vivent, se reproduisent où sont abrités dans les zones humides.
  • La moitié des espèces d’oiseaux dépendent des zones humides.
  • 2/3 des poissons s’y reproduisent ou y vivent.
  • Plus d’un milliard de personnes dans le monde dépendent des zones humides pour leur subsistance, soit environ une personne sur huit sur Terre.

En somme, insectes, mollusques, crustacés, poissons, oiseaux, vertébrés, arbres, végétation, plantes remarquables et humains sont tous dépendants de ces milieux.

Quelles solutions envisageables ?

Le déclin des zones humides rime avec déclin de la biodiversité ! Face à la disparition des milieux humides et à la nécessité de les protéger à différentes échelles, des solutions financières, contractuelles, réglementaires, de sensibilisation existent pour gérer durablement, sauvegarder et restaurer les milieux humides.

  • Les PLU et SCOT permettent de penser l’aménagement du territoire en parallèle de la protection de ces espaces à l’échelle territoriale.
  • Le réseau Natura 2000 ou le programme LIFE+ contribuent à la préservation et à la restauration des milieux humides au niveau européen.
  • Les soutiens réglementaires et financiers à l’activité agricole et aquacole permettent de développer des pratiques respectueuses de la biodiversité locale et des milieux humides.
  • Jardiner en respectant la biodiversité en choisissant des essences locales cultivées sans pesticides et avec du terreau sans tourbe.

Par conséquent, les zones humides sont des milieux riches en biodiversité et indispensables à la vie sur Terre. Cependant, ces espaces sont menacés par les activités humaines.

 

Pour aller plus loin :

 

Pour en savoir plus :

– Suivre notre atelier Mission Biodiversité : https://lnkd.in/eJb2zJ35
– Suivre notre Mooc Biodiversité : https://lnkd.in/eTXq7iUE
– Participer à notre formation Action Biodiversité : https://lnkd.in/e93iX_WZ

Karine Jacquemart est directrice générale de Foodwatch France et Éclaireuse ENGAGE.

Quelle est la mission de Foodwatch ?

Foodwatch France, qui fête ses 10 ans, est un contre-pouvoir citoyen 100% indépendant qui milite pour une alimentation saine, durable et abordable, pour toutes et pour tous.

Nous sommes une association loi 1901, mais également association agréée de défense des consommateurs et consommatrices, ce qui nous permet d’agir en justice. C’est fondamental car il faut casser le climat actuel d’impunité. Nous avons donc porté plainte dans l’affaire Lactalis des laits contaminés en 2018, suite aux scandales Nestlé (Buitoni) et Ferrero (Kinder) en 2022 et de nouveau il y a un mois quand on a découvert la fraude massive sur les eaux minérales filtrées illégalement par Sources Alma et Nestlé Waters.

Donc la mobilisation citoyenne, dont nous parlerons mercredi prochain, n’est pas notre seul moyen d’action.

Quant à moi, comme tu le sais, je milite depuis plus de vingt ans pour plus de justice sociale et environnementale, partout.

 

Si on entre un peu plus dans les détails, quels sont les moyens ou les leviers d’action de Foodwatch 

D’abord, nous menons des enquêtes fact based ou science based, et ça aussi c’est fondamental. Nous nous appuyons sur des rapports d’experts lorsque nous pointons du doigt par exemple des risques pour la santé liés à des additifs ou d’autres contaminants dans notre alimentation et exigeons leur interdiction (cf notre campagne contre les nitrites ajoutés dans la charcuterie).

Nous révélons des pratiques abusives dans l’industrie agroalimentaire et la grande distribution (arnaques sur l’étiquette, scandales, lobby…). Pour contraindre les entreprises à bouger bien sûr mais aussi pour contraindre les autorités à renforcer les lois (la plupart de ces pratiques étant illégitimes mais légales…) ou simplement à les faire appliquer, en France et dans l’UE.

Ce que nous voulons, c’est sortir de ce climat général d’opacité et d’impunité et remettre les points sur les i des responsables de notre système agricole et alimentaire qui est devenu fou : au début de la chaîne, un agriculteur ou agricultrice sur 5 vit sous le seuil de pauvreté et en bout de chaîne des millions de personnes tombent dans la précarité alimentaire. Au milieu, les géants de l’industrie agroalimentaire et de la grande distribution ont la main mise sur le marché : ce sont eux qui décident quels produits sont disponibles dans les rayons et à quels prix. Eux qui profitent de l’inflation sur le dos de la majorité.   Fin 2023, nous avons donc à la fois publié un décryptage de ce système, mais aussi une action de mobilisation pour exiger de la transparence sur la construction des prix et une modération des marges sur les produits les plus sains et durables.

 

Et la mobilisation collective dans tout ça ?

C’est un des ingrédients indispensables pour peser de tout notre poids. Lorsque les faits sont établis, nous lançons l’alerte auprès des médias et de millions de personnes, car tout commence par l’information, par rendre accessible cette information. C’est elle qui déclenche cette forme d’espoir que représente l’action.

Il est évident que les citoyennes et citoyens ne peuvent agir seuls, ils doivent être fédérés pour agir et c’est ce que fait Foodwatch, c’est notre raison d’être. Aujourd’hui nous avons une communauté de près de 450.000 foodwatchers, ce qui a un certain poids.

Cette communauté est indispensable lorsque nous pratiquons le Name and Shame (nommer et couvrir de honte, en bon français). Nous voulons mettre les entreprises qui ont ces pratiques délétères ou illégales face à leurs responsabilités, les obliger à rendre des comptes. Et l’Etat aussi. Lorsque nous obtenons des rendez-vous dans les ministères, ce qui arrive fréquemment, nous portons la voix de ces centaines de milliers de Françaises et Français. Et ils le savent.

Nous devons peser simultanément sur le monde politique et le monde économique en s’appuyant sur la sphère citoyenne qui, de plus en plus informée, réclame de véritables changements. C’est grâce à la mobilisation citoyenne que nous sommes un vrai contre-pouvoir.

 

Et pour finir, tes futurs désirables, quels sont-ils ?

Ce que je souhaite, c’est que l’on n’accepte plus l’inacceptable ! Que l’on arrive à faire changer les choses, pour une alimentation saine, durable abordable pour toutes et tous mais bien au-delà : pour une société où l’on vit ensemble dans un respect mutuel, la justice sociale et environnementale, les droits fondamentaux.

Que les notions de transparence et de redevabilité deviennent la règle. Si l’on prend l’exemple des marges et des prix de vente alimentaires, déjà mettre en lumière qui profite de quoi et les conséquences de ces pratiques dissuaderait davantage.

Pour que cette transformation advienne, je suis également persuadée que nous avons besoin d’un renouvellement en profondeur de notre personnel politique et leurs biais. Le système aujourd’hui est aussi lâche que violent, contre l’intérêt général. Donc contre toutes et tous. Mais ça n’est pas une fatalité. J’en reviens à notre sujet : mobilisons-nous !

Pour aller plus loin :
– Visiter le site de Foodwatch France
– Retrouver l’interview de Karine Jacquemart dans RTL matin
– Regarder l’interview contre-pouvoir

Exploiter les fonds marins : une menace durable pour la biodiversité
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Les mobilisations récentes qui ont eu lieu en Norvège et sur la scène internationale ont permis de faire émerger, à nouveau, les dangers liés à l’exploitation des fonds marins. Mardi 9 janvier 2024, les députés norvégiens ont donné leur feu vert à la prospection minière en grande profondeur – entre 200 mètres et 11 kilomètres – d’une zone située au cœur du plateau continental norvégien entre la mer de Barents à l’archipel du Svalbard. L’exploitation à des fins commerciales de ces ressources a cependant été repoussée dans l’immédiat. Cette décision pose question sur les conséquences de ces nouvelles perturbations sur les écosystèmes à court et long terme, à l’échelle locale et globale.

Mais pourquoi vouloir exploiter ces fonds marins ?

Cuivre, cobalt, manganèse, nickel, zinc, thallium, fer, argent, or … autant de ressources rares sur lesquelles lorgnent les industriels. Les gisements de minéraux se situent sur les monts sous-marins, les cheminées hydrothermales et les plaines abyssales. Celles-ci sont de vastes étendues situées en profondeur, recouverts de sédiments et de dépôts minéraux, également appelés nodules polymétalliques, principales cibles de la potentielle exploitation à venir.

Comment récupérer ces ressources ?

Selon The Ocean Foundation la méthode serait d’envoyer des machines excavatrices, tels des tracteurs des mers qui aspirent les quatre premiers centimètres du fond marin, envoyant les sédiments, les roches, les animaux écrasés et les nodules jusqu’à un navire à la surface.

Machines excavatrices d’exploitation potentielle de nodules de manganèse. – Wikimedia Commons/CC BY 4.0 Deed/ROV-Team/Geomar

À l’heure de la transition énergétique, la construction des voitures électriques, panneaux solaires, éoliennes requièrent une grande quantité de minerais et de métaux rares. Cette hausse de la demande, « multiplié[e] par 3,5 d’ici à 2030 » selon l’Agence internationale de l’énergie, conduit à une recherche toujours plus forte de nouveaux sites d’exploitation. Pour atteindre les objectifs de neutralité carbone et sachant que les réserves planétaires en minerais commencent déjà à montrer leurs limites, les fonds marins semblent être une aubaine pour les industriels. Cependant, cela pose question quant aux écosystèmes florissants et interconnectés dans cet océan profond qui abritent une diversité stupéfiante de biodiversité.

Les leçons du passé :

Deux études ont été menées permettant de mettre en évidence les impacts de cette potentielle nouvelle méthode industrielle sur la biodiversité.
→ En 1989, dans les eaux territoriales du Pérou, une simulation d’exploitation minière des fonds marins a été réalisée. En 2019, une équipe de chercheurs a conclu dans une étude publiée dans Scientific Reports, que l’écosystème du bassin sédimentaire était encore en mauvaise santé et moins diversifié.
En juillet 2020, le Japon a mené une excavation « test » d’une durée de 1 h 49, sur une surface mesurant de 130 mètres de long, qui a eu des effets pendant plusieurs mois sur cet écosystème.

Plus d’un an après l’excavation, la densité des animaux marins mobiles – poissons, crevettes, crabes, cténaires, etc. – était inférieure de 43 % à la normale dans les zones directement affectées par le déplacement de sédiments généré par les machines. Sur les zones adjacentes la densité des animaux marins mobiles a chuté de 53 %.

Des nodules polymétalliques sur une plaine abyssale. – Wikimedia Commons/CC BY-SA 3.0/Abramax

Quelles conséquences sur la biodiversité :

Envisagée à l’échelle industrielle en Norvège, l’exploitation des fonds marins, pourrait avoir de pérennes conséquences à la fois sur les organismes benthiques tels que les crabes yétis, vers tubicoles géants, coraux noirs, mais également sur les organismes pélagiques tels que le zooplancton, baleines, calmar géant, poisson-lanterne.

En effet, les scientifiques alertent sur :
→ Le stress physiologique et un épuisement métabolique infligés par les nuisances sonores, lumineuses et chimiques aux espèces entraînant des détresses respiratoires et auditives, un endommagement des branchies, une modification des comportements, des difficultés de flottabilité et de communication par bioluminescence.

L’altération ou la destruction des habitats naturels induit une perte irréversible de la biodiversité marine. Les migrations forcées des populations, la fragmentation des habitats peuvent être fatales au bon fonctionnement des écosystèmes. Les scientifiques alertent également sur une potentielle hausse du taux de mortalité, une réduction de la reproduction et une modification de la chaîne alimentaire.

→ L’excavation des fonds marins induit des pollutions des eaux par des panaches de sédiments et de particules mis en suspension dans les colonnes d’eau ou des rejets toxiques provenant des navires, modifiant la composition chimique de l’eau et ayant un impact sur les communautés microbiennes et animales.

 

D’autres répercussions ?

L’exploitation des fonds marins aurait également des conséquences sur le climat planétaire en menaçant le bon fonctionnement des puits de carbone de l’océan. En effet, la redistribution des sédiments dans la colonne d’eau entraverait le rôle des sédiments dans le stockage du carbone.

Enfin, de nombreuses conséquences économiques, sociales et diplomatiques sont à prévoir. Des contaminations de l’alimentation issues de la mer et des pêcheries internationales, une déstabilisation de la chaîne alimentaire, l’impossibilité de faire de nouvelles découvertes scientifiques fondées sur le biomimétisme, l’ouverture à l’exploitation industrielle en Norvège qui sert d’exemple à l’échelle mondiale, sont autant de conséquences à prendre en compte.

 

La recherche toujours plus intense de ces minerais, pour permettre une “transition verte”, ne doit pas être synonyme de destruction de la biodiversité marine. Les fonds marins sont un patrimoine mondial à préserver car :

“Si on commence à altérer une zone, on a la quasi-certitude que l’ensemble de l’océan va finalement être altéré. Le problème, c’est qu’on ne sait pas en combien de temps et dans quelles conséquences”, estime Pierre-Antoine Dessandier, biologiste marin à l’Ifremer.

C’est pour protéger ces écosystèmes rares et inexplorés que de nombreuses mobilisations citoyennes et gouvernementales demandent un moratoire sur l’exploitation des fonds marins pour tenter d’éviter une catastrophe environnementale, économique et sociale annoncée par les scientifiques.

Une note d’espoir : des entreprises se sont déjà engagées à ne pas utiliser de minerais provenant des grands fonds marins, si leur exploitation n’est pas réglementée. Ainsi pas de demande, pas d’extraction : c’est la loi du marché !

 

Pour en savoir plus :

Pour aller plus loin :

– Suivre notre atelier Mission Biodiversité : https://lnkd.in/eJb2zJ35
– Suivre notre Mooc Biodiversité : https://lnkd.in/eTXq7iUE
– Participer à notre formation Action Biodiversité : https://lnkd.in/e93iX_WZ

Jérôme Cohen, fondateur d’ENGAGE, revient sur les ENGAGE Calls, des émissions participatives live lancées durant la période de confinement afin de faire réagir des personnalités de la communauté ENGAGE sur l’actualité, débattre des enjeux de court et long termes, et esquisser des pistes d’action concrètes.

 

Pourquoi avoir lancé les Engage Calls ?

Nous sommes, je l’espère, dans une période propice à la réinvention : un point de bascule Comme nous le disait Karine Jacquemart, c’est dans les périodes de choc que les évolutions les plus conséquentes, positives ou négatives, deviennent possibles.
Au-delà de l’angoisse qu’elle a provoqué, la période en cours nous a aussi permis de nous arrêter pour prendre un peu du recul.
L’imaginaire a en quelque sorte bénéficié d’un temps pour ce remettre en marche ! Les ENGAGE Calls ont vocation à appuyer ce mouvement.

Quel bilan peut-on dresser après 2 mois et 8 Engage Calls ?

Nous avons observé chez les citoyen.ne.s une envie forte de participer : jamais nous n’avions eu autant d’inscriptions, de contributions… La société est de plus en plus prête prête à basculer et à se réinventer. Je ne parle pas du grand soir, mais de la sensation, diffuse, que la possibilité d’inventer de nouveaux imaginaires et de les concrétiser devient soudainement possible. Antonio Gramsci nous disait que c’est dans les périodes les plus bousculées que surgissent les monstres. Rajoutons que c’est aussi dans ces heures troubles que peuvent émerger les plus belles évolutions.
C’est le moment de mettre l’accélérateur sur cette volonté de changement que l’on sent de plus en plus forte et assumée.
J’ai été, bien sûr, touché par le ton inquiet, parfois alarmiste, de certains intervenants sur les questions du vivant, de l’environnement, de l’Europe ou du multi-latéralisme, mais aussi positivement marqué par une lueur d’espoir que l’on sentait poindre au travers de leurs propos.
Cet espoir est nécessaire pour nourrir des récits et des imaginaires entraînants, des consciences fragilisées et l’envie de se mettre en mouvement. Le vent se lève…?

 

“ Les Engage Calls sont le premier pas de la transformation de l’ENGAGE University que nous souhaitons plus citoyenne et ouverte…

 

Nous avons parlé biodiversité, sociologie, climat, géopolitique, action citoyenne… A quoi s’attendre pour la suite ?

Les Engage Calls sont tout d’abord le premier pas de la transformation de l’ENGAGE University que nous souhaitons plus citoyenne et ouverte à tous. 

Nous avons déjà enrichi les conférences participatives live de temps d’intelligence collective pour faire émerger des idées et des projets concrets que nous tenterons de développer avec nos partenaires. L’idée d’une plateforme, d’un « Numéro Vert » pour accompagner les dirigeants désireux de transformer leur organisation, me semble, par exemple, prometteur. 

Nous avons aussi décidé de regrouper les 6 prochaines éditions en saison thématique de trois épisodes. Nous traiterons en juin de notre capacité individuelle et collective à naviguer au temps de l’incertitude. Et en juillet, nous aborderons la réforme de notre système économique et de nos entreprises vers plus de résilience et de durabilité. Le citoyen, l’individu, dans un premier temps, puis le collectif, les organisations.

Nous lancerons aussi mi juin une plateforme web éphémère avec l’un de nos partenaires, Civocracy, pour densifier notre travail d’intelligence collective et faciliter l’émergence de projets.
Chacun pourra ainsi mieux s’approprier les enseignements des ENGAGE Calls, les enrichir. Les projets en émergence seront sélectionnés, priorisés, et enrichis sur la plateforme. 

 

“ Il n’y a pas d’apprentissage sans passage à l’action et confrontation au réel…

 

Quelle place souhaites-tu pour ENGAGE dans le « monde d’après » ?

ENGAGE est une plateforme d’apprentissage et d’action. Je pense que sans ce dialogue, tout mouvement est bancal, vidé de sa substance. Il n’y a pas d’apprentissage sans passage à l’action et confrontation au réel, ni d’action utile sans développement des savoirs et travail de fond…Ce dialogue est l’essence même d’ENGAGE.
Je souhaite qu’ENGAGE contribue à ce que les citoyen.ne.s soient mieux armé.e.s et plus confiant.e.s en leur capacité à faire advenir collectivement la société dont ils et elles ont envie. Un peu à l’image des « Explorateurs » ENGAGE qui animent les temps d’intelligence collective. Ils ont suivi différents parcours de l’ENGAGE University. Ils ont appris, je crois, à questionner, à utiliser leur créativité et leur imagination pour transformer le réel.

Je souhaiterais finalement que tous les citoyens deviennent des « Explorateurs ».

En savoir plus sur les ENGAGE Calls.

Karine Jacquemart est la directrice de foodwatch France. Engagée pour défendre transparence et droits de l’homme, elle dirige des projets internationaux dans le secteur associatif depuis plus de 16 ans, notamment des missions humanitaires en Afrique avec Action Contre la Faim, ou la campagne Forêt d’Afrique et droits des populations avec Green Peace. Depuis 2015, elle dirige l’organisation foodwatch qui milite pour plus de transparence dans le secteur alimentaire, afin que nous ayons tous et toutes accès à une alimentation sans risques, saine et respectueuse de l’environnement.

 

En pleine crise sanitaire, tu souhaites nous parler de la « stratégie du choc » de Naomie Klein. Pourquoi ?

Dans son essai La Stratégie du choc : la montée d’un capitalisme du désastre (2007), la journaliste d’investigation Naomie Klein a mis en lumière comment des décennies d’ultralibéralisme ont démantelé la puissance publique. De la chute de Salavador Allende à la guerre d’Irak, elle documente factuellement comment Milton Friedman, les Chicago Boys puis tous les porteurs du néolibéralisme, et surtout les lobbies qui défendent des intérêts privés, ont su se servir des périodes de chocs (catastrophes naturelles, changements de régimes, attentats, guerres) pour imposer des mesures au détriment de l’intérêt général.

Elle cite par exemple l’ouragan Katrina (2005) qui a mené à la privatisation des écoles dans la région de la Nouvelle-Orléans aux États-Unis, ou encore la guerre des Malouines (1982) qui a été un prétexte pour Margaret Thatcher pour faire passer des lois antisociales au Royaume-Uni.

Ce qui me révolte aujourd’hui, c’est que l’on doit se battre pied à pied pour défendre des causes qui devraient relever de l’évidence : les droits fondamentaux et la santé.
Avec l’équipe de foodwatch, nous nous battons tous les jours sur l’alimentation et pour faire adopter des mesures de prévention pour protéger la santé des citoyens en France et en Europe : faire interdire des additifs dangereux pour la santé, lutter contre la malbouffe et l’obésité, etc.   Ce qui devrait relever du bon sens se transforme en batailles et en combats de David contre Goliath. Pourquoi ? Parce que, entre les croyances aveugles qu’il ne faut surtout pas ajouter de contraintes au secteur privé, mais plutôt réduire la puissance publique (les deux étant bien sûr liés) et les conflits d’intérêt. Trop d’Etats et de responsables politiques au niveau national comme européen sont influencés par les intérêts privés, les lobbies, les multinationales. Et les accords de commerce internationaux de nouvelle génération, comme le CETA entre l’UE et le Canada, vont encore accentuer ces rapports de force.

Dans le contexte du Covid-19, nous sommes nombreux à vouloir sortir de la crise par le haut en bâtissant les fondements d’une société plus juste et plus respectueuse de la nature. J’en suis très heureuse. Mais gardons à l’esprit que nous ne sommes pas les seuls à voir la crise comme une opportunité de changement. Les lobbies cherchent de leur côté à se servir de cette période pour freiner toute réglementation et continuer de défendre leur business et un certain laissez-faire, même au détriment des populations.

 

“ Ce qui me révolte aujourd’hui, c’est que l’on doit se battre pied à pied pour défendre des causes qui devraient relever de l’évidence : les droits fondamentaux et la santé.

 

Quelles tentatives de lobbying avez-vous repérées ?

Nous avons publié sur le site de foodwatch une lettre de l’industriel Bayer écrite en pleine crise de Covid-19 à la commission en charge de la stratégie européenne Farm to Fork for Sustainable food, dans laquelle l’industriel explique que de nouvelles réglementations concernant les pesticides ne sont pas souhaitables. Alors qu’il est clair qu’il faut agir sur les pesticides ! Nous avons lancé une pétition au niveau  européen pour demander aux géants des pesticides en Europe, Bayer, BASF et Syngenta, d’arrêter de produire et d’exporter des pesticides nocifs. Interdites d’utilisation en Europe en raison de leur dangerosité pour la santé et l’environnement, certaines substances sont encore autorisées à la production et à l’export.
Par boomerang, on les retrouve ainsi dans les produits alimentaires que nous importons et donc dans nos assiettes. C’est une aberration.

Nous avons par ailleurs mis la main sur d’autres lettres de lobbies adressées par Bayer au Parlement Européen expliquant qu’en temps de crises, les industries font beaucoup d’efforts pour nourrir les populations et qu’il ne faut pas leur mettre de bâtons dans les roues par de nouvelles réglementations.

Nous n’attendons pas des entreprises qu’elles soient philanthropiques. Il est évident qu’elles doivent défendre leurs intérêts propres et leur modèle économique. Personne ne leur reproche de faire des bénéfices. Ce que nous leur reprochons, c’est de défendre leurs intérêts propres même lorsque c’est au détriment de l’intérêt général, des services publics, de la protection des droits et de la santé des citoyens.
Et ce que nous apprend la crise actuelle, comme toutes les crises passées dépeintes par Naomi Klein, c’est que rien ne les arrêtera …sauf si nous les arrêtons.

 

N’observes-tu pas une prise de conscience, notamment dans le monde économique ?

Il est évident que nous sentons une vraie prise de conscience à plusieurs niveaux de la société. Ce sont néanmoins aujourd’hui les lobbies qui capturent l’essentiel du pouvoir politique.
Force est de constater que le démantèlement de la puissance publique par les politiques ultralibérales depuis presque 50 ans a porté ses fruits et continue. Après la crise financière de 2008, nous avons eu l’impression d’une prise de conscience, notamment avec de grandes déclarations de certains responsables politiques. Mais fondamentalement, qu’est-ce qui a changé alors concernant la réglementation financière  et la financiarisation de l’économie et de l’environnement ? Les banques ont-elles eu à rendre des comptes ? Le système a-t-il changé ?

 

“ Il n’est pas question d’accepter l’inacceptable, ni de verser dans le fatalisme.”

 

Ne penses-tu pas qu’aujourd’hui une prise de conscience plus large et à un plus haut degré peut mener à un réveil social et écologique ?

Je pense en effet que nous sommes à une croisée des chemins. Je resterai de toute façon optimiste et déterminée car il n’est pas question d’accepter l’inacceptable, ni de verser dans le fatalisme.
La question est de savoir comment transformer cette prise de conscience en une masse critique, et surtout en actions concrètes. La prise de conscience permet déjà la création de poches de solidarités et de réseaux de résilience qui sont vitaux. Mais si nous ne trouvons pas les moyens d’agir pour faire contrepoids et peser sur le système, la seule prise de conscience ne suffira pas.

Comment élaborer notre propre stratégie du choc ?

Il faut à mon avis se concentrer sur ce rapport de force entre intérêt général et intérêts privés. Pour atteindre un point de bascule, il faut à la fois s’opposer et bloquer le business as usual délétère et peser dans la balance, de tout notre poids. Je pense qu’il faut  s’attaquer de toute urgence à certains nœuds du problème.

Le premier nœud est l’espace trop libre laissé aux intérêts privés au détriment de la puissance publique.

On ne connait que trop pas exemple le phénomène de « porte tournante » (aussi appelé « chaise musicale » ou “revolving door”), c’est-à-dire une importante rotation de personnels entre les instances publiques et les entreprises privées.  Comment accepter par exemple que l’ancien président de la Commission Européenne, José Manuel Durão Barroso ait rejoint Goldman Sachs juste après ?

 

Autre aberration : l’année dernière, nous avons découvert et dénoncé le fait qu’il est autorisé pour les présidences tournantes européennes d’avoir des sponsors privés. Coca Cola était ainsi sponsor officiel de la présidence roumaine du Conseil de l’Union Européenne. Les lobbies ne se cachent même plus !

Il est essentiel de redéfinir qui sont les serviteurs de l’intérêt général et qui sont ceux qui défendent l’intérêt privé car on nage aujourd’hui en pleins conflits d’intérêts qui empêchent les avancées dont on a un besoin vital pour une France et une Europe plus démocratiques, plus transparentes, plus sociales et plus justes.

Deuxième nœud du problème : la nécessité de réaffirmer la souveraineté de la puissance publique.
Aujourd’hui, le débat essentiel sur l’importance des services publics est à la Une car la crise sanitaire a mis au grand jour les résultats du démantèlement de l’hôpital depuis 50 ans. Le problème, c’est qu’alors même que nous nous mobilisons pour demander une politique de protection de la santé et des populations plus forte, nous sommes aussi en train de signer des accords de commerce internationaux qui nous confisquent notre souveraineté et nous empêcheront demain de prendre des décisions en faveur de l’intérêt général, comme l’interdiction d’OGM, de pesticides ou des mesures pour protéger l’environnement. La question des accords de commerce est donc un problème essentiel, que j’explique dans une vidéo avec l’exemple du CETA. Si on perd ce combat, on ne pourra pas gagner les autres.

Enfin, un troisième nœud reste l’opacité et l’impunité des manœuvres insidieuses.
Certains responsables politiques et économiques, prêts à tout pour défendre leurs intérêts propres, opèrent dans la plus grande impunité. S’ils n’ont pas à rendre de comptes, alors il est évident qu’ils vont continuer.
C’est pourquoi ll est de notre devoir d’enquêter, de dénoncer ces comportements, de pointer les projecteurs vers les pratiques inacceptables et leurs responsables, pour les obliger à s’expliquer et pour créer un effet dissuasif. Ce qui touche à notre société, nos droits, notre environnement à tous, doit être débattu en pleine lumière, sur la place publique. Pas dans l’ombre des petits arrangements entre amis.

“ Le défi est de réunir nos forces de manière transversale, coordonnée et efficace.

 

Mais concrètement, comment atteindre ces objectifs qui semblent pour beaucoup hors d’atteinte ?

Si nous voulons être à la hauteur de nos “ennemis”, de l’artillerie lourde à laquelle nous faisons face, nous devons faire corps. Et ce, j’en suis convaincue, dans une confrontation déterminée, mais non-violente. L’organisation d’un contrepoids citoyen unifié, composé de lanceurs d’alertes, d’ONG et de citoyens concernés est essentielle. Et surtout, nous devons mettre sur la table un programme de société alternatif, et des choix politiques clairs, crédibles et opérationnels..

Le défi, c’est de réunir nos forces de manière transversale, en tirant profit de la richesse et de la diversité de la société civile et en liant tous les domaines qui ne doivent former qu’une réponse, mais aussi de manière coordonnée et efficace.

Crois-tu vraiment à cette union de la société civile ?

Assurément ! On le fait déjà au quotidien entre associations dans les combats que l’on mène. Mais il faut cette fois aller beaucoup plus loin. Toutes les initiatives que je vois fleurir en ce sens m’inspirent beaucoup. Il y a par exemple le récent « Conseil National de la Nouvelle Résistance » qui nous rappelle qu’en 1944, des citoyens se sont rassemblés pour proposer un programme « Les Jours Heureux ».
Un programme qui parle de lutte contre l’oppresseur, de justice sociale et de libertés fondamentales, et qui nous rappelle que des gens se sont battus pour un modèle de société qui est aujourd’hui en train d’être démantelé: liberté de la presse, services publics, etc. C’est à nous de le défendre, non seulement en France mais partout, à commencer par l’Europe !

Quels sont tes futurs désirables ?

Que nous arrivions, ensemble, à faire basculer les rapports de force pour peser sur les décisions et arrêter d’être dans un système qui marche sur la tête et se trompe de priorités: non, les questions économiques et financières ne sont pas la seule boussole…

Tout simplement que l’on vive dans une société où il est normal pour tout le monde que l’intérêt général soit respecté. Une ligne rouge bien comprise et défendue.