Le rôle du micronecton dans la pompe biologique
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Les micronectons sont de petits organismes vivants présents dans les océans et qui jouent un rôle crucial dans la pompe biologique, essentielle pour réguler le climat de la Terre en transférant le carbone et en absorbant le surplus de CO2 anthropique causé par les activités humaines. Malgré leur découverte à la fin du XIXème siècle, le rôle essentiel du micronecton dans la pompe biologique, moins étudié que le phytoplancton et le microplancton, reste relativement méconnu du fait des difficultés d’observation et de la disponibilité des données scientifiques. Nous avons mené l’enquête !

C’est quoi le micronecton exactement ?

Le micronecton est une espèce marine composée de petits organismes vivants mesurant entre 2 et 20 centimètres, tels que des poissons, mollusques, crustacés, céphalopodes et organismes gélatineux qui interagissent ensemble.

Dessins schématiques de différentes espèces de micronectons : poissons, crustacés, céphalopodes.

Le micronecton se situe au niveau intermédiaire de la chaîne trophique océanique, autrement appelé chaîne alimentaire. En effet, le phytoplancton est consommé par le zooplancton lui-même consommé par le micronecton. Cette espèce joue un rôle central dans le fonctionnement de la chaîne alimentaire en assurant le transfert d’énergie du plancton vers les prédateurs supérieurs.

Le terme micronecton trouve son origine dans un nom composé. Le terme « micro- » fait référence à la taille de l’espèce marine étudiée et « -necton » au fait qu’elle est capable de nager, contrairement au plancton qui dérive au gré des courants marins.

La migration verticale : cette spécificité du micronecton

L’originalité du micronecton, organisme vivant capable de nager indépendamment du courant, réside dans sa capacité à migrer, migrations verticales qui jouent un rôle fondamental dans la pompe à carbone biologique au sein de son cycle et de sa séquestration.

Comment se déroulent les migrations verticales quotidiennes ?

  • Le jour, les micronectons descendent profondément dans les couches inférieures de l’océan. Cette migration verticale diurne est un processus principalement influencé par la lumière, la température, la nourriture et les prédateurs.
  • La nuit, les micronectons remontent à la surface de l’océan et se nourrissent de zooplanctons. A l’aube, le micronecton migre à nouveau en profondeur dans les couches inférieures de l’océan.

Diagramme montrant la migration verticale quotidienne des micronectons.

Il est important de souligner que cette migration quotidienne du micronecton est la plus grande migration existant sur la planète Terre en termes de biomasse.

Ce processus a une triple importante : à la fois pour la survie et la reproduction des organismes planctoniques, pour le fonctionnement des écosystèmes marins et pour la régulation du climat.

La pompe biologique du carbone : le rôle du micronecton

Le micronecton stocke le carbone en profondeur dans les océans et contribue à la pompe biologique du carbone. La pompe biologique du carbone est une série de processus biologiques conduisant à transporter le carbone de la zone de surface vers les fonds marins. Cette migration quotidienne des micronectons contribue à transférer le CO2 atmosphérique anthropique, en injectant le carbone, dans la couche profonde de l’océan.

Chaque jour, au crépuscule, le micronecton remonte à la surface et se nourrit de zooplancton. Lorsqu’ils plongent à l’aube, les micronectons traversent la thermocline : la zone de transition entre les couches superficielles chaudes et oxygénées de l’océan, et les couches salées de l’océan. En plongeant dans les couches océaniques profondes (sous la thermocline), le micronecton transporte du CO2 contenu dans le zooplancton ingéré. Par ailleurs, la matière fécale des micronectons libérées dans les couches profondes de l’océan stocke le CO2. Enfin, à la mort de ces organismes, leurs carapaces plongent au fond des océans et contribuent encore une fois au stockage du carbone de manière durable.

Un zooplancton qui constitue la nourriture recherchée par les micronectons pendant la nuit à la surface des océans.

Quelles menaces pour le micronecton ?

La séquestration du carbone dans l’océan diminue en raison de l’acidification, du chalutage et de l’augmentation des températures. Le micronecton est menacé alors même que les migrations verticales qu’il génère sont responsables de l’atténuation du dérèglement climatique.

Par ailleurs, le micronecton est mangé par divers prédateurs tels que le thon et les oiseaux de mer pour lesquels il constitue une nourriture essentielle à l’équilibre de la chaîne trophique.

Dans l’Antarctique, le krill, petit crustacé de la famille des zooplanctons, voit son existence menacée par le dérèglement climatique et subit les conséquences de la fonte des glaces. Ses larves dépendent de la présence de la banquise qui est un abri pour le phytoplancton, nourriture essentielle de l’espèce. Or, le dérèglement climatique et la fonte des glaces en Antarctique affaiblissent les quantités de nourriture disponibles et donc les populations de krill.

Les micronectons, otaries, albatros et baleines, qui se nourrissent du krill, sont ainsi menacés par la diminution des populations de krill ayant un impact direct sur toute la chaîne alimentaire.

Enfin, le phytoplancton, premier maillon de la chaîne alimentaire qui absorbe le dioxyde de carbone pour créer de l’oxygène essentiel à la vie humaine sur Terre est lui aussi menacé. L’augmentation de la température et le phénomène d’acidification des océans entravent la calcification des squelettes de ces organismes marins.

La disparition des populations de micronecton pourrait avoir d’importantes conséquences sociales et économiques à l’échelle mondiale sur les zones de pêches ou le tourisme mondial par exemple.

Pour aller plus loin :

Pour en savoir plus :

– Suivre notre Atelier MISSION Biodiversité : https://lnkd.in/eJb2zJ35
– Suivre notre MOOC Biodiversité : https://lnkd.in/eTXq7iUE
– Participer à notre formation Action Biodiversité : https://lnkd.in/e93iX_WZ

Sandrine Bissoulet est directrice général adjointe d’ENGAGE, passionnée de biodiversité, de truffes et de jardinage. Elle revient sur son rapport singulier au vivant et sur les sources et les intentions de l’exposition Nature On/ Off.

Sandrine, pourquoi cette exposition ?

Cette exposition est née d’un défi : reconnecter au vivant. Car si l’effondrement de la biodiversité constitue une menace sans précédent pour l’humanité, cette réalité reste abstraite et souvent lointaine. Malheureusement les conférences et rapports sur le sujet ne font pas suffisamment bouger les choses…
Nous avons imaginé une exposition à impact pour frapper les esprits et provoquer un déclic. L’image, c’est un langage universel, qui permet de parler à tout le monde, quels que soient l’origine, l’âge ou la culture. L’ambition est d’engager un large public : des jeunes, des vieux, des salariés, des patrons, des parents, des enfants….
Ouverte à tous, Nature On/ Off propose une expérience sensible et artistique. Nous sommes convaincus qu’il faut replacer le sujet vivant dans la culture, au-delà du cercle de la science ou de l’information…et dans une culture populaire. C’est pourquoi les tableaux sont tous des chefs-d’œuvres connus du plus grand nombre !

Elle raconte quoi finalement ?

Sa force est de montrer avant de raconter. Ces tableaux révèlent les impacts que nous avons sur le vivant et à quel point nous en sommes dépendants. Ils nous projettent dans ce monde privé de biodiversité qui nous attend si nous ne faisons rien.
Nature On/ Off permet d’illustrer les grandes causes de disparitions de la biodiversité tout d’abord. Ce travail est primordial car peu de gens les connaissent et savent que la première est le changement d’affectation des terres et des mers par exemple.
Elle matérialise comment cela se passe concrètement :  on construit un parking et Le Déjeuner sur l’herbe devient Le Déjeuner sur béton; on passe à la monoculture de maïs et Les Maïs remplacent Les Coquelicots de Manet.

Ensuite, l’exposition révèle les dépendances que nous avons vis-à-vis d’elle. Un concept complètement nouveau pour beaucoup ! Si on comprend facilement l’importance des pollinisateurs ou des plantes qui nous nourrissent, on sait moins que la biodiversité régule le climat. Et on a rarement conscience qu’elle nous inspire au quotidien, pour innover… ou dans la création. Comment aurait peint Elisabeth Vigée le Brun, si inspirée par la nature, en 2024… probablement de manière moins champêtre !

La reconnexion au vivant est donc pour toi le problème n°1 ? Est-ce le seul ?

Aujourd’hui 80% des populations vivent en milieu urbain. En France, on vit à 16 km en moyenne d’une zone naturelle. Alors oui, on est déconnecté : dans la ville, peu d’espace végétalisé, peu de biodiversité, pas d’espace sauvage, on ne voit plus la nuit, il n’y a plus d’animaux ou si peu… C’est un éloignement du vivant qui s’assortit d’une perte d’expérience sensible.

Cette distance est aggravée par l’excès de vitesse permanent ! On n’a plus le temps, on “switche”, on “zappe”, on “circule”. Alors que pour le vivant, la nature, il faut s’avoir s’arrêter, patienter. C’est nécessaire pour écouter, regarder, sentir, toucher, goûter.

Enfin, c’est un sujet grave qu’il faut pouvoir aborder sans tétaniser devant l’ampleur de la tâche ! On doit pouvoir être sérieux sans se prendre au sérieux. Le décalage et la créativité de Nature On/ Off étonnent, intriguent, font réagir, font parler : nous cherchons  une prise de conscience sans pathos. L’important c’est que l’effet produit soit une mise en action, en mouvement.

Ton œuvre préférée ?

Mon cœur balance entre Déjeuner sur béton et Chardonneret 2024.

Déjeuner sur Béton par la puissance de l’image qui matérialise la première cause de disparition de la biodiversité : le changement d’affectation des terres et des mers. En France, la consommation d’espace naturels, agricoles et forestiers atteint près de 25 000 hectares par an (soit approximativement la surface du Val-de-Marne ou de la Seine-Saint-Denis).

Le chardonneret car il me touche au cœur. J’ai déjà pu les observer se délecter de graines en virevoltant autour de pissenlits. Cette élégance et ce moment de grâce, j’ai bien peur que mes enfants ne le connaissent jamais.

Et tes futurs désirables en matière de biodiversité ?

Au niveau personnel, que les Causses du Périgord de mon enfance continuent à vivre dans leur richesse : prairies sèches et chênes pédonculés rabougris écrasés par le soleil d’été, vibrant du vacarme réjouissant des grillons et du vol délicat des papillons azurés…

Au niveau de la société, que nous avancions avec la tête, le coeur, la main et dans le collectif pour vivre heureux dans un monde vivant :
La tête : rester curieux, ouverts pour connaître sa magie, sa richesse;
Le coeur : regarder, écouter, caresser, toucher, sentir les sols, les bois, les prés;
La main  : planter, semer, cueillir, cuisiner au rythme des saisons;
Le collectif : se promener, échanger, cultiver entre amis, en famille, dans sa ville ou, tout simplement, ensemble.

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Étudier le monde vivant pour mieux s’en inspirer : le biomimétisme
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Quel est le point commun entre : le velcro, le TGV japonais, le scotch, le verre anti-reflets, l’Eastgate building à Harare au Zimbabwe, le Fastskin et l’aiguille de seringue Nanopass 33 ?

Toutes ces inventions humaines sont fondées sur le biomimétisme. Sans le savoir, nous vivons au quotidien avec des objets inspirés du vivant. Le biomimétisme est un terme qui revient souvent dans les actualités sans pour autant que nous sachions déterminer avec précision ce à quoi il fait référence.

Biomimétisme, c’est quoi ?

Le biomimétisme est défini comme une philosophie et des approches conceptuelles interdisciplinaires prenant pour modèle la nature afin de relever les défis du développement durable (social, environnemental et économique) encadré par la norme ISO TC 266 – ISO 18458.

Kalina Raskin, directrice générale du CEEBIOS (Centre national d’études et d’expertise dans le domaine du biomimétisme) définit le biomimétisme comme “l’approche scientifique qui inclut la notion de durabilité et garantit la prise en compte des enjeux de transition écologique”.
En effet, le biomimétisme repose sur le principe suivant : au cours de l’évolution, par des essais et des erreurs, les espèces vivantes ont progressivement acquis la capacité à s’adapter au mieux à leur environnement se traduisant par des performances techniques diverses. L’objectif du biomimétisme est d’atteindre ces performances et ces aboutissements dans les conditions propices à la durabilité telles que l’on les entrevoit dans le vivant, qui fonctionne grâce aux énergies renouvelables, à des matériaux entièrement recyclables, à une gestion extrêmement efficace de l’information, à des consommations énergétiques optimisées…

Le biomimétisme représente une opportunité inédite d’innovation responsable : s’inspirer du vivant et tirer parti des solutions et inventions qui y sont produites, éprouvées par 3.8 milliards d’années d’évolution.

Divers exemples de biomimétisme, inspirés de la nature, utilisés quotidiennement

Le biomimétisme est donc la démarche qui consiste à innover, en s’inspirant de la nature, en trouvant de nouvelles solutions optimisées pour rendre un domaine ou une activité économique, plus durable, moins coûteuse en énergie, utilisant moins de matières premières, générant moins de déchets et étant plus résilientes. En somme, le biomimétisme permet de faire converger un intérêt technique avec les contraintes et les opportunités environnementales.
Cette approche, qui connaît actuellement un écho face aux enjeux actuels, doit permettre de repenser nos modes de production, de conception et de consommation en répondant aux enjeux multiples du dérèglement climatique, aux objectifs du développement durable et à la lutte pour la préservation de la biodiversité.

Biomimétisme n’est pas synonyme de bio-inspiration

Il faut distinguer la bio-inspiration et le biomimétisme. La bio-inspiration est une approche créative basée sur l’observation des systèmes biologiques. C’est en somme, s’inspirer du vivant pour l’innovation, au sens très large du terme, tant pour les produits, que pour les procédés de fabrication voire pour l’organisation générale de la société et des structures. Cependant, la bioinspiration n’est ni nécessairement scientifique, ni durable. On la trouve par exemple dans l’art et s’illustre par l’imitation de formes inspirées du vivant pour des raisons artistiques et esthétiques.

L’Eastgate Building est un supermarché construit en 1996 à Harare au Zimbabwe, qui s’inspire directement du fonctionnement des termitières. Ce biomimétisme permet de maintenir une chaleur uniforme, une ventillation et climatisation peu coûteuse en énergie.

L’exemple emblématique du Shikansen

L’un des exemples emblématiques de biomimétisme est le Shikansen, autrement appelé le « train martin-pêcheur ». En effet, lors de la création du train à grande vitesse, inauguré au Japon en 1964 pour les Jeux Olympiques de Tokyo, celui-ci avait une vitesse de croisière de 320 km/h, ce qui en faisait le train le plus rapide du monde. Cependant, dès sa mise en service, le Shinkansen a rencontré des problèmes, l’un d’entre eux étant dû à la topographie du pays. Région montagneuse, le Shikansen était amené de manière régulière à emprunter des tunnels. Néanmoins, un bruit sourd se produisait à la sortie des trains des tunnels. Par des mouvements de compressions et de déplacements d’air vifs, dus à la grande vitesse du train, ceux-ci étaient obligés de ralentir pour franchir les tunnels et limiter ce bruit assourdissant pour les riverains.

A chaque problème, une solution inspirée de la nature.
Eiji Nakatsu, l’ingénieur et ornithologue, s’est inspiré du bec du martin-pêcheur qui plonge dans l’eau en provoquant un minimum de remous, pour la conception du Shikansen. En effet, Eiji Nakatsu a eu l’idée d’imiter la forme du bec du martin-pêcheur, afin que les trains puissent passer du milieu moins dense à l’extérieur du tunnel au milieu plus dense de l’intérieur du tunnel sans émettre de bruit. Comme pour le martin-pêcheur au bec pointu et fuselé lui permettant de plonger à la verticale dans l’eau pour attraper sa proie, le Shikansen s’est profilé, permettant de réduire la consommation d’énergie de 16% et d’augmenter sa vitesse d’à peu près 10%.

Découvrez LIFE!

La nature est notre meilleur modèle de performance, d’excellence et de résilience, l’allié incontournable de notre avenir. À travers l’exposition “Nature championne et inspirante” proposée lors du Festival LIFE! créé par ENGAGE, le biomimétisme incite à protéger et à s’inspirer du vivant pour réinventer un monde durable, de prospérité partagée entre l’humanité et l’ensemble de la vie.

Nous vous donnons rendez-vous les 13, 14 et 15 Juin 2024 à l’Académie du Climat pour admirer l’exposition “Nature championne et inspirante” présentée par Biomim’expo lors du Festival LIFE!.

Connaissez-vous Biomim’expo ?

C’est Le grand rassemblement du biomimétisme et des innovations bio-inspirées en France dont la 8e édition se tiendra le 11 et 12 juin 2024 au Parc floral de Paris. Sachant que la nature est notre plus puissant partenaire et notre meilleur modèle d’avenir, Biomim’expo est le plus grand open lab du monde : 3,8 milliards d’années de Recherche & Développement pour inspirer de nouvelles idées et pistes d’innovations pour nos modes de production et d’organisation. Un événement pluridisciplinaire atypique, hors des silos pour penser hors des sentiers battus. Une rencontre entre ingénieurs, industriels, scientifiques, startups, enseignants, étudiants, associations.

Biomim’expo, en cohérence avec son sujet, propose un composite entre colloque, salon professionnel, showroom et agora. Pour proposer des conférences, tables rondes, débats, keynotes… mais aussi des démonstrations, des ateliers, des séances de pitchs-projets, des prototypes, des maquettes, des animations, des expériences sensorielles, une librairie éphémère et des dédicaces, des expositions apprenantes.

Pendant deux jours, venez découvrir les acteurs du biomimétisme, pour vous mettre en action et innover en entreprise grâce à la nature.

Pour aller plus loin :

Pour en savoir plus :

– Suivre notre Atelier MISSION Biodiversité : https://lnkd.in/eJb2zJ35
– Suivre notre MOOC Biodiversité : https://lnkd.in/eTXq7iUE
– Participer à notre formation Action Biodiversité : https://lnkd.in/e93iX_WZ

Marie-Sarah Adenis, sera intervenante du festival Life! et y présentera son exposition Gloire aux microbes.
Artiste-designer, diplômée en création industrielle (ENSCI) et en biologie (ENS Ulm), elle est co-fondatrice et directrice artistique de l’entreprise PILI et enseigne dans des écoles d’art et de design.

Quelle est votre relation à la biodiversité et au vivant ?

Ma première relation est une appartenance évidente puisque je suis moi-même partie prenante de cette biodiversité. Mes études de biologie m’ont permis d’établir une connexion plus fine en prenant conscience de la richesse infinie de son histoire évolutive, des mécanismes qui sont à l’oeuvre en nous et partout autour de nous. C’est un premier prisme théorique mais vertigineux et passionnant.
J’ai aussi construis au fil du temps une relation plus directe et plus surréaliste avec les autres vivants, notamment avec les êtres microscopiques qui invitent à un rapport presque magique quand on comprend que le monde est fait de ce tissu invisible vivant qui rend la vie possible par le biais de ces micro-organsimes. J’ai toujours un petit microscope de poche sur moi qui me permet de voir ce qui m’entoure et qui m’échappe. Cela crée une attention au monde radicalement différente. De la même manière que je “vois” l’invisible, je “sens” les vivants à travers l’emprunte qu’ils laissent derrière eux. Je respire leur activité métabolique à chaque bouffée d’oxygène, je partage mes repas avec eux au moment de la digestion, et j’établis cette connexion intime de plein de manières qui rendent ma perception plus fine et plus riche. C’est comme ça que j’habite le monde et que je lui donne du sens.

Pouvez-vous partager une anecdote qui illustre ce rapport ‘intime’ ?

J’en ai beaucoup mais la plus récente est la rencontre que j’ai faite et documentée avec une mue de crabe sur l’île de Lanzarote. Je l’ai emmenée partout avec moi, dans les randonnées, sur les volcans où je retournais avec elle aux premiers matins du monde, mais aussi dans les bars et les restaurants où je la posais sur la table face à moi, ce qui ne manquait pas de créer du trouble, des rires, des regards intrigués, et je pense que ce trouble est une bonne chose. C’est le point de départ de tout renversement de notre rapport au monde. Il faut inventer d’autres manières de vivre cette immense fresque burlesque, fragile et foisonnante qu’est la vie.

Pour vous, qu’est-ce que la biodiversité représente ?

La biodiversité est un vertige. Elle représente le miracle de la vie qui se perpétue depuis 3,8 milliards d’années. C’est aussi ma famille. Chaque être est un cousin ou une cousine, plus ou moins éloignés. Ce sont autant de formes spectaculaires et divergentes que la vie a prises pour s’incarner et peupler le monde. Elles viennent toute à l’origine d’ancêtres unicellulaires qui ont été les premiers à expérimenter la vie et qui ont établi la grammaire et les règles auxquelles nous nous soumettons encore aujourd’hui, avec quelques fautes de frappes qui sont parfois retenues et qui enrichissent d’autant le vocabulaire de la vie qui se prononce avec des ailes, des griffes, des neurones, des branchies, des capteurs sensoriels extrêmements variés qui donnent à chaque être une expérience du monde singulière et une umwelt particulière.
Et puisqu’il est question de biodiversité ici, il faut qu’on prenne conscience que les microbes forment la clé de voûte des écosystèmes. Aucune vie ne serait possible sans eux non seulement parce que ce sont eux qui nous ont donné la vie à l’origine, mais aussi parce qu’ils sont aujourd’hui les gardiens du temple, ceux qui perpétue et régule la vie, ceux qui peuvent la faire basculer dans un sens ou dans un autre.

Vous présenterez notamment l’exposition ‘Gloire aux Microbes’ lors du festival. Quelle est l’ambition de cette exposition ?

Gloire aux microbes est un cri d’amour qui visait à contrecarrer l’animosité et la terreur que les microbes ont toujours inspirés aux humains, plus encore avec la dernière pandémie. Le projet renouvelle les mots et l’imagerie pour conter l’histoire vraie et fascinante des microbes. Le point de départ est un texte manifeste que j’ai écrit comme un “Appel microscopique du 18 juin” (2020). J’ai ensuite réuni douze artistes qui se sont emparés des faits scientifiques qui sont détaillés dans le texte, et qui les ont sublimé dans des dessins qui proposent de nouveaux imaginaires, radicalement différents de ceux qui se sont cristallisés en nous.
Enfin, les oeuvres ont été sérigraphiées avec une encre produite par les bactéries elles-mêmes, ce qui donne une raison de plus de s’émerveiller de leurs pouvoirs innombrables. C’est un projet exigeant qui ne se contente pas de faire de la vulgarisation mais qui cherche à travers le texte et l’image à proposer un contrepoint puissant à nos imaginaires collectifs. C’est surtout une occasion de s’émerveiller avec la possibilité de parler de vivant et de biodiversité dans une perspective enthousiasmante, qui redonne le sourire alors que tout ce qu’on peut constater par ailleurs est clairement décourageant. Enfin un sujet qui donne de l’espoir !

Enfin, quels sont vos futurs désirables en matière de biodiversité ?

J’aimerais qu’on dépasse nos peurs et qu’on se mette à voir dans l’invisible, à travers l’espace et à travers le temps, pour reconnaître nos liens et nos interdépendances avec les autres habitants de la planète, qu’on puisse enfin voir en eux la puissance de nos alliances passées, présentes et à venir. La preuve avec le projet Pili que j’ai co-fondé (qui porte d’ailleurs le projet Gloire aux microbes) et qui fait alliance avec les bactéries pour produire des colorants et pigments écologiques. Une solution née de la collaboration entre les humains et les bactéries (même s’il faut bien dire que les humains portent déjà en eux bien plus de bactéries que de cellules humaines !).

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PFAS : ces substances chimiques qui adhèrent à l’environnement
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Les PFAS, substances chimiques créées par erreur par l’homme et utilisées premièrement dans l’industrie de guerre avant de connaître une utilisation généralisée, questionnent quant aux effets sur la santé humaine, mais également sur les conséquences durables de cette famille de molécules chimiques sur l’environnement. Réputés comme “éternels”, ces polluants inexistants à l’état naturel, interrogent quant à l’empreinte de l’homme laissée ad vitam æternam sur la biodiversité et aux impacts durables de cette pollution.

Mais les PFAS c’est quoi ?

Les PFAS sont des substances chimiques issues de la famille des perfluoroalkylés et polyfluoroalkylés. Provenant au départ d’un hydrocarbure, les PFAS sont fondés sur une liaison carbone-fluor, considérée comme l’une des plus stables de la chimie organique et donc quasiment indestructible, d’où le surnom de “polluants éternels”. La robustesse de ces “polluants éternels” offre diverses propriétés très intéressantes pour les procédés industriels.

Carte mondiale des zones d’exposition de la faune et la flore sauvages menacées par l’exposition aux PFAS

Quand l’homme inventa les PFAS

Les PFAS sont une grande famille de substances inventées par l’homme en 1938 par un incident d’un chimiste de la firme Dupont. En essayant de faire refroidir de la neige avec du fluor, celui-ci a découvert les PFAS, substance chimique inconnue à l’état naturel.

Les premiers PFAS sont utilisés dans le projet Manhattan (ayant pour objectif de créer la bombe atomique) et dans les revêtements pour les chars de l’armée américaine. Par la suite, poêles en téflon, cordes de guitare, vestes Gore-Tex, mousses à incendies, maquillage waterproof, emballages alimentaires…. tous ces objets du quotidien anti-adhésifs, anti-tâches, imperméables et résistants aux hautes températures sont fabriqués majoritairement à partir de PFAS.

Commercialisées depuis le début des années 1950, les PFAS font face à de premiers soupçons sanitaires dans les années 1960 et 1970 quant à l’exposition humaine à ces substances chimiques nouvellement créées.

Par leur robustesse, les PFAS se révèlent persistants à long terme dans l’environnement des usines qui fabriquent ou utilisent ces substances. Sols, cours d’eau, air, nappes phréatiques, tous les espaces se retrouvent contaminés par ces substances qui se révèlent conduire à des risques de cancers ou de dysfonctionnements immunitaires pour l’homme.

Quels liens entre les PFAS et la biodiversité ?

Avant de contaminer les êtres humains, les PFAS contaminent l’environnement et la biodiversité à proximité directe des usines et se propagent, au fur et à mesure, dans d’autres milieux, et même jusqu’en Arctique.

Une mission scientifique menée au Svalbard par Centre d’Etudes Biologiques de Chizé (CEBC, CNRS/Université de La Rochelle) et le Muséum National d’Histoire Naturelle à mesurer l’impact de ces PFAS sur la faune polaire. Les chercheurs ont montré, grâce à des prises de sang réalisées sur des mouettes tridactyles (oiseaux marins fortement contaminés par ces polluants), que ces organismes sont les plus touchés par le stress oxydatif. Cela conduit à un vieillissement cellulaire anormal. Le stress oxydatif, stimulé par la présence de ces polluants poly- et perfluoroalkylées pourrait alors altérer la fécondité à long terme des individus les plus contaminés.

“Ces composés perfluorés, de plus en plus présents dans des contrées aussi reculées que l’Arctique, constituent une menace sérieuse pour la biodiversité arctique.”

Mouettes tridactyles, oiseaux marins fortement contaminés par les PFAS, étudiées lors de la mission scientifique menée au Svalbard

D’autres études ont montré que les PFAS ont des effets néfastes sur l’environnement et les habitats. En effet, ces substances chimiques réduisent la capacité de régénération des écosystèmes, dégradent la qualité de l’eau, des sols et de l’air, induisent des modifications physico-chimiques des habitats. Par ailleurs, les PFAS ont comme conséquence d’altérer les interactions symbiotiques en perturbant les relations mutualistes entre les plantes et les microorganismes du sol.

De plus, les PFAS ont des effets directs sur la biodiversité. Ils augmentent la vulnérabilité aux maladies et aux parasites en affaiblissant le système immunitaire des organismes et en perturbant leur fonctionnement physiologique, les rendant plus susceptibles aux maladies et aux infestations parasitaires. Enfin, les PFAS ont des effets délétères sur les fonctions reproductives. Ceux-ci affectent par exemple la germination des graines, la croissance des plantes et la reproduction des végétaux.

Santé humaine et protection de la biodiversité : même combat

Du fait de leur persistance, les PFAS ont une tendance à la bioaccumulation, c’est-à-dire à s’accumuler dans les tissus des organismes vivants. Cette accumulation peut entraîner une augmentation de la concentration de PFAS le long de la chaîne alimentaire. Les prédateurs, y compris les humains, peuvent ainsi être exposés à des concentrations plus élevées de PFAS en consommant des organismes déjà contaminés.

Les PFAS, par la contamination de la biodiversité, ont un impact direct sur la santé des humains. Par leur robustesse, les PFAS sont des composants chimiques pérennes dans l’environnement et questionnent quant à la question des effets à long terme sur les écosystèmes et les potentielles dépollutions nécessaires.

Face aux risques que ces polluants “éternels” font peser sur l’environnement et la santé des humains et des écosystèmes, l’Assemblée nationale a voté, jeudi dernier pour à une proposition de loi visant à interdire dans la majorité des cas l’utilisation des PFAS. Une première avancée significative en prévision d’autres accomplissements législatifs à l’échelle européenne en discussion.

 

Pour aller plus loin :

  • Un documentaire pour en apprendre plus sur les PFAS et leur rôle dans la contamination de l’environnement
  • Une carte mondiale qui présente les zones d’exposition de la faune et la flore sauvages menacées par l’exposition aux PFAS
  • Un article scientifique pour comprendre plus en détail les impacts des PFAS sur la biodiversité

Pour en savoir plus :

– Suivre notre atelier Mission Biodiversité : https://lnkd.in/eJb2zJ35
– Suivre notre Mooc Biodiversité : https://lnkd.in/eTXq7iUE
– Participer à notre formation Action Biodiversité : https://lnkd.in/e93iX_WZ

Zones humides : un espace entre deux eaux
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Chaque 2 février, et pendant le reste du mois, nous avons commémoré, la signature de la Convention sur les zones humides, signée en 1971 à Ramsar (Iran). Premier accord multilatéral moderne sur l’environnement et seul traité consacré à un écosystème, cette convention met en lumière le rôle primordial qu’occupent les zones humides pour les êtres humains et leurs activités. Épuration de l’eau, aide à la gestion des crues, atténuation des effets des sécheresses, stockage du carbone, les zones humides sont de véritables alliées pour l’homme.

Définir la zone humide ne va pas de soi !

Une zone humide, c’est avant tout une zone de transition entre la terre et l’eau

Zone humide entre terres immergées et émergées

Cependant, c’est un terme vaste avec plusieurs définitions. Entre celle du code de l’environnement ou de la convention de Ramsar, entre zones humides et milieux humides, la définition n’est pas homogène. 

Toutefois, une zone humide est caractérisée par la présence de l’eau, salée ou douce, dans des zones continentales ou côtières, artificielles ou naturelles, permanentes ou temporaires, stagnantes ou courantes. 

Une zone humide peut être à la fois

  • des cours d’eau, des lacs, des étangs, des plaines d’inondation, des tourbières, des marais et des marécages. 
  • des estuaires, des vasières, des marais salés, des mangroves, des lagons et des récifs coralliens. 
  • des étangs d’aquaculture, des rizières, des retenues et des marais salants.

Le constat d’un déclin des zones humides

Les activités humaines menacent les zones humides. En effet, elles entraînent une fragmentation, un appauvrissement voire une disparition de ces zones.

“87 % des zones humides présentes au XVIIIe siècle avaient été perdues en 2000, dont 50 % rien qu’au XXe siècle. La disparition des milieux humides est 3 fois plus rapide que la déforestation” (IPBES, 2019).

L’urbanisation, la construction de routes, l’intensification de l’agriculture et de la production forestière, l’aménagement des cours d’eau et des espaces portuaires, l’extraction de minéraux, le prélèvement d’eau sont autant de facteurs humains qui ont un impact direct sur le déclin de ces milieux.

Un atout majeur pour lutter contre le dérèglement climatique

Primordiales pour les services rendus dans la lutte contre le dérèglement climatique, les zones humides sont des espaces qui :

  • absorbent et stockent l’eau, diminuent l’intensité des crues, canicules, tempêtes.
  • alimentent les nappes phréatiques et cours d’eau, retardent les effets de sécheresse et préservent la ressource en eau.
  • captent le carbone atmosphérique.
  • absorbent l’azote et améliore la qualité de l’eau.
  • procurent des îlots de fraîcheurs en milieu urbain.

Zone humide : un creuset de biodiversité

Réservoirs de biodiversité, les zones humides sont essentielles sur Terre.

“Les milieux humides couvrent environ 6 % des terres émergées et figurent parmi les écosystèmes les plus riches et les plus diversifiés de notre planète”.

Première zone humide de France par sa taille, la Camargue accueille régulièrement la seule colonie nicheuse
de flamant rose en France.

Selon les chiffres des Nations Unies :

  • 40 % de toutes les espèces végétales et animales vivent, se reproduisent où sont abrités dans les zones humides.
  • La moitié des espèces d’oiseaux dépendent des zones humides.
  • 2/3 des poissons s’y reproduisent ou y vivent.
  • Plus d’un milliard de personnes dans le monde dépendent des zones humides pour leur subsistance, soit environ une personne sur huit sur Terre.

En somme, insectes, mollusques, crustacés, poissons, oiseaux, vertébrés, arbres, végétation, plantes remarquables et humains sont tous dépendants de ces milieux.

Quelles solutions envisageables ?

Le déclin des zones humides rime avec déclin de la biodiversité ! Face à la disparition des milieux humides et à la nécessité de les protéger à différentes échelles, des solutions financières, contractuelles, réglementaires, de sensibilisation existent pour gérer durablement, sauvegarder et restaurer les milieux humides.

  • Les PLU et SCOT permettent de penser l’aménagement du territoire en parallèle de la protection de ces espaces à l’échelle territoriale.
  • Le réseau Natura 2000 ou le programme LIFE+ contribuent à la préservation et à la restauration des milieux humides au niveau européen.
  • Les soutiens réglementaires et financiers à l’activité agricole et aquacole permettent de développer des pratiques respectueuses de la biodiversité locale et des milieux humides.
  • Jardiner en respectant la biodiversité en choisissant des essences locales cultivées sans pesticides et avec du terreau sans tourbe.

Par conséquent, les zones humides sont des milieux riches en biodiversité et indispensables à la vie sur Terre. Cependant, ces espaces sont menacés par les activités humaines.

 

Pour aller plus loin :

 

Pour en savoir plus :

– Suivre notre atelier Mission Biodiversité : https://lnkd.in/eJb2zJ35
– Suivre notre Mooc Biodiversité : https://lnkd.in/eTXq7iUE
– Participer à notre formation Action Biodiversité : https://lnkd.in/e93iX_WZ

Karine Jacquemart est directrice générale de Foodwatch France et Éclaireuse ENGAGE.

Quelle est la mission de Foodwatch ?

Foodwatch France, qui fête ses 10 ans, est un contre-pouvoir citoyen 100% indépendant qui milite pour une alimentation saine, durable et abordable, pour toutes et pour tous.

Nous sommes une association loi 1901, mais également association agréée de défense des consommateurs et consommatrices, ce qui nous permet d’agir en justice. C’est fondamental car il faut casser le climat actuel d’impunité. Nous avons donc porté plainte dans l’affaire Lactalis des laits contaminés en 2018, suite aux scandales Nestlé (Buitoni) et Ferrero (Kinder) en 2022 et de nouveau il y a un mois quand on a découvert la fraude massive sur les eaux minérales filtrées illégalement par Sources Alma et Nestlé Waters.

Donc la mobilisation citoyenne, dont nous parlerons mercredi prochain, n’est pas notre seul moyen d’action.

Quant à moi, comme tu le sais, je milite depuis plus de vingt ans pour plus de justice sociale et environnementale, partout.

 

Si on entre un peu plus dans les détails, quels sont les moyens ou les leviers d’action de Foodwatch 

D’abord, nous menons des enquêtes fact based ou science based, et ça aussi c’est fondamental. Nous nous appuyons sur des rapports d’experts lorsque nous pointons du doigt par exemple des risques pour la santé liés à des additifs ou d’autres contaminants dans notre alimentation et exigeons leur interdiction (cf notre campagne contre les nitrites ajoutés dans la charcuterie).

Nous révélons des pratiques abusives dans l’industrie agroalimentaire et la grande distribution (arnaques sur l’étiquette, scandales, lobby…). Pour contraindre les entreprises à bouger bien sûr mais aussi pour contraindre les autorités à renforcer les lois (la plupart de ces pratiques étant illégitimes mais légales…) ou simplement à les faire appliquer, en France et dans l’UE.

Ce que nous voulons, c’est sortir de ce climat général d’opacité et d’impunité et remettre les points sur les i des responsables de notre système agricole et alimentaire qui est devenu fou : au début de la chaîne, un agriculteur ou agricultrice sur 5 vit sous le seuil de pauvreté et en bout de chaîne des millions de personnes tombent dans la précarité alimentaire. Au milieu, les géants de l’industrie agroalimentaire et de la grande distribution ont la main mise sur le marché : ce sont eux qui décident quels produits sont disponibles dans les rayons et à quels prix. Eux qui profitent de l’inflation sur le dos de la majorité.   Fin 2023, nous avons donc à la fois publié un décryptage de ce système, mais aussi une action de mobilisation pour exiger de la transparence sur la construction des prix et une modération des marges sur les produits les plus sains et durables.

 

Et la mobilisation collective dans tout ça ?

C’est un des ingrédients indispensables pour peser de tout notre poids. Lorsque les faits sont établis, nous lançons l’alerte auprès des médias et de millions de personnes, car tout commence par l’information, par rendre accessible cette information. C’est elle qui déclenche cette forme d’espoir que représente l’action.

Il est évident que les citoyennes et citoyens ne peuvent agir seuls, ils doivent être fédérés pour agir et c’est ce que fait Foodwatch, c’est notre raison d’être. Aujourd’hui nous avons une communauté de près de 450.000 foodwatchers, ce qui a un certain poids.

Cette communauté est indispensable lorsque nous pratiquons le Name and Shame (nommer et couvrir de honte, en bon français). Nous voulons mettre les entreprises qui ont ces pratiques délétères ou illégales face à leurs responsabilités, les obliger à rendre des comptes. Et l’Etat aussi. Lorsque nous obtenons des rendez-vous dans les ministères, ce qui arrive fréquemment, nous portons la voix de ces centaines de milliers de Françaises et Français. Et ils le savent.

Nous devons peser simultanément sur le monde politique et le monde économique en s’appuyant sur la sphère citoyenne qui, de plus en plus informée, réclame de véritables changements. C’est grâce à la mobilisation citoyenne que nous sommes un vrai contre-pouvoir.

 

Et pour finir, tes futurs désirables, quels sont-ils ?

Ce que je souhaite, c’est que l’on n’accepte plus l’inacceptable ! Que l’on arrive à faire changer les choses, pour une alimentation saine, durable abordable pour toutes et tous mais bien au-delà : pour une société où l’on vit ensemble dans un respect mutuel, la justice sociale et environnementale, les droits fondamentaux.

Que les notions de transparence et de redevabilité deviennent la règle. Si l’on prend l’exemple des marges et des prix de vente alimentaires, déjà mettre en lumière qui profite de quoi et les conséquences de ces pratiques dissuaderait davantage.

Pour que cette transformation advienne, je suis également persuadée que nous avons besoin d’un renouvellement en profondeur de notre personnel politique et leurs biais. Le système aujourd’hui est aussi lâche que violent, contre l’intérêt général. Donc contre toutes et tous. Mais ça n’est pas une fatalité. J’en reviens à notre sujet : mobilisons-nous !

Pour aller plus loin :
– Visiter le site de Foodwatch France
– Retrouver l’interview de Karine Jacquemart dans RTL matin
– Regarder l’interview contre-pouvoir

Captures accidentelles de dauphins, un signal pour une pêche durable
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Le 20 février 2024 a sonné la réouverture de la pêche dans le Golfe de Gascogne. Dans cette zone allant du Finistère au Pays Basque, toutes les embarcations de plus de 8 mètres et certaines techniques de pêche ont été suspendues, pendant 1 mois, dans l’objectif de préserver les populations de dauphins des captures accidentelles et de leur permettre de se reproduire. Cette interdiction a, à la fois, agité le secteur économique et a reçu de vives critiques, mais questionne également sur l’état de nos océans et sur la durabilité de la filière face à l’effondrement de la biodiversité.  

Au fur et à mesure, l’océan se vide

La pêche est la première source de destruction des écosystèmes marins.

Entre 1950 et 1990 les stocks ont massivement diminué et la pression de pêche a augmenté si bien qu’à la fin des années 1990, 90% des populations de poissons évaluées dans l’Atlantique Nord-Est étaient surexploitées.

Face à cet effondrement de la biodiversité marine, la réaction de la filière a été de pêcher plus loin, plus profond et avec des méthodes de plus en plus performantes, mais qui, en parallèle, épuisent les écosystèmes.

Navires de pêche hauturière avec leurs filets à quai

Cependant, cette filière est dans une impasse. Les quantités de poissons pêchés diminuent du fait de la surexploitation des espèces et de la capture des juvéniles. L’océan a atteint les limites de ce qu’il peut nous offrir.

C’est dans ce contexte global, et après des tentatives infructueuses de caméras embarquées sur les navires et de moyens de dissuasion pour éviter la capture des dauphins, que l’interdiction a été décidée.

La flotte de pêche française est diverse, alliant pêche côtière, pêche hauturière et pêche industrielle. Cependant, une technique de pêche fait l’objet de tous les regards : le chalutage. Le chalutage pélagique, non-sélectif, est décrié pour les captures accidentelles de dauphins et le chalutage de fond pour la destruction des habitats marins qu’il engendre.

En effet, 84% des débarquements issus de ressources surexploitées proviennent des grands chaluts et sennes, plus de 1 juvéniles sur 2 péché est capturé par un grand chalut ou une grande senne et 90% de l’abrasion des fonds est causé par les grands chaluts et sennes de fond.

Quels bienfaits, de cette interdiction, pour la biodiversité ?

Même si l’interdiction ne dure qu’un mois, c’est un premier pas qui a été fait en direction de la biodiversité marine. Cette interdiction, qui se renouvellera à la même période en 2025 et 2026, permet de mettre en lumière une menace concrète sur les cétacés du golfe tels que le dauphin commun ou le marsouin, menacés de disparaître, mais plus largement sur l’état des océans.

Il faut rappeler que cette mesure fait suite à une hausse des captures et échouages de dauphins sur les côtes françaises. Selon l’observatoire français Pelagis, 90% des dauphins retrouvés morts sur les côtes françaises ont été victimes des filets de pêche pendant l’hiver 2022-2023.

Filets de pêche qui conduisent à la capture accidentelle des dauphins

Par conséquent, cette mesure mise en place en 2024 doit, à court terme, permettre aux dauphins de se reproduire, aux juvéniles de grandir et octroie à tout l’écosystème un moment de répit.

Sur le temps long, nous sommes tous dépendants des océans et de la biodiversité qu’ils préservent. Il existe des  contributions matérielles (matières premières, ressources médicinales, d’élevage…), des contributions non–matérielles (sources d’inspiration et d’apprentissage dans l’art, la littérature, la musique, la cuisine, le tourisme…), et des contributions régulatrices (oxygénation de l’atmosphère, régulation du climat et du cycle de l’eau…) de l’océan et de ses ressources.

La pêche durable et l’adaptation de la filière

Au vu des enjeux actuels, il est nécessaire de transformer la filière pour tendre vers une pêche durable. L’un des premiers axes de transformation est le “déchalutage” du secteur économique. Cette méthode, employée largement par la pêche industrielle, ne permet pas, à long terme, de penser une gestion durable des ressources.

En parallèle, un investissement dans le secteur de la pêche côtière doit d’être encouragé. Comme le montre l’étude menée par l’association BLOOM, la pêche côtière combine les points positifs : faible impact sur les fonds marins et les émissions de gaz à effet de serre, absence de dépendance aux subventions publiques, création d’emplois et de valeur.

La transition du secteur doit permettre de conserver son segment le plus vertueux et durable : la petite pêche côtière, soit plus de 70% des navires, dont le déclin est aujourd’hui tel qu’on peut parler d’une menace de disparition !

Navire de la flotte côtière.

Même si la pêche côtière est la solution actuelle la plus viable, durable et vertueuse, celle-ci doit également évoluer et progresser sur le sujet des captures accidentelles de dauphins ou d’oiseaux.

Transiter vers une pêche durable, c’est ce que l’on peut appeler la « pêchécologie ». Cette pêche minimise les impacts sur le climat et le vivant tout en contribuant à la souveraineté alimentaire européenne, en maximisant les emplois et en offrant des perspectives socio-économiques et humaines dignes.

La restriction de pêche dans le Golfe de Gascogne est gagnante-gagnante, pour les pêcheurs, les dauphins, le climat, et illustre le principe de co-bénéfices. Préserver les dauphins aujourd’hui doit permettre aux pêcheurs de pratiquer leur activité demain et contribue à la régulation du climat.

 

Pour en savoir plus :

Pour aller plus loin :

– Suivre notre atelier Mission Biodiversité : https://lnkd.in/eJb2zJ35
– Suivre notre Mooc Biodiversité : https://lnkd.in/eTXq7iUE
– Participer à notre formation Action Biodiversité : https://lnkd.in/e93iX_WZ

Exploiter les fonds marins : une menace durable pour la biodiversité
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Les mobilisations récentes qui ont eu lieu en Norvège et sur la scène internationale ont permis de faire émerger, à nouveau, les dangers liés à l’exploitation des fonds marins. Mardi 9 janvier 2024, les députés norvégiens ont donné leur feu vert à la prospection minière en grande profondeur – entre 200 mètres et 11 kilomètres – d’une zone située au cœur du plateau continental norvégien entre la mer de Barents à l’archipel du Svalbard. L’exploitation à des fins commerciales de ces ressources a cependant été repoussée dans l’immédiat. Cette décision pose question sur les conséquences de ces nouvelles perturbations sur les écosystèmes à court et long terme, à l’échelle locale et globale.

Mais pourquoi vouloir exploiter ces fonds marins ?

Cuivre, cobalt, manganèse, nickel, zinc, thallium, fer, argent, or … autant de ressources rares sur lesquelles lorgnent les industriels. Les gisements de minéraux se situent sur les monts sous-marins, les cheminées hydrothermales et les plaines abyssales. Celles-ci sont de vastes étendues situées en profondeur, recouverts de sédiments et de dépôts minéraux, également appelés nodules polymétalliques, principales cibles de la potentielle exploitation à venir.

Comment récupérer ces ressources ?

Selon The Ocean Foundation la méthode serait d’envoyer des machines excavatrices, tels des tracteurs des mers qui aspirent les quatre premiers centimètres du fond marin, envoyant les sédiments, les roches, les animaux écrasés et les nodules jusqu’à un navire à la surface.

Machines excavatrices d’exploitation potentielle de nodules de manganèse. – Wikimedia Commons/CC BY 4.0 Deed/ROV-Team/Geomar

À l’heure de la transition énergétique, la construction des voitures électriques, panneaux solaires, éoliennes requièrent une grande quantité de minerais et de métaux rares. Cette hausse de la demande, « multiplié[e] par 3,5 d’ici à 2030 » selon l’Agence internationale de l’énergie, conduit à une recherche toujours plus forte de nouveaux sites d’exploitation. Pour atteindre les objectifs de neutralité carbone et sachant que les réserves planétaires en minerais commencent déjà à montrer leurs limites, les fonds marins semblent être une aubaine pour les industriels. Cependant, cela pose question quant aux écosystèmes florissants et interconnectés dans cet océan profond qui abritent une diversité stupéfiante de biodiversité.

Les leçons du passé :

Deux études ont été menées permettant de mettre en évidence les impacts de cette potentielle nouvelle méthode industrielle sur la biodiversité.
→ En 1989, dans les eaux territoriales du Pérou, une simulation d’exploitation minière des fonds marins a été réalisée. En 2019, une équipe de chercheurs a conclu dans une étude publiée dans Scientific Reports, que l’écosystème du bassin sédimentaire était encore en mauvaise santé et moins diversifié.
En juillet 2020, le Japon a mené une excavation « test » d’une durée de 1 h 49, sur une surface mesurant de 130 mètres de long, qui a eu des effets pendant plusieurs mois sur cet écosystème.

Plus d’un an après l’excavation, la densité des animaux marins mobiles – poissons, crevettes, crabes, cténaires, etc. – était inférieure de 43 % à la normale dans les zones directement affectées par le déplacement de sédiments généré par les machines. Sur les zones adjacentes la densité des animaux marins mobiles a chuté de 53 %.

Des nodules polymétalliques sur une plaine abyssale. – Wikimedia Commons/CC BY-SA 3.0/Abramax

Quelles conséquences sur la biodiversité :

Envisagée à l’échelle industrielle en Norvège, l’exploitation des fonds marins, pourrait avoir de pérennes conséquences à la fois sur les organismes benthiques tels que les crabes yétis, vers tubicoles géants, coraux noirs, mais également sur les organismes pélagiques tels que le zooplancton, baleines, calmar géant, poisson-lanterne.

En effet, les scientifiques alertent sur :
→ Le stress physiologique et un épuisement métabolique infligés par les nuisances sonores, lumineuses et chimiques aux espèces entraînant des détresses respiratoires et auditives, un endommagement des branchies, une modification des comportements, des difficultés de flottabilité et de communication par bioluminescence.

L’altération ou la destruction des habitats naturels induit une perte irréversible de la biodiversité marine. Les migrations forcées des populations, la fragmentation des habitats peuvent être fatales au bon fonctionnement des écosystèmes. Les scientifiques alertent également sur une potentielle hausse du taux de mortalité, une réduction de la reproduction et une modification de la chaîne alimentaire.

→ L’excavation des fonds marins induit des pollutions des eaux par des panaches de sédiments et de particules mis en suspension dans les colonnes d’eau ou des rejets toxiques provenant des navires, modifiant la composition chimique de l’eau et ayant un impact sur les communautés microbiennes et animales.

 

D’autres répercussions ?

L’exploitation des fonds marins aurait également des conséquences sur le climat planétaire en menaçant le bon fonctionnement des puits de carbone de l’océan. En effet, la redistribution des sédiments dans la colonne d’eau entraverait le rôle des sédiments dans le stockage du carbone.

Enfin, de nombreuses conséquences économiques, sociales et diplomatiques sont à prévoir. Des contaminations de l’alimentation issues de la mer et des pêcheries internationales, une déstabilisation de la chaîne alimentaire, l’impossibilité de faire de nouvelles découvertes scientifiques fondées sur le biomimétisme, l’ouverture à l’exploitation industrielle en Norvège qui sert d’exemple à l’échelle mondiale, sont autant de conséquences à prendre en compte.

 

La recherche toujours plus intense de ces minerais, pour permettre une “transition verte”, ne doit pas être synonyme de destruction de la biodiversité marine. Les fonds marins sont un patrimoine mondial à préserver car :

“Si on commence à altérer une zone, on a la quasi-certitude que l’ensemble de l’océan va finalement être altéré. Le problème, c’est qu’on ne sait pas en combien de temps et dans quelles conséquences”, estime Pierre-Antoine Dessandier, biologiste marin à l’Ifremer.

C’est pour protéger ces écosystèmes rares et inexplorés que de nombreuses mobilisations citoyennes et gouvernementales demandent un moratoire sur l’exploitation des fonds marins pour tenter d’éviter une catastrophe environnementale, économique et sociale annoncée par les scientifiques.

Une note d’espoir : des entreprises se sont déjà engagées à ne pas utiliser de minerais provenant des grands fonds marins, si leur exploitation n’est pas réglementée. Ainsi pas de demande, pas d’extraction : c’est la loi du marché !

 

Pour en savoir plus :

Pour aller plus loin :

– Suivre notre atelier Mission Biodiversité : https://lnkd.in/eJb2zJ35
– Suivre notre Mooc Biodiversité : https://lnkd.in/eTXq7iUE
– Participer à notre formation Action Biodiversité : https://lnkd.in/e93iX_WZ

Hortense Dewulf vient de rejoindre ENGAGE pour déployer l’atelier MISSION biodiversité.

Qui es-tu, Hortense ?

Vaste question… Il me faudrait la journée pour y répondre ! Plus sérieusement, je viens de rejoindre ENGAGE après une expérience dans le conseil en innovation et un voyage au coeur de l’Amazonie.

Pourquoi alors ENGAGE et cette MISSION Biodiversité ?

Je ne vais pas te surprendre. Je souhaitais faire coïncider à 100% mes convictions personnelles et mes responsabilité professionnelles. M’engager chez ENGAGE… ça allait de soi !

En quoi consiste ton travail ?

ll a de multiples dimensions. Un aspect de conception d’abord, en travaillant à la refonte de l’atelier avec Quentin Thomas, notre responsable biodiversité. Un aspect d’adaptation ensuite, pour accorder le troisième temps de mise en action aux enjeux des entreprises avec qui nous le déployons (en fonction de l’organisation, de son niveau d’engagement ou d’avancée sur ces sujets). Enfin, un aspect de déploiement pour trouver des nouveaux partenaires, des entreprises ou des universités dans lesquels le déployer. D’ailleurs, si vous souhaitez le tester ou le déployer, n’hésitez pas à me contacter, je serai ravie de vous aider 😉

Et toi, dans quel type d’organisations préfères-tu le déployer ?

Difficile de répondre. J’aime beaucoup le déployer dans les universités (nous l’avons fait avec l’Université de Sfax, en Tunisie, récemment) car je crois que les étudiants qui ont bien compris les enjeux, sont à la recherche de moyens pour être acteurs du changement.

Dans les entreprises la dynamique est différente car les collaborateurs ou dirigeants sont à mes yeux moins au courant de la crise de la biodiversité, qui est encore le parent pauvre, par rapport au climat. Nous avons du chemin à faire et c’est évidemment motivant.

Alors, justement, que propose l’atelier pour se mettre en action ?

Il est organisé en trois temps, avec une approche progressive pour permettre à chacun de s’emparer des enjeux. Le premier temps pour comprendre, le second pour s’entraîner et puis le dernier pour se lancer dans sa propre entreprise ou dans n’importe quelle organisation d’ailleurs. Il relie donc la compréhension théorique de ce qu’est la biodiversité et l’appréhension pratique de ses liens avec les activités économiques. Il est aussi très interactif et fait appel à l’intelligence collective. C’est une approche fondamentale dans cet atelier mais aussi plus génériquement car je pense que ce n’est que collectivement que nous trouverons des solutions.

Tu gardes donc espoir ?

Et comment ! Je ne veux pas vous dire que tout est foutu à 26 ans. La situation est grave oui, mais pas désespérée. Nous pouvons travailler à la défense, à la restauration, voire à la régénération de la biodiversité. Nous le devons même ! C’est maintenant qu’il faut s’engager. Regardez l’exemple du couple Salgado dont nous parlons dans cette ActionLetter, ils l’ont fait et le résultat est là. Je crois aussi que nous vivons un Momentum. Les planètes de l’engagement, notamment du monde économique, commencent à s’aligner. Les entreprises n’ont plus le choix car les risques liés à l’inaction commencent à être trop évidents. Et puis la biodiversité, c’est aussi une opportunité d’aller chercher l’engagement par le sensible. Qui, autour de vous, ne voudrait plus d’oiseaux, de poissons, de fruits juteux et de paysages variés ? Je suis certaine que nous pouvons jouer là-dessus. Attention, ce n’est pas de la manipulation hein ;), juste la meilleure stratégie à adopter. Bref, plus de tergiversations… de l’action !

Et tes futurs désirables, Hortense, à quoi ressemblent-ils ?

Je rêve d’un futur où il ira de soi d’investir dans le Vivant à la hauteur des services qu’il nous rend. Comme l’explique Emmanuel Delannoy, il s’agit “juste” d’une démarche de bon gestionnaire de réinvestir dans le capital (naturel) les bénéfices que l’on tire de la productivité du vivant.

Christophe de Hody est éveilleur de conscience autour de la nature. Sa mission : reconnecter au vivant au travers des plantes comestibles et des champignons. Il intervient pour nous dans le cadre du Défi Biodiversité, se connecter au vivant.

Nous vous présentons comme un “guide nature, éveilleur de conscience”, comment sensibilisez-vous le public aux problématiques du vivant ? 

Je sensibilise à la fois sur internet via des vidéos pédagogiques, mais aussi sur le terrain, dans la nature, en amenant des groupes en balade toute l’année, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente.
Nos sorties peuvent être courtes (une heure) ou plus longues (parfois plusieurs jours) lorsqu’il s’agit de formations approfondies ou de stages intensifs.  

Plus les balades sont longues, plus elles sont structurées. Mais dans tous les cas, notre objectif est de transmettre principalement des connaissances sur les plantes et les champignons sauvages. 

Concernant les plantes, nous nous concentrons sur les plantes communes qui ont des usages comestibles ou médicinaux. 

Nous passons par l’intellect mais aussi beaucoup par les sens (toucher, odorat), ce qui permet de  faire vivre des expériences créatrices d’émotions, de souvenirs, pour redonner goût à la Nature.

 

En quoi votre démarche peut-elle contribuer à la préservation de la biodiversité ? 

Je suis convaincu que plus les gens vivront de belles expériences dans la Nature, plus ils auront envie de la connaître et de la protéger. On a envie de protéger ce que l’on connaît. 

La connaissance peut aussi permettre de faire comprendre que la protection de la biodiversité a un impact positif sur notre santé. Si nous préservons la flore, nous aurons moins d’allergies. Plus il y a de vert autour de nous, dans nos villes, moins il y fera chaud. Cela joue aussi sur notre bien être général : plus on entend les petits oiseaux chanter, mieux l’on se sent. 

Finalement, peu de personnes connaissent les bienfaits qu’offrent la nature, les services écosystémiques. Peu de personnes ont conscience que nous en sommes dépendants. C’est cela aussi qu’il s’agit d’inverser.

Nous vivons dans un monde aseptisé, dans lequel la nature fait peur, est dangereuse.  On entend souvent dire aux enfant: “surtout ne touche à rien”, “ne touche pas les plantes”. Beaucoup de personnes ont peur des plantes toxiques.

Ce sont ses cliché que je veux démentir, renverser.
On peut toucher les champignons, on peut toucher les plantes. En réalité, il y a très peu de plantes toxiques et lorsqu’elles le sont, ce n’est pas par le toucher mais par l’ingestion.

Pour dédramatiser et déconstruire les a priori, il m’arrive souvent d’utiliser l’humour; je fais des bisous aux plantes et champignons mortels !

 

Vos balades et vos formations sont-elles accessibles à toutes et tous ? 

Oui absolument. Notre objectif est de faire en sorte que tout le monde puisse suivre ces formations, car nous avons fait un très gros travail de synthèse pour vulgariser le contenu et lui donner un caractère simple et pédagogique. 

En général, je reçois beaucoup de débutants, qui deviennent de plus en plus sachants en participant à nos balades. La base, c’est de savoir identifier, sur le terrain. Cela permet d’avoir accès aux usages pour  se débrouiller tout seul.

Je préfère évidemment les promenades dans la nature, comme les participants, qui aiment le contact : prendre les plantes dans la main, sentir, goûter. Revenir à une connexion simple.

Les réseaux sociaux et Internet nous ont vraiment permis de diffuser plus largement ces connaissances via des formats synthétiques. Notre objectif est d’aller à l’essentiel, d’être le plus clair possible, de décortiquer les mots compliqués, de mettre des images sur ce que l’on dit. 

Sur les formats en ligne, il faut adapter nos pratiques. Nous avons pris le parti de travailler le visuel : je prends dans les mains et je montre les feuilles dentelées de la plante par exemple. Pour les autres sens, je décris ce que je ressens.

 

Qui faut-il impliquer en priorité, les citoyens ? 

Il ne s’agit pas que des citoyens. Il faudrait impliquer à plusieurs niveaux : 

  • Nous avons besoin des experts pour encadrer les citoyens, les guider, avec pédagogie. 
  • Il faut aussi impliquer les entreprises. Elles pourront ensuite impliquer leurs propres collaborateurs. 
  • Il faut aussi impliquer les collectivités. 

C’est la société dans son ensemble qu’il faut mettre en mouvement. 

De mon côté, je suis une pièce du puzzle. J’essaie, à mon niveau, d’impliquer les citoyens. C’est ma participation.

 

Enfin, quel serait votre futur désirable?

Je voudrais d’abord moins de béton, plus d’espaces verts avec de la gestion différenciée, c’est à dire ne pas entretenir de la même manière tous les espaces. Que certains soient laissés libres, non fauchés par exemple. 

Je voudrais que l’on plante de plus en plus d’espèces indigènes aussi, pour des usages spécifiques.. 

Il s’agit aussi réfléchir le paysage à différentes échelles en créant des “corridors bleus” par exemple, pour que les animaux se déplacent sans coupures, entre les écosystèmes.

 

Pour aller plus loin :

Pourquoi la thématique de la biodiversité est si importante pour ENGAGE ?

Pour plusieurs raisons, qui font système. D’abord parce que nous sommes particulièrement sensibles à ce sujet chez ENGAGE, à titre individuel. Parce que la biodiversité est encore le parent pauvre de l’engagement en matière environnementale. Parce que les entreprises et le milieu économique en général sont très en retard sur cet enjeu, faute de sensibilisation, de connaissances, d’indicateurs pertinents, etc.

Parce qu’enfin, bien sûr, et malheureusement, la biodiversité se meurt et que nous regardons tous ailleurs. L’effondrement est patent, s’accélère, ce qui me rend immensément triste. C’est de cela dont a parlé Olivier Dubois d’ailleurs lors de la dernière Conférence-Action du Défi Biodiversité. La solastalgie, le fait de vivre la disparition du vivant.

Pour finir sur une note positive, la biodiversité aussi parce que nous pouvons agir sur le vivant et contribuer à sa restauration, ici, sur nos territoires.

 

Comment d’ailleurs définirais-tu la biodiversité ?

La biodiversité peut se définir comme les interrelations entre les espèces en mouvement dans des écosystèmes en constante évolution. La biodiversité ou le vivant peut se caractériser par sa dynamique. Je me souviens des interventions de Pierre-Henri Gouyon, grand biologiste français, qui aimait filer la métaphore du cycliste qui, s’il n’avance plus, tombe.

 

Elle est donc tellement en danger ?

Écoute, trois chiffres suffisent à caractériser son déclin. Les grands mammifères ont décliné de 70% en 50 ans au niveau mondial, les oiseaux de 30% et les insectes de 75% en 25 ans au niveau européen. Donc oui, elle est grandement en danger, les causes de cet effondrement sont connues, il s’agit de passer réellement à l’action désormais.

 

Comment faire justement ? A un niveau individuel ou collectif ?

A un niveau individuel, chaque citoyen peut agir bien sûr, utiliser moins de plastique par exemple, s’engager dans des associations de sciences participatives, etc. Mais pour être honnête, je pense que c’est au niveau collectif, économique ou collectif que nous aurons un impact massif et à la mesure des enjeux. Je veux surtout éviter de sur-responsabiliser le citoyen.

Pour briser le fameux cercle de l’inaction, l’engagement du citoyen est important, certes, mais la réforme du système est fondamentale.

Pour faire simple, il s’agit, je crois, de courage ou d’audace. Courage politique d’imposer des réformes, comme la ZAN (zéro artificialisation nette). Audace du milieu économique et des dirigeants de mettre en œuvre des changements qui ne soient pas homéopathiques ou périphériques à l’activité mais qui osent interroger la pertinence des modèles d’affaires.

Je crois en la possibilité de faire émerger un nouveau modèle d’entreprises ou de modèles d’affaires moins destructeur du vivant, qui contribue à sa restauration.

 

Justement, tu parles souvent d’entreprise restaurative ou d’économie restauratrice, qu’entends-tu par là ?

Je crois en la possibilité de faire émerger un nouveau modèle d’entreprises ou de modèles d’affaires qui ne soit plus ou en tout cas moins destructeur du vivant, qui contribue à sa restauration. Attention, je ne dis pas qu’une activité économique peut avoir intrinsèquement une contribution positive sur le vivant. C’est en cela que je trouve le concept ‘d’entreprise régénérative’ dangereux d’ailleurs, sur-prometteur.

L’entreprise restauratrice a pour ambition de se mettre au service du vivant et d’entretenir un rapport moins destructeur avec lui.

Pour dire les choses concrètement, chaque entreprise peut tout d’abord essayer de minimiser son impact, et ce à toutes les étapes de sa chaîne de valeur, elle peut ensuite reconsidérer son modèle d’affaire, en passant par exemple à l’économie de la fonctionnalité, elle peut enfin renoncer à certaines activités ou rediriger certaines activités, pour parler un langage mieux accepté par le monde économique – réduire, repenser, rediriger.

 

As-tu des exemples ?

Oui bien sûr. Prenons un exemple connu de réduction de son impact avec Interface, fabricant de moquettes qui agit à plusieurs niveaux : le réemploi et le recyclage de la matière et de celle de ses concurrents aussi, d’ailleurs ; La transformation des déchets en ressources ; le biomimétisme pour utiliser moins de colle en s’inspirant du gecko ou encore le design pour éviter d’utiliser des rouleaux et faciliter le remplacement de petits éléments.

Prenons l’exemple de Michelin qui commercialise ‘le pneu comme un service’ et vend non plus des pneus mais des kilomètres, ce qui permet d’économiser beaucoup de matières. Prenons enfin peut-être enfin l’exemple des stations de moyenne altitude qui abandonnent le ski pour réduire leur impact (utilisation d’eau, artificialisation de la montagne, etc.) et cherchent des activités alternatives.

En matière de biodiversité, il y aussi ce que nous pourrions appeler notre déconnexion. Pourquoi s’évertuer à sauver, à protéger quelque chose que l’on ne connaît pas.

 

En fait, j’ai l’impression, en t’écoutant, que les solutions sont connues. Qu’est-ce qui empêche les grands changements d’avoir lieu ?

Tu as raison, nous avons désormais de plus en plus de solutions et les problématiques sont connues, étudiées, documentées. Pourtant, les avancées sont encore grandement insuffisantes.

Ce qui nous retarde, de façon générique, c’est la peur du changement bien sûr et l’intérêt aussi, de certains, à ne pas agir. En matière de biodiversité, il y aussi ce que nous pourrions appeler notre déconnexion. Pourquoi s’évertuer à sauver, à protéger quelque chose que l’on ne connaît pas. Je vais essayer d’exprimer concrètement ce que veux te dire par une expérience que j’ai vécue.

Je me souviens d’un séminaire d’une semaine que j’avais animé dans le sud à côté d’Albi, dans la campagne, pour une vingtaine de jeunes entrepreneurs des banlieues. On m’avait demandé de les inciter à rendre leur modèle d’affaires plus compatible avec les enjeux environnementaux et sociaux.

Au bout de trois jours, un peu fatigué, j’allais me promener dans les bois, à côté, et je revenais les bras chargés de coulemelles, un magnifique et délicieux champignon au goût de noisette.

Figure-toi qu’au bout de quelques minutes, j’ai découvert que cent pour cent d’entre eux ne connaissaient pas ces champignons, ce qui est tout à fait concevable, voire normal, mais que, beaucoup plus inquiétant, au moins trente pour cent d’entre eux n’avaient jamais vu de champignon. Il ne savait pas ce qu’était un champignon.

Quel naïf j’étais. Comment les intéresser aux enjeux environnementaux alors qu’ils étaient totalement déconnectés du vivant. Ce n’est surtout pas un jugement de ma part, à leur égard, bien au contraire. C’est plus un constat de ce qu’il faut corriger. Comment engager une société totalement en perte de relation sensible avec le vivant sur ces sujets.

Dans la même veine, je crois qu’un enfant américain peut reconnaître 500 marques mais est incapable de nommer dix espèces du vivant de sa région.

 

C’est pour cela qu’ENGAGE a lancé le Défi Biodiversité, non ?

Oui absolument. Nous voulons progressivement faire émerger un ou plusieurs projets qui permettent de retisser notre lien individuel et collectif au vivant. Nous avons en quelque sorte oublié qu’il y avait de la terre sous le bitume. Nous dévoilerons ces projets à l’Académie du climat en décembre. En attendant, tous les mois, nous nous enrichissons avec des spécialistes, des acteurs de la biodiversité et nous réfléchissons avec les membres de la communauté aux projets que nous porterons.

 

Allez, pour finir, quels sont tes futurs désirables ?

Hum, il y en a tellement. Ce que je voudrais, c’est que mes enfants, si j’en ai un jour, ou en tout cas les futures générations, ne vivent pas dans un monde sans libellules ou sans mésanges. Je voudrais un monde qui ne soit pas sous l’emprise ou le diktat de l’économique, mais dans lequel l’économie reprenne sa juste place au service de l’humain et de la planète. Je voudrais un monde dans lequel énoncer ces phrases nous fasse passer pour un hurluberlu. Un monde réconcilié.

Pour aller plus loin :
– Pour reconnaître une coulemelle
– Mieux comprendre l’entreprise restauratrice

Les populations de truites, et en particulier de truites fario, pour les connaisseurs, s’effondrent, décimées par l’élévation de la température des rivières, la pollution des eaux, le remembrement et l’appauvrissement des écosystèmes, les espèces envahissantes et en particulier les écrevisses américaines.
Ce constat alarmant et tellement triste pour les amoureux de ce poisson emblématique de nos rivières illustre l’effondrement plus général de la biodiversité et les cinq causes qui le provoquent : le changement d’usage des terres et des mers, la surexploitation de certains organismes, le dérèglement climatique, la pollution des eaux, des sols et de l’air, la propagation des espèces envahissantes.

La situation est critique et nous le savons presque tous désormais, tant les articles et les prises de paroles se succèdent, enfin, dans les médias, les conférences.

Alors, doit-on baisser les bras ? La situation est-elle irrécupérable ?

Non, car les écosystèmes terrestres ou marins peuvent se régénérer, comme le démontre la création d’une réserve de biodiversité par le photographe Sebastião Salgado et sa femme au Brésil. En seulement 20 ans, 700 hectares régénérés avec plus de 300 espèces de végétaux, 150 espèces animales, 30 espèces de batraciens…sur la terre héritée de son grand-père, devenue aride à cause de l’agriculture bovine intensive.

La réserve du Minas Gerais au Brésil

Nous le savons aussi, l’économie et les entreprises sont à l’origine d’une très grande partie de cet effondrement. Et elles ont aussi les leviers, par construction, pour atténuer leur impact et contribuer à la restauration des écosystèmes. L’heure n’est plus de nous interroger sur le pourquoi mais à nous mettre en action pour travailler sur le comment. Comment réduire cet impact ? Comment contribuer à la restauration des écosystèmes ?

Que faire donc et comment agir efficacement à la hauteur de l’enjeu, telle est la seule question qui prévaut désormais.

Il s’agit de comprendre les racines du problème puis de transformer l’économie et les entreprises pour en faire des alliés du vivant, des entreprises restauratrices.
Comprendre, cela veut dire d’abord se former pour saisir les enjeux. Cela veut dire ensuite analyser ses dépendances et ses impacts.

Transformer, cela signifie réduire ses interrelations avec le vivant, comme premier pas ; cela signifie ensuite repenser son modèle d’affaires en privilégiant, par exemple, une économie d’usage ; cela signifie enfin, et il s’agit sans nul doute de l’étape la plus complexe, rediriger ou renoncer à certaines activités trop néfastes.
Bref, replacer l’entreprise au service du vivant, cela veut dire réinventer l’entreprise, pour son bien et celui de la planète. Oui, pour son bien, car ces transformations sont les conditions de sa résilience. Face aux risques, nouveaux et de plus en plus intenses qui l’entourent, opérationnels, de marché, financiers, réglementaires, réputationnels, une entreprise qui ne se transforme pas se condamne, à court ou moyen termes, selon les secteurs.

L’entreprise et l’économie sont donc à un moment pivot de leur histoires

C’est bien d’un changement radical dont nous parlons. L’entreprise doit opérer sa mue et abandonner certaines croyances, certaines certitudes, certains réflexes pour devenir restauratrice.

Elle doit se muer en organisation apprenante tout d’abord pour faire entrer, en son sein, de nouvelles connaissances, de nouveaux savoirs fondamentaux, dont elle était auparavant éloignée, les sciences du vivant par exemple.
Elle doit se muer en organisation participative voire, osons le mot, démocratique, pour que tous ses collaborateurs et décideurs, à tous niveaux hiérarchiques, participent à sa refonte, car les solutions sont au croisement des enjeux opérationnels et stratégiques, des activités et des métiers.
Elle doit se muer enfin, en organisation ouverte, car c’est avec l’ensemble de ses parties prenantes, en relation constante avec son écosystème de partenaires, fournisseurs, acteurs publics, citoyens, associations, qu’elle pourra définir des actions pertinentes, en relation avec son territoire.

Cette trajectoire de réinvention est sans aucun doute une aventure passionnante pour l’entreprise, à même d’entraîner l’adhésion de ses collaborateurs, de replacer ses actions au cœur de la société et d’en faire un lieu de confiance et d’engagement lorsque d’autres acteurs de la société ou corps intermédiaires se disloquent.

Pour en savoir plus :

Géo – La réserve de Sebastiã Salgado au Brésil
Salamandre – Pourquoi les truites disparaissent-elles ?

Pour aller plus loin :

– Suivre notre atelier Mission Biodiversité : https://lnkd.in/eJb2zJ35
– Suivre notre Mooc Biodiversité : https://lnkd.in/eTXq7iUE
– Participer à notre formation Action Biodiversité : https://lnkd.in/e93iX_WZ
– Engager votre entreprise dans un Défi Transition : https://lnkd.in/e3Q9eek9

Le trafic illégal d’espèces sauvages est considéré comme un des trafics les plus lucratifs au monde, après le trafic de drogues et le trafic d’armes. Représentant entre 7 et 23 milliards de dollars par an, il est présent sur tous les continents et participe directement à l’exploitation massive des ressources qui est une des causes majeures de l’érosion de la biodiversité.

Ce phénomène planétaire représente également un danger pour nous, les Hommes comme l’a rappelé en novembre dernier, Frans Timmermans, le vice-président de la Commission européenne :

« Le trafic d’espèces sauvages relève de la grande criminalité organisée et constitue une menace directe et croissante pour la biodiversité, la sécurité mondiale et l’Etat de droit ». 

L’ampleur de ce trafic est donc gigantesque. En effet, d’après l’ONG IFAW, 7 000 espèces animales et végétales sont victimes du trafic dans le monde et 1 000 écogardes ont déjà péri dans l’exercice de leurs fonctions. Certaines espèces sont particulièrement menacées. Elles peuvent être emblématiques comme les éléphants où 100 individus sont abattus, chaque jour, par des braconniers, soit 1 toutes les 15 minutes, mais peuvent également être moins connues du grand public, mais tout autant indispensables à leurs écosystèmes. Les Saïgas par exemple, une antilope située entre l’Europe de l’Est et l’Asie, est désormais en danger. Pourtant chassée pendant des centaines d’années, c’est depuis l’effondrement de l’Union Soviétique que son nombre a chuté de plus de 95% en raison du trafic illégal, d’après Interpol

Utilisés à des fins pharmaceutiques, décoratives, ornementales, récréatives, domestiques ou de médecine traditionnelle, les raisons de la demande qui alimente ce trafic sont nombreuses. Les revenus qu’il peut générer sont également énormes, principalement pour les trafiquants qui se trouvent à la tête des réseaux. En effet, les braconniers qui capturent ou tuent les espèces sauvages, sont ceux qui gagnent le moins d’argent sur le prix de vente du produit final. D’après Interpol : 

“Un braconnier peut vendre un chimpanzé à un prix compris entre 50 et 100 dollars,  alors que l’intermédiaire peut le revendre moyennant une marge allant jusqu’à 400 %.”

Ces trafiquants en tête de réseaux sont des acteurs notoires du crime organisé et utilisent souvent le trafic illégal d’espèces sauvages pour financer d’autres crimes. C’est le cas notamment de certaines milices ou groupes armés non-étatiques qui financent leurs actions via ce biais, profitant d’une situation de conflit dans un pays. 

Pour lutter contre ces activités illégales et contrôler le cadre de la vente légale d’espèces sauvages afin qu’elles ne menacent pas leurs survies, la convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) internationale a été signée en 1973. Grâce à une catégorisation, faite selon le degré de menace pesant sur l’espèce et la délivrance de permis y correspondant, les États tentent de réguler les flux commerciaux autour des espèces sauvages et ainsi de lutter contre le trafic illégal. 

Cependant, des actions complémentaires doivent être prises au niveau régional ou national afin d’agir à toutes les échelles. L’Union européenne, plaque tournante de ce trafic, a adopté un plan d’action en novembre dernier visant à lutter contre ce phénomène. Quatre axes principaux ont été définis : 

  • Prévenir le trafic d’espèces sauvages et s’attaquer à ses causes profondes
  • Renforcer le cadre juridique et politique de lutte contre le trafic d’espèces sauvages
  • Faire appliquer la réglementation et les politiques afin de lutter de manière efficace contre le trafic d’espèces sauvages
  • Renforcer le partenariat mondial entre les pays d’origine, les pays consommateurs et les pays de transit contre le trafic d’espèces sauvages

Nombreux sont les acteurs qui ont un rôle à jouer dans cette lutte, qui s’avère colossale. 

 

Sources de l’article :

  • La France, plaque tournante du trafic d’espèces sauvages – Le Monde
  • La CITES en bref – CITES
  • Biodiversité: renforcement des mesures de lutte contre le trafic d’espèces sauvages – Commission européenne
  • The Environmental Crime Crisis – Interpol, UNEP
  • Wildlife Crime Initiative – WWF
  • Criminalité liée aux espèces sauvages – IFAW

Les différents éléments de la biodiversité sont notamment liés entre eux à travers la chaîne alimentaire : chaque être vivant mange celui qui le précède. Si certains organismes n’ont pas la chance d’être à la tête de la chaîne alimentaire en tant qu’espèce prédatrice, détritivore ou composteur, ils doivent alors trouver des moyens d’adaptation pour survivre. Focus sur le camouflage.

Au fil du temps et de la mutation génétique nourrie par la sélection naturelle, certains animaux ont mis en place des moyens de défenses subtils et adaptés : le camouflage et le mimétisme.

Mais ces techniques ne servent pas uniquement contre les prédateurs, en effet, les différentes espèces peuvent également s’en servir afin de tromper leurs proies. 

Le camouflage est une méthode de dissimulation qui permet à des êtres vivants de se fondre dans leur environnement. Différentes techniques peuvent être utilisées afin de passer inaperçu. 

Une des premières catégories de camouflage est l’homochromie : l’animal s’adapte aux couleurs de l’environnement qui l’entoure. Cette adaptation peut se faire de différentes manières. L’animal peut naître directement avec la couleur qui correspond à son environnement, mais dans d’autres cas, sa couleur peut varier en fonction de la saison ou encore de son milieu. 

Certaines espèces utilisent également les couleurs disruptives, c’est-à-dire qu’elles sont très contrastées. Cela leur permet de rendre troubles les contours de leurs corps et de mieux se confondre avec les éléments qui l’entourent. Les couleurs ne sont pas forcément unies, en effet, des tâches, rayures ou autres formes peuvent faire partie de ce phénomène d’adaptation. Les fameux guépards, bénéficient grâce à leurs fourrures tachetées, d’un avantage de dissimulation pour mieux surprendre leurs proies. 

Dans la même lignée, certains motifs très présents peuvent servir à distraire d’autres espèces, notamment des prédateurs ou des proies, afin d’avoir une longueur d’avance dans toutes les situations. 

Une deuxième technique développée par certaines espèces est l’homotypie. Cela consiste également à accorder sa couleur à son environnement, mais également sa forme. Les principales espèces concernées par cette méthode sont des insectes qui se fondent notamment dans des éléments de plantes ou d’arbres. C’est notamment le cas du Papillon-feuille, qui comme son nom l’indique prend la forme et la couleur d’une feuille d’arbre afin de se camoufler efficacement. 

Une troisième technique de camouflage est le mimétisme. Ici, le bluff est poussé à son paroxysme. En effet, l’animal va essayer de ressembler à une autre espèce, souvent plus dangereuse ou menaçante, afin d’échapper à ses prédateurs. Certaines espèces nocives ou venimeuses s’imitent même entre elles via des couleurs vives sur leurs corps, ainsi elles bénéficient d’une protection mutuelle car elles sont souvent confondues. 

Tous ces mécanismes de défenses ou de prédations qui ont été adoptées par certaines espèces, bénéficient directement à leur survie dans la nature. La sélection naturelle qui consiste à sélectionner certains individus en fonction de leurs caractéristiques, est le phénomène qui permet de développer ces techniques de camouflage pour les rendre communes à nombre d’individus d’une espèce présente dans un certain milieu.

  • Vous voulez creuser la thématique et mieux comprendre la biodiversité ? Participez à notre atelier Mission Biodiversité

Sources de l’article :

  • Les animaux apprennent-ils à se camoufler ? – Ça m’intéresse
  • Les animaux jouent à cache-cache : l’art du camouflage – Noé
  • Camouflage et mimétisme chez les animaux – Instinct Animal
  • Qu’est ce que la sélection naturelle – Géo

Élément essentiel de la biodiversité marine, les herbiers marins sont présents dans différentes zones de notre planète. Composés de plantes à fleurs, ils sont considérés comme des “prairies sous-marines”, situés à une faible profondeur sous l’eau, afin que la lumière puisse les atteindre. 

Malgré leur faible densité d’occupation des espaces marins, environ 0,15%, leurs fonctions écologiques est indispensable à la bonne santé des écosystèmes qui les accueillent. 

Ils façonnent leur environnement, par tous les services écosystémiques qu’ils apportent : oxygénation de l’eau, stabilisation des fonds et des courants marins, production de matière organique, zone de refuge et source de nourriture pour de nombreuses espèces. Ils jouent également un rôle important dans le stockage de carbone, puisqu’ils absorbent 18% du total stocké par les océans chaque année. Ainsi, leur conservation est indispensable à la bonne santé des espaces marins, mais également à celle de notre planète. 

Seulement, depuis les années 90, leur répartition à diminuer de moitié, notamment en conséquence des activités humaines.

Une des premières causes énoncées dans une étude scientifique publiée dans The Global Change Biology, est l’impact du secteur maritime sur ces herbiers : hélice, pêche de fond, ancre marine, loisirs nautiques… Toutes ces activités dégradent directement la santé des herbiers et donc tout l’écosystème qui y est rattaché. Avec toutes ces activités, qui se sont multipliées ces dernières années, vient s’ajouter la qualité de l’eau, qui de par les innombrables mouvements et la pollution, devient plus trouble et agitée. En conséquence, les rayons du soleil ont plus de mal à atteindre les zones où les herbiers sont installés, mettant en péril leur photosynthèse et leur croissance. 

En France et plus particulièrement le long des côtes méditerranéennes, l’herbe marine la plus répandue est la posidonie. D’après une étude de la revue Scientific Reports, cette dernière joue un rôle primordial dans la lutte contre la pollution plastique. En effet, ces herbiers auraient développé la capacité de capturer puis de filtrer les déchets plastiques, dont les microplastiques, qui sont par la suite mélangés à des déchets végétaux marins et relâchés sous forme de boules sur les côtes lors de moment de forte agitation des mers. 

Afin de protéger ces éléments indispensables à leurs écosystèmes et au bon fonctionnement de la planète, de plus en plus de mesures de protection sont et doivent être mises en place : formation et programme sur l’éco navigation, mise en place d’aires marines protégées, contrôles des méthodes d’ancrage, sensibilisation, et même restauration d’habitat. 

 

Sources :

  • Les herbiers marins, essentiels à notre survie – Fondation de la mer
  • Cinq façons dont les herbiers marins stimulent la biodiversité – UNFCC
  • Seagrasses provide a novel ecosystem service by trapping marine plastics – Scientific Reports
  • Les herbiers marins : des prairies sous-marines au rôle écologique considérable – OFB
  • Long-term declines and recovery of meadow area across the world’s seagrass bioregions – The Global Change Biology

Un écosystème est constitué d’une multitude d’interactions entre les espèces qui y sont présentes, certaines sont sédentaires, d’autres nomades, mais elles ont toutes un rôle significatif dans le maintien de la bonne santé de leurs milieux. Rencontre avec les espèces clés de voûte.

Certaines espèces, cependant, ont des rôles majeurs dans l’architecture des écosystèmes : elles les façonnent à travers leurs déplacements, leurs alimentations ou leurs interactions. Elles ont des fonctions essentielles, qui ne peuvent pas être remplies par d’autres espèces, c’est ce qu’on appelle des espèces clés de voûte.

Différents exemples peuvent être donnés, comme le castor. Il modifie son environnement et participe directement à la création de nombreuses zones humides sur son territoire, permettant ainsi la conception de zones de sédimentation et de puits de carbone.

De nombreuses espèces “clés de voûtes” sont également considérées comme des espèces dites parapluie, c’est-à-dire que la protection de ces espèces, dont le domaine vital est large, assure également la protection des autres espèces de l’écosystème, dans un effet domino.

L’éléphant appartient à ces deux catégories. En effet, par leur alimentation et leur déplacement, il modifie physiquement son environnement, permettant de créer, changer ou maintenir différents habitats. Son passage peut permettre de créer de nouveaux lieux d’habitation à des espèces plus petites comme les lézards, qui vont ainsi pouvoir trouver refuge dans les crevasses des branches cassées des arbres.
Les brèches causées par le passage des éléphants dans les forêts, permettent également de faire pénétrer de la lumière à certains endroits et de favoriser l’existence et la prolifération de certaines espèces végétales. Cela peut aussi permettre aux arbres de gagner en force et en hauteur, avec une plus grande capacité de stockage de carbone, ayant ainsi non seulement un impact local, mais mondial.
La consommation alimentaire importante des éléphants et leur système digestif rapide (environ 24h) permettent aussi la dispersion de graines à travers leurs selles. Grâce aux qualités d’engrais de la bouse d’éléphants, ces graines peuvent germer et se développer, favorisant la création de nouveaux habitats via l’implantation de certaines végétations dans de nouvelles zones où les éléphants sont passés.

Le rôle des éléphants est essentiel au bon maintien des écosystèmes, et leur protection ne bénéficie donc pas uniquement à cette espèce, mais aux centaines d’autres avec lesquelles ils cohabitent, dont les humains.

 

Sources :

  • Les éléphants en tant qu’ingénieurs de l’écosystème – Save the Elephants
  • Les espèces parapluies au secours de la nature – Géo
  • Les espèces parapluies assurent la biodiversité – Notre nature

Nos fleurs, plantes, fruits et arbres ne seraient pas les mêmes sans elles. Les abeilles ont un rôle primordial dans le fonctionnement de la biodiversité et la survie de la majorité des êtres vivants.

On estime qu’elles contribuent à la conservation d’environ 80% des espèces végétales dans le monde.

Elles jouent le rôle de pollinisatrices, puisque lorsqu’elles butinent, elles déplacent le pollen de fleurs en fleurs permettant ainsi la reproduction végétale.

De nombreuses espèces d’abeilles peuplent aujourd’hui notre terre, mais il semble important d’en différencier deux catégories : les abeilles sauvages et les abeilles domestiques – Apis mellifera. Les abeilles sauvages sont les plus nombreuses sur la planète, elles représentent environ 80% de la population totale. Généralement solitaires, elles peuvent se regrouper par groupe de petites dizaines d’individus contrairement aux abeilles domestiques qui peuvent aller de 20 000 à 60 000 individus par ruche. L’Apis mellifera est un réel outil de production pour les différents dérivés issus du travail des abeilles :

D’après l’IPBES “Environ 81 millions de ruches dans le monde produisent environ 1,6 million de tonnes de miel par an”.

Malheureusement, les menaces qui pèsent sur ces pollinisateurs sont nombreuses : changements d’affectation des sols, agriculture intensive et pesticides, pollution, espèces exotiques envahissantes, agents pathogènes et changement climatique. Mais depuis quelques années, de plus en plus de scientifiques viennent également mettre en garde contre une concurrence possible entre les abeilles sauvages et les abeilles domestiques.

En effet, différentes études ont été menées pour étudier ce potentiel phénomène. Dans les espaces ruraux, des résultats ont montré que le butinage des abeilles sauvages était deux fois inférieur à la normale, dans les 600 mètres aux alentours des ruchers d’élevages.  Cependant, au-delà de ce périmètre, la concurrence entre les espèces ne révèle rien d’alarmant. En France, 92 % des exploitations comportent moins de cinquante ruches, limitant de cette façon l’impact des populations domestiques sur les populations sauvages, surtout à la campagne.

La situation la plus inquiétante serait celle des villes. En effet, le nombre de ruches s’est multiplié dans nos agglomérations. À Paris, on peut désormais compter plus de 2 000 ruches, souvent installées dans une démarche écologique et/ou pédagogique. Seulement, ce nombre exponentiel d’abeilles domestiques sur ce territoire limité, ne favorise pas le développement de la biodiversité, au contraire, la diversité des espèces sauvages est alors mise à mal. Une étude sur la diversité des abeilles dans Paris, menée par Isabelle Dajoz, a démontré ce phénomène dans la capitale parisienne, tirant ainsi la sonnette d’alarme sur l’utilisation massive des ruches. Ses recommandations tendent vers une autre gestion des espaces verts : plus de fleurs, moins de tonte régulière des herbes, mais surtout une limitation des ruches à 2 au kilomètre carré, donc deux fois moins que leur nombre parisien.

De nombreuses villes limitent déjà le nombre de ruches dans leur agglomération comme Metz, et des parcs nationaux lancent de plus en plus de recherches sur les effets de la cohabitation entre les abeilles sauvages et domestiques, afin de repérer les éventuelles concurrences qui pourraient être néfastes et ainsi pouvoir réagir à temps.

La protection des abeilles sauvages ne peut être que bénéfique, puisqu’elle sera favorable à tous les autres pollinisateurs qui souffrent des mêmes menaces. La concurrence avec les abeilles domestiques reste, en France, un danger assez réduit et surtout ciblé selon les espaces.

 

Vous voulez creuser la thématique et mieux comprendre la biodiversité ? Participez à notre Atelier Mission Biodiversité

 

Sources :

  • Pourquoi les abeilles sont cruciales pour les personnes et pour la planète – UNEP
  • Nos abeilles domestiques, un danger pour la nature ? – GÉO
  • Le rôle des abeilles dans la nature – Ma Ruche en Pot 

Heidi Sevestre est glaciologue, ses terrains d’investigation et de sensibilisation sont nombreux : des plus hauts glaciers aux conférences métropolitaines, elle a choisi de mélanger la force du “terrain” à l’impérative communication scientifique.

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Heidi Sevestre, je suis glaciologue et je suis originaire de Haute Savoie. Je suis passionnée de sciences, mais aussi de communication scientifique ! D’ailleurs, je pense qu’il est important que tous les scientifiques puissent rendre leurs travaux accessibles au plus grand nombre.

J’essaie de passer un maximum de temps là où il y a des glaciers, en grande partie en Arctique bien sûr, mais aussi sur des glaciers tropicaux, que ce soit en Ouganda, en Colombie ou en Papouasie. J’essaie d’à la fois passer un maximum de temps sur le terrain, à récolter les données, à travailler avec des scientifiques locaux, et de l’autre côté, à ramener dans mes bagages toutes ces connaissances, toutes ces observations, pour les diffuser au plus grand nombre. Par exemple, je serai en France pour les deux prochains mois pour sensibiliser !

→ Heidi Sevestre sera présente à la conférence-action de lancement de notre Défi Biodiversité ce lundi 22 mai à l’Académie du Climat. Pour en savoir plus et pour s’inscrire : cliquez-ici

Justement, en quoi votre expérience sur le terrain vous permet de sensibiliser les publics ?

À force de faire du terrain, on ressent le changement climatique dans notre chair, dans nos tripes. Ce que j’ai l’occasion de voir, que ce soit en Arctique, en Antarctique ou sur les très hautes montagnes, est vraiment plus que catastrophique.

À chaque fois que j’interviens et que je fais de la sensibilisation, mon expérience sur le terrain a toujours beaucoup d’impact. À la fois dans ma façon de parler et de présenter les choses, mais aussi pour les gens auprès de qui j’interviens, ça donne une certaine crédibilité.

Quels peuvent être les freins rencontrés pour sensibiliser ?

Je crois que l’un des plus gros challenges auquel nous faisons face aujourd’hui, est de savoir comment continuer de travailler avec des publics convaincus tout en étant capable d’aller au-delà, pour toucher le plus grand monde. Parce qu’aujourd’hui, nous devons être en capacité d’échanger avec des instances dirigeantes, les pouvoirs publics, les collectivités, les entreprises…

Donc oui, le challenge c’est de pouvoir échanger, de pouvoir avoir une approche constructive avec celles et ceux qui parfois n’ont pas envie d’être dans la salle, ne comprennent pas l’importance de ce sujets, ou ne se sentent pas concernés.

Pas facile ! Je n’ai pas la réponse mais c’est très important.

Donc c’est important de dire ce que l’on ressent quand on voit des paysages métamorphosés ou face à la frustration du manque d’action.

Chez ENGAGE nous pensons que la création de liens sensibles au vivant est primordiale pour embarquer le maximum de personnes, qu’en pensez-vous ?

C’est vrai que c’est super important ! On se rend compte que les faits scientifiques ne suffisent pas. Ce ne sont pas les faits scientifiques qui vont convaincre une personne d’agir et de tout faire afin de préserver des environnements qu’ils connaissent ou ne connaissent pas. Il faut vraiment intégrer cette dimension du sensible, de l’émotion, car c’est lorsque l’on ressent ces émotions là au plus profond de soi même que l’on a envie d’agir.

À chaque fois que je fais de la vulgarisation scientifique, je m’appuie certes à 100% sur la science, mais je n’hésite jamais à ajouter cette dimension humaine, bien que les scientifiques ne soient pas des robots ! Donc c’est important de dire ce que l’on ressent quand on voit des paysages métamorphosés ou face à la frustration du manque d’action.

Passons du temps à nous émerveiller du vivant, il n’y a rien de plus merveilleux !

Et concrètement, comment et par quels outils peut-on encourager la connexion au vivant ?

C’est primordial de passer du temps dehors ! Évidemment, la sensibilisation est clé, mais il faut aussi que les gens sortent de leurs bureaux, de chez-eux, sans forcément aller à l’autre bout du monde ! En ville, on peut aller dans les parcs, observer les nuages qui se déplacent, la faune qui est en ville, c’est un très bon début pour se connecter avec le vivant et pour appréhender sa force !

Passons du temps à nous émerveiller du vivant, il n’y a rien de plus merveilleux !

Et enfin, quels sont vos futurs désirables, Heidi ?

C’est marrant, un grand média mainstream réalise une série d’émissions dans laquelle le journaliste demande à des personnalités de citer les choses les plus essentielles à leurs yeux ! Je me suis toujours dit qu’il faudrait faire une version humoristique, car finalement, les choses primordiales sont sûrement aussi simples que le fait de pouvoir avoir de l’eau à boire, de l’air pour respirer, des sols en bonne santé et une nature à observer. Malgré tout, il ne faut pas oublier que certains s’accaparent cette nature, donc gardons tous ces éléments accessibles au plus grand nombre, et c’est comme cela que notre futur restera désirable !

 

Quand nous pensons au désert, l’image d’une vaste étendue de sable fin sous une forte chaleur nous vient souvent à l’esprit. Or, les milieux désertiques comprennent en réalité différentes catégories : tropicaux, tempérés, continentaux ou polaires. Ces catégories ont néanmoins des caractéristiques communes : une faible intensité de précipitations, une forte évaporation, des vents violents et la pauvreté des sols. Les déserts, souvent qualifiés de zones arides ou semi-arides, sont présents à de nombreux endroits sur Terre.

Le continent où ces zones sont les plus présentes est l’Afrique, notamment par la présence du désert du Sahara et du désert du Namib. Ce continent est également le plus touché par les zones dénommées de “désert absolu” où les formes de vie sont très rares, voire inexistantes.

Dans les milieux arides ou semi-arides, cependant, une biodiversité a réussi à s’adapter à ces déserts et aux conditions de vie difficiles qui les caractérisent. Focus sur l’adaptabilité des espèces

La végétation y est bien présente, dépendante de la quantité d’eau disponible, de l’état du sol et des vents, certaines espèces bien précises réussissent à perdurer dans cet élément.  Pour limiter les effets des rayons du soleil, certaines plantes ont développé des feuilles de très petites tailles, d’autres en ont aucune. Parmi les types de plantes qu’on peut retrouver dans ces zones, nous pouvons notamment citer les plantes succulentes, les cactus, les palmiers et des herbes sous différentes formes. 

La faune n’a pas non plus déserté ces zones. Souvent actives la nuit, la plupart ont su développer des techniques d’adaptation aux conditions difficiles de ces milieux. Un des animaux désertiques le plus connu est le chameau, qui stocke les graisses dans ses bosses lui permettant de pouvoir passer plus de 4 mois sans manger. Grâce à l’adaptation de leurs cellules, notamment les globules rouges qui ont une plus grande capacité d’absorption de l’eau, cet animal est capable de rester une semaine sans boire une goutte d’eau. 

Beaucoup de ces espèces sont nomades et donc en constant mouvement à la recherche de sources d’eau et de nourriture sur de vastes zones. À cela, s’ajoute le développement d’une pigmentation dans les tons clairs, afin de moins souffrir des rayons du soleil. D’autres espèces comme les lézards, sont hétérothermes, c’est-à-dire que leurs températures internes varient avec la température ambiante. Bénéficiant des rayons du soleil la journée, ils sont également capables de résister à des températures plus froides souvent présentes la nuit. 

Les déserts regorgent donc de différentes espèces capables de s’adapter à des conditions extrêmes.

Malheureusement, le réchauffement climatique vient également affecter ces écosystèmes. Les températures sembleront augmenter davantage dans ces zones que dans le reste du monde, mettant directement en danger la faune et la flore qui y sont présentes.

Les vagues de chaleur de plus en plus intenses risquent de ne plus être supportables pour de nombreux animaux et végétaux, et de transformer de plus en plus d’espaces en désert absolu.

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